Après plus de six mois de mobilisations et le coup de semonce des européennes, les perspectives des révolutionnaires en discussion
1) Sans surprise, Le Pen est arrivée en tête des élections européennes devant Macron. Cela s’inscrit dans une logique sociale et politique à l’œuvre depuis des années, résultat des capitulations et de la déroute de la gauche institutionnelle, la gauche de gouvernement qui réalise un score particulièrement bas et de celles des directions des grandes confédérations syndicales incapables d’avoir une politique pour résister à l’offensive du capital. Un processus à l’œuvre au niveau de l’Union européenne, ces élections en apportent une nouvelle illustration.
Macron n’avait dû sa victoire à la présidentielle qu’à une imposture financée par le grand patronat, celle de se présenter comme le rempart face à l’extrême droite. Depuis qu’il est au pouvoir, sa politique renforce le RN qu’il a lui-même intronisé comme son seul opposant pour tenter de refaire le hold-up de la présidentielle. Ainsi, Marine Le Pen n’a eu aucun mal à jouer le rôle qu’il lui dédiait, celle de la meilleure opposante à un gouvernement détesté !
Elle réussit, pour une part, à dévoyer et institutionnaliser le mécontentement exprimé par les Gilets jaunes en appelant au vote sanction contre Macron, une façon de démontrer son utilité aux classes dominantes. Imposteur contre imposteur, c’est elle qui a gagné mais les perdants ce sont les gilets jaunes et l’ensemble du monde du travail.
Pour le plein emploi, nos luttes pour l’interdiction des licenciements et la répartition du travail entre toutes et tous !
L’annonce par General Electric de la suppression de 1044 emplois dans l’usine ex-Alstom de Belfort rend bien dérisoire l’annonce que vient de faire l’Insee d’une baisse de 0,8 % du chômage au 4ème trimestre 2018. D’autant que ces licenciements s’ajoutent à une liste déjà longue : dans la distribution, Castorama va supprimer près de 800 postes, à Auchan 700 sont menacés, à Carrefour 3 000 et le groupe Rally, qui possède Casino, croule sous les dettes. Dans l’industrie, entre 400 et 800 emplois sont menacés à l’usine Bosch de Rodez ; Britich Steel, repreneur d’Ascoval, vient d’être déclaré en faillite ; un an après son rachat, l’ancienne usine Whirpool d’Amiens est de nouveau en redressement judiciaire ; à Mulhouse, un millier d’emplois vont disparaître à PSA ; à Blanquefort, le plan de fermeture de l’usine Ford est en cours, touchant 850 salariés, etc.
« Une vague verte », nouvelle mouture de la gauche qui n’est « ni de gauche ni de droite », une impasse...
Lors de la soirée électorale du 26 mai, fort de ses 13,5 % des voix, Yannick Jadot s'est réjoui qu'EELV devienne « la troisième force politique de France » derrière le RN et LREM, mais nettement devant le Parti socialiste (6,2%), la France insoumise (6,3%) et le Parti communiste (2,5%).
« C'est une vague verte européenne dont nous sommes les acteurs » a-t-il rajouté et, effectivement, les partis écologistes ont eu de bons résultats dans la plus grande partie de l’Europe. En Allemagne les Grünen atteignent 21 % arrivant deuxième devant la social-démocratie, comme en Finlande où la Ligue verte atteint 16 %. En Irlande avec 15 % le Green Party arrive en troisième position.
Ce n’est pas la première fois qu’aux élections européennes, les partis écologistes obtiennent de tels résultats. Ainsi en 2009 en France, les Verts avaient totalisé 16 % et se voyaient déjà l’axe d’une grande coalition électorale qui n’a jamais abouti… en 2012, à la présidentielle, Eva Joly n’obtenait que 2,6 %.
Contre l’offensive du capital et des forces réactionnaires, Ne nous abstenons pas de faire de la politique, notre politique, pour défendre nos intérêts de classe !
Sans surprise, à l’issue d’une campagne cacophonique sans intérêt qui a sombré en fin de course dans le sécuritaire alors que les Gilets jaunes montraient, dans la rue, qu’ils n’en attendaient rien, Le Pen est arrivée en tête des élections européennes devant Macron. Cela s’inscrit dans une logique sociale et politique à l’œuvre depuis des années du fait des capitulations et de la déroute de la gauche institutionnelle, la gauche de gouvernement et de celles des directions des grandes confédérations syndicales incapables d’avoir une politique pour résister à l’offensive du capital et des forces réactionnaires. Ce processus se déroule dans l’Europe entière.
Imposteur contre imposteur...
Macron n’avait dû sa victoire à la présidentielle qu’à une imposture financée par le grand patronat, celle de se présenter comme un adversaire résolu de l’extrême droite. Depuis qu’il est au pouvoir, tant le mécontentement que sa politique engendre que son attitude arrogante et méprisante associée à la répression policière alimentent la propagande des démagogues de l’extrême droite prêts à tout pour accéder au pouvoir. Lui même avait intronisé le RN comme son seul opposant pour tenter de refaire le hold-up de la présidentielle.
Contre les souverainistes, les patriotes et les nationalistes, vive la solidarité des travailleurs et des peuples Votez et faites voter pour Lutte ouvrière
Étranges élections pour le parlement européen dont le contenu politique pourrait se résumer à cinquante nuances de souverainisme ou de nationalisme, voire de xénophobie agressive. Celui qui se veut le porte-parole des dits « progressistes », Macron, s’est emparé avec une ardeur intéressée de la cérémonie d’hommage aux deux soldats morts au Burkina Faso pour libérer des otages, de l’émotion que cela avait pu susciter pour faire l’éloge du patriotisme et de l’armée de la nation. Et cela avec l’assentiment et l’approbation de tout ce que ce pays compte d’institutionnel communiant au nom de l’unité nationale.
« On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour les industriels » écrivait au lendemain de la première guerre mondiale Anatole France. On dirait aujourd’hui « pour les multinationales » dont l’armée française impose l’ordre et le pillage aux peuples d’Afrique après leur avoir imposé l’ordre colonial et nourrit le terrorisme que le gouvernement prétend combattre.
CGT, Gilets jaunes et convergences, une discussion politique
Ce 52ème congrès de la CGT qui vient de se terminer n’a pas passionné les travailleurs, ni même les militants. Les nouvelles règles de désignation des délégués, comme la double validation par les fédérations et les Unions Départementales, illustrent la volonté d’une discussion bien plus centrée sur les intérêts de l’appareil que sur ceux de l’ensemble de la classe ouvrière.
Mais malgré les filtres bureaucratiques, le mécontentement s’est fait entendre, en particulier sur le mutisme de la direction devant le mouvement des Gilets Jaunes. D’autant que depuis des mois, bien des militants syndicaux, politiques, du mouvement social se sont retrouvés au coude à coude sur les ronds-points ou dans les manifestations du samedi, cherchant à construire cette convergence par en bas de la contestation face à Macron et à son gouvernement.
Opération de « greenwashing » de la campagne européenne... Inscrire les luttes écologiques dans le combat de classe pour en finir avec le capitalisme !
La plupart des listes présentes aux élections européennes se sont lancées dans une opération de greenwashing de leur programme, annonçant faire de l’écologie une question centrale… Les problèmes écologiques sont bien réels et l'ampleur des mobilisations de la jeunesse pour le climat témoigne d’une large prise de conscience. Mais face à leurs enjeux, les petits calculs électoraux, les promesses à peu de frais des uns et des autres se ramènent à un cynique « bal des hypocrites », pour justifier les mêmes politiques.
Ne soyons pas les otages d’une politique militariste impérialiste qui entretient le terrorisme
Quatre otages, dont deux touristes français disparus depuis le 1er mai alors qu'ils étaient dans le nord du Bénin dans une zone de toute évidence « à risques majeurs », ont été libérés par un commando militaire français dans la nuit de jeudi à vendredi au nord du Burkina Faso. Au cours de cette intervention, deux militaires membres des forces spéciales ont trouvé la mort. Cette opération militaire dont Macron a pris la décision devient une opération de politique intérieure. Deux semaines avant les élections européennes, Macron cherche à s’imposer face à Marine Le Pen comme dirigeant de la nation, patriote, à contraindre les partis institutionnels à soutenir sa décision et à rallier l’union nationale pour saluer la mémoire des deux soldats sacrifiés. Il cherche à utiliser l’émotion en sa faveur, pour justifier la politique de la France en Afrique.
Il a remercié les gouvernements béninois et burkinabé « pour leur parfaite coopération » et les a assurés « de l’entière volonté de la France à les aider dans leur lutte contre le terrorisme au Sahel ». Comme si la France était au Sahel pour aider les populations !
Venezuela, luttes de pouvoir et jeu des grandes puissances, la nécessaire indépendance des travailleurs
Le 30 avril, le Venezuela a connu un nouvel épisode de la crise aiguë qu’il vit depuis l’élection contestée de Nicolás Maduro en 2018. Une base aérienne de Caracas a été prise par des militaires avec les principaux opposants au régime, Juan Guaidó et Leopoldo López. Un pas de plus dans la crise ouverte le 23 janvier lorsque Guaidó, obscur politicien arriviste libéral, se proclama président à la place de Maduro, avec l’aval des Etats-Unis.
Depuis, Trump, tout à sa démagogie réactionnaire, a aggravé les sanctions économiques contre le Venezuela déjà commencées par Obama au nom de la « démocratie ». Et ses alliés occidentaux se sont empressés de reconnaître Guaidó, dont Macron, qui justifie les ventes d’armes par la France à l’Arabie saoudite pour sa sinistre guerre contre le Yémen, outré par la toute-puissance de Maduro !
Leur attitude, les menaces d’intervention militaire de Trump aussi peu probable soit-elle, sont révélatrices des tensions entre les grandes puissances. La Russie vend et achète des armes au Venezuela et lui envoie du matériel militaire, Maduro se place sous sa protection. La Chine intervient de plus en plus dans l’économie vénézuélienne.
Contester le pouvoir de la bourgeoisie, ses institutions et ses serviteurs politiques dans les élections européennes
Depuis vendredi, l’ensemble des listes présentes pour les élections européennes sont connues. La campagne donne un sombre tableau de la vie politique institutionnelle de ce pays. Toutes les forces de droite extrême ou d’extrême droite se disputent les mêmes thèmes en ayant bien du mal à faire entendre leurs prétendues différences qui justifient leurs rivalités et luttes pour le pouvoir. Macron espère rallier à lui une partie de l’électorat le plus réactionnaire en particulier grâce au zèle de Castaner et de sa police. Depuis des mois, son objectif vise à être le point d’orgue du rassemblement des couches sociales les plus réactionnaires, le parti de l’ordre qui ne joue pas avec le feu mais garde le cap et se prépare, prépare la police, les médias, tout ce que le pays compte d’institutionnel à une véritable guerre de classe contre le monde du travail et les classes populaires face aux difficultés financières et économiques qui menacent. Le premier Mai, à Paris, en a été une nouvelle démonstration. Mais le zèle de son ministre pourrait bien se retourner contre lui.
La stratégie des tensions
Ce zèle policier n’est pas une bavure mais bien celui de Macron qui, incapable de mettre un terme aux mobilisations, de répondre à leurs demandes, fait de la politique par le biais du ministère de l’intérieur, des manipulations policières, de l’intox et des fake news relayées par des médias aux ordres, serviles. Macron croyait pouvoir étouffer la colère, mais aveuglé par ses ambitions politiques, sa soif de revanche, son inextinguible besoin de rabaisser ses adversaires ou même… ses alliés, il ne parvient pas à reprendre la situation en main.



