Une politique pour construire le mouvement et préparer l’affrontement face à ce gouvernement
Dès le 1er conseil des ministres le 18 mai, Macron a donné le ton : « très vite », la refonte du droit du travail. Ce faisant, il ne fait que répéter que ce qu’avait dit Gattaz la veille : « Il faut aller vite, pour la confiance, pour l’aspect attractif de la France. Il ne faut pas s’enliser dans cinq ans de discussions. […] Faisons-le en toute transparence, en concertation mais en rapidité ».
La nomination de Pénicaud comme ministre du travail est tout un symbole : Pénicaud a participé au cabinet Aubry jusqu’en 1993, puis elle est partie faire carrière dans le privé : plusieurs fonctions de direction mondiale au sein de Danone avant d’en devenir DRH, directrice adjointe de Dassault Systèmes et administratrice de grandes sociétés : SNCF, Aéroports de Paris, Orange… Un vrai profil patronal !
Notre tour est venu, les travailleurs candidats anti-système pour en finir avec Macron et la dictature de la finance
Les travailleurs, les classes populaires n'ont aucune raison de se réjouir du deuxième tour de la Présidentielle et chacun a éprouvé un légitime soulagement de voir enfin se conclure cette mascarade politicienne. Un soulagement aussi de voir Marine Le Pen défaite même si son éventuelle victoire était bien peu probable. Cette relative défaite ne corrige en rien l'évolution des rapports de force politiques au détriment du monde du travail qui n'augure rien de bon.
Certes Macron est mal élu mais il bénéficiera du recul global dont attestent ces élections pour accentuer et orchestrer l'offensive des classes dominantes. Il s'y est déjà consacré sous la houlette de Hollande qui l'a mis en selle et en a fait son héritier pour achever la liquidation du PS d'Epinay et prendre le relais des vieux partis déconsidérés aux yeux de l'opinion. Du point de vue des classes dominantes, il fallait changer la méthode de management et de marketing politique, renouveler l'encadrement pour avoir les mains libres afin de se livrer à de nouvelles spéculations financières et politiques en considérant le pays comme une multinationale européenne dans le jeu de la concurrence mondialisée.
L'élection de Macron répond à leurs besoins mais témoigne aussi qu'une fraction de la moyenne et petite bourgeoisie, aussi des salariés, sont dupes même si pour la plupart l'essentiel était de dégager tous les vieux hasbeen de la politique. Nous verrons si cette dynamique prend réellement, si Macron réussit, à la façon de Sarkozy, à subjuguer une fraction de l'opinion suffisamment large pour se donner les moyens de gouverner avec une forte majorité voire une majorité absolue. Les institutions de la Vème République améliorée, si l'on peut dire, par le quinquennat, lui en donnent les moyens en instituant l'élection du Parlement dans la foulée de la présidentielle avec le scrutin majoritaire à deux tours. Il n'est pas dit que cela suffise à élever le jeune arriviste au niveau de la Pyramide du Louvre. Le grand spectacle sons et lumières n'aura même pas duré le temps d'une soirée. Les tripatouillages continuent, un remake de la politique d'ouverture de Sarkozy. L'effondrement des vieux partis dont de nombreux membres éminents s'empressent de présenter leur curriculum vitae au nouveau chef du personnel va sans aucun doute l'aider sur le plan institutionnel mais pourrait bien ruiner le peu de crédit qu'il a pu conquérir dans l'opinion. Mais il est déjà prêt à gouverner par ordonnances...
Face aux nouvelles attaques annoncées, quelle politique pour aider à la convergence des mécontentements et des luttes ?
Ce deuxième tour des élections présidentielles traduit une situation inédite. L’abstention, les votes blancs et nuls marquent la colère de bien des milieux populaires, refusant ce système bloqué qui prépare le terrain au Front National et aux idées les plus réactionnaires. Pour tous ceux-là, Macron n’est pas un rempart contre le FN, mais bien le plus sûr moyen de voir ses idées renforcées si le monde du travail ne se mêle pas d’inverser le rapport de force.
Dans nos milieux de travail, parmi les syndicalistes ou la jeunesse, descendus dans la rue l’année dernière contre la Loi Travail, beaucoup avaient affirmé leur refus de voter Macron, au nom de « ni Patrie, ni Patron », conscients de l’offensive que celui-ci prépare contre les salariés. Cela s’est entendu lors du 1er mai, au point que Martinez a dû prendre position publiquement pour s’opposer au slogan « Peste ou choléra, on n'en veut pas » diffusé par le syndicat Info’com-cgt. Une tribune signée de dirigeants de la CGT dans l’Huma est même venue en remettre une couche, appelant explicitement à voter Macron dans le cadre de l’appel confédéral, « au titre de l'antifascisme, de la défense de la République démocratique et des libertés syndicales gagnées de haute lutte par les salariés »...
Le Pen, notre ennemie, Macron, l'ami de la finance - Préservons notre indépendance de classe, internationaliste !
Le lundi qui a suivi le premier tour de la présidentielle, la Bourse a bondi de 4 %. Les spéculateurs n'ont pas caché leur joie de voir deux candidats du capital gagnants et, surtout, leur chouchou placé en tête et quasiment déjà désigné comme le futur président. Épisode dérisoire mais symptomatique du climat de ces présidentielles, de cette campagne qui n'en finit pas de primaires en primaires puis de reniements en trahisons, la campagne des affaires, des jeux et calculs politiciens au sein d'un microcosme institutionnel qui convie le peuple à arbitrer ses rivalités pour servir les intérêts des classes dominantes, de la bourse.
Ces élections soldent les comptes de plus de 30 ans d'alternance ou de cohabitation droite-gauche au service des classes dominantes.
L'effondrement des partis de droite et de gauche cède la place à Macron, l'ami des banquiers et des patrons et à Le Pen, l'héritière raciste et xénophobe. Non seulement Macron n'est pas un rempart face à sa rivale mais il représente une étape vers la conquête du pouvoir par l'extrême-droite si le mouvement ouvrier et la jeunesse ne prennent pas les choses en main. Il suffit de l'entendre dire qu'il sera patriote pour mieux combattre le nationalisme pour comprendre que son double jeu hypocrite, son inconsistance qu’il compense par un sens aigu du pouvoir et des rapports de force, son arrivisme sans scrupule ne peuvent qu'ouvrir la voie à Le Pen. La possibilité que cela puisse advenir dès ce deuxième tour ne peut être totalement écartée.
2007-2017 : dix ans qui ont mûri les conditions pour en finir avec le capitalisme
Il y a bientôt dix ans éclatait aux États-Unis la crise de l’immobilier à risque, les « subprimes », déclenchant l’enchaînement en cascade d’une série d’effondrements, boursier, bancaire, économique… Les « sommets » internationaux des gouvernements des grandes puissances se succédaient, faisant de la « lutte contre la crise » leur premier objectif. Ils l’ont menée à coup de milliers de milliards, sauvant certes le système financier des conséquences de sa propre avidité, mais au prix d’un endettement public qui débouchait bientôt sur la crise de la dette publique européenne et ses conséquences, dont la situation actuelle de la Grèce n’est que l’exemple le plus tragique.
Dix ans plus tard, dans les hauts sommets des pouvoirs, on ne parle plus de « crise ». Les politiques d’austérité ont porté leurs fruits… du moins pour la poignée de grands capitalistes qui dirigent le monde, comme en témoignent les statistiques récentes sur la richesse de milliardaires, les résultats des grandes entreprises et les milliards distribués en dividendes à leurs actionnaires… Tout va donc pour le mieux pour le petit monde enchanté des super-rentiers.
Mais le système économique au crochet duquel ils accumulent leurs milliards n’en a pas moins du plomb dans l’aile, mettant à l’ordre du jour l’urgence de son renversement, de son remplacement par une autre société, socialiste, et réunissant en même temps les conditions matérielles et sociales d’une nouvelle période révolutionnaire.
Quand la vérité crève l'écran face à l'imposture... Votez et faites voter Philippe Poutou
Décidément, Hollande aura été au bout du ridicule et de l’indignité. N’a-t-il pas déclaré à son entourage, selon Le Monde du 12 avril, « Cette campagne sent mauvais. » ? A cause des affaires, de la mise en examen de Fillon ? Vous n’y pensez pas. Il s’alarme à mots couverts d’un deuxième tour Le Pen – Mélenchon, qu’il renvoie dos à dos pour mieux lâcher Hamon, liquider le Parti socialiste et soutenir Macron en disant « La politique a besoin de renouvellement ». Jusqu’au bout, comme tout au long des 5 dernières années, Hollande aura servi les classes dirigeantes contre son propre parti au mépris de celles et ceux qui l'avaient porté au pouvoir.
Oui, il y a vraiment de quoi être écœuré par ces hommes politiques satisfaits de servir les grosses fortunes et le patronat, englués dans les affaires de corruption, les reniements et leurs calculs manœuvriers de carriéristes. Voilà pourquoi, pour des centaines de milliers de travailleurs et de jeunes, le débat entre les 11 candidats le soir du 4 avril où Philippe Poutou a osé dire leur fait à Fillon et Le Pen a été un événement. « Depuis janvier, c'est le régal, Fillon, il est en face de moi, plus on fouille, plus on sent la corruption, la triche. En plus c'est des bonhommes qui nous expliquent qu'il faut la rigueur, et ils piquent dans les caisses ». Une vérité claire et nette face à l’arrogance d’un Fillon qui exige la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires, le recul de l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans et une augmentation de 2 % de la TVA alors qu’il a fait attribuer à sa femme et à ses enfants, avec de l’argent public, plus d’un million d’euros de salaires pour des emplois fictifs !
1995-2017, retour sur des occasions manquées... Éléments de bilan pour préparer la suite
Cet article se propose de revenir sur les deux décennies qui nous séparent de l'élection présidentielle de 1995 qui vit le mouvement révolutionnaire obtenir pour la première fois, en la personne d'Arlette Laguiller, un score significatif en dépassant les 5 %. Alors que s'achève la première phase de la campagne de 2017, sans préjuger des résultats électoraux, il nous semble important de jeter un regard critique sur cette période qui a été riche en occasions que le mouvement révolutionnaire n'a pas pu ou su saisir. Cela nous semble indispensable pour discuter d'une politique pour la suite quels que soient les scores que réaliseront Philippe Poutou et Nathalie Arthaud. 2017 solde les comptes de ces deux décennies, écrit de nouveaux rapports de force politiques. Il y a quelques semaines, la presse s’empressait d’enterrer le mouvement révolutionnaire, un peu hâtivement. Celui-ci démontre sa vitalité dans un contexte difficile. Une nouvelle période s’ouvre et nous avons besoin de l’aborder en tirant les enseignements des échecs passés.
Face à leur monde, celui du fric et du profit, faisons entendre avec Philippe Poutou la voix des travailleurs
A travers la confusion des batailles entre les candidats qui aspirent à servir les classes dominantes, les affaires, la corruption généralisée du système qui s'affiche, les convergences des différents programmes, à des degré divers tous libéraux et nationalistes, tous intégrés au système même quand ils prétendent rompre avec lui, un fait, une idée émergent et s'imposent : le véritable clivage n'est pas entre la droite et la gauche, populiste ou non, mais bien entre les travailleurs, les classes populaires et l'oligarchie financière, les riches.
Toute la vie sociale est façonnée par ce clivage, dominée par la lutte entre les classes dans laquelle les riches, les classes dominantes ont l'initiative et exercent une pression chaque jour plus forte sur le monde du travail.
Contre la tyrannie de la finance
Récemment a été publié le classement du magazine Forbes des milliardaires dans le monde. Leur nombre a augmenté de 13 % en un an, franchissant pour la première fois la barre des 2000 (2043 précisément, contre 1810 l'an dernier). Leur fortune globale a fait un bond de 18 % pour atteindre les 7 670 milliards de dollars. La France en compte 39. Les cinq premières d'entre eux représentent à elles seules 125,8 milliards de dollars. Bernard Arnault arrive en tête avec une fortune estimée à 41,5 milliards de dollars. Le patron de LVMH passe de la quatorzième à la onzième place mondiale. Il est suivi dans le classement français par Liliane Bettencourt. L’héritière du groupe L’Oréal pèse actuellement 39,5 milliards de dollars. Serge Dassault est en troisième position avec 16,1 milliards de dollars. François Pinault est quatrième avec 15,7 milliards et Patrick Drahi est cinquième avec 13 milliards.
Ni fétichisme ni religion de l'euro, combattre le capitalisme national ou de la BCE pour une Europe des travailleurs et des peuples
Samedi 25 mars, les 27 dirigeants des pays de l’Union européenne se sont retrouvés à Rome pour commémorer un des principaux actes fondateurs de la construction européenne, le Traité de Rome. Signé en mars 1957 par l’Allemagne de l’Ouest, la France, la Belgique, l’Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas, il instaurait la Communauté économique européenne, embryon de l’Union européenne actuelle, et entamait la construction progressive du Marché commun européen.
La cérémonie a pris fin sur la traditionnelle photo de famille, après le vote unanime par « les 27 » d’une déclaration commune qui affirme que l’« Union est une et indivisible », que « L’Europe est notre avenir commun ».
Belles formules, mais qui sonnent creux, alors que Theresa May déclenchait, le 29, la procédure de sortie de l’UE de la Grande Bretagne. Alors également que, dans la campagne présidentielle française, une bonne partie des candidats cherche à dévoyer le mécontentement et la révolte populaire contre les politiques d’austérité impulsées par l’Union européenne en mettant en avant des programmes anti-européens, souverainistes, de repli au sein des frontières nationales. Au cœur de leurs programmes se trouve, d’une façon ou d’une autre, la « sortie de l’Euro », le retour à une monnaie nationale.
Face aux candidats des possédants et du système, notre campagne : porter les exigences de notre classe, poser la question politique
La campagne électorale révèle de façon aigüe la décomposition des vieux partis au service de la bourgeoisie. Les primaires qui étaient censées donner un semblant de légitimité aux candidats LR et PS, déconsidérés par des années de partage du pouvoir et d’offensive brutale contre les classes populaires, ont au contraire accéléré la débandade. Au sein d’un parterre d’anciens premiers ministres et ministres, les outsiders sont sortis du chapeau. Depuis, le jeu de massacre ne fait que s’amplifier. Les rivalités exacerbées s’affichent sans complexe ni retenue et tout ce petit monde s’active à la manœuvre, soupèse, négocie.
Fillon personnifie le cynisme, l’arrogance et la violence de leur monde, celui où tout est permis à ceux qui ont l’argent, le pouvoir, qui mis en examen pour détournement d’argent public regardent droit dans les yeux, sourire aux lèvres, et annoncent du sang et des larmes. Qu’importent le million d’euros prélevé dans les caisses de l’Etat pour des emplois fictifs, les « cadeaux » à plusieurs dizaines de milliers d’euros, les mensonges, les revirements, les révélations qui se succèdent et éclairent un peu plus ce monde des serviteurs de l’argent et du pouvoir. Fillon a repris l’offensive au Trocadero, entouré de tout ce que la droite compte de plus réactionnaire, en appelant aux sans-culottes (à défaut des sans-costumes sans doute). Il est redevenu un candidat presque « normal », juste « mis en examen »… un candidat des riches et des puissants derrière qui se sont à nouveau rangés nombre d’« indignés » qui criaient au scandale la veille, jusqu’à Juppé lui apportant son parrainage ou l’UDI comptant les circonscriptions comme si de rien n’était…



