Nous approprier collectivement les leçons du mouvement des gilets jaunes
Le mouvement des gilets jaunes marque un tournant dans la situation sociale et politique, il ouvre une crise dont les effets et répercussions sont devant nous. Inédit et imprévu, il nous rappelle que les rythmes de la lutte de classes ne se décrètent pas et soulève bien des questions à la fois sur sa nature, sa signification, ses conséquences, les enseignements que nous pouvons en dégager. Il pose la discussion sur les perspectives et les tâches du mouvement révolutionnaire en termes nouveaux.
S’il n’a jusqu’à maintenant pas été massif, il a tiré sa force du soutien et de la sympathie qu’il a su susciter dans une grande majorité de la population. Il porte, exprime le sentiment profond d’injustice que suscitent l’accentuation des inégalités et la politique délibérée de Macron et du gouvernement au profit non seulement du grand patronat mais des catégories sociales les plus privilégiées. La révolte aussi face à l’arrogance d’un pouvoir isolé et aveuglé par son mépris de classe. En participant au mouvement, à l’occupation des ronds points, aux manifestations et maintenant à des cortèges autonomes, aux assemblées générales, les femmes renforcent le caractère de classe du mouvement, un mouvement des plus exploité.e.s, et y apportent aussi le sens de la solidarité et de la « fraternité », leur capacité à ne pas être dupes.
Après les attaques contre les retraité.e.s, les taxes sur les carburants ont été le déclencheur ainsi que l’ensemble de la fiscalité qui répartit les richesses en faveur des privilégiés sans même parler de l’évasion fiscale. Mais les exigences que porte le mouvement sont plus profondes et remettent en cause non seulement Macron, son gouvernement et sa politique mais, en fait, le capitalisme et ses institutions.
Le « débat », c’est au sein du mouvement, dans la rue et les entreprises qu’il se mène, pour préparer les prochaines étapes
Les menaces et coups de menton grotesques de Castaner déclarant « complices » et coupables toutes celles et ceux qui iraient manifester, un dispositif policier gigantesque et une nouvelle semaine de propagande hostile n’y ont rien changé : la neuvième journée de manifestations a témoigné de la détermination du mouvement, de la révolte. Dans toutes les villes du pays, les manifestants étaient plus nombreux que les semaines précédentes, avec probablement cette fois davantage de chasubles et badges syndicaux, des structures syndicales ayant appelé plus ou moins clairement à participer au mouvement. Le ministère de l’Intérieur a annoncé sans crainte du ridicule 84 000 manifestants (50 000 la semaine dernière)… à peine plus donc à l’en croire que les 80 000 « forces de l’ordre » déployées !
Pour tous, la question ne se pose pas, samedi prochain on se retrouve ! Dans les manifestations, sur les ronds points, continuent à s’exprimer la fierté collective, la solidarité face aux provocations, à la répression et à la violence de l’appareil d’Etat… avec ce sentiment nouveau pour beaucoup d’appartenir à un collectif qui prépare l’avenir, est capable de tenir tête à ceux qui en face cherchent à humilier au quotidien, licencient, précarisent, appauvrissent et accusent, tel Macron, de manquer du « goût de l’effort » !
Face à leur haine de classe, tous nos vœux pour nos luttes contre le capitalisme et ses serviteurs en faillite
« Une fois encore, une extrême violence est venue attaquer la République - ses gardiens, ses représentants, ses symboles. », s’indignait Macron hier soir faisant écho aux propos outragés du porte-parole de son gouvernement, Griveaux, après l’assaut de la cour de son ministère par un engin de chantier.
Ils s’indignent hypocritement alors qu’ils ont simplement reçu la monnaie de leur pièce, la réponse à la répression policière et à leurs provocations délibérées, un acte VIII qui a rassemblé sans doute bien plus que les 50000 manifestants reconnus officiellement par le ministère de l’Intérieur et des manifestations de femmes gilets jaunes dans plusieurs villes. Depuis le début du mouvement jusqu’au 17 décembre, 4750 personnes ont été mises en garde à vue, 3747 poursuivies en justice et sur les 697 jugées en comparution immédiate, 216 ont été emprisonnées, certaines condamnées à plusieurs mois de prison ferme pour des motifs dérisoires. Des dizaines de manifestants ont été gravement blessés par des tirs de flash-balls, les grenades de désencerclement ou les canons à eau. L’« état de droit » de Macron et de ses ministres, c’est un état d’exception d’une République pour les riches, répression et peines de prison pour les pauvres et impunité pour patrons et politiciens corrompus, les Benalla and co.
Il n’y a pas de Père Noël, préparons la suite de la mobilisation…
Le mouvement des gilets jaunes a marqué le pas avec les fêtes, après six semaines de mobilisations qui ont changé en profondeur la situation politique. Il marque le pas mais il est loin d’être terminé. Cela malgré la scandaleuse répression qui frappe des militants du mouvement condamnés à des peines de prison ferme et révèle la corruption du pouvoir plein de mansuétude à l’égard de Benalla, ce voyou des beaux quartiers proche de Macron qui bénéficie de passeports diplomatiques alors qu’il devrait être en prison.
Les gilets jaunes se sont à nouveau manifestés samedi et nombreux sont celles et ceux qui se préparent à fêter sur les ronds-points la fin de l’année. Le mouvement se poursuit aussi à travers les multiples discussions qu’il anime, les questions qu’il pose, la politisation qu’il suscite. Il ne s’agit pas des infinis débats médiatiques des experts et autres spécialistes, ni des sociologisations de celles et ceux qui découvrent avec étonnement « le peuple », mais de nos discussions qui ont traversé les repas et rencontres de fin d’année à travers lesquelles expériences, idées circulent, se forment, s’enrichissent…
Pour y participer, Démocratie révolutionnaire a regroupé dans sa lettre de fin d’année l’ensemble des articles qu’elle a écrits au cours de cette première phase du mouvement.
Ni les bulldozers de Castaner ni les manœuvres institutionnelles n’étoufferont la révolte. Débattons de notre politique pour la suite
« Vous avez raison »… Voilà ce que Macron, roi de l’imposture, a cru bon de répondre à la pétition « Pour une baisse des prix du carburant à la pompe » qui a initié le mouvement des Gilets jaunes. Cynique, il appelle à faire « ensemble et dans le dialogue, de cette colère une chance »… après avoir refusé, des semaines durant, de satisfaire la moindre de leurs exigences et fait donner ses flics, les flash-ball, les grenades, les lacrymogènes contre les manifestants ! Derrière les phrases hypocrites, les matraques, la répression ne sont jamais bien loin. « C'est maintenant l'ordre qui doit régner » a-t-il déclaré, entouré de soldats depuis N’Djamena au Tchad.
Tout est mensonge et double jeu, à commencer par les mesures votées, au final, à marche forcée vendredi : le tour de passe-passe sur la prime d’activité, qui ne concernera que 55 % des salariés payés au SMIC, sur la CSG que les retraités devront continuer de payer jusqu’au mois de juillet… dans l’attente d’un remboursement ! Pour tout le monde, on est loin du compte.
Et pris de panique, le gouvernement a été contraint de lâcher aux policiers quelques augmentations de salaire par crainte d’une contestation de ces « forces de l’ordre » si chères à Castaner. Mais cela ne fait qu’augmenter le mécontentement des Gilets jaunes comme de tous les salariés, en particulier de la Fonction publique, dont les salaires sont gelés depuis des années… Colère qui va bien au-delà des syndicats de fonctionnaires qui quémandent la prime de Noël au gouvernement !
Lutte Ouvrière, la situation internationale et la refondation de la IVème Internationale...
La revue de Lutte Ouvrière, Lutte de classe, vient de publier les textes adoptés par son congrès qui s’est déroulé les 8 et 9 décembre à huis-clos (https://mensuel.lutte-ouvriere.org//lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/196-decembre-2018-janvier-2019). Rien n’est indiqué mais tout laisse à penser que ces textes ont été adoptés à une très très large majorité qui probablement tend vers l’unanimité…
Nous avons déjà, il y a quelque semaines dans le numéro 63 de notre lettre, discuté de la compréhension que LO a de la période et des tâches, de sa vision dogmatique du trotskysme à propos du quatre-vingtième anniversaire de la fondation de la IV et d’un article publié dans la LDC en septembre intitulé « Contre le chaos de l’impérialisme en putréfaction, le programme de lutte de la classe ouvrière ». Ce dernier texte faisait partie des textes soumis au vote du congrès.
Il nous semble important d’y revenir parce que cette discussion est essentielle pour l’ensemble du mouvement révolutionnaire au moment où l’irruption des gilets jaunes crée de nouvelles possibilités et surtout responsabilités.
Le mouvement des gilets jaunes pour vivre dignement, pour décider et contrôler, une bataille de classe, sociale et politique
Malgré les appels en boucle des politiciens et des médias à être responsables, à l’union nationale, malgré le renforcement des moyens policiers, le plan anti-attentat, les menaces, le chantage… des dizaines de milliers de manifestant.e.s sont à nouveau descendus dans la rue ce samedi tandis que de nombreux autres continuaient à tenir les ronds-points, bloquaient des zones commerciales.
La presse et tous les émissaires du gouvernement et des patrons ont beau répéter que « le mouvement s’essouffle », tenter de le minorer, sa détermination s’impose à tous. L’aspiration à vivre dignement, à la justice sociale, à la démocratie est profonde et contagieuse, les prises de conscience et les ruptures s’accélèrent.
Le soutien de la population ne faiblit pas plus.
La veille, les manifestations à l’appel de la CGT n’ont pas fait le plein, mais comment s’en étonner vu à la fois l’absence de préparation et les ressentiments de nombre de militant.e.s vis-à-vis de la politique des directions syndicales. Malgré cela, des dizaines de milliers de salarié.e.s, de militant.e.s se sont saisis de cette journée pour faire le lien avec le mouvement général, affirmer leur volonté que cette lutte s’étende dans les entreprises, par la grève.
Question sociale, question climatique, un même combat démocratique et… révolutionnaire
Depuis plus d’un mois, la révolte des gilets jaunes a imposé la question sociale sur le devant de la scène. Partie d’une lutte contre l’augmentation du prix des carburants, elle a fait surgir toute la révolte accumulée depuis des années contre les injustices et les inégalités subies par les classes populaires. Par leur détermination, les gilets jaunes ont fait aussi apparaître au grand jour le cynisme du gouvernement qui justifiait ces nouvelles taxes au nom de la « transition écologique » quand, dans le même temps, le démantèlement des services publics, l’insuffisance des transports en commun, l’explosion des loyers des grandes villes, obligent les classes populaires à utiliser leurs véhicules et que le carburant des tankers et des avions de ligne est largement exonéré de taxes, au nom de la compétitivité. La crise climatique, les problèmes environnementaux ne sont pas des questions à part qui échapperaient à la logique de la lutte des classes. Bien au contraire, il ne peut y avoir de réponse à la question écologique qu’en lien avec la question sociale et qu’en rupture totale avec les politiques des classes dominantes qui continuent à mener leur guerre de classe… même quand elles prétendent agir pour le climat.
Le fait que le 8 décembre, dans certaines villes, sous différentes formes, les marches pour le climat et les manifestations des gilets jaunes aient convergé, participe d’une évolution des consciences, d’une libération de l’illusion que les problèmes écologiques auraient une portée universelle qui échapperait aux intérêts de classes. Illusion dangereuse qui désarme les consciences, pousse à croire aux solutions consensuelles au nom d’un « développement durable », d’une « transition écologique », formulations neutres qui masquent tout contenu social et finalement toute remise en cause du capitalisme. Il est pourtant indispensable d’avoir conscience que le capitalisme est à la fois le principal responsable de la crise climatique mais aussi le principal obstacle à toute politique visant à y répondre.
Gilets jaunes, climat, révolte des jeunes, luttes des salariés, contre un pouvoir aux abois, la réponse dépend du monde du travail. Tous ensemble !
Macron n’a pas réussi à transmettre sa peur à tout le pays. Malgré un énorme déploiement policier, les chars de la gendarmerie dans les rues des grandes villes, Paris en état de siège, une mise en scène jouée en boucle par les médias, l’intox comme quoi tout manifestant devenait un casseur, les mobilisations des gilets jaunes n’ont pas faibli, la jeunesse les a rejoints et les manifestations pour le climat ont fait le plein, souvent la convergence a eu lieu.
Un profond sentiment de colère et de dégoût gagne l’opinion devant ce déploiement policier, la répression par un État muet et sans réponse aux exigences populaires. Comme devant cette vidéo odieuse qui montre 148 jeunes lycéens à Mantes-la-Jolie contraints par les sbires du pouvoir à s’agenouiller, à mettre leurs mains sur la tête, certains d’entre eux face à un mur.
Cette image résume la politique d’un gouvernement aux abois qui a perdu le contrôle de la situation et de lui-même, faire peur, intimider, humilier. Même ses plus proches ! Le Premier Ministre est désavoué dans la même journée par Macron pour deux jours après, samedi soir, apparaître à côté du pitoyable ministre de l’Intérieur, contraint d’en assumer le bilan tout en le renvoyant au second rôle !
« Les gens qui ne sont rien » (Macron) postulent à être tout ! Acte IV, tous ensemble vers la grève générale contre Macron et le Medef
Après plus de trois semaines de mobilisation, Macron a cru faire un geste en annonçant par l’intermédiaire de son Premier ministre un moratoire de six mois sur la taxe carbone ainsi que sur les hausses des prix du gaz et de l’électricité. Puis il laisse entendre que, peut-être, il pourrait rétablir l’ISF. De nouveaux gestes de mépris en réalité qui font semblant de céder sans céder, ne répondent rien sur l’essentiel, les salaires, les retraites, les minima sociaux et confirment qu’il n’y aura pas le moindre coup de pouce pour le smic. Une provocation du forcené de l’Elysée qui, contraint de céder, essaye de retourner la situation en sa faveur.
Cela ne trompe personne, les réactions immédiates en témoignent. Aveuglé par sa suffisance, Macron pourrait bien dresser toute la population contre lui, œuvrer à l’élargissement, l’approfondissement du mouvement, sa généralisation à l’ensemble du monde du travail.
Les médias ont beau passer en boucle ou montrer en permanence les scènes de violence de samedi dernier, rien n’y fait. Bien au contraire même, involontairement, elles soulignent la responsabilité du pouvoir et de son ministre de l’intérieur, le prix du mépris, de leur violence, de la violence sociale, de la pauvreté qu’ils ne veulent pas voir tout attachés qu’ils sont à la classe des privilégiés.



