Trump a renoncé, pour les 75 pays qui « ont cherché à négocier une solution », à l’application des droits de douane qui rentraient en application mercredi annonçant une pause de 90 jours tout en maintenant un taux minimum uniforme de 10 %. Par contre, il a continué l’escalade jusqu’à 145 % de hausse des tarifs douaniers, un véritable embargo, contre la Chine accusée de lui « avoir manqué de respect » en décidant de répondre à l’agression. Depuis jeudi, les surtaxes de rétorsion de 120 % annoncées par Pékin s’appliquent à tous les produits américains entrant sur le territoire chinois. Puis, nouvelle reculade de Trump face au « sept magnifiques » de la High Tech, Musk and co, les ordinateurs, les smartphones et les cartes mémoires seront exemptés de surtaxes... 

L’indignation de Le Pen et de ses complices du RN autour de leur condamnation pour détournement de fonds publics européens, 4,6 millions d’euros, ne manque pas d’humour. Eux qui se faisaient les champions de la probité, « mains propres et tête haute », et du durcissement des lois jusqu’à l’inéligibilité à vie pour les politiciens pris la main dans le sac, sont rattrapés par la justice. Marine Le Pen est déclarée inéligible pour cinq ans avec « exécution provisoire » mais néanmoins immédiate, ce qui compromet sérieusement pour elle la course à la présidentielle de 2027.

« Notre pays a été pillé, saccagé, violé et dévasté par des nations proches et lointaines, des alliés comme des ennemis »… Telle est la thèse simpliste et mensongère avec laquelle Trump a justifié, ce mardi 2 avril dit « jour de la libération (liberation day) » (des Etats-Unis), le mur de droits de douanes sans précédent érigé pour « protéger » l’économie américaine, préalable selon lui à la renaissance de la base industrielle du pays. Une ponction minimale de 10 % touchera l’ensemble des pays de la planète tandis que, pour la Chine, une hausse de 34 % s’ajoute aux 10 % déjà imposés depuis janvier. Les importations venues de l’Union européenne seront taxées à 20 %, celles de Taïwan de 32 %, 24 % pour le Japon.

Depuis le 19 mars, l’arrestation pour corruption et terrorisme du maire d’Istanbul, Ekrem Imamoǧlu, et de 80 de ses proches, la Turquie connaît un soulèvement sans précédent depuis la révolte de la jeunesse en 2013 contre la destruction du parc Gezi, au centre d’Istanbul. Il ébranle la dictature d’Erdogan au pouvoir depuis 2003 et de son parti l’AKP, le Parti de la justice et du développement.  En prison, Imamoǧlu a été désigné candidat du Parti républicain du peuple, CHP, kémaliste et laïque, à l’élection présidentielle de 2028 à l’issue d’une « primaire » qui a rassemblé 15 millions de votes sur son nom.

Mercredi soir, la veille du sommet européen sur la sécurité qu’il recevait à Paris, Macron a accueilli Zelensky à l’Élysée tentant de s’approprier une part de la popularité de ce dernier auréolé de l’image que les grandes puissances lui ont fabriquée de défenseur des valeurs de l’Occident, de la démocratie et de la liberté contre la tyrannie et l’agression de Poutine. « Il n’y a qu’un agresseur, la Russie, et qu’un résistant, vous », a-t-il résumé perpétuant la fable de la propagande de l’Otan pour justifier sa guerre par procuration contre la Russie, une supercherie. L’agression de Poutine contre l’Ukraine n’est pas de la seule responsabilité d’un tyran mégalo mais bien, dans leur monde capitaliste où les relations entre les nations sont régies par la loi du plus fort, l’aboutissement inévitable de la politique d’encerclement de la Russie par les vieilles puissances impérialistes occidentales depuis l’effondrement de l’URSS.

Le revirement des USA mis en œuvre par Trump en est la démonstration s’il en était besoin. Les champions de « la paix par la force » n’ont aucun souci des droits des peuples, ils les utilisent en fonction de leurs intérêts en Ukraine comme au Moyen Orient ou sur toute la planète.

En mars 2020, la planète basculait dans une pandémie, née en Chine, qui allait faire entre 13 et 17 millions de morts selon l’Organisation mondiale de la Santé, fin 2021, et allait paralyser l’économie mondiale, entravant les chaînes d’approvisionnement, provoquant de longues pénuries de produits et encore plus de misère. Entre 2019 et 2021, le nombre de personnes sous-alimentées bondissait de 618 à 828 millions. Le Covid révélait l’état de décomposition du capitalisme mondialisé financiarisé et l’incurie, le cynisme des classes dominantes et de leur personnel politique, tous dépassés par les conséquences de leur pillage, la fuite en avant de leur système. Un puissant facteur d’accélération de la lutte des classes et des prises de conscience.

Mardi, le jour même où les dictateurs Trump et Poutine s’entretenaient au téléphone d’un cessez-le-feu hypothétique dans l’objectif de dépecer l’Ukraine, l’armée israélienne, après avoir empêché tout approvisionnement de la bande de Gaza depuis le 2 mars, rompait la trêve conclue avec le Hamas par des bombardements massifs sur la population palestinienne, faisant en quelques heures près de 500 morts. Les jours suivants, tout en continuant ses frappes, elle engageait une offensive terrestre dans la bande de Gaza pour y occuper de nouveaux territoires.

Pour perpétrer ces crimes, Netanyahou s’est revendiqué explicitement de Trump, qui avait promis un « enfer » aux Palestiniens si le Hamas ne libérait pas tous les otages. Les bombardements, a précisé le gouvernement israélien, ont été menés « en totale coordination » avec Washington. Dans le même temps, l’aviation américaine a mené une série de raids meurtriers au Yémen en réponse à des attaques houthies contre des navires militaires étatsuniens.

Tom Thomas, auteur de nombreux ouvrages marxistes sur le capitalisme, son évolution et ses conséquences, vient de publier un nouveau livre[1] qui fournit une analyse du capitalisme aujourd’hui, « le capitalisme sénile », et des logiques de classe qui conduisent à sa faillite et fondent la perspective de son renversement révolutionnaire ainsi que les bases matérielles déjà existantes d’une société communiste.

Militant révolutionnaire dans les années 70-80, il s’est mis en retrait « ayant bien dû constater et admettre, comme il l’écrit, que les conditions de la création et du développement d’un mouvement révolutionnaire n’étaient pas encore mûres » sans abdiquer de ses idées et convictions marxistes à la défense desquelles il a consacré ses ouvrages[2].

Par une énième volte-face, Trump a finalement négocié avec l’Ukraine, et sur son dos, une proposition de trêve de 30 jours à laquelle tant lui que Zelensky somment maintenant Poutine de répondre. Le dictateur russe a admis le principe d’une pause dans les combats qu’il conditionne cyniquement à l’avancée de ses troupes dans la région de Koursk, en Russie, dont s’était emparée l’armée ukrainienne en août dernier et il réclame des conditions de sécurité pour une « paix durable », en particulier la non-intégration de l’Ukraine dans l’Otan. En février, Trump avait assuré à Poutine que l’Ukraine ne récupérerait ni la Crimée ni le Donbass et qu’elle n’entrerait jamais dans l’Otan.

Après trois ans de guerre, un million de morts probablement au total, des souffrances et des destructions incommensurables pour les populations principalement en Ukraine, on en reviendrait à la situation d’avant la tentative d’invasion de l’Ukraine par Poutine, en février 22, réponse barbare du capitalisme russe et de son dictateur aux abois au projet explicitement formulé par l’Otan et l’UE d’une intégration prochaine de l’Ukraine et au refus des Etats-Unis de toute négociation de l’ultimatum russe de décembre 2021.

« Croissance en berne, profits revus à la baisse… Trump déploie sa politique et Wall Street déchante » titrait le journal Les Echos mardi 12 alors que la bourse de New York venait de connaître deux journées noires, marquées par la chute de ses principaux indices. Sur la seule journée de lundi, le Down Jones perdait 2,08 %, le S&P 500 2,7 %, le Nasdaq 4 %. Ils poursuivaient leur baisse les jours suivants avant de repartir à la hausse vendredi, incertitude et nervosité des marchés alors que l’or bat des records historiques.

Les grandes entreprises de la tech, dites les « sept magnifiques », sont les plus touchées. La folie spéculative qui a accompagné depuis fin 2022 la course au développement de l’Intelligence artificielle, boostée ensuite par l’intronisation de Trump, avait porté leurs capitalisations boursières à des sommets. Mais entre le pic du 19 février et mardi 12 mars, Meta a reculé de 4,42 %, Microsoft de 3,34 %, Alphabet de 4,41 %, Apple de 4,85 %, Amazon de 2,36 %, Nvidia de 5,07 % et Tesla de 15,43 %. Sur la période, la capitalisation boursière globale des 500 entreprises constitutives du S&P500 a chuté de 4000 milliards de dollars, celle des « 7 magnifiques » de 1570 milliards dont 750 milliards sur la seule séance de lundi 11. Tesla, qui a perdu 800 milliards de dollars, est la plus touchée, tout comme son patron Musk, dont la fortune a fondu de 148 milliards de dollars, premier symptôme d’une possible déroute politico-financière.

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