« Fin du monde, fin du mois, même système, même combat », un même combat démocratique et révolutionnaire pour en finir avec le capitalisme
Près de 200 000 jeunes ont manifesté, vendredi 15 mars, dans plus de 200 villes de France dans le cadre de la journée mondiale de grève scolaire pour le climat. A travers le monde, c’est dans plus de 2000 villes d’une centaine de pays comme Berlin, Sydney, New Delhi, Nairobi qu’ont eu lieu des manifestations d’étudiants et de lycéens. Cette journée internationale est un succès pour le mouvement « Fridays for future » lancé il y a 8 mois par la jeune Suédoise Greta Thunberg pour protester contre le non-respect des engagements pris lors de la COP21 de Paris. « La civilisation est sacrifiée, pour qu’une minorité puisse s’enrichir », a-t-elle notamment déclaré lors de la COP24 à laquelle elle était invitée en décembre dernier.
Le lendemain, samedi 16 mars, la « marche du siècle » pour le climat a, à nouveau, rassemblé près de 350 000 manifestants dans toute la France, parfois en convergence avec l’acte XVIII de la mobilisation des Gilets jaunes.
D’Alger à Paris, de Madrid à Buenos Aires..., les femmes, les travailleuses, forces motrices des luttes d’émancipation
En Algérie, en France et dans de nombreux pays, la journée internationale de lutte pour les droits des femmes a eu ce 8 mars un écho particulier alors que nombre d’entre elles sont aux avant-postes des luttes sociales et démocratiques de ce printemps naissant.
Dans les manifestations gigantesques de l’acte III contre les classes dominantes algériennes et leur pantin Bouteflika, différentes générations de femmes étaient au coude à coude dont beaucoup de jeunes (45 % de la population y a moins de 25 ans). Elles étaient nombreuses pour dire leur révolte et leur exigence de démocratie, de liberté, de justice sociale dans un pays où le code de la famille fait de la femme une mineure à vie, dépendante de son « tuteur », qui ne peut prendre seule les décisions et qui, si elle hérite, ne peut toucher qu’une demi-part… On ne badine pas avec la propriété...
Dans le monde entier, ce 8 mars, des millions de femmes ont manifesté contre l’arriération et l’obscurantisme, les préjugés, les violences sexistes dans la rue, à la maison, l’absence d’égalité au travail ; contre cette société d’exploitation et d’oppressions qui fait qu’une femme, sur tous les continents, a non seulement moins de droits qu’un homme mais est victime de violences inouïes. En France, sur les deux derniers mois, trente femmes ont été assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint.
Vive la lutte des jeunes, des femmes et des travailleurs d’Algérie !
Au mépris des manifestations populaires, insultant les centaines de milliers de jeunes, de travailleurs, de femmes qui sont descendus dans la rue ces derniers jours, le clan au pouvoir a décidé de maintenir la candidature de la momie Bouteflika à la prochaine élection présidentielle du 18 avril. Qu’il ait le cynisme d’annoncer qu’il n’ira pas au terme de son mandat ne fait que souligner le caractère sinistre et macabre de la manœuvre !
Seul dirigeant survivant de la lutte contre le colonialisme français, Bouteflika a été élu président en 1999 et réélu depuis à ce poste alors même qu’il est incapable de prononcer la moindre parole depuis qu’il a été victime d’un accident vasculaire-cérébral en 2013.
La classe dirigeante algérienne, tant celle qui accapare la plus grande partie de la rente pétrolière et gazière par le biais de sa mainmise sur l’appareil d’État et sur la Sonatrach, que les oligarques algériens qui ont constitué leur conglomérat et leur fortune à la faveur de la libéralisation de l’économie dans les années 1990 et 2000 avaient tous accepté cette mascarade organisée par le clan au pouvoir -frère du président, armée, services secrets. Unis par leurs intérêts communs de privilégiés, complices mais rivaux, ils craignaient que les dissensions qui ne manqueraient pas d’apparaître au sommet de l’État s’il fallait désigner un successeur à Bouteflika ne permettent à la population d’exprimer son mécontentement et ses aspirations.
Lutte ouvrière, le capitalisme « à l’agonie » et les luttes de classes…
Le dernier cercle Léon Trotsky organisé par Lutte ouvrière avait pour thème « Le capitalisme, un système économique à l’agonie, un ordre social à renverser » (lien), un sujet d’une grande actualité tant comprendre l’évolution du capitalisme du point de vue de l’avenir de l’humanité nous est indispensable. Comprendre les caractéristiques de la nouvelle phase du développement capitaliste, de la nouvelle époque à laquelle nous sommes confrontés, en relation avec les perspectives et les possibilités de transformation révolutionnaire de la société est une question centrale qui conditionne notre compréhension des tâches des révolutionnaires. Cette conférence a le souci de décrire le capitalisme aujourd’hui à la lumière des contradictions que Marx avait analysées au XIXème siècle pour argumenter sur l’actualité des idées et perspectives révolutionnaires. Elle manque pour une part son objectif en restant prisonnière d’une façon de voir dans le présent la continuation du passé, en particulier en ayant du programme de transition, écrit par Trotsky en 1938, une lecture dogmatique pour en faire le cadre obligé d’analyse et de compréhension du capitalisme aujourd’hui comme des voies et moyens de construire un parti révolutionnaire. Elle fait de la référence au trotskysme une norme au risque d’occulter les évolutions, les changements, les possibilités nouvelles pour les luttes d’émancipation. Le présent n’est ni la simple reproduction du passé ni sa simple continuité. Discuter des caractéristiques du capitalisme aujourd’hui, c’est discuter des possibilités nouvelles ouvertes par un monde en pleine mutation avec un regard critique sur le passé. DR a engagé cette discussion à travers différents articles ces derniers mois, nous souhaitons la poursuivre en fonction de ses conséquences militantes.
Face à l’offensive réactionnaire du pouvoir, notre politique, la solidarité des travailleurs contre le capitalisme et le racisme
Les gilets jaunes sont loin d’être à bout de souffle. L’acte XV a une nouvelle fois exprimé la colère et le mécontentement qui traversent les classes populaires. Il a été une réponse à la campagne de mépris et de dénigrement du gouvernement. Le déferlement de propos réactionnaires sur tous les médias, l'indigne accusation d’antisémitisme viennent en complément de la matraque policière et judiciaire.
L’agression raciste, les injures antisémites dont a été victime la semaine dernière le philosophe Finkielkraut, en marge du défilé de l’acte XIV, sont évidemment intolérables. Les actes antisémites, comme tous les actes racistes, sont autant d’appels au mépris et à la haine, appels au meurtre en puissance, justifications de celui-ci. Mais c’est tout le mouvement qui a été suspecté d’antisémitisme alors même qu’un des auteurs principaux de l’agression était connu par la police, sa fréquentation des cercles intégristes et ses opinions aussi et qu’il avait été pour cette raison rejeté par les Gilets jaunes de Mulhouse. L’agression en question, rajoutée à d’autres actes antisémites qui n’avaient pas de rapport avec le mouvement, ont alimenté une campagne hargneuse, calomniatrice, haineuse.
Pour le droit à vivre dignement, pour la démocratie et la solidarité internationale, tous ensemble...
L’acte XIV des gilets jaunes a été une nouvelle démonstration de la vitalité du mouvement. Nous ne savons pas ce qu’il deviendra dans les semaines à venir, obligé de se définir politiquement, s’il réussira à se dégager de ses confusions populistes, ni si le monde du travail saura s’engouffrer dans la brèche qu’il a ouverte. Mais une chose est sûre, le mouvement engagé le 17 novembre dernier peut d’ores et déjà se revendiquer d’un succès : non seulement il a contraint le gouvernement à reculer et à faire des concessions mais surtout il a révélé le mensonge du discours officiel du pouvoir, sa servilité à l’égard du patronat et des riches comme sa violence verbale et physique à l’égard des classes populaires et de celles et ceux qui redressent la tête.
Plus Macron s’agite en faisant le show de son grand débat, plus il s’isole, plus le malaise qui gagne toutes les couches sociales s’exprime. Il ne peut espérer tenir que du fait que l’oligarchie financière, les gros actionnaires n’ont pas de plan B autre que Le Pen dont, pour le moment, ils ne veulent pas. Mais si la situation la leur impose, ils sauront s’y adapter comme Le Pen saura leur donner toutes les garanties. Elle le fait déjà en se déclarant favorable à la loi contre les manifestants, même si au final les députés RN ont voté contre, en refusant d’augmenter le Smic, en adaptant sa politique européenne à leurs besoins… Et Macron lui prépare le terrain.
Un nouveau chapitre s’ouvre, la convergence, le tous ensemble, une politique pour le monde du travail
« Aujourd’hui, ça peut être le début du chapitre deux de notre mouvement, il faut que tout le monde converge ! » : ces propos d’un membre de la CGT gilet jaune résument l’enjeu de l’étape actuelle de la mobilisation au lendemain de la journée du 5 février et de l’acte XIII. Le 5, à travers le pays, plusieurs dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues, à l’appel principalement de la CGT et de Solidaires mais aussi de gilets jaunes dont bon nombre étaient présents dans les cortèges.
Les convergences qui s’engagent sont le résultat d’initiatives prises à la base. La politique de Martinez n’a, jusqu’alors, cessé de s’y opposer. Il avait refusé toute solidarité avec les gilets jaunes, n’y voyant que la main de l’extrême droite et une simple révolte fiscale. En réalité, Martinez craignait un mouvement parti de la base, rompant avec les cadres institutionnels pour bousculer le pouvoir et l’ordre établi. Maintenant bousculé lui-même par sa propre base et faisant le calcul, erroné, que les gilets jaunes sont à bout de force, il peut tenter d’écrire une autre histoire : « On dit depuis plus de deux mois qu’il faut discuter et trouver des revendications communes. On les a, il n’y a aucune raison qu’on ne défile pas côte à côte, les uns derrière les autres ». Tant mieux cependant que la pression de la base s’exprime et tant mieux aussi que des porte-parole des gilets jaunes aient relayé sur les réseaux sociaux l’appel au 5.
A travers la grève, même si elle a été encore peu suivie, les assemblées générales, les blocages, les coordinations d’enseignants, les stylos rouges, les occupations de fac, la jonction se fait malgré bien des obstacles pour faire prévaloir les intérêts de classe communs.
« Il est temps aujourd’hui de reprendre notre destin en main » (paroles de gilets jaunes). Le 5 et après, vers le rassemblement du monde du travail
Macron se prend les pieds dans son grand débat, esbroufe et confusion, qui lui permet de remobiliser sa base sociale bourgeoise et réactionnaire mais ne convainc personne. Il s’enferre dans son propre piège. « Moi aussi je suis Gilet jaune » ose-t-il prétendre. Méprisant et cynique, il alimente la colère d’autant que chaque semaine apporte de nouveaux faits qui viennent légitimer la révolte et contribuent à préparer l’élargissement du mouvement.
Ainsi les supermarchés appliquent, depuis le 1er février, une hausse des prix de certains produits alimentaires qui atteint 10 %. Ils invoquent la loi négociée entre agriculteurs, industriels et distributeurs qui, sous prétexte de mieux rétribuer les agriculteurs, interdit la vente avec une marge bénéficiaire trop basse sur certains produits alimentaires, mesure que le gouvernement voudrait étendre à tous les produits alimentaires. Un nouvel exemple de la perversité de la politique gouvernementale qui, sous couvert de relever les revenus des agriculteurs, autorise les distributeurs à… augmenter leurs prix. Pas question de les obliger à prendre sur leurs profits ! C’est aussi la hausse des tarifs des autoroutes, 1,8 % en moyenne, soit plus de 10 % en sept ans. EDF, de son côté, annonce une hausse de 6 % des prix de l’électricité au 1er mars…
Contre la violence sociale et policière, rassemblons-nous pour défendre nos intérêts de classe
Des dizaines de milliers de manifestants dans les rues, des assemblées générales dont l’Assemblée des assemblées à Commercy (voir l'appel), des « nuits jaunes», le mouvement des Gilets jaunes persiste et signe. Et cela malgré la répression dont témoigne, parmi d’autres, la grave blessure à l’œil de Jérôme Rodrigues, place de La Bastille à Paris, dans des circonstances qui interrogent sur les intentions de la police.
Macron et ses ministres pensaient avoir retourné la situation à leur profit en faisant du grand débat l’occasion d’une campagne permanente aux frais des contribuables. Mais personne n’est dupe. Toujours aussi isolés comme le prouve l’échec de la macronade de dimanche après midi, ils ne font qu’attiser la colère. Le mouvement, loin de s’essouffler, s’est approfondi, évolue. Les convergences se cherchent, le mouvement, dans les faits, s’élargit.
Nombreux sont celles et ceux qui veulent s’emparer de la journée du 5 février initiée par la CGT à laquelle appellent Solidaires ainsi que des Gilets jaunes, se coordonner entre entreprises, groupes militants, avec les stylos rouges, syndicalistes, travailleurs du rang, établir leurs revendications communes, décider de la marche de leur lutte.
Leur « grand débat », une entourloupe pour étouffer les gilets jaunes. « Débattons » de notre mobilisation contre leur ordre social capitaliste
Après plus de deux mois de mobilisation, l’acte X en rassemblant, comme la semaine dernière, 84 000 manifestants selon les chiffres gouvernementaux, en réalité bien plus, a été une nouvelle démonstration de la vitalité du mouvement des gilets jaunes. Et c’est surtout une réponse cinglante à l’opération de diversion du « grand débat » voulue par Macron qui n’a pourtant pas ménagé sa peine pour son lancement…
Le ridicule de la mise en scène des deux shows présidentiels est à l’image de Macron et son monde. Bien protégé des gilets jaunes par un impressionnant cordon de sécurité, avec CRS, hélicoptères, quartiers et villes en état de siège, Macron a, par deux fois, fait le spectacle et mouillé la chemise pendant plus de 6 heures devant un parterre de 600 maires sélectionnés. Il peut hypocritement prétendre vouloir « prendre le pouls vivants du pays » et même, devant un maire lui rappelant toutes ses petites phrases méprisantes, répondre cyniquement « je n’ai jamais stigmatisé qui que ce soit », il n’a pu s’empêcher d’afficher son mépris social, lui qui veut « responsabiliser » les pauvres car « il y en a qui font bien » et d’autres « qui déconnent »… Le ton était donné !



