"Séparation du Medef et de l'Etat"... on fait comment ?
Le mot d’ordre de la « Séparation de l’Etat et du Medef » est apparu dans le cours du mouvement notamment en avril dans un appel issu des « nuitdeboutistes » pour une journée où il s'agissait « d'attaquer le Medef à coup de tomates », un gag symbolique certes, mais qui désignait les vrais responsables de la loi travail : « prenons-nous en au véritable commanditaire, le MEDEF, au nom duquel nos droits et la démocratie sont foulés au pied [...] Mettons le Medef en accusation et imaginons ensemble ce que serait notre loi ! » (Appel du 21 avril).
Ils n'ont pas réussi à étouffer le mouvement, le combat continue...
Quatre mois après le début de la mobilisation, alors que les pressions et provocations policières s’amplifient, que le gouvernement, le patronat et la droite, tous aussi décomplexés, redoublent de morgue… et malgré l’acharnement de l’intersyndicale à « dialoguer », le mouvement refuse de se laisser étouffer. Les tentatives n’ont pourtant pas manqué.
Au lendemain de la 11ème journée nationale, Valls s’est payé le luxe de recevoir un à un les syndicats dits représentatifs pour « faire un point » et « parler »… précisant pour qui n’aurait pas compris qu’il ne s’agissait en rien de « la réouverture d'un cycle de négociations » après que Hollande a redit qu’il « ira jusqu’au bout ».
Qu’importe… les syndicats reçus n’ont pas caché leur satisfaction qu’on leur ouvre enfin la porte de Matignon. Après avoir accepté à Paris un « parcours » de manifestation dans un bocal le 23 juin, puis de défiler dans un nouveau carcan policier le 28, restant muets face aux interpellations de militants qui se multiplient et aux nasses policières (dont celle à Paris de la Bourse du travail !)… ils se sont rendus tout sourire à la convocation, Martinez expliquant « si le Premier ministre nous reçoit, c'est qu'il a des réponses à nous donner »…
Face à la montée des idées réactionnaires, au Brexit, à la crise de l'Europe capitaliste, une politique internationaliste
Il serait pour le moins illusoire, aveugle et dangereux de voir dans la victoire du « leave » quoi que ce soit de positif pour les travailleurs et les classes populaires. Qu’elle soit un camouflet pour Cameron et les dirigeants de l’UE comme Merkel ou Hollande n’enlève rien au fait qu’elle est avant tout un succès pour les idées réactionnaires, une victoire de l’extrême droite. Marine Le Pen ne s’y est pas trompée qui a immédiatement exulté de joie à l’annonce des résultats.
Le Premier ministre conservateur David Cameron, qui a fait campagne pour le « remain » et qui, battu, a immédiatement annoncé sa démission prochaine, avait promis ce referendum avant les dernières élections législatives sous la pression des xénophobes de l’UKIP en pleine progression à qui il espérait reprendre des voix. Un de ses arguments essentiels pour le « remain » était qu’il avait réussi à obtenir de l’Union européenne en février un accord pour déroger au droit communautaire qui impose de verser les mêmes allocations sociales aux travailleurs étrangers européens que celles versées aux salariés du Royaume-Uni.
Crise politique en Espagne, revers de Podemos ou la nécessité d’un parti anticapitaliste et révolutionnaire
Les élections législatives du 26 juin en Espagne n’auront pas fait beaucoup évoluer la situation parlementaire issue de celles de décembre 2015.Le Parti Populaire de Rajoy arrive de nouveau en tête avec 33,28 % des voix et 137 sièges (14 de plus qu’en décembre), loin cependant des 176 sièges constituant la majorité absolue. Il a certainement bénéficié du recul de Ciudadanos (C’s), son clone politique version « jeune », qui perd 400 000 voix et passe de 40 à 32 sièges. Le PSOE arrive en seconde position (22,83 %, 85 sièges). Il a perdu 600 000 voix et 8 sièges par rapport à décembre, mais n’a pas connu la déroute annoncée par les sondages qui le donnaient derrière Unidos Podemos, coalition d’Izquierda unida et Podemos qui s’étaient présentés séparément en décembre et avaient obtenu, respectivement, 2 et 69 sièges. Leur regroupement obtient le même nombre de sièges, 71, mais perd plus d’un million de voix, reculant de 24,3 à 21,6 % des suffrages.
Comme en décembre donc, aucun des quatre partis arrivés en tête n’a la majorité, et les transactions au sommet se sont ouvertes, avec également les partis à implantation locale (Pays Basque, Catalogne,…) qui ont quelques députés au parlement national.
Débat et démocratie révolutionnaires pour préparer l’étape d’après…
Ce premier numéro de Démocratie révolutionnaire paraît alors que le mouvement contre la loi travail est loin d’avoir épuisé ses possibilités et ses ressources. Nous l’y consacrons pour analyser ses forces et ses faiblesses, ouvrir la discussion pour en dégager ses enseignements et surtout les tâches nouvelles qui s’offrent aux anticapitalistes et révolutionnaires.
En effet à travers le mouvement s’opèrent de profondes transformations dans les consciences dont les évolutions et approfondissements dépendront pour beaucoup de la politique que les révolutionnaires mèneront.
Le mouvement non seulement exprime un profond mécontentement, une révolte contre l’offensive sans fin du patronat et de son Etat contre les droits des salariés, mais il prend une signification politique particulière de par le contexte général dans lequel il intervient. Il s’inscrit dans une montée de la contestation engendrée par la crise permanente dans laquelle est entré le capitalisme depuis 2007-2008 et initiée par les révolutions arabes, le mouvement des indignés ou Occupy Wall Street, comme la révolte du peuple grec…
Il est un moment de rupture.
Il n’est plus comme l’étaient les mouvements de 2003 ou 2010 un mouvement défensif canalisé par les directions syndicales dans une période où la gauche pouvait encore représenter une issue, une réponse aux yeux du monde du travail.
Il est d’abord la rupture des classes populaires avec le PS et avec les politiques d’union de la gauche incluant le PC. Ce dernier déjà fortement affaibli se trouve ainsi lui-même complètement déstabilisé tant il est vrai qu’il ne pouvait satisfaire ses ambitions électorales et institutionnelles qu’en mettant ses forces au service du parti issu de la social-démocratie tel qu’il avait pu survivre à travers des décennies de reniements et mensonges au service des classes possédantes.
Si le PS est en train de mourir, le PC est lui moribond, sans autres perspectives pour la présidentielle que de passer sous les fourches caudines de Mélenchon.
L’aboutissement d’une longue évolution qui s’accompagne aussi d’un profond recul au sein du monde du travail.
Dans le même temps, commence à renaître une contestation du capitalisme globalisé, libéral et impérialiste, une nouvelle conscience de classe commence à se forger.
A travers le mouvement se confrontent le passé et l’avenir. Une nouvelle génération s’engage dans la lutte sociale et politique alors qu’une large fraction du monde du travail se libère de la démoralisation engendrée par la politique du PS, l’impuissance de feu le Front de gauche et la politique du dialogue social des directions syndicales.
Le projet du rassemblement des anticapitalistes et des révolutionnaires prend, dans ce contexte, une signification toute particulière.
Offrir aux uns et aux autres un cadre politique, militant, ouvert et démocratique pour intervenir dans les luttes de classe, s’approprier les idées de l’émancipation, le socialisme et le communisme révolutionnaire, participer à la perspective de la transformation révolutionnaire de la société, est une nécessité militante.
Y répondre suppose que notre parti, le NPA, sorte de ses ambiguïtés où souvent le gauchisme se combine avec l’opportunisme dans une grande difficulté à s’affirmer comme parti de la classe ouvrière, parti pour la transformation révolutionnaire de la société, socialiste, communiste révolutionnaire. Cette faiblesse est, pour une part, la conséquence de l’orientation dite des « Partis larges » ou « stratégiquement non délimités » héritée de la tendance la plus importante du NPA, celle de la majorité de la IVième Internationale.
La richesse du NPA est d’avoir réussi à regrouper différents groupes et tendances révolutionnaires dans un même parti. C’est une richesse mais en même temps une grande difficulté si les habitudes des uns et des autres l’emportent sur le nécessaire souci de trouver ce qui rassemble pour penser, si chacun fait la théorie de lui-même plutôt que d’agir et construire ensemble, voire si les rivalités de courants prennent le dessus.
Faire du NPA un cadre ouvert sur l’extérieur, ouvert au mouvement, à la jeune génération comme aux plus anciens qui regardent vers l’anticapitalisme suppose de dépasser ces difficultés, faiblesses, limites. Nous avons besoin de faire vivre la plus large démocratie respectant la liberté d’expérimentation, confrontant les expériences. Le mouvement est de ce point de vue un point d’appui, son aile la plus militante porte une profonde aspiration démocratique, une volonté qui combine l’action collective et les initiatives les plus diverses.
Cette démocratie nous est aussi nécessaire pour élaborer ensemble une politique, une stratégie qui permette de rassembler à partir de l’analyse du stade actuel de développement du capitalisme, de ses nouvelles contradictions nées de la mondialisation libérale et impérialiste, des enjeux inédits liés à la crise écologique et climatique. Nous avons besoin de donner son actualité au programme révolutionnaire d’un point de vue internationaliste, de repenser comme une question actuelle la stratégie révolutionnaire tant du point de vue de la construction du parti que des chemins du pouvoir et les possibilités du socialisme.
Démocratie révolutionnaire veut contribuer à ce projet par le débat et la discussion.
Celle-ci ne connaît pas de frontières de parti, elle se mène au sein du NPA mais aussi avec nos camarades de Lutte ouvrière, l’ensemble de l’extrême-gauche ou avec celles et ceux qui, militants de l’ex-Front de gauche, militants syndicalistes, libertaires, jeunes, travailleurs…, cherchent des réponses aux questions que suscitent la régression engendrée par la politique des classes dominantes et de leur Etat comme les limites et contradictions du mouvement de ce printemps.
Nous nous situons dans la continuité de Débat révolutionnaire que nous avions choisi d'interrompre en mars 2012 à l’occasion de la première campagne présidentielle de Philippe Poutou pour y prendre toute notre place, faisant le pari qu'elle pourrait permettre au NPA de sortir de la crise provoquée par la scission de la Gauche anticapitaliste qui avait alors rejoint le Front de gauche avant de se dissoudre dans Ensemble.
Le mouvement révolutionnaire ne peut pas dans les mois qui viennent recommencer les erreurs qui l’ont empêché de jeter les bases d’un véritable parti des travailleurs quand, au début de ce siècle, l’extrême-gauche, LO et la LCR, rassemblaient plus de 10% de l’électorat lors de l’élection présidentielle de 2002. Incapables ou ne voulant pas œuvrer au rassemblement des anticapitalistes et des révolutionnaires, elles n’ont pas voulu, su ou pu saisir l’occasion, laissant la place, au final, au Front de gauche, aux antilibéraux réformistes. Le NPA est le résultat d’une volonté de dépasser ces faiblesses, cela reste notre projet.
Ce printemps 2016 donne aux révolutionnaires de nouvelles responsabilités. Nous devons apporter des réponses aux interrogations politiques comme aux besoins militants qui sont nés du mouvement en participant à la continuité du marxisme militant.
Démocratie révolutionnaire prendra sa place dans ce travail militant.
Printemps 2016, un mouvement et des mutations profonds en cours…
Sans surprise, la rencontre vendredi 17 juin entre Martinez et El Khomri, que les deux parties assuraient vouloir ardemment depuis quelques jours, a accouché d’une souris… « La ministre va étudier nos propositions. On a fait des suggestions. C'était une première rencontre nécessaire. Mais il reste des problèmes importants, sur 5 à 6 articles dont nous demandons la réécriture » a expliqué Martinez le bon élève au sortir de ces « retrouvailles » (sic). Tiens donc… ce n’était pas le retrait qu’il avait annoncé porter ? Certes, les formulations suffisamment « ouvertes » ne laissaient guère planer le doute, la direction de la CGT se flattant d’être « constructive »… alors même que Valls mettait les points sur les i : « chacun doit savoir que le gouvernement ne changera pas »… Et il est clair qu’à ce stade, il n’y avait rien à négocier. El Khomri a donc pu expliquer, tout sourire sur le perron de l’Elysée « il était important de faire le point et que la CGT me remette aujourd'hui ses propositions. Je vais bien sûr les regarder. […] on peut toujours enrichir le texte mais sans en dénaturer la philosophie. Nous avons toujours des désaccords ». Et Martinez de constater : « les désaccords se sont confirmés »… on est rassuré !
Un mouvement puissant
Ce non-événement ne fait que souligner l’impuissance des appareils syndicaux pris dans la nasse du « dialogue social » qui ne laisse d’autre alternative que d’accompagner l’offensive libérale. C’est cela que le mouvement perturbe depuis plus de trois mois, trouvant en lui-même des ressources nouvelles pour durer et rebondir.
La manifestation du 14 juin a témoigné de sa dynamique et de sa vitalité. L’immense cortège des salarié-e-s venu-e-s de toutes les régions de France, syndiqué-e-s ou non, de toutes générations et tous drapeaux mélangés, disait la fierté de toutes et tous d’appartenir au monde du travail, à une classe sociale qui fait fonctionner la société, rouler les trains, tourner les usines ou les hôpitaux, qui ramasse les poubelles, enseigne, travaille dans les ports, sur les routes, dans des hangars logistiques, des centres de tri, des commerces, de toutes petites entreprises ou de grands groupes du privé comme du public, travailleur-se-s avec ou sans emploi, précaires, retraité-e-s, étudiant-e-s...
Cette fierté est aussi celle d’être parvenu à relever ensemble la tête après des années de recul, de réoccuper le terrain politique. Le mouvement marque une étape, une rupture. Les choses ne seront désormais plus comme avant, pas plus pour les jeunes qui livrent leurs premiers combats sociaux sous l’état d’urgence et le 49-3 que pour les militants plus « aguerris » qui commencent à se dégager du poids du passé. Une page est tournée, un début d'inversion du cours des choses est en œuvre malgré bien des difficultés et chacun a conscience que l’épreuve de forces engagée va bien au-delà de la loi travail.



