Manifestement Macron est un homme comblé. Il a enfin une scène, et quelle scène, pour jouer son propre rôle, tel qu'il se voit et se pense, subjugué et dupe de lui-même. Sarkozy, pourtant talentueux, n’était qu’un amateur dilettante. En une semaine, G20 à Hambourg, 14 juillet avec Trump, le Vel d'Hiv avec Netanyahou sans oublier Merkel le 13 juillet, lui ont permis de développer ses talents d'acteur enchaînant les rôles selon ses interlocuteurs, sous le masque d'un visage sans traits ni caractère porté par sa seule ambition de jouer des contradictions et des coudes pour se hisser en haut de l'affiche... Porté par son ambition à dominer les esprits, à servir les intérêts des capitalistes et une très haute idée de lui-même et de sa vertu...

La double provocation du Vel d'Hiv'

La commémoration de la rafle du Vél d'Hiv' était le point d'orgue d'une semaine passée à côtoyer les sommets du monde, l'Olympe du capitalisme. Les 16 et 17 juillet 1942, 13 152 juifs avaient été arrêtés à la demande des nazis et sur ordre du pouvoir français. Ils furent entassés plusieurs jours sur les gradins du Vélodrome d'hiver avant d'être emmenés dans des camps du Loiret. Là, 3 000 enfants en bas âge furent brutalement séparés de leurs parents, déportés les premiers vers Auschwitz. Moins d'une centaine de ces raflés – et aucun enfant – ont survécu.

Le gouvernement d’Erdogan vient d’annoncer que la théorie de l’évolution des espèces de Charles Darwin ne serait plus enseignée dans les collèges et les lycées à partir de la prochaine rentrée en Turquie, au nom des « valeurs turques ». Aux Etats-Unis, la milliardaire Betsy DeVos, nommée par Trump ministre de l’éducation nationale veut favoriser l’enseignement privé religieux pour « faire avancer le royaume de Dieu ».

Deux exemples inquiétants pour illustrer qu’au moment où toute la société s’enfonce dans une crise globale financière, économique, sociale, écologique, où le pouvoir des classes dominantes y perd en légitimité, on assiste à une offensive des idéologies les plus réactionnaires nationalistes, racistes, sexistes, religieuses… n'hésitant pas à nier les avancées de la connaissance scientifique ou à leur opposer une « post-vérité », des « faits alternatifs ».

Cette offensive déstabilise, brouille les repères dans toute la société jusque dans les rangs de ceux qui combattent pour l'émancipation sociale. Le rejet des discours officiels mensongers qui justifient des politiques réactionnaires avec un pseudo-discours scientifique peut conduire à remettre en cause la science elle-même, comme si finalement ce n’était qu’une opinion, une construction sociale comme une autre. Ce relativisme ne peut que désarmer les consciences et ouvrir la voie à tous les errements idéologiques, plus rien n’étant rattaché à une réalité objective connaissable.

Le tournant politique dont les élections ont été la sanction, l’effondrement du PC, la dynamique de La France Insoumise, les nouvelles attaques mises en route par Macron, plus généralement l’évolution du capitalisme mondialisé, posent au mouvement révolutionnaire une série de questions qui méritent discussion.

De ce point de vue, on pourrait se réjouir que Lutte ouvrière ait le souci de débattre avec le NPA. Dans le dernier numéro de Lutte de classe, elle publie un article intitulé « Le NPA à la recherche d’une politique ». Il est cependant difficile de dire qu’il s’agit d’une réelle volonté de discussion tant les faits sont déformés et les raisonnements caricaturés d’un point de vue unilatéral.

« Ça va (vraiment) mieux » titrait Alternatives économiques le 26 juin suite à la parution de la dernière note de conjoncture trimestrielle de l’INSEE qui annonçait, entre-autres, que la croissance du PIB pourrait atteindre 1,6 % en 2017. Cette réaction s’inscrit dans le climat d’euphorie qui semble s’être emparé des esprits avec l’arrivée de Macron au pouvoir. La satisfaction règne sur les visages et dans les discours des journalistes et des spécialistes qui se succèdent à la télévision pour commenter le « phénomène Macron », qui bénéficierait, selon eux, d’un « alignement des planètes incroyablement favorable » …

De la Révolution russe de Février à celle d’Octobre, huit mois de batailles sociales et politiques, d’accumulation de forces révolutionnaires, de déchainement de la réaction, marqués par plusieurs crises majeures, dont les journées des 20-21 avril, 10-18 juin et 3-4 juillet, ont transformé profondément la conscience de la classe ouvrière. Mais quand éclate en avril la première grande crise politique après la Révolution de Février, bien peu nombreux sont ceux qui voient dans le double pouvoir du Gouvernement provisoire et des Soviets, le début d’une opposition à mort entre le régime bourgeois et l’embryon d’un pouvoir ouvrier.

Le premier tour de l'élection présidentielle a soldé les comptes de plus de 30 ans d'alternance ou de cohabitation droite-gauche au service des classes dominantes. Les Législatives ont fini de tourner la page, soldant définitivement les comptes du PS et de LR, tous deux désormais en lambeaux, sans le moindre ménagement pour les perdants. De puissantes rentes de situation se sont écroulées en quelques semaines, bouleversant le paysage politique. Et le jeu de massacre continue.

Ferrand, Goulard, De Sarnez, Bayrou : la farce des « mains propres » n’aura guère duré. En trois jours, quatre ministres sur dix-huit ont été contraints de démissionner. Celui de la Cohésion du Territoire, sous le coup d’une enquête judiciaire pour « favoritisme » au bénéfice de sa compagne et aux dépens d’une mutuelle et de ses assurés... Puis la ministre des Armées qui a annoncé son forfait en plein salon du Bourget, grand supermarché où elle officiait la veille avec Macron et Dassault, jouant les VRP pour les industriels de l’armement et qui a entraîné dans son sillage les ministres des Affaires européennes et de la Justice, visés par l’enquête sur des emplois fictifs d’attachés au Parlement européen. Parmi eux, l’inénarrable Bayrou chargé par Macron de la « moralisation de la vie publique » et de « rétablir la confiance »…

Le projet de loi d’habilitation publié par Le Monde confirme l’ampleur de l’attaque voulue par Macron, Philippe et Pénicaud, au-delà des annonces de la campagne électorale. Après ce simulacre de concertation avec les syndicats qui se sont prêtés à cette mascarade, le gouvernement se dépêche maintenant de faire passer ses mauvais coups.

S’il n’a toujours pas communiqué le contenu des ordonnances à ce stade, la loi d’habilitation indique déjà les domaines où il veut s’attaquer aux droits des salariés : liberté plus grande de licencier, remise en cause du contrat de travail avec le CDI lié à une mission, dégradation des règles d’utilisation des CDD et des contrats d’intérim, primauté de l’accord d’entreprise sur l’accord de branche, etc.

Dans un communiqué, la CGT dénonce, après sa 2ème réunion, le silence du ministère sur « l’étendue des régressions sociales contenues dans les projets d’ordonnances » en commentant : « Le gouvernement n’assume toujours pas sa réforme »… Il assume au contraire totalement ses mauvais coups et roule des directions syndicales qui font semblant de croire à ce jeu de dupes !

Face à cette situation, des initiatives commencent à se prendre, comme celle d’un appel unitaire lancé par Copernic et rassemblant des syndicats CGT, Solidaires, des partis, etc.

Il aura suffit de peu pour que le masque du pouvoir laborieusement fabriqué à grand renfort de pub médiatique se fissure et laisse voir la vulgarité sociale du président prétendument moderne. Sa blague digne d'un militant du FN au café du commerce est édifiante. « Le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien »... Tout y est, le cynisme et la morgue, le mépris social et le racisme.

C'est ce même mépris chevillé au corps qui guide sa politique qu'il met en marche sans attendre les résultats des législatives. Il s'empresse parce que son mépris ne l'aveugle pas au point de ne pas craindre celles et ceux qu'il veut rabaisser. Il les méprise parce qu'il les combat pour défendre les intérêts de sa classe, celle des riches et des possédants, des banquiers et des patrons. Il craint que les travailleurs rompent la tétanie qui frappe le pays étouffé par le déferlement de la langue de bois des fausses évidences libérales et des vrais préjugés réactionnaires. Il sait qu'il n'a pas de réel soutien ni d'adhésion, que son succès n'est que le produit d'une opération de marketing combiné à l'effondrement, aux capitulations de la gauche gouvernementale et des directions des grandes confédérations syndicales. Il sait que, sous la pression des attaques, la classe ouvrière pourrait rapidement retrouver la conscience d'elle même, de ses propres intérêts.

Sans grand suspens, jeudi 1 juin, Trump a annoncé, « afin de remplir son devoir solennel de protection de l’Amérique et de ses citoyens » le retrait des États-Unis de l’accord contre le réchauffement climatique de Paris, signé en décembre 2015.

Cette annonce a aussitôt provoqué un festival de déclarations d’indignation, et d'abord en France. Il faut dire que le gouvernement français ne cesse de s’enorgueillir d'avoir réussi à faire signer cet accord à 195 pays, et que Trump vient, avec sa brutalité habituelle, de rappeler que les traités internationaux de ce genre ne sont que des chiffons de papier qui n'engagent que ceux qui y croient et qui peuvent être remis en cause au gré des changements de gouvernements.

Le soir même, Macron, pourtant peu connu pour ses préoccupations écologistes, a pris la pose à la télévision en français et en anglais « Je considère qu’il commet là une erreur pour les intérêts de son peuple et une faute pour l'avenir de la planète ». Et de finir, non sans ridicule à force de vouloir endosser le costume d'un grand de ce monde, par son bon mot : « make our planet great again ».

Le nouveau gouvernement nommé, Macron et le patronat entendent se donner une majorité parlementaire pour mener les prochaines étapes de l’offensive au pas de charge. Tout laisse à penser qu’il obtiendra une majorité absolue tant l’empressement et la veulerie de ses prétendus opposants est grande.

Le calendrier se veut serré et la machine bien huilée, à voir les visages réjouis des représentants du patronat au sortir de leur rencontre à l’Élysée… comme celle des représentants CFDT, FO et CGT. « Patronat et syndicats plutôt rassurés après leurs entretiens à l’Élysée » titrait le journal Les Échos mercredi : « tous ressortis mardi, sinon satisfaits, du moins accommodants et prêts à discuter »…

Tout irait donc pour le mieux pour le nouveau Président, son gouvernement et le patronat… Il n’y a jamais eu autant de candidat-e-s se réclamant de la « majorité présidentielle ». Au point qu’ils doivent faire la circulation, séparer le vrai de la contrefaçon, les nominés des recalés. Difficile, semble-t-il, de faire respecter le brevet « République en marche » quand tout ce petit monde y court, non seulement les Touraine, Valls ou El Khomri mais une multitude d’autres, anciens et nouveaux, tous aussi décomplexés et mis en appétit par la distribution des places et l’espoir de faire le boulot pour les classes dominantes.

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