Marx écrivait dans Le Capital : « l’accumulation de richesse à un pôle signifie donc en même temps à l’autre pôle une accumulation de misère, de torture à la tâche, d’esclavage, d’ignorance, de brutalité et de dégradation morale pour la classe dont le produit propre est, d’emblée, capital » (Le Capital, livre 1 chap. XXIII). Cette phrase décrit avec précision le monde d’aujourd’hui malgré les gigantesques progrès scientifiques et techniques accomplis depuis par le travail humain.

Depuis l’époque de Marx, la concentration des richesses n’a cessé de croître de manière fulgurante, exponentielle aujourd’hui et a creusé les inégalités de façon tout aussi exponentielle.

La canicule en révèle brutalement les effets dramatiques pour les travailleur·es et les populations les plus pauvres et les aggrave. Plus de quarante degrés au thermomètre de ce deuxième épisode caniculaire depuis mai, un véritable enfer dans les logements dont la moitié sont catalogués comme bouilloires thermiques, au travail où l’immense majorité des usines, ateliers, cuisines de restaurant n’ont ni climatisation ni même ventilation, dans nombre d’hôpitaux, services psychiatriques, Ehpad et autres établissements où patients et personnels suffoquent. Partout les travailleur·es doivent bricoler avec les moyens du bord pour rendre l’air plus respirable. Le gouvernement, paniqué face à son irresponsabilité, a donné des consignes en urgence pour faire fermer des milliers d’écoles, reporter des examens, annuler à l’aveugle des évènements publics, arrêter les transports.

Tout entiers investis dans leur politique au service du CAC40 et le militarisme qui l’accompagne, les gouvernements qui se sont succédé depuis des décennies sont tout aussi incapables d’engager la lutte contre le réchauffement climatique que de prévenir et d’anticiper ses effrayantes conséquences. Ainsi, le Fonds vert destiné aux collectivités pour lutter contre le réchauffement climatique est passé de 2,5 milliards à 850 millions, celui pour la rénovation des logements a été amputé de 600 millions. Des coupes budgétaires qui s’ajoutent à toutes celles qui pillent les budgets publics pour alimenter les profits des milliardaires et de la finance.

Mercredi soir, depuis Versailles où Macron l’avait royalement invité à l’issue d’un G7 où s’affichait une unité de façade autosatisfaite des puissances occidentales, Trump a signé le protocole d’accord avec l’Iran. Ce dernier prévoit que les Etats-Unis suspendent, dès sa signature, leurs sanctions sur la vente de pétrole iranien et la réouverture du détroit d’Ormuz. Ils s’engagent également à lever l’ensemble des sanctions américaines contre Téhéran en cas de conclusion d’un accord définitif, au terme d’une période de négociations de soixante jours. Ce protocole ne représente aucun engagement formel sur les questions de fond dont le nucléaire et peut être balayé au cours des soixante jours de négociations qui auraient dû démarrer ce vendredi en Suisse avant que J-D Vance n’annule sa venue... Trump avait besoin, à la veille du 250ème anniversaire de la fondation des Etats-Unis, qui sont aussi le terrain de la coupe du monde de football, de se présenter comme l’homme de la paix, de terminer la guerre commencée le 28 février pour rouvrir le détroit d’Ormuz avant que l’économie mondiale ne plonge dans la récession et la panique. Trump n’avait d’autre choix que de prendre acte de sa défaite, que nous ne pouvions que souhaiter, pour tenter de sauver l’essentiel. Cela ne signifie en rien que les USA s’y résignent. La nouvelle phase de négociations qui s’ouvre est une nouvelle étape dans un conflit sans fin à travers lequel se gèrent et se construisent les nouveaux rapports de force entre brigands et prédateurs capitalistes.

« C’est un protocole d’accord, et si ça ne me plaît pas, on recommencera à leur tirer dessus et à leur larguer des bombes en plein milieu de la tête », s’est empressé de déclarer Trump. Une nouvelle provocation pour masquer sa capitulation mais qui représente néanmoins l’issue très probable des négociations qui vont s’ouvrir. Personne n’est en mesure d’anticiper l’évolution des rapports entre les USA et l’Iran ainsi que dans l’ensemble du Moyen-Orient. Israël ne se sent nullement concerné par le protocole et entend poursuivre sa guerre pour l’hégémonie régionale qui est aussi celle des USA. Chaque puissance régionale, ainsi que les puissances européennes dont la France, vont chercher à jouer leur propre carte à la faveur de l’affaiblissement et du discrédit des USA qui n’auront d’autre politique que de tenter de reprendre la main par la diplomatie du rapport de force, la guerre.

Lundi, en fin de journée et à travers tout le pays, se sont tenus 180 rassemblements à l’appel des associations de lutte contre les violences envers les femmes et les enfants, les organisations féministes pour « témoigner de leur solidarité envers Lyhanna, sa famille et toutes les victimes » et exiger « une loi intégrale » contre les violences faites aux femmes et aux enfants et plus de moyens pour la justice.

Le drame de l’assassinat sordide de Lyhanna suscite l’indignation, la colère, la révolte en révélant l’incurie de l’État. Darmanin, qui lui-même a été accusé de viol, se retourne maintenant contre les magistrats et les services de justice. Toute honte bue, il les appelle à régler, d’ici l’été, les dizaines de milliers de plaintes pour violences sexuelles sur mineurs restées sans suite, en les menaçant de sanctions.

Ce drame révèle la faillite de l’appareil judiciaire sans moyens comme tous les services publics dont les budgets sont sacrifiés pour subventionner les entreprises du CAC 40 et financer le budget militaire. Il met sur la place publique la décomposition sociale engendrée par la course au profit et la concurrence capitaliste, ainsi que les rapports de domination, dont le patriarcat et son cortège de masculinisme, qui corrompent les rapports humains et dont les femmes et les enfants sont les premières victimes.

La droite et l’extrême droite rivalisent de démagogie pour dévoyer la colère, elles se nourrissent des peurs et du désarroi pour imposer les seules réponses qu’elles ont à la crise de la société : des mesures policières et sécuritaires qui, loin de protéger les femmes, les enfants, la population, se retournent contre elles et eux. L’État ne nous protège pas, il est là pour protéger les classes dominantes, les riches.

A ce fléau des violences faites aux femmes et aux enfants, il n’y a pas de réponse sans remise en cause de la logique destructrice et oppressive du capitalisme, pas plus que dans la lutte contre la menace de l’extrême droite.

Sans prendre la mesure de la brutale accélération de la lutte de classe à l’échelle internationale et de la crise politique qui mine les USA et les vieilles puissances impérialistes dont la France, du mûrissement de la crise globale du capitalisme où convergent stagflation et menace de krach, guerres, extrême droite et menace fasciste, catastrophe écologique, pandémie, le mouvement révolutionnaire, enfermé sur lui-même, affiche, une nouvelle fois, ses divisions pour la campagne présidentielle. Que ce soit Révolution permanente, Lutte ouvrière, le NPA-A, le Parti des travailleurs, alors que le NPA-R faisait le choix de ne s’adresser qu’à LO, chaque fraction raisonne en fonction de ses propres intérêts et objectifs, en fonction de sa propre construction plutôt que de l’ensemble du mouvement.

L’affaire n’est pas nouvelle, elle se pose de façon plus aiguë aujourd’hui et ne peut être perçue et comprise, au regard des enjeux, que comme une irresponsabilité qui ne répond pas aux intérêts des travailleur·es et exprime, quant au fond, une impuissance politique qu’il nous faut comprendre et analyser pour contribuer à la surmonter. 

En faisant passer leurs intérêts fractionnels avant ceux de l’ensemble du mouvement, les différentes fractions révolutionnaires restent prisonnières du système, du jeu électoral qu’elles surestiment, complément de la surestimation, chacune, de leur propre rôle. Il y a là une façon de s’intégrer au système, à la marge certes mais néanmoins, élections d’un côté et travail syndical de l’autre, le tout combiné à une absence de stratégie préjudiciable au travail d’organisation démocratique des travailleur·es et de la jeunesse.

Une telle attitude est contraire aux intérêts du mouvement révolutionnaire. Non qu’il s’agisse de prétendre créer une dynamique électorale, mais bien de donner du crédit à nos idées pour aider à l’organisation démocratique du monde du travail et de la jeunesse dans la perspective d’un parti révolutionnaire.

Au sein du NPA-R, Démocratie révolutionnaire a défendu une tout autre politique dans une motion soumise au vote du Conseil politique national d’avril et dont l’intitulé résume le contenu, « Engager des discussions pour avancer vers un pôle démocratique des révolutionnaires contre la guerre, les profiteurs de guerre et la vie chère et pour une campagne commune pour l’élection présidentielle »[1]. Elle est restée sans réponse, ignorée par les deux fractions qui dirigent le NPA-R, qui décident et tranchent sans la moindre discussion publique entre elles au profit de compromis bureaucratiques. 

Il a fallu attendre près d’une semaine d’une canicule inédite à cette période de l’année -de 10 à 15 degrés de plus que les normales saisonnières- pour que le gouvernement décide… d’organiser, jeudi, une réunion interministérielle. « Une réunion pour dire on va mettre en place un plan d’urgence, quand on sait que cette urgence existe depuis des années et des années, c’est irresponsable », a dénoncé la directrice d’Oxfam France Cécile Duflot. La vague de chaleur sans précédent qui s’est abattue sur l’Europe ces derniers jours atteste de l’accélération du réchauffement climatique et de la dégradation des conditions de vie qu’elle entraîne, une expression de la faillite du système capitaliste incapable d’organiser la production et les échanges de façon planifiée dans le respect de la nature.

La guerre en est une autre expression. Celle déclenchée par les Etats-Unis le 28 février contre l’Iran pour tenter de sauver la domination du capital américain en assurant sa mainmise sur le Moyen-Orient, tandis que leur allié Israël, dans le prolongement de sa guerre génocidaire contre les Palestiniens, lançait une nouvelle offensive au Liban, n’en finit pas de provoquer ses ravages. Entre prétendus cessez-le-feu et frappes bien réelles qui sèment la mort et la destruction, entre déplacements forcés et pénuries, la vie des populations de la région est devenue un enfer.

« La gauche argentine face à un grand défi » est le titre d’une lettre ouverte de militants trotskistes argentins en avril au PTS (parti frère de RP en Argentine, principale organisation du FIT-U, Front de Gauche des Travailleurs-Unité) et au FIT-U et à ses sympathisant·es.

Ce courrier[1] interpelle sur l’indispensable unité des révolutionnaires dans le nouveau contexte de « crise, turbulences, ruptures et brusques virages historiques » que nous vivons, selon l’expression d’un des auteurs, Ariel Petruccelli.

En effet, Milei, l’ultraréactionnaire à la tronçonneuse, atteint des records d’impopularité. Après une première défaite électorale en septembre, il a pu améliorer son score en novembre mais seulement grâce à Trump menaçant le pays de banqueroute financière en cas de désaveu de son allié. La déroute en cours de Trump suite à l’agression criminelle des USA et d’Israël contre l’Iran et à la crise mondiale qu’elle a provoquée, pourrait bien accélérer sa chute...

Lundi dernier, Trump, de retour de Pékin, a renouvelé ses menaces criminelles contre l’Iran dont « il ne restera plus rien » si Téhéran ne signe pas un accord. Incapable de sortir du piège dans lequel il s’est embourbé, Trump poursuit son escalade terroriste. Ni lui ni l’oligarchie financière qui dirige les USA ne peuvent se résigner à leur défaite. Ils ont le soutien actif des ministres des Finances du Royaume-Uni, du Canada, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, du Japon et des États-Unis, les pays du G7, le bloc des vieilles puissances impérialistes, réunis à Paris cette semaine qui rendent l’Iran responsable de la crise économique en cours de même qu’ils condamnent « unanimement la guerre brutale que la Russie poursuit contre l’Ukraine » posant aux victimes des guerres qu’ils ont eux-mêmes provoquées et poursuivent.

Au sommet de Pékin, la semaine précédente, Trump a tenté de donner le change en affichant une bonne volonté de façade en réponse au même affichage de la Chine qui, dans un communiqué publié par le ministère des Affaires étrangères, a demandé un cessez-le-feu complet au Moyen-Orient et la réouverture du détroit d’Ormuz « dès que possible ». Sans qu’il y ait de déclaration commune, Xi Jinping aurait promis « avec force » selon Trump qu’il ne fournirait pas de matériel militaire à l’Iran se contentant de déclarer, « Si je peux être d’une quelconque aide, je serai ravi d’aider ».

La Chine est intéressée au premier rang par la réouverture du détroit dont le trafic a chuté de 97 % depuis le début de la guerre alors que plus de 80 % des hydrocarbures qui y transitent sont destinés à son approvisionnement et à celui des pays asiatiques. Mais elle est surtout plus préoccupée de profiter de la déroute américaine pour renforcer ses positions que de venir au secours de Trump.

Le 3 mai, Jean-Luc Mélenchon annonçait sa candidature à la présidentielle, posant au roc face aux tempêtes des guerres, de la déroute globale du capitalisme, à l’écart des crises politiciennes de la gauche, de l’explosion de la direction du PS aux primaires « tous contre LFI », en passant par la crasse xénophobe d’un Ruffin qui pousse jusqu’au bout sa logique souverainiste et patriote.

La crise n’a pas fini de provoquer de nouveaux éclatements, entre macronistes et chevaux de retour de la droite, dans la surenchère réactionnaire pour espérer tenir face à l’extrême-droite où les couteaux s’aiguisent entre les Bardella, Le Pen, Ciotti et cie…

Face à ce torrent réactionnaire et ce déferlement d’ambitions personnelles rivales, la campagne de LFI tranche. « C’est carré » dit Mélenchon espérant devenir le pivot de la bataille présidentielle pour se retrouver au second tour contre Bardella. Son programme[1] met en avant l’égalité homme-femme, la « créolisation » de la société comme une richesse, les préoccupations environnementales, des mesures sociales, la défense de la paix et la solidarité avec le peuple palestinien.

La semaine a été marquée par un nouvel épisode de la valse-hésitation sanglante de Trump tentant de sortir du piège qu’il s’est lui-même tendu au Moyen-Orient. Lundi 4, il lançait son « Projet liberté » censé libérer les quelques centaines de navires marchands et leurs 20 000 marins coincés dans le Golfe Persique depuis le début de l’offensive. Il y mettait fin deux jours plus tard après que l’Iran eut riposté par des tirs de missiles sur des installations pétrolières des Émirats arabes unis et des navires marchands tout en maintenant le blocus des ports iraniens. Cette reculade ne l’empêchait pas de se féliciter de « l’énorme succès militaire » et des « grands progrès accomplis en vue d’un accord complet et définitif avec les dirigeants iraniens »… dont nul ne sait évidemment ce qu’il en sera alors qu’au Liban et en Palestine son complice Netanyahou poursuit son œuvre criminelle.

La « fureur épique » des USA contre l’Iran, en plus des destructions matérielles et des pertes humaines qu’elle a déjà provoquées, a plongé la planète dans une crise mondiale, conséquence du blocage du détroit d’Ormuz par lequel transitent, entre autres, 20 % de la production mondiale de pétrole et de gaz. Les prix de ces derniers ont explosé sur les marchés financiers, occasion pour les compagnies pétrolières d’engranger de juteux surprofits du fait de leur position de monopole comme par la spéculation. TotalEnergies, dont les traders ont acheté 69 tankers de brut avant que les prix ne s’envolent, a réalisé un milliard de dollars de gains en une seule opération. Hold up dont ont bénéficié les actionnaires du groupe qui a augmenté de 5,9 % ses dividendes et racheté pour 4,6 milliards d’euros d’actions.

La contrepartie dramatique de ce braquage financier est la reprise de l’inflation qui frappe les populations mondiales ainsi qu’une aggravation du ralentissement économique, l’entrée de l’économie mondiale dans une nouvelle phase de stagflation.

Pour la 11ème année consécutive, les dépenses militaires mondiales de 2025 sont en augmentation et battent un record jamais atteint depuis la Guerre froide, 2887 milliards de dollars, selon l’étude du SPRI (Institut international de recherche sur la paix de Stockholm). Et l’an prochain, elles devraient atteindre un nouveau pic, emmenées par la folie guerrière des Etats-Unis dont Trump voudrait encore augmenter le budget militaire de 42 % en 2027, à 1500 milliards de dollars.

Cette explosion du militarisme à l’échelle internationale est bien l’expression de la faillite du capitalisme au même titre que la guerre criminelle engagée contre l’Iran fin février, la guerre au Moyen-Orient des USA et d’Israël qui entraîne l’ensemble de l’économie mondiale dans une crise dont personne encore ne peut mesurer l’étendue.

Toutes les nations, poussées par la logique de la concurrence capitaliste, sont emportées dans cette impasse destructrice et meurtrière. L’Union européenne déploie son énergie pour trouver sa place dans cette course à l’armement pour défendre les positions de ses multinationales, leurs parts de marché en particulier face à la Russie en occupant la place que les Etats-Unis lui ont laissée pour financer et soutenir l’Ukraine dans leur guerre par procuration contre la Russie. Zelensky lui aussi se déploie pour faire valoir ses propres intérêts.

La défaite aux élections législatives du 12 avril dernier de Victor Orban a été une victoire pour l’Ukraine. Orban au pouvoir depuis 2010 et leader de l’extrême droite européenne, allié à la fois de Poutine et de Trump dont le vice-président J.D. Vance était venu en personne le soutenir, voulait se faire élire dans la continuité de son opposition à la guerre au financement de laquelle il mettait son veto. « Qui doit former le gouvernement, Zelensky ou moi ? », affichait un des panneaux de sa campagne électorale.

Orban viré, ainsi que le veto qu’il opposait au prêt de 90 milliards d’euros de l’Union européenne à l’Ukraine, le sommet informel de l’UE qui s’est tenu à Chypre les 22 et 23 avril a acté ce prêt en même temps qu’un 20ème paquet de sanctions contre la Russie.

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