Après le 1er Mai et plus de cinq mois de luttes, des Gilets jaunes au besoin d'un parti des travailleurs
Alors que le mouvement des Gilets jaunes dure depuis près de 6 mois et 25 actes, les centaines de milliers de manifestants du 1er Mai, gilets et drapeaux de toutes couleurs, ont fait une nouvelle démonstration de la profondeur de la révolte et des aspirations sociales et démocratiques, malgré le chaos promis par Castaner, la brutalité et la campagne haineuse du gouvernement relayée complaisamment par une partie de la presse. Si une page du mouvement est en train de se tourner, la suite a commencé à s’écrire et nombre de militant.e.s de toutes origines et générations se posent la question des prochaines étapes, font le bilan des acquis, des enseignements du mouvement et des difficultés et limites à franchir.
Le gouvernement a beau intensifier la répression, multiplier les provocations, étaler mépris et hargne sociale, le soutien populaire est toujours aussi large. Les tentatives pour isoler ceux qui se battent, la violence et les mensonges ne font qu’accroitre le discrédit du pouvoir, à l’image de la prétendue « attaque » de l’hôpital de la Salpêtrière. Une sinistre farce, un an après Benalla, qui met un peu plus en lumière les méthodes Macron-Castaner.
Macron entend ne rien céder. Il affiche sa volonté d’intensifier l’offensive contre le monde du travail, accélérer le calendrier des « réformes » retraites, fonction publique, enseignement, indemnisation chômage… pour mieux baisser la « dépense publique », continuer à casser les droits des travailleurs pour intensifier l’exploitation et répondre aux exigences du capital pour que vivent les profits !
Macron, imposture et enfumage, contre le pouvoir des riches, construire la suite du mouvement
Quel mépris et quelle arrogance ! Après avoir voulu faire croire qu’il avait écouté et compris la révolte des gilets jaunes comme le mécontentement qui sourd de partout, battu sa coulpe en bon jésuite et parlé de lui, Macron a, sans surprise, ignoré lors de son discours-conférence de presse les exigences portées par les gilets jaunes et le monde du travail. Se mettant lui-même en scène, il a joué un nouvel épisode, en direct, de la grande mascarade.
Ecran de fumée
On pouvait croire qu’il essaierait de reprendre la main en annonçant des mesures capables sinon de convaincre du moins pouvant passer pour un geste de compréhension ou qu’il prendrait le risque d’affronter un référendum, de tenter de se faire plébisciter alors que les élections européennes s’annoncent mal pour LREM, non, rien, l’art de la dérobade et de l’esbroufe en guise « d’art d’être français » !
Du blablabla, des mots pour ne rien dire, le personnage est creux et s’est défilé pour tout renvoyer au gouvernement, à des commissions, un flou pour le moins peu artistique. A défaut de répondre aux exigences des classes populaires, Macron brasse du vent, de la proportionnelle limitée qui ne profitera qu’au RN à la réduction du nombre de députés en passant par le référendum d’initiative partagé modifié, un conseil de la participation citoyenne de 250 membres pour la transition énergétique, une maison « France Services » dans chaque canton regroupant divers services publics...
Il n’y aura pas de miracle pour Macron et l’union nationale ni pour les milliardaires du CAC40, le combat continue…
L’incendie qui a ravagé Notre dame de Paris avant qu’elle ne s’effondre en partie et cela au moment même où Macron devait faire son prêche a suscité une légitime émotion. On ne peut être indifférent à la ruine en quelques minutes d’un des chefs d’œuvre du travail humain même si de toute évidence le ciel est vide, dieu une invention humaine et les cathédrales, comme la plupart des monuments du patrimoine, des monuments à la gloire des classes dominantes, de leurs crimes bénis par la religion depuis les croisades, l’esclavage, le servage, les guerres coloniales et leur société d’exploitation. Notre émotion n’a rien de national ni de catholique, elle exprime notre admiration pour les travailleurs manuels, intellectuels, artisans et architectes qui les ont bâties.
L'hypocrisie et le fric ruissellent
C’est bien pourquoi les discours sur l’union nationale tenus par Macron et repris en cœur par le monde politicien et les médias sont insupportables. Les magnificences de Notre dame appartiennent au patrimoine du travail et du génie humains tout autant que toutes celles qui, à travers la planète, par delà les frontières, jalonnent l’histoire de l’humanité. Mais ces magnificences ne nous font pas oublier les crimes des puissants, religieux ou non, des classes dominantes qui en ont été les commanditaires et qui voudraient s’en approprier la valeur universelle.
Retour des années 30 ou nouvelle époque riche de possibilités révolutionnaires ?
Bolsonaro au Brésil, Salvini en Italie, scores de Le Pen, sondages annonçant une forte progression des partis nationalistes d’extrême-droite ou de la droite extrême aux élections européennes… une discussion a lieu sur le retour d’un danger fasciste. L’écho reçu par le livre récent de Michaël Foessel Récidive 1938 en témoigne.
Ces inquiétudes sont légitimes. Comme il est tout à fait légitime de s’interroger, comme notre camarade Ugo Palheta, sur « la possibilité du fascisme », envisageant « la trajectoire du désastre », comme l’indique le titre de son dernier livre. Les menaces pour les travailleurs sont réelles, et d’autant plus sérieuses que les Etats et les partis qui prétendent incarner la démocratie ont engagé eux-mêmes des politiques autoritaires et réactionnaires contre le monde du travail, les migrants, les femmes et tous ceux qui contestent leurs politiques au service de la finance.
Face au plan de Macron pour la bourgeoisie, porter un programme pour le monde du travail
A la veille de l’acte 22 qui a réuni plus de manifestants que le samedi précédent, après 5 mois de mobilisations, Philippe a donné un avant-goût des « décisions puissantes et concrètes » que Macron ne dévoilera que lundi, suspens insoutenable… Au Grand Palais où il avait réuni lundi dernier gouvernement, hauts fonctionnaires et « corps intermédiaires » dont Laurent Berger (CFDT) pour « faire la synthèse » du prétendu grand débat, il en a donné le cadre : « Dès notre arrivée, nous avons baissé les cotisations sociales, baissé la taxe d’habitation, baissé l’impôt sur les sociétés […] Nous devons baisser et baisser plus vite les impôts ». « Les français ont compris avec beaucoup de maturité, beaucoup plus en tout cas que certains acteurs institutionnels du débat politique, qu’on ne peut pas baisser les impôts si on ne baisse pas la dépense publique ».
Un plan de bataille contre les travailleurs et les classes populaires
Face à la profonde révolte, aux aspirations de justice sociale, fiscale et démocratique qui s’expriment à travers le mouvement des Gilets jaunes, face à la solidarité du monde du travail, des classes populaires, Macron n’a en rien l’intention de freiner son « projet national » pour les classes dominantes, financiers et multinationales. Bien au contraire, sans préjuger de la façon dont il entend faire passer sa politique, les conclusions de la mascarade du grand débat sont l’occasion d’engager un nouveau plan de bataille contre les travailleurs et les classes populaires.
Faire entendre les exigences et aspirations portées par les gilets jaunes aussi dans les élections, défendre une perspective pour le monde du travail
Macron s’enlise dans le marais du grand débat. Il croyait endormir la population, étouffer la colère et la révolte, noyer la contestation dans les eaux boueuses de sa logorrhée et de ses mensonges mais c’est lui qui s’y enfonce alors que le mouvement perdure comme la sympathie qu’il a suscitée. De plus en plus Gilets jaunes et militants syndicalistes se retrouvent au coude à coude. Une fraction du mouvement cherche à se coordonner comme en témoigne la deuxième « assemblée des assemblées » qui s’est tenue ce week-end. Les nouvelles attaques annoncées par le gouvernement contre les retraites, les fonctionnaires, l’école, les vagues de licenciements amplifient et étendent la colère. Et il y a tout lieu de penser que les conclusions du grand débat, aussi diluées et étalées dans le temps soient-elles, ne feront que l’exacerber. Macron s’isole lui-même, fait le vide autour de lui au point que son « ami » Sarkozy lui promet que « ça va mal finir ». Certes, un « ami » tel que Macron peut en avoir mais néanmoins connaisseur !
L’illusionniste n’a plus beaucoup de tours dans son sac. L’escroquerie politique du grand débat va se révéler dans tout son cynisme aux yeux des gilets jaunes, du monde du travail et des classes populaires, un nouveau geste de mépris, une nouvelle agression.
Chine, Europe et Amérique, les travailleurs et les peuples face au capitalisme mondialisé
Macron a cru un moment pouvoir s’élever vers des sommets, ou du moins un peu au-dessus de sa bassesse quotidienne, en recevant le président chinois Xi Jinping comme il avait tenté, non sans ridicule, de le faire au début de son mandat avec Trump à peine élu. Tout aussi ridicule cette fois, face à la puissance capitaliste chinoise, le vieil impérialisme français fait figure de lilliputien. Il a cependant tenté de se hisser sur ses épaules pour mener… sa campagne électorale pour les élections européennes en conviant à la réception Merkel et Junker… Macron prend la pause du défenseur d’une Europe capitaliste en déroute en prétendant imposer à la Chine des relations équitables ! Le blabla macronien...
Le mouvement des gilets jaunes, la nouvelle situation sociale et politique et les révolutionnaires
1) Après quatre mois de mobilisation, si le mouvement des Gilets jaunes a marqué le pas, il n’a pas dit son dernier mot malgré les pressions, la campagne de dénigrement et la répression. Et surtout, la crise qu’il a ouverte n’est pas près de se refermer. Il s’inscrit dans un tournant de la situation sociale et politique en résonance avec les mobilisations des femmes ou celle sur le climat alors que la bourgeoisie et l’État poursuivent leur offensive contre le monde du travail.
Cette longévité tout aussi inédite que la nature même du mouvement, la sympathie qu’il suscite, puisent leur force dans un sentiment profond d’injustice, d’humiliation pour beaucoup, que suscitent l’accentuation des inégalités et la politique délibérée de Macron et du gouvernement au profit non seulement du grand patronat mais des catégories sociales les plus privilégiées. La révolte aussi face à l’arrogance d’un pouvoir imprégné de son mépris de classe qui vient de franchir une nouvelle étape en donnant à cette arrogance le visage de l’insulte, de l’agression physique et policière.
Expression spontanée d’une profonde révolte de classe, celle des travailleurs, le mouvement n’échappe pas au recul du mouvement ouvrier et au climat idéologique ambiant, les confusions dites populistes, une aspiration à la justice sociale, fiscale dans le cadre du système, de la nation, au nom du peuple, une morale égalitaire et démocratique contre les élites, les politiciens. Des sentiments localistes, « l’horizontalité », la méfiance vis-à-vis de toute forme d’organisation par en haut, ont représenté un handicap vers les convergences et l’ont privé, le plus souvent, de la possibilité de s’adresser à l’ensemble du monde du travail.
Macron déclare la guerre sociale, préparons la mobilisation générale du monde du travail
« L’ordre républicain a été maintenu, les bonnes consignes ont été appliquées, les résultats sont là… » a cru bon de se vanter Castaner au soir du 19ème acte. Dupe de lui-même, il ne réalise même pas que son gouvernement vient d’être mis en échec. Ces « résultats », c’est l’augmentation de 26 % du nombre de manifestants - 32 000 pour l’acte 18, 40 500 cette fois selon les chiffres du gouvernement -, c’est l’ambiance dans les manifs, la détermination, la fierté d’être là, ensemble, pour dire qu’on ne nous empêchera pas de manifester… Et une sympathie pour le mouvement qui ne faiblit pas.
Macron, aveuglé par son arrogance et son mépris social, comptait sur son Grand débat pour désamorcer la révolte sociale, avoir le mouvement à l’usure. Mais les dizaines de milliers de personnes qui se battent depuis des semaines pour leur dignité et leurs droits ne se sont pas laissé duper ni impressionner malgré une scandaleuse escalade répressive, de provocations et de calomnies.
La semaine dernière, alors que de nouvelles menaces tombaient contre les retraites, la loi anticasseurs était votée, autorisant, entre autres, les forces de l’ordre à effectuer des fouilles préventives, instaurant des zones d’interdiction de manifester… Cette mesure a été largement mise en œuvre dès ce samedi à Paris, Bordeaux, Toulouse, Nice… Des centaines de manifestants ont été embarqués, 172 placées en garde à vue, 103 verbalisés, condamnés à payer une amende qui est passée dans la semaine de 38 à 135 euros…
La campagne contre les gilets jaunes, une campagne contre les travailleurs et les classes populaires. Le 19 et après montrons ensemble notre détermination
Le gouvernement et les médias se sont à nouveau emparés des violences qui ont émaillé, à Paris, la manifestation des gilets jaunes pour mener leur campagne de dénigrement, de calomnie contre le mouvement. Ils tentent de se dédouaner de leur responsabilité contre les manifestants. Pourtant ce sont bien eux qui, par leur mépris, leur hostilité de classe aux Gilets jaunes, aux classes populaires et à leurs exigences, comme par les provocations de leur police, alimentent les tensions et créent un terrain propice à des groupes marginaux. Cette campagne ne les sortira pas de l’impasse ni ne réussira à étouffer le mécontentement qui s’exprime de partout.
Macron a certes réussi à remobiliser ses troupes, à regagner une partie de son électorat face à Le Pen, à lancer sa campagne pour les européennes mais il est loin d’avoir convaincu. Comme il n’a rien à répondre aux exigences non seulement des Gilets jaunes mais de l’ensemble des travailleurs et des classes populaires, il lui faut encore et encore gagner du temps… Et aussi tenter d’impliquer un peu plus non seulement les syndicats mais les partis, les corps dits intermédiaires, les élus et notabilités dans la mascarade… Le Sénat et l’Assemblée nationale seront de la partie pendant que Macron continue sa tournée des popotes dans les régions après avoir reçu des intellectuels à l’Élysée... Le grand show continue et Macron « dépliera progressivement les réponses jusqu’à l’été » selon la ministre qui gère le barnum. Jouer la montre et l’esquive...



