Mercredi dernier, à l’issue d’un conseil de défense et de sécurité nationale, le ministre de la Santé, Olivier Véran a annoncé une avalanche de restrictions et d’interdictions allant jusqu’à la fermeture complète dans les Bouches du Rhône et en Guadeloupe des bars et des restaurants. Ces mesures dont l’incohérence et l’absurdité n’échappent à personne quand les salariés doivent se rendre à leur travail quoi qu’il en coûte, quand les classes et les amphis sont surchargés et les transports bondés, suscitent un mécontentement légitime même s’il offre un terrain à tous les démagogues populistes.

L’incohérence d’une politique de classe

Macron et le gouvernement, affaiblis par des déboires en série à LREM, perdent pied face à l’augmentation des contaminations. Ils craignent une accélération de l’épidémie avec les mêmes conséquences catastrophiques qu’au printemps dernier. Incapables d’avoir une réelle politique sanitaire, ils confinent par petits bouts par peur d’être dans l’obligation de confiner à nouveau. Ils veulent montrer qu’ils agissent mais sont en fait impuissants si ce n’est pour cultiver les peurs et anxiétés. Leur politique n’est qu’injonction méprisante et bluff, comme lorsqu’ils ont annoncé triomphalement qu’un million de tests par semaine seraient effectués alors que sur le terrain, c’est la pagaille, l’engorgement des centres de dépistage sans les moyens d’en avoir les résultats assez rapidement pour qu’ils aient la moindre efficacité. Cette incurie obéit à une logique sociale, leur refus de remettre un tant soit peu en cause la médecine libérale pour coordonner une politique de santé et leur seule réelle préoccupation, servir avant tout les intérêts des multinationales qui mettent l’économie et la société en coupe réglée.

En cette rentrée, la pandémie du covid-19, aggravée par la logique du profit et de la concurrence, continue de dominer la situation reléguant, dans les esprits, au second plan ses conséquences économiques et sociales en lien avec la faillite en cours du capitalisme. Elle engendre une exacerbation des tensions sociales, l’accentuation de l’offensive des classes possédantes et de leurs États contre les exploités comme, en retour, une explosion à travers le monde du mécontentement et des mouvements de révolte. Ici, même si les classes dominantes, Macron parviennent à contenir la situation, le mécontentement, les colères sont profonds bien que encore dominés par la pandémie, l'inquiétude économique et surtout par l'absence de perspectives.

La multinationale japonaise Bridgestone a annoncé mercredi dernier sa décision de fermer définitivement son usine de Béthune qui emploie 863 salariés. Aux dires mêmes de ses dirigeants la crise déclenchée par la pandémie n’est qu’un prétexte, l’usine était depuis plusieurs mois la cible d’un plan de restructuration mondiale du groupe. Comme Auchan, Beneteau, General Electric, et bien d’autres qui ont annoncé des plans sociaux, Bridgestone a touché des millions d’euros de subventions publiques depuis sa création, 1,8 million d’euros au titre du CICE l’an dernier. Depuis des années l’Etat distribue des milliards aux entreprises, au nom de l’emploi, sans aucune condition. Un récent rapport du CNRS a pointé que loin du « million d’emplois » promis par Gattaz, le CICE mis en place sous Hollande a coûté 18 milliards d’euros par an pour n’aboutir qu’à la création d’au maximum 160 000 emplois, ce qui revient à plus de 130 000 euros par emploi créé !

Avec la pandémie, ces aides à fonds perdus ont pris une toute nouvelle ampleur, les 100 milliards du dernier plan de relance n’ont fait que se rajouter aux 470 milliards d’euros du plan d’urgence déployé au début de la crise.

Des milliards de cadeaux pour le patronat, un tsunami de licenciements pour le monde du travail

Depuis le 1er mars il y a eu près de 51 000 licenciements dans le cadre de plans sociaux soit près de trois fois plus qu’en 2010. A cela s’ajoutent les licenciements individuels, les non-renouvellements de CDD ou d’intérims, les faillites des « auto-entrepreneurs » qui vont continuer à s’amplifier. 715 000 emplois ont ainsi été détruits sur le premier semestre 2020.

L’incendie du plus grand camp de réfugiés en Europe sur l’île grecque de Lesbos, ses suites, sont une nouvelle expression de la violence, de la sauvagerie du capitalisme. 12 700 personnes y étaient prises au piège des politiques xénophobes des gouvernements européens, de leurs rivalités et tractations sordides alors qu’elles fuient la misère, la guerre, les geôles. Des conditions de vie insoutenables aggravées par la pandémie, provoquant des révoltes. Malgré les ravages de l’incendie, plus de 5 500 femmes, hommes, enfants y sont encore maintenus prisonniers dans le plus grand dénuement. Après trois jours de « négociations » cyniques, l’Europe a fini par annoncer vendredi que 10 pays allaient « accueillir » un total de… 400 jeunes mineurs !

Alors que la faillite du capitalisme qu’accélère la pandémie plonge les travailleurs, la jeunesse, les classes populaires du monde entier dans une catastrophe sans précédent, les classes dominantes, la finance, les multinationales et leurs gouvernements n’ont d’autre politique que l’intensification de l’exploitation et de la guerre faite aux travailleurs et aux pauvres du monde entier.

Le 3 novembre aura lieu l’élection présidentielle américaine, moment charnière où, à travers la concurrence acharnée que se livrent les deux partis de la bourgeoisie, se réfracte la crise globale qui frappe la société, les classes populaires, le monde du travail, expression de la débâcle du capitalisme, de sa décomposition accentuée et révélée par le Covid-19. Cette élection se déroule dans un contexte de tensions raciales et sociales exacerbées par le double mouvement contradictoire des mobilisations populaires, des Afro-américains, des femmes, de la jeunesse, du monde du travail sous la pression de la crise qui, parallèlement, radicalise les milieux réactionnaires, une fraction de la moyenne et petite bourgeoisie blanche qui se voit de plus en plus déclassée ou menacée de l’être et que Trump encourage sans retenue.

Profondément affaibli, ce dernier ne voit pas d’autre issue à une possible déroute électorale que la stratégie du chaos et des tensions, de guerre civile larvée qu’il est en train d’entretenir.

Ce n’est pas le Parti démocrate qui a affaibli Trump mais bien les mobilisations des Afro-américains, le mouvement Black Lives Matter, le soulèvement provoqués par l’assassinat de George Floyd, portés aussi par le mouvement des femmes, la jeunesse, les luttes des travailleurs, le mécontentement attisé par la pandémie et l’incurie du pouvoir.

Vendredi dernier, 4 septembre, Macron avait choisi de commémorer la naissance de la 3ème République, à la recherche d’une légitimité historique pour préparer la suite, une campagne sécuritaire destinée à rivaliser avec la droite et l’extrême droite, une offensive réactionnaire pour tenter d’intimider et de museler les classes populaires au nom de la lutte contre la « banalisation de la violence », le « séparatisme » et le « communautarisme ».

Tous les politiciens nous rebattent les oreilles de la « République » mais celle-ci n’est qu’une forme de domination de la bourgeoisie contre le peuple, et les droits sociaux et démocratiques que cette dernière a dû concéder ne l’ont été que sous la pression des luttes, des révoltes, des révolutions. La 3ème République, proclamée le 4 septembre 1870, après la capitulation de Napoléon III devant la Prusse, sous la pression du soulèvement populaire, fit fusiller en masse neuf mois plus tard les ouvriers et artisans insurgés qui avaient institué leur propre pouvoir, la Commune de Paris. La bourgeoisie, le capital stabilisaient leur domination contre le peuple auquel, cependant, ils durent ensuite concéder des acquis démocratiques. Leur République commencée avec les massacres des Communards s’acheva avec la collaboration de Pétain, de l’État français avec Hitler et les nazis. C’était la République versaillaise, colonialiste, pétainiste vouée à servir le développement du capitalisme impérialiste.

Bien des ami.e.s et camarades lectrices et lecteurs ont été surpris d’apprendre par un article du journal Le Monde le 27 juillet dernier intitulé « Le Nouveau Parti anticapitaliste menacé d’implosion », que de « profonds clivages internes » menacent notre organisation de « ‘Scission’, le terme n’est désormais plus tabou au Nouveau Parti anticapitaliste (NPA). L’organisation révolutionnaire connaît une crise sans précédent […] La majorité, emmenée par Olivier Besancenot, envisage de proposer une séparation à l’amiable aux autres minorités, accusées de bloquer le fonctionnement collectif ».

Au lendemain de l'Université d'été du NPA où la question a été largement discutée, il nous semble nécessaire de donner notre point de vue. Le débat est public, la publicité des débats politiques normale et nécessaire.

Dans cette rentrée inédite, où l’inquiétude face à la situation sociale comme la colère face à l’incurie de ceux qui nous dirigent sont profondes, le gouvernement n’en finit pas de réalimenter la crainte de l’épidémie, au point même de décaler l’annonce du « plan de relance » au 3 septembre au nom de la « défense sanitaire » !

La Direction Générale de la Santé annonce une épidémie « exponentielle », alors que l’augmentation du nombre de cas correspond pour l’essentiel à l'augmentation importante du nombre de tests ces dernières semaines. Si le virus semble circuler davantage à la fin des congés, l’absence de tests massifs dès le début de la pandémie ne permet de tirer aucune analyse précise sur la réalité de l’épidémie. Mais qu’importe, à défaut d’une véritable politique de santé, le pouvoir continue de confondre politique sanitaire et politique policière.

En cette rentrée, le Covid-19 continue de se propager et de mettre à nu l’incurie des classes dominantes prises entre la panique devant la pandémie et leur panique devant la catastrophe économique annoncée. La loi du profit et de la concurrence démultiplie les dangers que représente la pandémie. La faillite globale du capitalisme se révèle dans toute son ampleur engendrant dans le même temps une exacerbation des tensions et des contradictions de classes, terreau des prochaines mobilisations en réponse à l’offensive globale des capitalistes et de leurs États pour tenter d’éviter leur faillite.

Le décalage entre les menaces que fait peser sur l’humanité et la planète la politique aveugle des classes capitalistes, le mécontentement, la révolte qui explosent aux quatre coins du monde et le niveau de conscience et d’organisation des classes exploitées est flagrant.

Face à ce manque de perspectives, il y a un besoin impérieux de construire la convergence et la cohérence politique de tous les mécontentements, de toutes les colères et révoltes, de toutes les mobilisations, de toutes les luttes. C’est une tâche politique qui a besoin d’un outil, d’un programme pour le monde du travail qui serait largement discuté entre les différents courants révolutionnaires comme avec les militant.e.s des luttes, des interpros et avec l’ensemble des travailleurs. Il s’agit de formuler une appréciation de la nouvelle époque et des implications stratégiques, programmatiques qui en découlent à partir des mobilisations concrètes.

Le 20 août 1940, à Coyoacan, au Mexique, Trotsky était assassiné sur ordre de Staline qui se débarrassait ainsi de celui qui continuait d’incarner le processus démocratique et révolutionnaire qui avait bouleversé le monde, Octobre 1917. Exilé et pourchassé parce que resté fidèle à la révolution ouvrière, démocratique et internationaliste, socialiste, il était devenu une menace insupportable pour celui qui en était le fossoyeur alors que commençait la Deuxième guerre impérialiste mondiale. Après la répression, les mensonges, la calomnie et les procès, l’assassinat était devenu une méthode de lutte politique pour la bureaucratie apeurée par ses propres trahisons.

Aujourd’hui, même si l’humanité est confrontée à une nouvelle époque du développement du capitalisme, l’apport de Trotsky demeure indispensable. Il nous permet de comprendre la dégénérescence de la première révolution socialiste victorieuse, la victoire du fascisme et l’évolution historique qui a abouti à la Deuxième guerre mondiale impérialiste. Nous approprier son œuvre, son combat, sa vie nous est indispensable pour nous approprier la culture et l’expérience d’une époque qui vit le mouvement ouvrier ébranler le monde, conquérir et exercer le pouvoir. Bien plus qu’un « héritage », notion assez peu compatible avec la lutte révolutionnaire, il nous transmet une méthode militante révolutionnaire et démocratique, un marxisme vivant, sans sectarisme, recettes ou autoproclamations, une méthode scientifique s’appuyant sur l’analyse d’une période, avec comme boussole l’indépendance de classe, l’émancipation des travailleurs par eux-mêmes, la lutte contre la bureaucratie, l’internationalisme…

Submit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn