Vendredi, le 16 novembre, la contestation sociale n'était pas réellement au rendez-vous, ni la jeunesse. Le mécontentement s'est exprimé, malgré les petits jeux tactiques des directions syndicales, dans tout le pays, manifestations, débrayages ont eu lieu mais sans politique ni perspectives. Les manifestants, les militants avaient cependant bien conscience que cette journée n'était pas un simple baroud d'honneur contrairement à ce que prétendent la plupart des médias. Le 16 est bien une étape dans une mobilisation qui en est à ses premiers balbutiements, une étape dont il faut tirer les enseignements pour se dégager du bourbier dans lequel les directions syndicales ont enlisé la lutte et prendre en main les affaires pour mener une politique de classe contre des injustices et une arrogance du fric insupportables.

Depuis l’affaire Weinstein, il est à la fois encourageant de voir la libération de la parole des femmes, et révoltant de constater ce qu’elle révèle : la profondeur des préjugés machistes dans la société à travers le nombre d’agressions dénoncées, tous les jours, et le silence complice qui les entoure, en plein XXIème siècle ! C’est ce qui explique l’écho rencontré par des initiatives comme MeToo, toutes générations confondues. Les manifestations du 25 novembre revêtiront d’autant plus d’importance cette année partout dans le monde.

Le gouvernement, après avoir par la voix de son ministre Lemaire, hésité à se joindre au concert de dénonciations, tant ces hommes politiques partagent les préjugés les plus primaires contre les femmes, a fini par promettre une loi sur le harcèlement sexuel pour 2018. Macron n’a pas voulu être en reste lui qui, après des semaines de silence, va le 25 novembre faire de la lutte contre les violences faites aux femmes « la grande cause nationale de son quinquennat » ! Il a aussi promis une « police de sécurité du quotidien » dont on ne peut que douter de l’utilité, si ce n’est pour satisfaire démagogiquement les tenants du tout sécuritaire.

Le 6 octobre, le FMI par la voix de sa présidente Lagarde, annonçait une reprise de la croissance de l’économie mondiale de 3 % en 2016 à 3,5 % en 2017... Quelques jours avant, Les Echos publiaient un article reprenant un rapport d’analystes de la Deutsche Bank intitulé Les 10 potentielles causes de la prochaine crise financière. Ce n’est qu’apparemment contradictoire tant il est vrai que la croissance capitaliste, c’est-à-dire celle des profits, est le plus court chemin vers… la prochaine crise.

En effet, on lit dans Les Echos : « Le monde commence à peine à se relever de la dernière crise financière que la question du prochain choc est déjà sur la table des économistes.[…] avec la croissance exponentielle de la finance, l’internationalisation des banques... l’économie mondiale est devenue de plus en plus instable, augmentant au passage la fréquence et l’ampleur des crises. Malgré la régulation introduite après 2008, censée rendre le monde plus sûr, et bien que les différentes économies montrent des signes de croissance solide, ce serait un acte de foi énorme d’affirmer que les crises ne constitueront plus un évènement régulier du système financier en place depuis les années 1970 ».

La révolution d’Octobre a marqué une rupture historique ouvrant une nouvelle période de l’histoire des sociétés humaines. Pour la première fois, après la tentative de la Commune de Paris, la classe ouvrière, entrainant avec elle la paysannerie pauvre, prenait le pouvoir à l’échelle d’un pays.

Sans parler de ces caricatures malveillantes qui ressassent « un coup d’Etat bolchévique, pas une révolution ! » (Le Figaro du 23 octobre), elle est cependant rarement présentée dans cette dimension, en expliquant d’où elle vient et ce qu’elle porte, y compris pour notre époque. Souvent, elle est montrée comme un accident de l’histoire, un enchainement d’événements incontrôlés ou forcés par les bolcheviks. Son sens historique est déformé, caricaturé par la volonté délibérée d’établir une continuité entre elle et la barbarie du régime bureaucratique stalinien, entre Lénine et Staline. Bien des articles, y compris dans la presse anticapitaliste, remontent l’histoire à rebours, affirmant certes que le stalinisme a été une rupture contre-révolutionnaire, mais voulant d'une façon ou d'une autre trouver les germes du stalinisme dans le bolchevisme. Certains remettent en question la réalité du pouvoir des soviets. D’autres cherchent dans telle ou telle décision des bolcheviks « la » bifurcation qui a conduit vers la bureaucratisation. D’autres encore en font un objet du passé sans lien avec la période que nous vivons aujourd’hui.

A l’occasion de ce centenaire, il nous semble plus fécond de chercher à comprendre la place d’Octobre 17 dans l’histoire, la période qui a produit cette révolution, et sa portée profonde pour l’avenir. Elle a mis fin à la guerre, aboli la propriété privée de l’aristocratie terrienne et de la bourgeoisie, brisé l’appareil d’Etat, affirmé la perspective d’une révolution internationale ! Une portée si puissante qu’elle a continué à « ébranler le monde » tout au long du 20ème siècle. Une portée loin d’être épuisée…

La crise coréenne a refait surgir ces derniers mois l’hypothèse d’une guerre nucléaire. Le 8 août dernier, Trump promettait à la Corée du Nord « le feu et la fureur comme le monde n’en a jamais connu jusque-là » et, du haut même de la tribune des Nations-Unies le 19 septembre, il menaçait de « détruire complètement la Corée du Nord » si le territoire américain ou celui de ses alliés étaient attaqués comme Kim Jong Un, le dictateur de la Corée du Nord, venait d’en agiter la menace après avoir revendiqué la maîtrise de l’arme nucléaire et effectué plusieurs lancements de missiles.

Les provocations et rodomontades de Kim Jong Un, les menaces de Trump de rayer le pays de la carte, leurs agressions verbales réciproques sont révélatrices de la gravité des tensions militaristes entre les deux Etats et laissent imaginer ce qu'il pourrait advenir si ces derniers perdaient la maitrise du bras de fer qu’ils ont engagé. L'hypothèse est loin d'être absurde.

La crise coréenne rappelle que le monde, dont une grande partie, au Moyen-Orient et en Afrique, est déjà ravagée par la guerre, n’est pas à l’abri d’une conflagration dont on ne peut connaître les répercussions en chaîne.

Après la théorie du « ruissellement », selon laquelle l’enrichissement d’une poignée de privilégiés profiterait à l’immense majorité, Macron a déclaré lors de sa prestation télévisée de dimanche dernier : « je crois à la cordée », appelant à ne pas « jeter des cailloux aux premiers de cordées » ; ceux qui possèdent le capital devraient entraîner derrière eux tous les laissés pour compte en créant des emplois… Belle image d’une société idyllique, comme si les riches en faisaient profiter les pauvres, les salariés, les chômeurs, les retraités, les jeunes !

Comme si, depuis plus de 30 ans, exonérations de cotisations patronales, suppression de la taxe professionnelle, CICE, et autres mesures mises en place par les différents gouvernements avaient en quoi que ce soit fait baisser le chômage. En 10 ans, malgré les cadeaux aux patrons, il est passé d’environ 4 à 6,3 millions toutes catégories confondues.

A l’issue de l’ultimatum posé par Rajoy, le président du gouvernement catalan, Puigdemont, a répondu jeudi 19 que « Si le gouvernement de l’Etat persiste à empêcher le dialogue et poursuivre la répression, le Parlement de Catalogne pourra procéder, s’il l’estime opportun, au vote d’une déclaration formelle d’indépendance qu’il n’a pas votée le 10 octobre ».

A quoi Rajoy a répondu que « le gouvernement continuera les démarches prévues par l’article 155 de la Constitution pour restaurer la légalité en Catalogne », puisque, à son sens, Puigdemont n’a pas répondu à la question de savoir si, le 10, il avait ou pas déclaré l’indépendance. Le gouvernement espagnol se réunira samedi pour discuter des mesures à prendre…

Le premier fait semblant de ne pas répondre à l’injonction, tout en y répondant… Le second fait semblant de ne pas comprendre. Bien décidé à aller jusqu’au bout de ce qu’il appelle « restaurer la légalité », il poursuit l’escalade des « réponses » apportées à chaque étape de la crise : interdiction du referendum, répression sauvage du 1er octobre, ultimatum posé à Puigdemont après la mascarade de la fausse déclaration d’indépendance, menace de l’application du « 155 », arrestation de Jordi Sanchez et Jordi Cuixart, respectivement dirigeants de l’ANC et d’Omnium cultural, deux organisations indépendantistes, lancement de la procédure de mise en œuvre du « 155 »…

Le monde d’aujourd’hui apparaît sous la forme d’un gigantesque conflit entre les progrès réalisés dans tous les domaines, les aspirations nouvelles qu’ils suscitent, nourrissent, renforcent, et la violence économique, sociale, morale, policière, militaire qui régit les rapports sociaux, les rapports entre les classes et les peuples.

Ce conflit est extrêmement destructeur sur tous les plans.

Il est l’expression de la contradiction entre la socialisation et l’internationalisation croissante de la production, des échanges et la propriété privée capitaliste, financière.

Cette contradiction est de plus en plus brutale, flagrante pour le plus grand nombre mais cet ordre des choses ou plutôt ce désordre des choses semble incontournable tout au plus serait-il possible d’en diminuer les effets destructeurs, les ravages.

La révolte du peuple catalan contre l’État espagnol, la violence stupide et bornée avec laquelle celui-ci a répondu, le camouflet qu'il a reçu représentent un séisme politique dont les effets vont dépasser les frontières que les classes dominantes veulent imposer aux peuples... Il est un nouveau craquement de l'Espagne de l’après-franquisme, de leur Europe aussi dont la politique, celle du capital, soulève partout une colère et une révolte grandissantes.

La solidarité face à la répression, le respect du droit à l’autodétermination ne doivent pas, cependant, nous aveugler. A Madrid comme à Barcelone, à Paris ou à Berlin, à Londres ou à Édimbourg, l'avenir n'est pas au nationalisme et, encore moins, au nationalisme des riches contre les pauvres. Le coup porté par la révolte catalane à l’État espagnol ne pourra engendrer une dynamique progressiste que si les travailleurs s'en mêlent non seulement pour défendre leurs droits sociaux mais aussi pour ouvrir une autre perspective à la société que l'indépendantisme libéral. Il s'agit d'une politique pour l'ensemble de la classe ouvrière de l’État espagnol qui s'inscrive dans une perspective européenne pour en finir avec l’État du capital et son Europe et construire une fédération démocratique, socialiste des travailleurs et des peuples. Tout autre chose que l'indépendance dirigée par le gouvernement de la Généralité.

Après un documentaire nominé aux Oscars I’m not your Negro sur l’écrivain afro-américain James Baldwin, et à travers lui, sur la lutte toujours d’actualité contre le racisme et pour l’émancipation, le cinéaste haïtien Raoul Peck a voulu faire de son nouveau film, Le jeune Karl Marx, un appel à redécouvrir et à s’emparer du contenu révolutionnaire et émancipateur de la pensée de Marx.

Pour se libérer du poids de plus de 150 ans de calomnies, de caricatures dont Marx est toujours l’objet de la part des défenseurs du capitalisme, comme du poids de la « statue du commandeur » érigée par le stalinisme qui a fait du marxisme un dogme mort, il fallait redonner aux idées révolutionnaires de Marx toute la vivacité de la jeunesse. C’est le pari de Raoul Peck : tourner le dos à l’image caricaturale du « vieux barbu » doctrinaire pour mieux retrouver celle du jeune intellectuel révolutionnaire. Pari réussi !

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