L'urgence d'une riposte face au krach du capitalisme
Depuis une quinzaine de jours, une fraction de la jeunesse lycéenne et étudiante conteste la réforme du bac et de l’accès à l’Université. En fonction des villes, quelques centaines ou milliers de jeunes ont participé aux Assemblées générales dans les facs, des lycées, et manifesté, en particulier les 1er et 6 février. Derrière des banderoles « Non au tri sélectif de la jeunesse », « L’éducation n’est pas une marchandise, l’école n’est pas une entreprise », « Tu veux vraiment te battre ? Souviens-toi il y a 50 ans, mai 1968-mai 2018 »… c’est bien plus qu’une réforme qui est contesté.
La jeunesse, qui était à l’origine et avait donné sa dynamique au mouvement contre la loi El Khomri, reprend l’initiative. Au-delà des lycéens et des étudiants, le mouvement touche aujourd’hui des enseignants dont les syndicats ont appelé aux journées d’action, et il fait écho chez les travailleurs, dans les familles. Même si la mobilisation n’en est qu’à ses débuts et s’il est difficile de dire quels en seront les développements, ce mouvement change le climat. Au-delà de l’opposition à la régression sociale et démocratique que constituent ces réformes, le mouvement exprime la révolte profonde d’une large fraction de la jeunesse contre un monde de plus en plus insupportable.
Une orientation démocratique et révolutionnaire pour construire le NPA en construisant les mobilisations
Le congrès du NPA s’est déroulé le week-end dernier à Saint-Denis. Nous y avons défendu les axes politiques définis dans le texte de la plateforme que nous avions initiée avec nos camarades de la Fraction l’Étincelle, « Une orientation pour relancer la construction du NPA dans la classe ouvrière et la jeunesse ». Nous nous sommes adressés à tous les délégués, comme dans les AG préparatoires nous nous étions adressés à l’ensemble des militants, en soumettant à la discussion une déclaration de fin de congrès. Il s’agissait de nous rassembler sur des points que tous sont censés partager : contre l’offensive des classes dominantes et de Macron, avoir une politique pour aider aux mobilisations ; amplifier le frémissement social que nous connaissons en agissant pour que les travailleurs prennent en main leurs affaires face à la politique de collaboration des grandes confédérations syndicales ; combiner construction des mobilisations et construction du NPA pour préparer l’inévitable affrontement.
Iran, les travailleurs, les femmes, les jeunes contre la République islamique
La répression et les menaces du pouvoir ont réussi à contenir la révolte qui a secoué, depuis le 28 décembre, plus d’une soixantaine de villes d’Iran. Plus de 25 morts, 3 700 arrestations dont une très grande majorité de jeunes, le pouvoir théocratique en place a réagi avec une brutalité proportionnelle à ses inquiétudes. La répression donne la mesure de la détermination et du courage des révoltés. Le Guide de la révolution islamique, l’ayatollah Ali Khamenei, a accusé : « Ces derniers jours, les ennemis de l'Iran ont employé divers moyens, argent, armes, politique, appareil de renseignement, pour fomenter des troubles dans la République islamique.[...] Le peuple iranien répondra aux fauteurs de troubles et aux hors-la-loi ». Les « ennemis de l'Iran » étaient tout désignés -les États-Unis, la Grande-Bretagne et l'Arabie saoudite- « les Saoudiens recevront de l'Iran une riposte inattendue.[...]Une fois de plus, notre pays dit aux États-Unis, à la Grande-Bretagne et à ceux qui cherchent à renverser de l'étranger la République islamique d'Iran, qu'ils ont échoué et qu'ils échoueront encore à l'avenir ». Quant à Trump, « Il doit réaliser que ces épisodes extrêmes et psychotiques ne resteront pas sans réponse »…
Le discours antiaméricain dénonçant le complot fomenté de l’étranger vient justifier la répression et ne convainc que les soutiens acquis au pouvoir.
S'organiser pour la transformation révolutionnaire de la société
Au cours des dernières décennies, le capitalisme a établi son règne sur l’ensemble de la planète, celui de la concurrence et de la recherche effrénée du meilleur rendement possible pour ses investissements. Cette concurrence généralisée se traduit par une guerre économique entre grands groupes, entre États qui les soutiennent, pour les marchés, le contrôle des matières premières. Elle entretient la montée du militarisme, la multiplication des menaces d’affrontements entre puissances, et fait qu’une multitude de régions du monde vivent en état de guerre depuis parfois plusieurs dizaines d’années.
La concurrence règne également dans les relations sociales, entre les travailleurs sur un marché du travail désormais international. Elle est mise à profit par les capitalistes et leurs serviteurs, politiques, propagandistes de toute sorte, pour imposer leur loi, tenter de détourner la révolte sociale sur le terrain de la xénophobie, du racisme, encourageant toutes les discriminations, de genre, sexistes, etc. Et comme cette politique du bouc émissaire ne suffit pas, ils se préparent à l’affrontement de classe en renforçant l’arsenal juridique et répressif, organisant un profond recul des droits démocratiques dans les sociétés dites « démocratiques ».
Tous nos vœux pour que 2018 soit un pas en avant vers un parti des travailleurs
Après l’année de commémoration de l’Octobre 1917 ou de ce qu'il serait plus juste d'appeler la vague révolutionnaire d’après la première guerre mondiale, 2018 sera l’année de la commémoration de 68, ou de ce qu'il serait aussi plus juste d'appeler l’apogée de la contestation du capitalisme impérialiste au lendemain de la seconde guerre mondiale. En effet, la première façon de minimiser la portée d'un moment révolutionnaire est de l’amputer de sa dimension internationale, d’en faire un événement national voire local. C’était outrancièrement faux pour la révolution russe ramenée par l'idéologie dominante à « un accident russe ». C’est tout aussi caricatural pour Mai 68 qui ne s’explique et ne se comprend que comme un moment particulier d’un mouvement international impulsé par les révolutions dans les pays coloniaux, le mouvement noir aux USA, la révolution hongroise de 1956 ou la révolte ouvrière à Berlin en 1953 contre la dictature stalinienne, la révolte de la classe ouvrière et de la jeunesse des pays riches…
Et nous ne pouvons discuter sérieusement de ce que nous voulons faire de cette année 2018 que si nous la comprenons d'un point de vue internationaliste -la mondialisation n’est pas que financière et économique, elle est aussi sociale et politique- et que si nous l'inscrivons dans l'histoire, la continuité de notre combat. Les dates anniversaires nous y contraignent, 2017, 2018, l'occasion d'affirmer et de construire nos filiations, nos fidélités, notre propre continuité, nos perspectives...
Comprendre le présent, préparer l'avenir c'est d'abord comprendre l’histoire, notre propre histoire.
Les idéologies réactionnaires des classes dominantes contre les progrès du développement humain, permanence du combat pour le matérialisme
Pour exercer et perpétuer sa domination, mener son offensive, la bourgeoisie ne se contente pas d’exercer sa pression sociale, économique, son chantage permanent, elle fait de la politique pour entretenir le mensonge de la légitimité de son pouvoir.
Les classes dominantes ont toujours cherché à dominer les esprits et les consciences avec des constructions idéologiques reflétant leurs propres préjugés sociaux, leurs illusions sur elles-mêmes comme leur mépris des classes populaires, en s’appuyant sur des morales archaïques, rétrogrades, qui en appellent au respect de Dieu, de l’ordre établi, du pouvoir des riches et des puissants.
Quelle que soit la forme qu’elles prennent, quels que soient le Dieu, la Nation ou les principes dont elles se revendiquent, ces idéologies ont toutes le même fond réactionnaire, car elles masquent la réalité sociale des rapports d’exploitation, enracinent dans les esprits le mensonge du caractère éternel, figé, incontestable de l’ordre établi et s’efforcent de retourner la révolte des classes exploitées contre elles-mêmes en les divisant, les dressant les unes contre les autres au nom de la religion, du nationalisme, du racisme.
Une orientation pour construire le NPA et œuvrer au rassemblement des anticapitalistes et révolutionnaires
L'échec des mobilisations contre les ordonnances après celui du mouvement du printemps 2016 donne à la discussion sur la nécessité d'un parti représentant les intérêts du monde du travail une acuité nouvelle. Elle sera au centre des discussions préparatoires au congrès du NPA qui viennent de s'ouvrir.
Les membres du Conseil politique national (CPN) du NPA de la Fraction l’Étincelle et de notre courant Démocratie révolutionnaire ont initié une plate-forme autour d'un texte intitulé « Une orientation pour relancer la construction du NPA dans la classe ouvrière et la jeunesse » (disponible sur le site du NPA). Elle s'adresse et est ouverte à tous les membres du NPA qui en partagent les préoccupations. Nous ne cherchons pas à constituer une majorité par un accord de congrès. Nous ne prétendons pas non plus porter une analyse globale des bouleversements en cours dans le monde aujourd'hui. Elaborer une compréhension de ces bouleversements dans le cadre d'une stratégie révolutionnaire est une nécessité, une urgence pour sortir des schémas tout faits stérilisants ou des proclamations. Cela aurait dû se faire à travers une discussion sur le programme et la stratégie décidée par le dernier congrès, discussion que nous souhaitions et que nous essayons de porter. Malheureusement ce travail indispensable est resté en friche.
Notre ambition est, en conséquence, plus modeste ou plutôt réaliste et lucide. Nous souhaitons œuvrer à définir une orientation qui aide nos camarades, les comités à recentrer nos activités sur nos tâches de construction sur les lieux de travail, dans la jeunesse. Et cela en partant des acquis de ce qui est déjà fait dans ce domaine et de la campagne présidentielle de Philippe Poutou, le candidat ouvrier.
Derrière la financiarisation de l'économie, la révolution technologique prélude à une révolution sociale...
Le 12 décembre se tenait à Paris le « One Planet Summit » mis en scène par Macron. Chefs d’Etat, « personnalités », patrons de multinationales, « plus grandes fortunes du monde »… tous se sont dits d’accord pour mettre, comme le disait le slogan du sommet, « La finance publique et privée au service de l’action climat »… A traduire bien évidemment par : comment mettre la prétendue « action climat » et la « finance publique » au service de la « finance privée ». Tous ces détenteurs d’immenses fortunes accumulées sur l’exploitation du travail se présentent comme seuls capables, parce qu’ils en auraient les moyens et la volonté, de stopper les « dérives » dont ils sont les seuls responsables. Ou au moins à en alléger les conséquences sur les populations, tel Bill Gates qui veut investir 300 millions de dollars pour « aider les fermiers pauvres à s’adapter aux changements climatiques »…
Personne ne peut croire à de telles fables. L’explosion des profits et de la finance s’accompagne dans tous les domaines de reculs sociaux, de menaces grandissantes dans les secteurs financiers, militaires, environnementaux. L’humanité dispose aujourd’hui des moyens de stopper la course à la catastrophe climatique et d’en finir avec la misère terrible qui frappe des populations entières tout en garantissant le renouvellement des ressources. Mais dans le cadre du capitalisme, ces progrès se transforment en leur contraire, chômage pour des masses toujours plus importantes de travailleurs, précarité et surexploitation pour les autres. Des populations entières sont soumises à une misère terrible, aux conséquences des guerres, condamnées à chercher leur survie dans l’émigration. Non par manque d’ « investissements » ou de « volonté » : les progrès sociaux contenus en puissance dans les progrès techniques se transforment en régression sociale et menaces de toute sorte parce qu’ils sont assujettis à la perspective de profit qu’ils représentent pour ceux qui détiennent l’essentiel des richesses du monde, le contrôle de l’économie et des Etats. La maladie qui frappe le système capitaliste, c’est la propriété privée des moyens de production et d’échange.
Une nouvelle séquence commence...
La journée d'action du 16 novembre contre les ordonnances et les nouvelles attaques annoncées par Macron en particulier contre la jeunesse scolarisée marque la fin d'une première étape de la mobilisation contre ce gouvernement et ses commanditaires, les grands patrons et les riches.
La fin d'une étape, la perte d'une bataille ne signifie pas avoir perdu la guerre, même si Macron peut penser avoir les mains libres pour poursuivre son offensive contre le monde du travail. Ce n'était qu'un début, mais pour préparer l'étape d'après il est nécessaire de tirer les leçons et les conclusions qui s'imposent, de les tirer collectivement à travers les discussions avec les collègues, dans nos syndicats, avec les militants les plus engagés dans la lutte, les plus combatifs. Sortir de l'impasse dans laquelle les directions syndicales ont conduit la mobilisation ne peut se faire par l'incantation à l'unité ou à la grève générale. Cela nécessite de combattre la collaboration de classe permanente dans laquelle sont engagées les directions des confédérations syndicales à travers le dialogue social pour mener une politique n’ayant d’autre objectif que la défense des intérêts des travailleurs, des jeunes, des classes populaires.
Cette politique n'est pas écrite, ne peut se résumer à des formules ou à l'activisme volontariste, elle se discute et s'écrit en fonction du niveau de conscience, d'organisation, de mobilisation de la classe ouvrière. Elle est indissociable d’une stratégie de construction d’un parti des travailleurs.
Réchauffement climatique, crise écologique ou l''impérieuse nécessité d'une planification démocratique à l’échelle du monde
En marge de ce non-événement qu’a constitué la COP23, un appel signé par 15 000 scientifiques issus de 184 pays, largement repris dans les médias, a lancé une alerte solennelle sur l’état de la planète. Cet appel souligne que depuis 25 ans la situation n’a fait qu’empirer à l’échelle mondiale : réchauffement climatique, montée du niveau des océans, effondrement de la biodiversité, pollution chimique de l’eau douce et des océans, déforestation... Face à l’impuissance des responsables politiques, les signataires en appellent à un sursaut des citoyens mais le fond des mesures proposées relève plus de préjugés voire d’une escroquerie que de la science. « Nous mettons en péril notre avenir en refusant (…) de prendre conscience que la croissance démographique rapide et continue est l’un des principaux facteurs des menaces environnementales et même sociétales. » peut-on lire dans cet appel et même : « Il est également temps de réexaminer nos comportements individuels, y compris en limitant notre propre reproduction (l’idéal étant de s’en tenir au maximum au niveau de renouvellement de la population) et en diminuant drastiquement notre consommation par tête de combustibles fossiles, de viande et d’autres ressources. »
Cela participe du mensonge qui prétend que la crise écologique serait la conséquence d’une croissance démographique, économique et technologique indifférenciée d’une humanité abstraite, en masquant la réalité des rapports d’exploitation, d’oppression, de pillage qu’une minorité impose à la grande majorité de la population. C’est l’éternel retour des raisonnements malthusiens… masquer la responsabilité des classes dominantes en rendant les plus pauvres coupables de leur sort.



