En ce début d’année, les vœux ont une tonalité particulière. Il est difficile de se souhaiter une « bonne année » alors qu’elle débute dans le sang et l’horreur dans une boîte de nuit à Istanbul, quelques jours à peine après l'attentat du marché de Noël de Berlin et celui de Bagdad, que l’actualité est faite par les Trump, Poutine, Assad ou Erdogan, et que nous vivons ici depuis plus d’un an sous l’état d’urgence…

2016 aura été une année de basculements, de ruptures qui changent le regard, la conscience des travailleurs et des jeunes ici comme partout dans le monde. La violence des rapports de classes, le parasitisme des classes possédantes, ont pris une ampleur sans précédent aux conséquences dramatiques pour les classes populaires. La concurrence effrénée que se mènent les grandes puissances et les multinationales pour le pillage des ressources et l’exploitation des travailleurs du monde entier intensifie la guerre faite aux peuples et aux pauvres. Les vieux pays impérialistes n’échappent pas aux éclats de cette guerre.

Depuis quelques années, la question du revenu universel, de base ou garanti, s'invite dans les débats. Des ONG comme ATD Quart Monde défendent un « revenu d'existence », le mouvement décroissant reprend l'idée du « revenu d'autonomie » comme moyen de s'affranchir du travail imposé par le capitalisme. Durant les Nuits Debout du printemps, ces débats ont eu lieu au travers des réseaux MFRB (Mouvement Français pour un Revenu de Base), Salariat (autour de Bernard Friot défendant le salaire à vie), avançant des modèles censés échapper aux rapports capitalistes et marchands.

En juin dernier, sous l'impulsion d'un réseau défendant le revenu de base, la Suisse a organisé un référendum, repoussé à 77 %, sur la création d'un revenu «inconditionnel» de 2 260 € mensuels pour tous les adultes et 595 € pour chaque mineur. En Finlande, une expérimentation avec un revenu de base de 560 € doit être lancée en 2017 pour 2 ans financée par… l'industrie pétrolière.

Dans sa revue Lutte de classe de décembre et janvier, n°180, Lutte ouvrière publie les textes adoptés à son congrès, début décembre, accompagnés d'un texte intitulé « En conclusion » qui les inscrit dans une perspective plus générale au regard de la façon dont la direction de LO voit les tâches militantes. Il pose la question des voies et moyens de la construction d'un parti révolutionnaire à la lumière de la compréhension du passé que s'est construite LO.

Cet article ne vise pas à revenir sur les analyses défendues dans les résolutions de LO mais à discuter cette « conclusion », c'est-à-dire la façon dont LO définit ses tâches militantes et dont elle voit la construction d'un parti des travailleurs.

La tragédie d'Alep suscite, à travers le monde, émotion et révolte non seulement contre les bourreaux du peuple syrien mais aussi contre leurs complices qui s'indignent, cyniques et impuissants, pour mieux faire oublier tant leur abandon du peuple syrien que leurs propres crimes en Irak, à Mossoul, en Afghanistan ou au Yémen. L’odieux attentat terroriste de Berlin revendiqué par l’Etat islamique ne fait que souligner le terrible enchaînement de violences barbares qu’engendre l’offensive libérale et impérialiste des classes dominantes de par le monde.

Cette tragédie s'inscrit au centre des négociations entre les grandes puissances alors que se dessine une nouvelle politique des USA sous la houlette de la réaction alliant milliardaires et généraux.

« Je pense qu’avec la libération d’Alep, on dira que la situation a changé, pas seulement pour la Syrie, pas seulement pour la région, mais pour le monde entier, il y aura un avant et un après la libération d’Alep » a pu déclarer avec cynisme le dictateur sanglant de Syrie. Avec brutalité, il exprime une réalité politique tant dans la situation au Moyen-Orient que dans les rapports internationaux.

La question du parti, encore et à nouveau

Nous rééditons une brochure qui est le texte d'une conférence faite à la fin de l'année 1995, alors que la plupart des militantEs qui animent aujourd'hui Démocratie révolutionnaire étaient encore des militants de Lutte Ouvrière, soucieux de donner vie à l'appel d'Arlette Laguiller au lendemain de l'élection présidentielle de 1995, à la construction d'un parti des travailleurs. Cette brochure fut éditée une première fois après notre exclusion de LO en avril 1997.

Cette réédition n'obéit pas à un culte du souvenir ni au fait que nous penserions que ce texte apportait des réponses clé en main à la construction d'un parti des travailleurs. Ce n'était pas son objectif bien évidemment, ces réponses n'existent pas.

Il nous avait, alors, semblé utile de tenter de donner une vue d'ensemble de la façon dont la question de la construction d'un parti de la classe ouvrière s'était posée dans le passé aux différentes étapes du mouvement ouvrier, malgré le côté inévitablement superficiel de cette vue. Nous avions dû en particulier nous limiter essentiellement à l’évolution du mouvement ouvrier français alors qu’il est bien évident que les expériences militantes et les expériences de luttes s’accumulaient et se répercutaient à l’échelle européenne.

Cela parce que nous voulions essayer de rattacher nos efforts, notre travail et ceux de nos camarades, à une filiation, qui permette de rendre le plus concret possible ce que nous voulions faire.

C'était une façon de répondre aux visions dogmatiques, moralistes et proclamatoires de Lutte ouvrière. Une façon aussi de nous protéger des mêmes pratiques qui font, en général, le ciment de petit groupe.

Il nous est apparu nécessaire de poursuivre cette démarche aujourd'hui alors que s'ouvre une nouvelle époque après plus de vingt ans d'offensive libérale et impérialiste.

La mort de Fidel Castro survient dans un monde en plein bouleversement, plongé dans une crise économique qui s’annonce autant si ce n’est plus dévastatrice que celle de 2008, l’élection de Trump, la fin sans gloire des régimes progressistes latino-américains de Chávez puis Maduro et Morales…

Une page est tournée, celle qui a suivi la vague révolutionnaire des luttes nationales des peuples opprimés contre les puissances coloniales et impérialistes à l'issu de la deuxième guerre mondiale dont la révolution cubaine a été un des flambeaux, révolution populaire sur un programme nationaliste radical par les méthodes de la lutte armée paysanne, de la guérilla.

Contrairement à la première vague révolutionnaire internationale qui avait suivi la première guerre mondiale, ces mouvements ne furent pas initiés et dirigés par la classe ouvrière, par des partis se revendiquant d'elle. Au mieux, le communisme n'était qu'une incantation enjolivant la politique de directions nationalistes petites bourgeoises. Les ravages de la contre-révolution stalinienne avaient fait leur sinistre travail.

Dans ce contexte la révolution cubaine a pu représenter un réel espoir par son dynamisme, par sa direction initialement indépendante du mouvement stalinien, et surtout par le défi qu'elle lançait aux USA, devenue la première puissance mondiale. Malheureusement, prisonnière de ses limites nationalistes, elle ne put échapper aux rapports de forces de l'époque.

Une quinzaine de jours avant de devenir candidat à la candidature, Valls publiait dans les Echos une tribune intitulée « Il faut répondre aux dégâts de la mondialisation ». Sans entrer dans le détail de son texte, son titre suffit à constater le changement de discours vis-à-vis d’une mondialisation vantée jusqu’il n’y a pas si longtemps comme « heureuse »…

Du point de vue des ambitions personnelles du futur candidat, il s’agit bien évidemment d’aller dans le sens du poil d’un électorat qui sera d’autant plus difficile à convaincre qu’il a largement fait la douloureuse expérience de cette prétendue « mondialisation heureuse » et de la responsabilité de Valls dans cette affaire. Et ce qui tracasse d’ailleurs Valls au premier degré, ce sont les victoires des « populismes », Brexit, Trump…, les conséquences, dit-il, de ces « dégâts de la mondialisation » qu’il décrit dans son texte... tout en faisant comme s’il n’y était pour (presque) rien !

Mais ni les discours de Valls ni ceux qu’a pu tenir Trump au cours de la campagne présidentielle aux États-Unis ne peuvent êtres réduits à leur dimension électoraliste. En dirigeants politiques responsables devant les véritables dirigeants économiques de la société, leurs déclarations reflètent les changements qui s’opèrent dans les stratégies politiques et économiques aux sommets des États et des institutions financières.

« Succès populaire » titraient nombre de journaux au lendemain du premier tour de la primaire de la droite et ses 4 millions de votants (9 % du corps électoral)… apparemment subjugués par cette droite décomplexée des Fillon, Juppé, Sarkozy and Co à l’offensive depuis des mois dans une surenchère anti-ouvrière.

Au sein de l’électorat de droite, la frange la plus réactionnaire s’est sans conteste mobilisée, celle de la Manif pour tous, défenseurs de la famille « traditionnelle » et autres nostalgiques de la « grandeur de la France »… un électorat que se disputent les deux finalistes en courant le plus à droite possible, tel Juppé (la prétendue droite de gauche !) assurant dans l’Express en début de semaine : « je suis baptisé, je m'appelle Alain Marie, je n'ai pas changé de religion et je comprends parfaitement le point de vue de mes coreligionnaires catholiques ». Quant à Fillon, il a convoqué dans le dernier débat Clovis et Jeanne d’Arc… tout en se plaignant toute la soirée d’être caricaturé, revendiquant la « modernité »…

Nous écrivons alors que s’est ouvert à Bobigny, 7 ans après, le procès de 3 policiers qui ont blessé 6 personnes –dont l’une a perdu un œil- qui protestaient contre l'expulsion de squatteurs d’un centre social à Montreuil.Pour justifier leurs tirs de flash-ball, les trois policiers avaient invoqué la légitime défense, prétextant avoir subi une « pluie de projectiles » ! Totalement faux d’après les témoignages de riverains qui ont décrit aux enquêteurs un rassemblement pacifique.

Le 19 juillet dernier, le jeune Adama Traoré mourait asphyxié par des gendarmes, une bavure meurtrière qui s’ajoute à tant d’autres agressions policières impunies. Mercredi 23 novembre, deux des frères d'Adama, Youssouf et Bagui sont passés en comparution immédiate, accusés de violences par 7 gendarmes au cours d'un rassemblement pacifique le 17 novembre à l'occasion du conseil municipal de Beaumont-sur-Oise, ville dont était originaire Adama et dont la maire UDI veut attaquer sa sœur  en justice! Ils se retrouvent tous les deux en détention préventive jusqu’à leur procès le 14 décembre.

Ces faits viennent rappeler à quel point la revendication des policiers d’étendre leur droit de légitime défense est dangereux pour la population et certainement pas une réponse à ce qu'il est maintenant convenu d'appeler « le malaise de la police ».

Le 12 décembre, les grands électeurs éliront Trump président des États Unis bien qu'il ait globalement obtenu moins de voix que Clinton. Le 20 janvier prochain, ce dernier prendra ses fonctions. La nouvelle a surpris, provoqué un choc. Tous ceux qui pensaient que Trump jouerait le rôle de l'idiot utile pour permettre à la détestée Hilary Clinton de gagner, se sont trompés. C'est l'inverse qui s'est produit, le rejet, la haine de l'arrogance du camp Clinton a nourri l'abstention et le vote Trump. Le show médiatique qui a tenu lieu de campagne entre les deux candidats de la bourgeoisie comme son issue donnent un aperçu du mal profond qui ronge la prétendue démocratie américaine.

Cette victoire de Trump est ici l'objet d'une dramatisation qui n'est pas toujours politiquement désintéressée. Les milieux proches du PS qui anticipent pour leur parti un effondrement pire que celui des Démocrates voudraient se servir de Trump comme d'un épouvantail anti Le Pen.

Le Nouvel Observateur parle d'un « tremblement de terre géopolitique aux conséquences potentiellement dramatiques ». Comme si ce tremblement de terre n'avait pas commencé plus tôt.

Oui, en effet la situation du monde soumis à la dictature de la finance et de la libre concurrence est inquiétante, « les conséquences dramatiques » ne sont pas à venir, elles sont là. L'élection de Trump en est le symptôme. Il représente un danger en tant qu'il sera, comme le fut Obama, comme l'aurait été Clinton, l'agent propagandiste, commercial de ce que décideront les Etats-majors de Wall Street, du Pentagone et du FBI.

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