Le 8 septembre dernier s’est ouvert le procès en cour d’Assises des membres survivants et présumés complices des commandos de terroristes de Daech qui ont massacré 300 personnes et blessé des centaines d’autres à Paris le soir du 13 novembre 2015, aux abords du stade de Saint-Denis, sur les terrasses des Xè et XIè arrondissements et dans la salle de spectacle du Bataclan.

Ce procès va durer plus de 8 mois, les verdicts devant être rendus vers le 24 ou 25 mai 2022. Plusieurs juges d’instruction ont participé à l’enquête dont le rapport compte près d’un million de pages. Près de 1800 personnes se sont portées parties civiles. Des centaines de victimes des attentats, blessées ou rescapées et de proches des personnes assassinées vont y témoigner ainsi que des policiers, des dizaines d’experts, enquêteurs et membres du renseignement. Président de la République et ministre de l’Intérieur de l’époque, Hollande et Cazeneuve seront appelés à la barre à l’automne, Valls en tant qu’ancien Premier ministre et Le Drian, ancien ministre de la Défense, au printemps 2022.

Macron, le gouvernement, tous nous vantent la « reprise » dans cette rentrée avec une prévision de croissance à 6,25 % sur l’ensemble de l’année 2021, après une chute de 8 % en 2020.

Mais c’est une croissance sur l’océan d’une dette qui devrait culminer à … 116 % du PIB. C’est la reprise des profits subventionnée par le gouvernement, une reprise qui annonce un retournement. L’heure est à la « consolidation budgétaire » et à son cortège de mesures antisociales, comme l’ont discuté les ministres des finances de la zone Euro vendredi, alors que la BCE cherche à réduire son programme de rachat de dettes publiques.

Dans la foulée de la loi d’extension du pass sanitaire Macron passe à l’offensive. L’horizon fixé sur l’élection présidentielle, il veut poser au chef qui veut « réformer », s’appuyant sur les déclarations d’autosatisfaction du gouvernement sur la reprise ou sur la situation sanitaire… Même si la mise en examen de Buzyn pour « mise en danger de la vie d’autrui » révèle toute la gabegie du pouvoir dans la gestion de la crise du Covid.

L’attentat aux avions-suicides d’Al-Qaida contre les tours jumelles du World Trade Center de New York, faisant 3000 morts, avait saisi d’effroi la planète. Ce matin du 11 septembre éclataient dans une terrible conflagration meurtrière les contradictions de la politique menée par Wall Street et le Pentagone depuis deux décennies. Ces deux décennies inaugurées en 1979 par l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher puis de Ronald Reagan furent celles de l’offensive libérale et impérialiste engagée par les vieilles puissances occidentales sous la houlette des néoconservateurs et des ultralibéraux américains pour relancer les profits, une offensive contre les travailleurs et les peuples. Liquidation des services publics, privatisations, mise en concurrence des travailleurs à l’échelle mondiale, financiarisation de l’économie, explosion des bourses et des marchés financiers, les USA et leurs alliés imposaient l’économie de marché à toute la planète, y compris par les armes et la guerre, déstabilisant tant les rapports entre les classes qu’internationaux.

La globalisation de la concurrence capitaliste généra une exacerbation des tensions internationales en particulier après l’effondrement de l’URSS qui avait participé au maintien de l’ordre mondial à travers la politique dite de coexistence pacifique.

Mégafeux en Amérique du Nord, en Sibérie, en Turquie, en Grèce et en Espagne ; pluies diluviennes en Allemagne, en Belgique, en Chine, en Inde et aux Etats-Unis, famine à Madagascar à cause de la sécheresse, la succession, cet été, de catastrophes directement liées au réchauffement climatique n’a fait que confirmer les avertissements de plus en plus alarmistes des scientifiques.

Publié début août, le dernier rapport du GIEC confirme bien, comme l’annonçaient les quelques fuites qui avaient provoqué en juin dernier un scandale hypocrite, que l’ampleur comme la rapidité du changement climatique actuel sont sans précédent. Rédigée par 234 scientifiques de 66 nationalités, cette synthèse de plusieurs milliers d’articles récents est sans appel : « Chacune des quatre dernières décennies a été successivement plus chaude que toute décennie depuis 1850 », la dernière, 2010-2019 est la plus chaude depuis 2000 ans et le mois de juillet dernier est le plus chaud jamais enregistré par les scientifiques. La conséquence de cet emballement est l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements climatiques extrêmes, vagues de chaleur et sécheresses comme pluies diluviennes et inondations. Comme le résume un de ses rédacteurs, Christophe Cassou, directeur de recherche au CNRS : « Nous sommes entrés dans le dur, et cet été n’est qu’un avant-goût de ce qui nous attend si nous n’agissons pas dès maintenant ».

En tant que socialistes, communistes, nous sommes de fervents partisans de la science, de la médecine et de la vaccination mais nous savons aussi que ni la science ni la médecine ni la vaccination n'échappent aux rapports de classes qui régissent cette société, aux rapports d'exploitation et d'oppression qui nourrissent de profondes injustices et inégalités en particulier face à la maladie et à une pandémie comme celle du Covid-19.

La campagne de vaccination du gouvernement vantée par tous les médias et experts, loin de s’inscrire dans une politique sanitaire démocratique, est avant tout une opération politicienne faite d'injonctions, de mises en cause dont il est bien difficile de masquer le contenu de classe, le mépris des dominants contre les classes populaires, la volonté de soumettre l’opinion. Un mépris et une arrogance qui ont trouvé leur réponse tout au long de l’été, cette semaine encore, dans les manifestations du samedi par-delà les confusions anti-vax et complotistes et les manœuvres politiciennes de l’extrême-droite.

Un triomphalisme cynique qui masque l’absence d’une véritable politique sanitaire

Emporté par sa propre propagande et l’élan de son chef, le gouvernement multiplie, en cette rentrée, les déclarations triomphales sur l’objectif des 50 millions de primo-vaccinés qui serait quasiment atteint, avec sous-entendue la promesse qu’une fois l’ensemble de la population vaccinée la vie d’avant reprendrait.

Auto persuasion, mensonge cynique…. Ce triomphalisme, hors de propos face à l’essor du variant Delta beaucoup plus contagieux comme à la menace d’autres variants, est dans la continuité de ses déclarations mensongères et contradictoires depuis le début de la pandémie. Mensonges sur les masques, les tests, l’obligation vaccinale, le pass sanitaire… un jour inutiles, le lendemain obligatoires !

Ce samedi, comme durant tout l’été, les manifestations contre le pass sanitaire se sont maintenues, exprimant une profonde colère contre la politique du gouvernement. Dans une situation pour le moins confuse, où directions syndicales comme partis de gauche sont incapables d’offrir une perspective à la contestation, l’extrême-droite tente de profiter de la situation. Préjugés antivaccins, chauvinisme, souverainisme, dénonciation des immigrés…, une politique d’autant plus médiatisée qu’elle sert les intérêts de Macron, en réduisant la contestation actuelle aux antivaccins.

Mais le mouvement s’élargit alors que le 30 août le pass sanitaire entre en vigueur dans une série d’entreprises et de services publics. Dans bien des endroits, des militants syndicaux, politiques, des salariés appellent à lutter contre sur d’autres bases que la « liberté individuelle », en se démarquant des antivax et autres complotistes. Ils défendent l’intérêt collectif, dénoncent le « pass licenciement » et la politique de police sanitaire de Macron comme les camarades de la CGT TUI, de Sud Poste 92, de Sud commerces et services... qui ont pris l'initiative d'appeler à constituer des pôles ouvriers lors des manifestations de samedi.

Trame de l’Intervention d’Yvan Lemaitre au débat « Quelle organisation pour les anticapitalistes et révolutionnaires » dans le cadre de l’Université d’été du NPA

Je voudrais faire une première remarque pour préciser l’objet de la discussion : la vraie question qui se pose à nous n’est pas celle de l’organisation dont nous avons besoin mais bien plutôt celle de l’organisation dont les classes exploitées ont besoin pour leur émancipation par elles-mêmes et comment nous pouvons œuvrer à la construction d’un tel parti.

Je suis militant du courant Démocratie révolutionnaire, du NPA, un courant dont l’histoire illustre les difficultés de l’extrême gauche à définir une stratégie de construction du parti dont les classes exploitées ont besoin. Notre courant est né de notre exclusion-rupture avec Lutte ouvrière au lendemain de l’élection présidentielle et du mouvement de novembre décembre en 1995 après qu’Arlette Laguiller avait appelé à la construction d’un parti des travailleurs, appel rapidement remis dans sa poche. Après avoir créé Voix des travailleurs nous avons fusionné avec la LCR puis participé à la majorité qui prit l’initiative de fonder le NPA qui était pour nous une possibilité de tenter de répondre à la dérobade de LO.

Nous reprenons ci-dessous les grandes lignes de l’intervention faite dans le cadre des introductions à l’atelier de l’Université d’été du NPA intitulé « Le Front unique, dans les luttes et… dans les urnes ? ». Nous avons écarté la question des urnes et des aventures électorales municipales et régionales de certains camarades avec LFI auquel le titre voulait renvoyer. Chacun connaît la teneur des désaccords sur ce sujet au sein du NPA, inutile d’y revenir, et ces alliances électorales ont bien peu à voir avec un quelconque « front unique ».

Cette formule, défendue dans un contexte historique bien particulier, est devenue une sorte de lieu commun au sein du mouvement trotskiste, bien souvent utilisée pour expliquer ou justifier des démarches unitaires.

Discuter du Front unique nécessite de revenir sur son origine pour se demander en quoi cette formule peut ou non nous être utile aujourd’hui. Est-elle opérante pour faire face aux responsabilités qui sont les nôtres, à la nécessité d’unifier les forces militantes disponibles pour aider à l’unité de notre camp social et à renforcer la conscience de classe face à l’offensive et la faillite capitalistes ?

La chute de Kaboul le 15 août, le retour au pouvoir des talibans marquent un tournant important dans la politique internationale même s’ils étaient attendus et annoncés après que Biden a confirmé la fin du retrait des troupes américaines le 31 août. Les négociations visant à organiser ce retour au pouvoir avaient commencé sous Obama pour se concrétiser sous Trump. Le gouvernement officiel d’Ashraf Ghani, gouvernement fantoche, n’était pas convié aux discussions, ce qui en dit long sur son peu de poids aux yeux des dirigeants américains eux-mêmes. Le 29 février 2020 à Doha au Qatar, Trump annonçait qu’il était parvenu à un accord avec les talibans. Il reviendra à Biden de gérer la suite...

L’ampleur de la débâcle, l’effondrement du régime pourri jusqu’à la moelle mis en place par le Pentagone, dont les troupes ont largement contribué à l’armement des talibans et ont fui le combat ne sont pas non plus une surprise. Les scènes de fuite et de panique à l’aéroport de Kaboul ont donné à voir au monde entier l’ampleur de la déroute des USA.

Samedi 31 juillet, les manifestations contre le pass sanitaire étaient encore plus nombreuses que la semaine dernière, toujours aussi confuses aussi. Le vote de la loi au pas de charge dans la nuit du 25 juillet n’a entamé ni la détermination, ni la colère, mais l’incapacité de la gauche syndicale et politique à ouvrir une perspective au mécontentement laisse la place à tous les préjugés, en particulier antivaccins dont l’extrême droite fait son fonds de commerce.

A Paris, Philippot appelait, comme la semaine dernière, à un cortège séparé qui a rassemblé 2 000 personnes. Ancien n° 2 du FN, le voilà prêt à toutes les démagogies contre « l’idéologie covidiste », tout en multipliant les discours souverainistes ou xénophobes, comme Asselineau, Dupont-Aignan ou Le Pen en pleine rivalité dans la perspective des présidentielles.

L’explosion de colère qui s’exprime depuis 3 semaines pose la question politique de fond du moment. Défendre les intérêts des travailleurs et de la population, en particulier sur le terrain sanitaire mais aussi social et politique, nécessite une rupture radicale avec le jeu institutionnel de la gauche qui ne craigne pas l’affrontement avec le pouvoir et la remise en cause du capitalisme. C’est aussi la seule façon de ne pas laisser le terrain aux démagogues réactionnaires de tout poil.

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