De quoi la crise est-elle le nom?
La crise, nous dit-on, serait une fatalité, le mot revient comme une litanie, mis à toutes les sauces, désignant un mal mystérieux sans remède, tout au plus des expédients. Pourtant, ce mot recouvre à l’évidence une réalité patente, la faillite des classes capitalistes, de l'oligarchie financière, de la propriété privée des moyens de production et d'échange sur laquelle repose le droit que s’octroie une minorité de parasites de s'approprier les richesses produites par la classe des producteurs.
Chacun peut faire, chaque jour, le constat de cette réponse simple et évidente même si elle est masquée par un écran de fumée, la propagande des classes capitalistes qui investissent des milliards dans les médias pour convaincre les classes exploitées que l'économie de marché est le seul système moderne et efficace, qu'il n'y en a pas d'autre possible.
Mais alors pourquoi les crises, pourquoi cette crise permanente dans laquelle est entrée la société à l'échelle mondiale ? Et comment peut-on considérer comme moderne une société dans laquelle l’écart entre les possibilités matérielles et techniques dont dispose l’humanité et le dénuement terrible qui en frappe la majeure partie n’a jamais été aussi flagrant ?
Pour amplifier la mobilisation, surmonter les divisions et l’attentisme des directions syndicales
Malgré la politique des confédérations syndicales, leur participation zélée au cirque de la « concertation » mis en place par le gouvernement et une très longue pratique, malgré le « recentrage » de la direction de FO opposée à la mobilisation, la journée du 12 septembre, et dans une moindre mesure celle du 21, ont été un succès. Les militant-e-s, les salarié-e-s, et pour une part encore faible la jeunesse étudiante et lycéenne, s’en sont emparés pour dire leur révolte, leur refus de laisser faire, leur aspiration à un autre avenir que celui que tracent le gouvernement et la finance.
La mobilisation du 12 a été supérieure à ce que beaucoup espéraient. Celles et ceux qui s’étaient faits les militants du mouvement contre la loi El Khomri étaient là. Dans les cortèges l’ambiance était aux retrouvailles, au plaisir partagé de la lutte, à la fierté de relever la tête... mais aussi aux questions, le 12 comme le 21 : comment faire en sorte de passer à l'étape suivante, comment entraîner dans les entreprises, donner confiance dans la lutte malgré les échecs passés, dont le plus récent contre la loi travail, entraîner les facs, les lycées, la jeunesse ouvrière et précaire ? Qu’il s’agisse des nouvelles générations militantes pour qui la loi travail était l’an dernier la première expérience ou de plus anciennes qui ont vécu de multiples luttes et reculs face à l’offensive libérale, les interrogations sont nombreuses. Beaucoup se demandent comment gagner aujourd’hui face à un gouvernement déterminé à aller vite, qui vise en premier lieu les plus précaires, les plus pauvres, et joue de la provocation, s’appuyant sur un rapport de forces dégradé pour le monde du travail. Il ne suffit pas de dire qu’il faut préparer la grève générale reconductible, aussi juste cela puisse être. Le volontarisme ne peut résoudre les problèmes politiques.
Le spectre d'Octobre 1917 hante le monde, Actualité de la révolution, du socialisme et du communisme
Nous vivons dans un monde instable et chaotique. Insécurité sociale, ubérisation du travail, chômage et précarité, terrorisme et guerres dites contre le terrorisme, drames des migrants, effets dramatiques du réchauffement climatique secrètent l'inquiétude et l'angoisse, la révolte et la colère. Les esprits sont dominés par une société violente sur laquelle les moyens d'action semblent hors de portée. Chacun voit sa vie lui échapper, déboussolé, désorienté.
Nous vivons un grand bouleversement planétaire dont les mécanismes ainsi que les effets semblent échapper à tout contrôle comme dominés par des forces aveugles, étranges, mystérieuses. La mythologie du marché, de la concurrence, de la compétitivité, du risque, des spéculations financières et boursières nourrissent les élucubrations complotistes, les mystiques religieuses, nationalistes avec leurs corollaires le racisme et la xénophobie.
Il n'y a pourtant rien de mystérieux dans l'évolution de la société. Elle est provoquée par la politique des classes capitalistes et des États qui les servent pour préserver leur domination, accroître leur pouvoir, maintenir leurs profits.
Macron mène sans tabou une politique de classe, le 12 et après, menons la nôtre !
Dans les entreprises, au sein des équipes syndicales, dans les unions locales, les collectifs unitaires, l’heure est à la préparation de la journée du 12 septembre et des suites. S’il est difficile de dire quelle sera l’ampleur de cette première journée nationale de lutte contre la politique du gouvernement, nombre de militants ont milité tout cet été pour la préparer, pour donner confiance, entraîner autour d’eux, convaincre de la possibilité de rendre les coups, malgré le poids des échecs passés et surtout malgré la politique des confédérations syndicales qui se sont prêtées à la mascarade et au jeu des « consultations », prétendant exercer leur pression dans les bureaux ministériels.
Mailly, doublant la CFDT, s’est réjoui que des points aillent « dans la bonne direction » : « heureusement que nous avons fait notre travail syndical »… « cette loi n’est pas la casse du code du travail, notre modèle social n’est pas remis en cause ». Déclarant à l’adresse de Martinez que « ce n'est pas quand tout est fini qu'il faut mener la bagarre », il lui a reproché de n’avoir participé qu’à « 6 ou 7 réunions pendant l'été » alors que lui… n’a « pas arrêté » ! Si la CGT appelle clairement à la lutte, elle n’en a pas moins participé à la farce de ces rencontres bilatérales, se pliant au calendrier et aux convocations du gouvernement, au dialogue social XXL des Macron et Pénicaud qui vise à désarmer le monde du travail, les militants qui veulent construire une opposition de classe pour préparer l’affrontement avec le pouvoir et le patronat.
Les dix ans de crise débouchent sur une nouvelle offensive dont Macron est un artisan zélé
Dix ans sont passés depuis l’éclatement, aux États-Unis, de la crise des « subprimes » et la série d’effondrements boursiers, bancaires, économiques qui avaient suivi. Les États des grandes puissances étaient alors intervenus pour sauver le système financier à coup de milliers de milliards empruntés à ces mêmes banques dont les spéculations et l’avidité étaient à l’origine de la crise. L’endettement public qui en résultait débouchait, en 2010, sur la crise de la dette publique européenne, avec comme conséquence l’accentuation des politiques d’austérité qui se poursuivent toujours aujourd’hui. Les banques centrales, particulièrement la Banque centrale européenne et la FED américaine, avaient pris ensuite le relai des États. Avec la politique de « quantitative easing », « QE », elles ont injecté dans les banques privées des milliers de milliards sous couvert de leur racheter des titres de dette d’Etat ayant perdu une bonne part de leur valeur.
Malgré les sommes considérables englouties, ces politiques se poursuivent aujourd’hui.
Terrorisme et guerre contre le terrorisme, un engrenage meurtrier contre les travailleurs et les peuples
Le drame des attentats de Barcelone et de Cambrils a été l'occasion pour le pouvoir espagnol de remettre en scène le scénario d'union nationale, instrumentalisation politique de la colère et de la révolte pour tenter de soumettre l'opinion catalane et celle de l’État espagnol à la politique du gouvernement. Si l'opération n'a pas pleinement réussi trouvant sur sa route une forte contestation populaire, elle vient souligner l'importance pour le mouvement ouvrier d'avoir une politique indépendante des États face à la prétendue guerre contre le terrorisme menée par la coalition internationale impulsée par les USA.
Cette politique est nécessairement internationaliste, à l'opposé d'un point de vue national, européen ou occidental, elle ne participe pas au piège de « la compassion narcissique » qui établit une hiérarchie entre les victimes du terrorisme ou de la guerre selon leur nationalité, leur origine ou leur religion. Est-il besoin de rappeler que le terrorisme frappe en premier lieu les populations du monde arabo-musulman parmi lesquelles la guerre des grandes puissances sème aussi la mort, sinistres dommages collatéraux d'une guerre sans fin.
Philippe, le 1er ministre, nous appelle « à l’effort et au courage ». Il se fout de nous !
« La France est dans les cordes et aucune esquive ne nous sauvera. J’ai conscience d’appeler à l’effort et au courage » expliquait Philippe quelques jours avant l’annonce de la baisse des APL. Cette baisse de 5 euros par mois qui va toucher à partir d’octobre les 6,5 millions de personnes les plus pauvres et précaires, l’équivalent de plusieurs repas en moins pour beaucoup, illustre la brutalité et le cynisme du gouvernement. « On répond à une urgence » a asséné Castaner, porte parole du gouvernement, « il manque 150 millions d’euros dans le budget de l’Etat ». La mesure va rapporter 32,5 millions d’euros chaque mois à l’Etat, 390 millions sur une année. Face aux réactions indignées, Macron aurait traité a posteriori la décision de « connerie sans nom »… sauf que le ministre en charge du dossier, Mézard, a modérément apprécié le revirement et fait savoir que « rien ne s’est fait sans le consentement de Macron »…
Dans le même temps, le gouvernement va injecter des milliards d’euros dans les poches des plus riches et du patronat : la transformation de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) en impôt sur la fortune immobilière (IFI) représente à lui seul un cadeau de 3 milliards dès 2018, qui s’ajoute à la baisse de l’impôt sur les société qui va passer de 33,33 % aujourd’hui à 28 % l’an prochain -25 % à terme- et à l’augmentation du CICE (crédit impôt compétitivité emploi) qui passe de 6 à 7% de la masse salariale. Mais Castaner l’assure : « il ne s’agit pas de cadeaux aux riches mais de financer l’économie réelle »… Cette « économie réelle » repose sur l’accaparement permanent des richesses par une poignée de parasites, l’extorsion de la plus-value créée par le travail.
Le FN à la recherche de la route du pouvoir
Le séminaire de « refondation » du Front national, les 21 et 22 juillet, était censé répondre aux doutes provoqués par l’échec, très relatif malheureusement, de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, suivi des 14 % aux législatives. Le FN réalise en effet son meilleur score mais il est un parti comme les autres, au moins sur ce terrain de la lutte pour le pouvoir, et il regroupe autour de lui des gens qui en espèrent postes, sinécures et autres avantages...
D’où les frustrations et insatisfactions, les doutes et les difficultés de Marine Le Pen, la contestation dont elle a été l’objet. Elle semble avoir réussi à la surmonter en étant élue députée et c’est sur Philippot, le vice-président, que les critiques se sont concentrées.
Le fait que Sophie Montel, proche de ce dernier, ait été démise de sa fonction de présidente du groupe FN au Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté donnait du crédit à la possibilité d’un réel conflit entre la présidente et son vice président. Qu’en est-il exactement ? Personne n’en sait rien dans ce parti où la démocratie est une façade et où les dirigeants se livrent à des jeux de rôle bien répartis…
Venezuela : l’impasse du nationalisme populiste
Aujourd’hui 4 août, Maduro installe sa Constituante, élue dimanche dernier. Cette élection, boycottée par l’opposition, s’est déroulée dans le climat d’affrontements meurtriers quasi quotidiens auxquels le pays est en proie depuis plus de 4 mois. La journée de vote, très violente, s’est soldée par une dizaine de morts.
Cela n’a pas empêché Maduro de se féliciter, dès le soir du scrutin, d’un résultat qui aurait atteint 41,5 % des voix, un million de voix de plus que le vote organisé par la droite contre cette élection le 16 juillet. Ces chiffres sont largement exagérés, comme l’a confirmé depuis l’organisme privé chargé d’organiser le vote électronique, qui a accusé le gouvernement d’avoir annoncé des résultats mensongers. Le mode d’élection permettait par ailleurs à certains électeurs de voter deux fois, comme citoyen d’une circonscription territoriale et comme membre de certaines catégories socioprofessionnelles, choisies par le pouvoir pour lui être favorables. Quant aux personnes les plus pauvres, qui dépendent des distributions de nourriture organisées par les CLAP (Comité local d’approvisionnement et de production), elles ont été menacées d’en perdre le « bénéfice » si elles s’abstenaient…
Préparer un affrontement politique avec ce gouvernement des banquiers et des patrons
Mercredi matin, le général de Villiers a remis sa démission à Macron qui l’avait admonesté publiquement lors d’une réception officielle le 13 juillet. « Je suis votre chef », avait lancé Macron au chef d’état-major des armées parce que celui-ci avait protesté contre la réduction des crédits militaires sur l’année en cours de 850 millions d’euros. Alors même que le gouvernement s’est engagé à porter le budget militaire au montant astronomique de 2 % du PIB d’ici à 2025, soit environ 50 milliards d’euros contre un peu plus de 32 aujourd’hui.
La « première crise du quinquennat », comme l’ont titré certains journaux ? La première difficulté sérieuse, en tout cas, qui ternit le tableau idyllique, olympien, que les medias aux ordres de leurs neuf propriétaires milliardaires ont fabriqué du président « jupitérien ». Macron a facilement repris l’avantage face à son opposant galonné, un homme de son camp, serviteur comme lui des intérêts des classes possédantes.
L'affaire risque d'être plus compliquée devant le mécontentement de la population qui n’entendra pas rester, elle, la « grande muette » face une politique qui sacrifie ses intérêts pour ceux du grand patronat et... les dépenses militaires.



