La bourgeoisie et ses propagandistes voulaient voir dans la fin du dit « bloc soviétique », au moment de sa chute, la confirmation des discours qui accompagnaient, au début des années 1980, l’offensive libérale lancée par Reagan et Thatcher, avec son « There Is Not Alternative ». L’effondrement du monde issu des bouleversements révolutionnaires consécutifs à la première guerre mondiale était la preuve qu’il n’y avait « pas d’autre alternative » pour l’humanité que la généralisation des lois du marché et du profit, de la libre concurrence, pour peu que les frontières soient ouvertes à la circulation des capitaux et des marchandises. Ce « monde » serait celui de la paix, de la démocratie, de la justice sociale, dans lequel chaque individu, chaque peuple profiterait des fruits d’une croissance enfin libérée de tout obstacle. En corollaire, les 75 ans d’existence de l’Union soviétique, l’influence énorme qu’elle avait eue sur la politique mondiale pendant trois quarts de siècle, n’auraient été qu’une erreur de l’histoire, le marxisme une utopie, le « communisme » une idéologie meurtrière…

« Nous ne sommes pas du même camp » a déclaré, agressif, le préfet de Paris Lallement lors de l’acte 53 des gilets jaunes face à une dame qui l’interpellait, lui disant « je suis gilet jaune ». C’est clair, nous ne sommes pas du même camp !

Le préfet, comme l’ensemble de l’appareil d’État, de sa police, la haute administration comme le gouvernement ont choisi leur camp, celui des possédants, des riches, des classes dominantes, et, même s’ils n’en ont pas toujours la même conscience que le préfet de Paris, les policiers sont enrôlés dans ce camp. La violence de l’État est indissociable de la violence sociale, morale, physique que génèrent les inégalités et l’injustice sociale inhérentes à l’exploitation capitaliste. Ils ne sont pas neutres, au-dessus des classes, ils sont au service de la classe dominante qui confond ses intérêts privés avec l’intérêt général.

Cet appareil d’État est engagé dans une véritable guerre sociale contre la population laborieuse pour perpétuer la domination et les privilèges d’une petite minorité. C’est ce qui conditionne tant leur politique économique, sociale que leur propagande ou leur politique dite du maintien de l’ordre.

La chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS, la fin de la guerre froide marquent un tournant, la fin d’une époque ouverte par le développement impérialiste du capitalisme, ce « court XXème siècle (1914-1991) » selon l’expression de l’historien marxiste Eric Hobsbawm dans son livre L’âge des extrêmes.

En 1914, la première guerre impérialiste mondiale précipitait la fin des anciens empires coloniaux. Les bourgeoisies des principales puissances dominantes se repartageaient le monde, les colonies et les marchés à travers une immense boucherie qui sanctionnait les nouveaux rapports de force économiques et militaires. Une guerre dont les conséquences allaient façonner le XXème siècle.

Le mouvement des Gilets jaunes n’a pas épuisé ses forces comme en attestent les mobilisations de l’acte 53, tenues de ronds points et manifestations un peu partout, malgré la répression policière et les provocations, en particulier à Paris. La place d’Italie, d’où devait partir une manifestation déclarée et autorisée, a été cernée et bloquée par les forces de l’ordre, transformée en souricière, avec des affrontements inévitables commentés en boucle par les médias aux ordres. La préfecture a très rapidement interdit toute manifestation à Paris alors que des milliers de manifestants, avec gilet ou sans gilet, s’y étaient rassemblés.

« L'événement le plus chargé d'espoir, le plus grandiose de notre temps, semble s'être retourné tout entier contre nous. Des enthousiasmes inoubliables de 1917, que reste-t-il ? Beaucoup d'hommes de ma génération, qui furent des communistes de la première heure, ne nourrissent plus envers la Révolution russe que des sentiments de rancœur. Des participants et des témoins presque personne ne survit. Le Parti de Lénine et de Trotsky a été fusillé. Les documents ont été détruits, cachés ou falsifiés. [...] Une pauvre logique, nous montrant du doigt le noir spectacle de l'U.R.S.S. stalinienne, affirme la faillite du bolchevisme, donc celle du marxisme, donc celle du socialisme… Escamotage facile en apparence des problèmes qui tiennent le monde et ne le lâcheront pas de sitôt. » écrivait Victor Serge, en 1947, dans Trente ans après la révolution.

A la veille de la marche contre l’islamophobie de ce dimanche à Paris, qui a rassemblé plus de 13000 personnes, s’est développée une campagne hostile portée par les médias aux ordres devenus les porte-parole du gouvernement, des Zemmour et autres RN pour dénoncer leur fantasme d’un prétendu ralliement à l’islamisme politique. Ils ont repris à leur compte les propos du premier ministre sur BFM-TV, déclarant qu’« un certain nombre, peut-être pas tous, de ceux qui appellent à manifester dimanche me paraissent s’inscrire dans une logique de communautarisme… ». Communautarisme, l’accusation est lâchée !

La gauche de la dérobade…

Il n’en a pas fallu plus pour provoquer une débandade parmi certains courageux hommes de gauche empressés de se justifier quitte à donner crédit aux accusations du pouvoir contre la manifestation.

« Aucun mur qui exclut les gens et restreint la liberté n'est assez haut ou long qu'il ne puisse être franchi (…) Cela vaut pour nous tous, à l'Est comme à l'Ouest » a déclaré Merkel à l’occasion de la commémoration de la chute du Mur de Berlin. Voulait-elle condamner par ses propos ses alter-egos, ces dirigeants des grandes puissances qui parlent de « liberté » tout en barricadant leurs frontières contre les migrants ? Condamner leur Europe forteresse qui ne cesse de se renforcer ? Trump qui lance son nouveau mur de 450 km avec le Mexique et Macron qui veut imposer des quotas sur l’immigration ? Cet été en Hongrie, elle-même et Orbán ont célébré, main dans la main, le 19 aout 1989, où 600 Allemands de l’Est étaient passés à l’ouest en quelques heures. Orbán en a profité pour vanter une « Europe de paix et de sécurité », revendiquant les 200 km de barbelés au sud du pays contre les migrants ! Quel aveu d’échec et de mensonge !

On est loin de la campagne triomphante de 1989, affirmant la « victoire de la démocratie » et la « fin de l’histoire ». La campagne des médias sur la « révolution démocratique » du 9 novembre 1989 cache bien mal le chaos qu’est devenue cette « mondialisation heureuse » annoncée dans les discours officiels de l’époque.

Lundi dernier, le 28 octobre, la mosquée de Bayonne a été l’objet d’un attentat. Un ancien candidat du FN en a dynamité l’entrée puis il a tiré sur deux personnes qui en sortaient, les blessant gravement. Il a ensuite incendié une voiture dont le propriétaire a failli mourir.

Le lendemain, une majorité de sénateurs votaient une proposition de loi d’un élu de la droite LR consistant à interdire le port d’insignes religieux, dont le voile, aux mères d’élèves accompagnant les sorties scolaires. Une façon de donner raison à l’élu du RN qui avait apostrophé et humilié publiquement, en pleine séance du conseil régional de Bourgogne Franche-Comté, une mère d’élève portant un foulard qui accompagnait la sortie à laquelle participait son fils.

« Merci à tous, c’était un grand jour pour notre pays » déclarait Trump pour conclure sa conférence de presse, dimanche dernier, au sujet de l’élimination par l’armée américaine de Abou Bakr Al-Baghdadi, le chef de l’État islamique. Ce dernier avait proclamé en juillet 2014, à la mosquée Al-Nouri à Mossoul, le « califat » de l’EI sur les territoires conquis en Irak et en Syrie, califat aujourd’hui démantelé. « C’était comme regarder un film » s’est enthousiasmé Trump avec un contentement où se mélangent l’abject et le cynique, l’infantile et le ridicule, une vide fatuité. Et de fanfaronner « Personne n’est hors de notre portée [...] Ces monstres sauvages n’échapperont pas à leur destin et au jugement final de Dieu ». Affichant son mépris de ses propres alliés, pêle-mêle il « remercie les Kurdes de Syrie pour l’aide apportée dans cette dangereuse mission […] La Russie a été super, l’Irak a été excellent. Nous avons eu une excellente coopération. [...] La Turquie a été géniale, nous avons survolé un bout de leur territoire, ils n’ont posé aucun souci... » et cela deux semaines après qu’il a décidé le retrait des troupes américaines qui a laissé le champ libre à la Turquie pour bombarder les Kurdes, trahis.

Plus d’un million de personnes ont manifesté vendredi 25 à Santiago-du-Chili et d’autres villes du pays. Ni la violence de la répression militaire – 19 personnes sont mortes au cours des affrontements – ni les prétendus reculs du président Piñera n’ont freiné le mouvement commencé il y a une semaine. Véritable soulèvement populaire, il s’approfondit. Ce qui se passe au Chili est un des puissants mouvements de contestation sociale qui explosent et s’enchaînent partout dans le monde, en Catalogne, au Liban, en Irak, Equateur, Haïti, Algérie, Hong Kong, etc., alors qu’ici les Gilets jaunes vont fêter le premier anniversaire de leur acte I.

Chacun de ces mouvements a ses caractéristiques propres, des facteurs déclenchants particuliers. Mais tous s’inscrivent dans un contexte général de révolte de la jeunesse et des classes populaires, des travailleurs contre la politique des capitalistes et de leurs Etats, un mouvement global qui intègre également les mobilisations des jeunes pour le climat, des femmes pour leurs droits.

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