Jeudi 27, des dizaines de milliers de militant.es, de travailleur.ses en grève, de jeunes ont manifesté dans tout le pays pour dénoncer la dégradation des conditions de vie et de travail de l’immense majorité de la population, la précarité et les bas salaires alors que l’inflation s’emballe et qu’explosent les inégalités.

Le lendemain, l’intersyndicale a dressé un vague calendrier intégrant la journée mondiale des femmes le 8 mars, une probable énième « journée d’action » et… le 1er mai. Mais quelles perspectives au-delà de ces journées, dans quel plan de bataille s’inscrivent-elles face à l’offensive du Medef et de ceux qui le servent et aspirent à le servir, quelle politique pour unifier les luttes, les mobilisations en cours ? L’intersyndicale se garde bien ne serait-ce que de poser ces questions qui ne peuvent recevoir de réponse qu’en dehors du dialogue social et des institutions.

Le décalage est grand entre les inquiétudes, la colère, le début de reprise de confiance dans la lutte collective qui s’expriment dans les mobilisations, souvent encore sectorielles ou locales, et l’impasse de la politique de la « gauche » institutionnelle, syndicale et parlementaire.

Les rivalités et paranoïas qui agitent les diverses ambitions au sein d’une gauche moribonde, sans idées et dont le seul horizon est l’ordre institutionnel de la république bourgeoise, offrent un spectacle, une farce, pour le moins affligeants. L’entrée en scène de Taubira au moment où Montebourg se retire ne renouvelle guère la prestation des vieux acteurs de 2002. « Je veux prendre toute ma part contre la démoralisation, contre les discours de haine et les propos belliqueux », dit-elle, contre le « mépris » en se gardant bien d’attaquer qui que ce soit… Hidalgo a failli hausser le ton, « maintenant, c’est projet contre projet », a-t-elle lâché sans rire ! Et le PS cherche les moyens de se rapprocher de Jadot… Quant à Fabien Roussel, candidat du PCF, il appelle à « construire la France des jours heureux » et « refonder la gauche » pour « mettre dehors les libéraux, les corrompus et la République des privilèges pour construire une République sociale, démocratique et laïque au service du peuple et de la nation [...] reprendre le pouvoir à la finance ».

Chacune et chacun se veut le champion d’une nouvelle union de la gauche dont il peut seul être le chef tout en essayant de faire oublier un lourd passé de reniements qui a vu la gauche, chaque fois qu’elle a été au gouvernement, servir la classe dominante… C’est cette aspiration à l’unité, illusoire et désespérée, de celles et ceux qui ne voient pas d’autre choix que la gauche, prisonniers eux-aussi du cadre institutionnel, que cherche à instrumentaliser la Primaire populaire. Celle-ci a décidé des candidats dont les noms seraient soumis, entre le 27 et le 30 janvier, au vote… malgré eux ! Taubira est la seule à se prêter au jeu en se présentant comme « celle qui accepte les risques d’une investiture citoyenne, celle qui accepte de constater qu’à l’échelle des candidats, à l’échelle des partis, l’union n’a pas été possible ». Une façon embrouillée de dire que puisque l’union n’est pas possible elle sera candidate...

Lors de son meeting « immersif et olfactif » du 16 janvier à Nantes, Jean-Luc Mélenchon, devant un mur d’images vidéo de la Terre et des océans a voulu, non sans une grandiloquence un peu ridicule, prendre de la hauteur, élever le débat de la campagne présidentielle car « c'est vu de l'espace qu'on comprend mieux tout ce qu'il y a à faire sur Terre ». Certes ! Mais son appel à « s’inscrire ouvertement dans cette page nouvelle de l’histoire de l’humanité » ouverte par les progrès de la science et du numérique, « les nouvelles frontières de l’humanité », ne débouche en réalité, au-delà de la critique de la folie capitaliste, que sur l’étroitesse d’un programme réformiste pour la présidentielle s’inscrivant dans le jeu des institutions républicaines françaises et du système.

Discuter de l'avenir de l'humanité ne peut se limiter à la justification d’un programme électoral réformiste qui, aussi radical qu’il se prétende, se réduit à une liste de promesses posées sur le seul terrain institutionnel, hors du rapport de force entre les classes, et qui donc n’engagent que ceux qui y croient… éternel jeu de dupes électoral !

« Blanquer, protocole de guignol, démission ! », « A bas Blanquer ! Vive la grève ! », « Blanquer, le virus, c’est toi ! Le remède, c’est nous ! » …, scandaient les salariés de l’éducation qui ont laissé exploser leur colère dans la rue, jeudi 13 janvier.

La grève a été massive, à la mesure du mécontentement contre l’improvisation sanitaire de Blanquer et son mépris affiché : 75 % des professeurs des écoles, près d’une école sur deux fermée, 62 % de grévistes dans les collèges et les lycées, selon les syndicats. La grève a aussi été massive chez les personnels de vie scolaire, d’éducation, du médico-social, y compris chez les personnels de direction. Elle a emporté l’adhésion des parents d’élèves et le soutien de la FCPE.

L’exaspération et la colère sont telles que l’ensemble des syndicats de l’éducation ont dû signer l’appel à la grève, sous peine d’être totalement discrédités. Les enseignants ont exprimé leur ras-le-bol des mensonges, des promesses politiques non tenues, une rupture avec les politiciens des partis qui se sont succédés au gouvernement, y menant les mêmes politiques d’austérité et de démantèlement de l’école, jusqu’à éjecter de la manif parisienne Anne Hidalgo, la candidate qui avait annoncé vouloir doubler le salaire des enseignants !

Les premières manifestations, au début de l’année, du soulèvement le plus important survenu au Kazakhstan depuis des décennies ont eu lieu à Janaozen, une ville à l’ouest du pays proche de la mer Caspienne, région où sont situées les exploitations pétrolières et gazières. Dès l’annonce le 1er janvier de l’augmentation -jusqu’à être doublé- du prix du gaz liquéfié, GPL, le carburant de très loin le plus utilisé par les automobilistes, une cinquantaine d’ouvriers se sont rassemblés et ont transmis aux autorités locales un message vidéo exigeant, au nom de la population, l’annulation de cette hausse.

Le lendemain, le dimanche 2 janvier, des manifestants plus nombreux occupaient un rond-point dans la même ville tandis que dans la soirée, à Aktaou, une ville proche sortie de terre avec l’exploitation à partir de 1960 des gisements pétroliers de la Caspienne, des milliers de travailleurs se rassemblaient devant l’hôtel de ville, annonçaient le début de la grève pour le lendemain et scandaient le slogan : « Dehors, le vieux ! ». Etait ainsi visé Noursoultan Nazarbaïev, l’ancien président, dictateur en place depuis 1990, dont la famille et le clan ont mis la main sur toutes les richesses du pays, en particulier les revenus tirés du gaz et du pétrole. Nazarbaïev avait donné sa démission en mars 2019 tout en restant au pouvoir dans les coulisses, à la tête notamment d’un « Conseil de sécurité ». Le nouveau président Tokaïev lui avait fait allégeance, allant jusqu’à renommer Astana, la capitale politique du pays, de son prénom, Noursoultan.

« Pour la première fois dans l’histoire, un président n’a pas seulement perdu une élection, il a tenté d’empêcher un transfert pacifique du pouvoir », a accusé Biden lors d’un discours devant le Congrès à l'occasion de l’anniversaire de la proclamation de sa victoire, il y a un an, le 6 janvier, anniversaire aussi du coup de force de Trump et de ses partisans qui menaient l’attaque sur le Capitole, qu’il a qualifiée d'« insurrection armée ».

« Nous devons décider aujourd’hui quelle nation nous allons être. Allons-nous être une nation qui accepte que la violence politique devienne la norme ? Allons-nous être une nation qui autorise des responsables officiels partisans à renverser la volonté exprimée légalement par le peuple ? Allons-nous être une nation qui ne vit pas dans la lumière de la vérité mais à l’ombre du mensonge ? ». Et d’affirmer, « Je ne laisserai personne mettre le couteau sous la gorge de la démocratie ». Se voulant le président du « Retour de l’Amérique », Biden a donné une dimension internationale à son prétendu combat pour la démocratie, une lutte l’opposant à l’autocratie tant aux USA que face à… la Chine et la Russie.

« Les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. Et donc on va continuer de le faire » ; « un irresponsable n’est plus un citoyen »… Macron a repris les méthodes démagogiques et provocatrices de Sarkozy et de l’extrême-droite pour tenter de masquer son incurie et sa panique en désignant des boucs émissaires. Il en a rajouté lors de la conférence de presse vendredi avec la présidente de la Commission européenne Ursula Van der Leyen : « J’assume totalement […] La vraie fracture du pays est là, quand certains font de leur liberté, qui devient une irresponsabilité, un slogan ». Sans blague, mais la « liberté » des classes dominantes, elle, n’a rien d’un slogan ! Cette liberté bien sonnante et trébuchante plonge la société dans le chaos. La fuite en avant de l’infime minorité des possédants, financiers, grands actionnaires, pour maintenir leurs profits dans un système économique à bout de souffle, a des conséquences dramatiques pour les 99 %.

Macron prépare la suite, l’intensification de la guerre de classe et stigmatise les non-vaccinés pour tenter de diviser, paralyser. Pécresse, pas en reste, veut « ressortir le kärcher de la cave ».

Sans surprise, le bruit et la fausse fureur retombés après les propos cyniques de Macron, les députés ont très majoritairement adopté le projet de loi sanitaire en première lecture. Un peu plus tôt, au Sénat, Castex avait assuré le service après-vente : « Qui outrage la nation ? Qui fracture la nation ? Qui conduit les soignants dans nos urgences à faire des choix éthiques dramatiques ? ».

L’installation le 31 décembre du drapeau européen sous l’Arc de triomphe voulue par Macron pour marquer le premier jour de sa présidence de l’Union européenne a déclenché parmi toutes celles et ceux qui tricolorent une polémique tout aussi ridicule et dérisoire que la gloriole présidentielle.

Le Pen a crié à la provocation, un drapeau européen au-dessus de la tombe du soldat inconnu, « une offense pour ceux qui se sont battus pour la France » et une « victoire patriotique » quand il a été retiré le lendemain ! Un « outrage » pour Zemmour. Un « effacement de l’identité française », s’est emportée Pécresse qui se veut « patriote et européenne » et aurait « aimé qu’on affiche à côté du drapeau européen le drapeau français ».

« je continuerai à vous servir », tels étaient les vœux de Macron, adressés avec « optimisme » à lui-même et à la réussite de sa politique au service... des classes dominantes. Boniments et mensonges pour justifier la poursuite de sa police sanitaire qu’illustrent les dernières mesures annoncées pour faire face à la propagation du virus Omicron. Elles jouent sur les inquiétudes et la peur, expression de la panique du pouvoir lui-même. Le ridicule le dispute au mépris. La transformation du passe sanitaire en passe vaccinal rend de fait la vaccination obligatoire alors que Macron avait prétendu y être opposé. Pour tenter de masquer sa propre incurie il fait des non vaccinés des boucs émissaires responsables de la propagation du virus alors que si le vaccin protège de la maladie rien ne dit qu’il empêche réellement sa propagation.

Cette attitude punitive est d’autant plus insupportable que le refus de lever les brevets ralentit considérablement la vaccination à l’échelle internationale et favorise l’apparition des variants comme Omicron. Seule 7 % de la population de l’Afrique est protégée.

La seule réponse des classes dirigeantes est le vaccin pour le plus grand profit de Big Pharma et se barricader derrière les frontières, la soumission aux multinationales et le nationalisme vaccinal au mépris des intérêts de l’humanité, qui exigent l’accès aux soins et aux médicaments, comme un droit universel…

A l’annonce du résultat du second tour de l’élection présidentielle le 19 décembre, des centaines de milliers de Chiliens sont sortis dans les rues. Sidérés par le premier tour, l’heure était plus au soulagement qu’à la joie.

En effet, le 19 novembre, un candidat d’extrême droite populiste, José Antonio Kast, fils d’un lieutenant nazi, anticommuniste partisan du retour à l’ordre de Pinochet et qui avait fait 7,9 % des voix en 2017, l’avait emporté d’une courte tête sur Gabriel Boric. Jeune candidat ex dirigeant de la lutte pour une éducation gratuite « et sans profits » en 2010, ce dernier s’est présenté à la tête d’une alliance du Front Large (front d’organisations antilibérales) et du PC, les partis institutionnels de gauche qui malgré leur discrédit lié à leur participation gouvernementale sous la socialiste Michelle Bachetet, ont capitalisé en partie la sympathie de la rue, très active depuis une décennie.

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