Dans le dernier numéro de Lutte de Classe (n°182 - mars 2017) Lutte ouvrière publie un article intitulé La « stagnation séculaire » ou l’âge sénile du capitalisme  qui vise à apprécier le moment que nous connaissons dans l'histoire du capitalisme. L'article se veut une réponse à l'illusion que le capitalisme pourrait sortir de sa crise en opposant à celle-ci l'issue d'une transformation révolutionnaire. En fait, le lecteur reste sur sa faim tant le raisonnement est refermé sur lui-même, transforme l'issue révolutionnaire en une proclamation.

Dans l'introduction de son article, LO pose la question : « Mais, derrière la stagnation séculaire pensée comme conjoncturelle ou structurelle, il y en a, en fait, une autre question ? : le capitalisme est-il capable de développer encore les forces productives ? » Et de poursuivre « Il n’est pas question ici de débattre de l’imminence de la révolution, mais d’en vérifier les conditions objectives. C’est pour cela que la capacité du capitalisme à développer toujours et encore les forces productives a régulièrement fait débat, notamment quand, dans les années suivant la Deuxième Guerre mondiale, le capitalisme affichait de forts taux de croissance, inconnus jusque-là, alors qu’en 1938, à la veille de cette même guerre, Trotsky ne pouvait que constater dans le Programme de transition que « les forces productives ont cessé de croître ». » Il y a effectivement besoin de comprendre pourquoi le capitalisme a connu un second souffle, si l'on peut dire, et les conséquences que cela a du point de vue du mouvement ouvrier et des perspectives révolutionnaires. Le capitalisme a-t-il encore un avenir devant lui et sinon, qu'est-ce qui redonne à la perspective révolutionnaire sa force ?

La campagne présidentielle jette un éclairage cru sur cette société, les rapports de classes qui la divisent et la psychologie de la classe dominante à travers celle de ses politiciens. Fillon, Macron ou Marine Le Pen en sont des illustrations particulièrement cyniques, chacun et chacune dans son registre. Le tout-m'est-dû, le cynisme et le mépris du peuple s'affirment avec arrogance, arrogance qui devient un argument pour convaincre, assumer sans vergogne que les dirigeants sont au dessus des lois comme ils croient être au dessus du commun des mortels. Comme le croient leurs commanditaires, les multinationales du CAC40 qui ont réalisé quelque 75,5 milliards d’euros de bénéfices nets en 2016, une hausse de 32 % par rapport à 2015.

Cet éclairage est une leçon de choses pour toutes celles et ceux qui croyaient encore qu'il était possible de composer avec eux, voire de faire barrage à Le Pen en votant pour un de ses concurrents ou, plus globalement, que ce système, son économie pouvaient être réformés à travers ses institutions, ses lois avec la collaboration des classes dominantes. Une illusion qui a fait beaucoup de dégâts dans le passé et que Hamon ou Mélenchon veulent, à nouveau, nous vendre.

Les 11 et 12 février s’est déroulé la 2ème Assemblée citoyenne de Podemos, appelée « Vistalegre 2 » du nom de la salle Vistalegre, à Madrid, où il s’est tenu, tout comme s’y était tenu « Vistalegre 1 », le congrès de fondation de mars 2014.

Vistalegre 1 avait inauguré une période de succès électoraux de Podemos, municipales, parlements des communautés autonomes… Mais la « machine de guerre électorale », comme se définissait le parti, s’était cassée le nez sur l’objectif de devancer le PSOE aux élections législatives de décembre 2015, puis de juin 2016. Voir l’article Crise politique en Espagne, revers de Podemos ou la nécessité d’un parti anticapitaliste et révolutionnaire publié dans la lettre électronique n°2 de Débat révolutionnaire en juillet 2016. Ce revers électoral s’est traduit par une crise interne profonde qui a failli conduire le parti à l’implosion et que ce deuxième congrès était censé contribuer à résoudre.

La Révolution russe de 1917 a été le produit d’une longue maturation inscrite dans le développement du capitalisme et des luttes de classe. Elle a été aussi le produit de la maturation d’idées de celles et ceux qui voulaient en être les acteurs, qui l’ont préparée, pensée, construisant leur stratégie à travers d’âpres discussions et combats politiques dont sont nés les différents courants au sein du mouvement révolutionnaire russe, et qui eurent leurs prolongements dans le mouvement ouvrier international. C’est ce combat politique que retrace Trotsky dans son texte Trois conceptions de la révolution, écrit en 1939

Le 2 février dernier, à Aulnay-sous-Bois, Théo, 22 ans, était passé à tabac par 4 policiers, violé avec une matraque. Cet acte barbare n’est pas un fait isolé. Mardi, Mohamed K., ami de Théo, a affirmé avoir été violenté par les mêmes policiers de la BST (brigade spécialisée de terrain), le 26 janvier, au même endroit que Théo. On apprend ensuite que le commissaire d’Aulnay-sous-Bois, patron des quatre policiers mis en examen, a été condamné en 2008 pour ne pas s'être opposé à des violences policières. La même semaine, un membre du syndicat Unité Police SGP-FO, osait dire : « Le mot Bamboula, ça reste encore à peu près convenable », témoignant de la banalité des propos racistes dans la police.

L’été dernier, c’était Adama Traoré qui mourait victime de violences policières. Depuis, rien n’a été fait contre les policiers responsables, mais les deux frères d’Adama ont été condamnés à trois mois et huit mois de prison ferme pour avoir réclamé la vérité sur la mort de leur frère. On ne peut pas mieux dire que la police est assurée de l’impunité.

Elle s'affiche avec cynisme quand on voit la prétendue justice accepter l'hypothèse que le geste abject du policier contre Théo ait pu être involontaire.

La lutte contre le racisme, la xénophobie est au centre de la lutte contre l’offensive des forces réactionnaires qui est aussi celle de l’État et des classes dominantes. Comment la prendre en charge, comment y répondre, quel lien avec les luttes quotidiennes sur les lieux de travail et d’études, autant de questions qui suscitent débat et polémique. Les violences policières contre Adama Traoré et aujourd’hui Théo, soulignent l’importance de ce débat et de ce combat.

L’objet de la discussion est de définir une politique pour le mouvement révolutionnaire et de façon plus générale, pour le mouvement ouvrier.

On regrettera la façon dont Lutte ouvrière l'a abordé dans un article publié dans le dernier numéro de sa revue (« Le piège de la "lutte contre l’islamophobie" », Lutte de classe n°181, février 2017) qui n’a d’autre objectif que la dénonciation du NPA, en mettant en exergue la politique et les formulations de militants du NPA qui font de la lutte contre l’islamophobie leur priorité.

La victoire de Hamon à la primaire a changé pour une part la donne « à gauche ». Inattendue il y a quelques semaines seulement, elle suscite aujourd’hui un retour de flamme « unitaire » dans une partie de l’électorat allant de la gauche du PS au PCF en passant par Mélenchon et EELV. Une pétition signée entre autres par Filoche et Caroline de Haas, en appelle à « une coalition claire et efficace des candidats que sont Benoît Hamon, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon pour porter un projet réellement tourné vers l’avenir ! […] Nous ne voulons pas qu’ils se diluent, qu’ils fassent de petits arrangements, mais qu’ils dépassent leurs divergences et qu’ils proposent une candidature unitaire en prenant comme socle le meilleur de chacun ! »… De son côté, Mamère déclarait la veille du second tour : « Le Parti socialiste va se reconstruire, de manière différente. Je ne sais pas s’il s’appellera encore le Parti socialiste et moi je veux participer à la reconstruction de la gauche et de l’écologie […] Je souhaite faire partie de cette aventure et je pense que Benoît Hamon me demandera d’en faire partie »…

Alors, possible cette « reconstruction » et nouvelle « unité de la gauche » alors que dans la foulée de sa victoire Hamon est crédité de 16 à 17 % dans un sondage Elabe du 1er février où Mélenchon plafonne désormais à 10 % et Jadot à 1 %... ? Il est permis d’en douter même si Hamon « consulte » à tout va de Cazeneuve à Jadot en passant par Hollande et Mélenchon. Quels que soient les « petits arrangements » entre rivaux et les grandes manœuvres à venir, les espoirs auxquels certains voudraient pouvoir s’accrocher sont condamnés : l’offensive capitaliste laisse peu de place aujourd’hui aux marchands d’illusion…

L’appel « Redonnons la priorité à l’industrie » publié dans Le Monde trois jours avant le premier tour de la primaire du PS a de quoi surprendre… Les signataires avaient choisi d’entourer Montebourg, lui apportant un soutien plein d’intuition juste avant qu’il soit éliminé. Mais visiblement, les dirigeants du PG Eric Coquerel, Jacques Généreux, Danielle Simonnet, le secrétaire national du PC Pierre Laurent, les dirigeants syndicaux Philippe Martinez, Bernard Thibault et Jean-Claude Mailly, avaient ressenti l’urgence d’annoncer qu’une politique commune était possible avec l’ancien ministre de l’économie de Hollande, chantre du « patriotisme économique », devenu patron, vice-président du groupe Habitat…

La signature des dirigeants de la CGT et de FO donnait même un petit air de nostalgie de l’époque du Programme commun quand les confédérations syndicales avaient apporté leur soutien à Mitterrand, avec le résultat que l’on sait.

A l'heure de son investiture, Trump poursuit son offensive protectionniste, en opposition à la politique proclamée jusqu’ici par les États-Unis, champions du libre échange de la mondialisation. Il a pris ainsi prétexte de la décision récente de Ford de renoncer à la construction d’une nouvelle usine au Mexique et d’investir pour adapter une de ses anciennes usines du Michigan à la fabrication de voitures électriques, créant ainsi 700 emplois, pour crier victoire : les industriels de l’automobile plieraient devant sa menace de frapper de 30 % de droits de douane les voitures fabriquées au Mexique et destinées au marché américain. Et peu importe que la direction de Ford ait répondu que ce choix était indépendant des injonctions de Trump et lié aux évolutions de la conjoncture. Quels qu’en soient ses fondements, il va dans le sens de légitimer la politique de Trump : des productions « reviennent » aux Etats-Unis, et avec elles des emplois…

Trump ne se contente pas d’affirmer sa volonté de réorienter la politique économique des USA et de bouleverser ainsi les équilibres, aussi précaires soient-ils, sur lesquels reposent les échanges internationaux. Il remet en cause les relations qui régnaient depuis la fin de la deuxième guerre mondiale entre les Etats-Unis et l’Union européenne. Sa politique vis-à-vis de l’UE tient, en quelque sorte, en trois tweets : félicitations confirmées au Brexit après le discours récent de la première ministre britannique Theresa May ; critique de Merkel et de sa « politique catastrophique » et, à travers elle, de l’UE ; menace de se retirer de l’OTAN, « obsolète » du point de vue des intérêts actuels des Etats-Unis…

« Durant les deux premiers mois de 1917, la Russie était encore la monarchie des Romanov. Huit mois plus tard, les bolcheviks tenaient déjà le gouvernail, eux que l'on ne connaissait guère au commencement de l'année et dont les leaders, au moment de leur accession au pouvoir, restaient inculpés de haute trahison. Dans l'histoire, on ne trouverait pas d'autre exemple d'un revirement aussi brusque, si surtout l'on se rappelle qu'il s'agit d'une nation de cent cinquante millions d'âmes. … Le trait le plus incontestable de la Révolution, c'est l'intervention directe des masses dans les événements historiques. ». Ces quelques lignes tirées de la préface de L’Histoire de la Révolution russe de Trotsky posent l’ampleur de la réalité historique à comprendre. Le livre Les Bolcheviks prennent le pouvoir, de l’historien américain Alexander Rabinowitch (publié en français en 2016 mais écrit en 1976), témoigne à son tour de l'immense mouvement démocratique des masses, de leur organisation pour prendre en main leur lutte jusqu’à la prise du pouvoir. Il s’attache à montrer la vie des travailleurs et des militants et le rôle réel du bolchevisme dans le déroulement de la première révolution ouvrière victorieuse de l’Histoire.

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