« Je veux me battre partout où il y a de la vie » expliquait la militante féministe allemande, socialiste et communiste, Clara Zetkin [1] qui avait appelé à une journée internationale pour les droits des femmes lors de la Conférence internationale des femmes socialistes, en 1910 à Copenhague. Une journée de lutte que le gouvernement issu de la révolution russe sera le premier à officialiser le 8 mars 1921, il y a exactement 100 ans, en l’honneur des ouvrières de Petrograd qui s’étaient soulevées le 8 mars 1917, premier jour de la révolution russe.

Clara Zetkin a contribué, aux côtés de Rosa Luxembourg et d’Alexandra Kollontaï, à faire de la lutte pour ces droits un combat international et universel, de classe, partie intégrante de la lutte pour l’émancipation humaine, pour le renversement du capitalisme.

Devant le déferlement hystérique contre les supposés « islamo-gauchistes », il prend l’envie de scander : « Nous sommes tous des « islamo-gauchistes » ! » à l’instar de celles et ceux qui scandaient en Mai 68 « Nous sommes tous des juifs allemands ! » en solidarité avec Cohn-Bendit, alors leader de la contestation étudiante, qualifié ainsi par le torchon d’extrême-droite Minute et Jean Marie Le Pen.

La campagne du pouvoir et des deux zélés ministres de l’enseignement, Blanquer et Vidal, vise à déconsidérer voire à préparer des poursuites judiciaires contre toutes celles et ceux qui ne se plieraient pas à leur loi « séparatiste ». Elle s’inscrit dans une offensive idéologique des forces réactionnaires, xénophobes et racistes, contre « l’ensemble des radicalités qui traversent notre société » selon la formule de Frédérique Vidal dans les colonnes du Journal du dimanche.

Les résultats des élections du 14 février au Parlement de Catalogne ont été éclipsés, dès le mardi 16, par une flambée de manifestations de la jeunesse dans plusieurs villes d’Espagne, dont Madrid, et surtout Barcelone où elles se sont poursuivies pendant plus d’une semaine. Des milliers de jeunes sont descendus dans la rue et se sont affrontés à la police en réponse à l’arrestation d’un rappeur, Pablo Hasèl, condamné à neuf mois de prison pour avoir, dans ses tweets et ses chansons, fait prétendument l’« apologie du terrorisme » et « injure à la Couronne ».

A Barcelone, où la répression est menée par la police du gouvernement « indépendantiste », plus de 120 personnes ont été interpellées en quelques jours, dont 12 ce samedi, où la manifestation s’est une nouvelle fois terminée par de violents affrontements. Et peu importe que les jeunes qui manifestent pour la libération du rappeur et la liberté d’expression le fassent aussi pour celle des 9 indépendantistes, membres des partis au pouvoir en Catalogne emprisonnés pour sédition suite aux évènements de 2017 !

Mardi dernier, le jour même où les députés votaient à une écrasante majorité sa loi sur les « principes de la République », Macron annonçait à l'issue du sommet du G5 Sahel le maintien des 5100 soldats français de l'opération Barkhane en Afrique. Ainsi sont orchestrés, au nom de la lutte contre le terrorisme, les deux volets d’une même offensive, contre les travailleurs et les peuples. En faisant discuter et approuver ses lois liberticides et discriminatoires à l’égard des musulmans, en cherchant à faire taire toute opinion contestataire en la qualifiant d’islamo-gauchiste, le gouvernement cherche à semer dans l’opinion publique le poison raciste de la division et de la délation. Il crée un climat d’hystérie réactionnaire propice aux apprentis fascisants comme ce professeur de philosophie à Trappes qui a accusé sa ville d’être gangrenée par l’islamisme et a reçu le soutien de toute l’opinion réactionnaire dont celui de Blanquer.

Les classes dirigeantes retournent les conséquences de leur politique militariste et guerrière au service des multinationales, terreau du terrorisme, contre les travailleurs et la population.

Au final, la mascarade du coup de force du 6 janvier se termine en faveur de Trump que le Sénat a absout de l’avoir bafoué et ridiculisé. Son procès pour « incitation à l'insurrection » a accouché d’un acquittement bien qu’une majorité de 57 voix contre 43 se soit prononcée pour une condamnation. 7 Républicains se sont retournés contre leur boss mais il en aurait fallu 17 pour obtenir la majorité des deux tiers nécessaire pour qu’il puisse être condamné. Les institutions sont faites pour éviter tout excès démocratique !

Biden qui avait pris soin de garder ses distances, soucieux de préserver le dialogue avec les Républicains, s’est félicité avec beaucoup de retenue, « Même si le vote final n'a pas abouti à une condamnation, le fond de l'accusation n'est pas contesté ». Elle était difficilement contestable et n’a pas été réellement contestée. Les appels de Trump étaient sans ambiguïté depuis ses mises en garde répétées pendant des mois sur la volonté des Démocrates de lui voler sa victoire puis ses encouragements à ses troupes à « se battre comme des diables » et enfin son discours, alors que les deux chambres du Congrès se réunissaient afin de certifier l’élection de Biden, qui invitait ses supporters à manifester au Capitole : « Vous ne reprendrez jamais notre pays en étant faibles. Vous devez montrer de la force et vous devez être forts ! ».

Le personnel politique des classes dominantes rivalise dans la stigmatisation des pauvres, des travailleurs, des jeunes, des immigrés. Le racisme antimusulman s’étale, décomplexé, dans tous les journaux télés et en prime time, de C8 à France 2. A à peine plus d’un an de la Présidentielle et des Législatives, c’est à qui sera le plus « crédible », le plus à même d’instrumentaliser les préjugés pour tenter de dévoyer les colères que nourrissent les conséquences dramatiques du parasitisme des classes dominantes, leur violence et leur cynisme.

Le débat Le Pen-Darmanin jeudi, entre connivences, amabilités et rivalités a donné la mesure de l’offensive en cours et de la course engagée pour savoir qui prendra le leadership du bloc réactionnaire. Darmanin a fait le boulot pour son mentor, tenté de neutraliser Le Pen que des sondages, même s’ils sont à prendre avec précaution, placent au plus haut. Sans oublier de jouer sa propre carte, il s'est mis sur les rangs des postulants à la direction d’un probable rassemblement de la droite extrême et de l’extrême droite, se revendiquant de ses origines populaires face à la millionnaire du RN.

Depuis la rentrée, le gouvernement orchestre les surenchères réactionnaires et xénophobes. Texte de loi sur la « sécurité globale » adopté en novembre à l’Assemblée qui va désormais être débattu au Sénat ; loi séparatiste en cours d’adoption par les députés, article par article, au nom des « principes républicains » ; Beauvau de la « sécurité » pour faire « aimer la police » (!) ; longue interview de Darmanin dans le torchon d’extrême-droite Valeurs Actuelles cette semaine, multiples sorties médiatiques du même tonneau de sa consœur Schiappa et, ce jeudi, débat Darmanin-Le Pen sur la chaîne du « service public »…

Depuis le 1er février, les députés discutent à l’Assemblée le projet de loi « confortant le respect des principes de la République » dénommé initialement par Macron loi « séparatisme ». Dès les premières minutes, Darmanin qui en faisait la présentation a levé l’équivoque que contient le titre relativement « neutre » de la loi avec des images et des mots qui appartiennent au langage d’extrême droite : « Notre pays est malade. Il est malade d’un séparatisme dont le premier, le séparatisme islamiste, gangrène l’unité nationale. Après s’être attaqué au terrorisme, le Président de la République a souhaité diriger l’action de l’État et des pouvoirs publics contre ce qui en est le terreau ».

La laïcité, les droits des femmes pervertis et instrumentalisés

Sous couvert de la défense d’idées progressistes, l’égalité hommes-femmes censée être incarnée par Marlène Schiappa et la laïcité par Blanquer, le gouvernement met en place un arsenal juridique qui s’ajoute à celui déjà existant, instaurant de nouveaux délits censés combattre l’intégrisme mais qui, en réalité, flattent les préjugés racistes contre les musulmans. Il en est ainsi des articles de la loi qui mélangent dans une même condamnation le port du voile, de signes religieux dans les services publics, la polygamie, les menus à la cantine, les certificats de virginité ou la mixité dans les piscines.

Mercredi 3 février, le tribunal administratif de Paris a reconnu la responsabilité de l’Etat français dans le non-respect de ses propres engagements de réduction des gaz à effet de serre pour lutter contre le réchauffement climatique… Tout symbolique que soit cette condamnation, c’est un succès pour les quatre ONG (Oxfam, Greenpeace, la Fondation Hulot et Notre affaire à tous) qui avaient lancé la campagne « l’affaire du siècle », il y a deux ans avec une pétition qui a rassemblé près de 2,3 millions de signatures puis le dépôt d’un recours pour « carence fautive de l’État » au Tribunal administratif en mars 2019.

Tout en reconnaissant l'existence d'un préjudice écologique, le Tribunal s’est limité à condamner l’Etat à verser 1 euro « pour préjudice moral » à chacune des associations, en refusant de prononcer la moindre mesure contraignante pour l’obliger à agir… Une nouvelle instruction de deux mois est demandée.

Samedi 30 janvier, de nouvelles marches des libertés ont rassemblé des milliers de personnes et particulièrement des jeunes venus dire en musique leur besoin de liberté, contester la politique des classes dirigeantes qui condamnent plus que jamais au « boulot, métro, dodo ». Des manifestations qui ont eu plus de mal à rassembler que le 16 janvier mais qui attestent du ras le bol, de la colère qui couve. Milieu militant, Gilets jaunes, jeunes ont manifesté contre la politique sécuritaire du gouvernement, au moment où Darmanin tente de reprendre la main, annonçant un « grand débat » de plusieurs mois sur la police et la gendarmerie dans le cadre du « Beauvau de la Sécurité ».

Le 26 janvier, dans l’Éducation, des enseignants en grève ont manifesté leur colère face à Blanquer, aux côtés des salariés précaires dont use et abuse le ministère, ces « premiers de corvée » qui n’ont même pas touché la prime Covid ! Les AED (Assistants d’Education), en première ligne dans la mise en œuvre des protocoles sanitaires dans les écoles, les AESH, accompagnant les enfants handicapés, « 100 % nécessaire et 100 % précaire » !

Des étudiants sont aussi venus dans les cortèges dénoncer cette « rentrée fantôme » annoncée par Macron. Ils réclament des moyens, des postes dans les facultés pour l’ouverture en demi-groupe des amphis, refusant d’être une « génération sacrifiée » par la politique de rentabilité et d’économies dans l’Education.

L’augmentation considérable de la dette publique, résultant des injections massives d’argent dans les plans de soutien à l’économie plombée par la pandémie, inquiète et divise les « spécialistes ». Ils craignent l’explosion d’une nouvelle crise de la dette publique, discutent des solutions les plus à même, selon eux, de la retarder à défaut de pouvoir l’éviter.

Certains économistes, défenseurs déclarés du capitalisme comme antilibéraux, préconisent l’annulation, en tout ou partie, de cette dette. D’autres, comme Olivier Blanchard, professeur d’économie et membre de la commission mise en place en mars par Macron pour préparer un rapport sur « l’après-crise », estiment que « L’endettement est soutenable et devrait le rester pendant longtemps »… Tous, derrière les divergences qu’ils affichent, ont un même souci : maintenir à flot un système économique qui prend l’eau de toute part.

Mais leurs « solutions » seront bien incapables de rompre le cercle vicieux dans lequel le mode de production capitaliste est enfermé entre chute de productivité, récession, accumulation de bulles spéculatives, course à l’endettement, le tout sur fond d’aggravation de la crise sociale, explosion des inégalités, du chômage…

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