Macron s’est résolu à s’exprimer sur son affaire Macron-Benalla en commençant par ironiser contre la presse, déclarant qu'« Alexandre Benalla n'a jamais détenu les codes nucléaires, Alexandre Benalla n'a jamais occupé un appartement de 300 m2, Alexandre Benalla n'a jamais eu un salaire de 10 000 euros, Alexandre Benalla n'est pas mon amant. » Une ironie bien à l’image du principal protagoniste de l’affaire, Macron-Benalla, le Janus au double visage, l’imposteur imbu de son pouvoir tout autant que de lui-même et, « dans le même temps », le voyou tout autant avide de pouvoir et de reconnaissance, sans principe ni loi, la petite frappe prête à tous les mauvais coups.

« Ce qu’il s’est passé le 1er Mai a été pour moi une trahison », prétend-t-il visant les exactions de son double assez stupide pour faire les basses besognes d’un policier tout en sachant qu’il était filmé.

Pour le reste, Macron-Benalla assume tout, sûr de son impunité, pour résumer, je suis président et je vous emmerde. Et, provocateur, « Qu’ils viennent me chercher. Je réponds au peuple français ! »

Au cours du seul mois de juin, 629 personnes sont mortes en tentant de traverser la Méditerranée selon le recensement de l’OIM, organisme des Nations Unies chargé des migrations. Un chiffre supérieur à celui de juin 2017 alors que le flux des migrants était alors 7 fois plus élevé !

Depuis que l’Aquarius et le Lifeline ont été refoulés d’Italie et obligés d’errer en mer avant de pouvoir débarquer en Espagne et à Malte, les organisations humanitaires ont le plus grand mal à mener leurs opérations de secours. Cette semaine encore, le bateau d’une ONG maltaise avec une quarantaine de migrants africains était empêché d’accoster au large de la Tunisie.

Les gouvernants européens rivalisent de cynisme, à l’image de la négociation grotesque à laquelle ils se sont livrés pour se répartir les rescapés de l’Aquarius et du Lifeline.

Le 22 juin, l’Eurogroupe a conclu un accord sur la Grèce échelonnant le paiement de sa dette sur une période supplémentaire de 10 ans. Comme cet accord est intervenu à quelques jours, le 15 août prochain, de la fin du 3ème memorandum depuis 2010 qui a accordé de nouveaux prêts à l’État grec en infligeant à la population une terrible régression sociale, la presse a salué l’événement avec enthousiasme. « La crise grecque s’achève ici, cette nuit. Nous sommes finalement arrivés au bout de ce chemin qui a été si long et si difficile. C’est un moment historique », a même menti délibérément Moscovici, le commissaire européen, bien placé pour savoir que remboursement de la dette et mesures d’austérité sont programmés jusqu’en 2060 ! Des propos qui résonnent douloureusement au moment où les incendies ont déjà fait plus de 90 morts alors que le budget du service des pompiers est passé, selon des sources officielles citées par l’AFP, de 452 millions d'euros en 2009 à 354 l'année dernière, paiement de la dette oblige !

L’équipe de France en finale du Mondial a aussitôt stimulé ces politiciens qui « tricolorent », prêts à flatter le chauvinisme pour occuper le terrain.

Macron a lancé aux joueurs : « la France chavire de bonheur grâce à vous ». Le Maire s’est félicité « d'un moment de bonheur national ». Wauquiez, pas en reste, a posé pour la photo avec tous les parlementaires LR sous le titre : « Fiers d’être Bleus »… Autant de réactions qui permettent à Marine Le Pen de saluer « l'élan patriotique, l'attachement à la nation de tous ceux qui sont descendus hier avec leurs drapeaux français », pendant que l'élu RN Odoul dénonçait « Non la victoire de l'Equipe de France n'est pas celle du métissage et de l'immigration, nos Bleus n'ont rien à voir avec les migrants » !

Le nationalisme et le chauvinisme sont un réel poison pour les classes populaires, destinés à les diviser, à dévoyer leur colère, leur révolte. Ce sont ces mêmes préjugés sur lesquels s’appuie Macron, prêchant l’union sacrée aux travailleurs pendant qu’il sert les financiers et les patrons.

Des mouvements spectaculaires pour les droits des femmes, en particulier pour le droit à l’avortement, ont lieu en Amérique latine mais aussi très massivement en Espagne, en Pologne ou en Irlande depuis ces derniers mois. Issus de mouvements plus anciens, lors du Printemps arabe, ou en Inde contre des viols en 2012 ou encore aux États-Unis lors de l’arrivée au pouvoir de Trump, puis en Argentine et en Amérique latine avec le mouvement Ni Una Menos, certains parlent même d’une « quatrième vague » féministe née en 2015 (après la première de la fin du XIXème siècle au Deuxième sexe de S. de Beauvoir, celle des années 70 puis des années 90). Ce combat s’inscrit en fait dans la continuité des luttes des femmes pour l’égalité et leur émancipation, luttes qui connaissent des hauts et les bas au rythme des luttes de l’ensemble des opprimés, en relation avec l’évolution globale de la société et des rapports de forces.

Quoi qu’il en soit, il existe un mouvement bien réel qui se construit pour des droits démocratiques fondamentaux, des droits durement gagnés et toujours remis en cause comme en Pologne où l’interdiction totale de l’IVG a été remise à l’ordre du jour du Parlement le 2 juillet…

Bien au-delà de la parole libérée par l’affaire Weinstein, ce sont des luttes populaires et massives qui se développent pour la défense des droits des femmes, de toutes les femmes.

Mardi 26 juin, Macron s’est rendu à Rome pour rencontrer le Pape et recevoir le titre de « premier et unique chanoine honoraire de l’archibasilique du Latran ». « Mon émotion est réelle » a-t-il déclaré au terme d’une cérémonie d’un autre temps, pleine de dignitaires ecclésiastiques et d’enfants de chœur. Tout ce ridicule pour un titre honorifique qui remonte à la monarchie, à Henri IV… pour sceller l’alliance des Rois et de la Papauté ! Déjà en avril dernier, devant la conférence des évêques de France, il avait exprimé son « sentiment que le lien entre l’Eglise et l’Etat s’est abîmé et qu’il nous importe de le réparer ».

Macron et son gouvernement se prétendent l’incarnation de la modernité, mais quand la violence de la réalité sociale fait tomber tous les masques, c’est le retour de tout le vieux fatras, la religion, la morale, les idéologies réactionnaires pour justifier leur pouvoir, leur politique au service des classes dominantes.

Ce 28 juin était une nouvelle journée de grève à la SNCF, la 36ème et dernière du calendrier perlé de l’intersyndicale. L’UNSA a sans surprise annoncé qu’elle arrêtait la grève, la CFDT l’a suspendue. SUD Rail et la CGT appellent à faire grève les 6 et 7 juillet et prévoient des dates pendant l’été. Les cheminots « débattront en assemblées générales de la suite à donner au mouvement pour gagner » a expliqué Fabien Dumas, secrétaire fédéral de SUD Rail. La fin d’une étape du mouvement, le début d’une autre alors que se partagent sentiment de fierté, détermination et interrogations sur la suite à construire.

La détermination des grévistes, des militants du mouvement, syndiqués ou non syndiqués, fait que même l’UNSA a cru bon de préciser qu’elle restait « combattive » au moment d’arrêter la grève et que la CFDT a expliqué que si elle la « suspendait » pendant l’été, « l’idée est de pouvoir garder des ressources de mobilisation à la rentrée […] les négociations sociales à venir seront longues et complexes ».

Il est clair que peu de cheminots pensent pouvoir « gagner » cet été, mais les grévistes ont conscience de mener un combat politique qui a transformé la situation et concerne l’ensemble du monde du travail. Un combat loin d’être terminé alors que le gouvernement peaufine la loi Pacte qui prévoit de nouvelles vagues de privatisations (Engie, Aéroport de Paris, Française des jeux…) et que sont en ligne de mire les aides sociales, la retraite, le statut des fonctionnaires.

La crise de l’Union européenne vient de passer par de nouveaux sommets. Du refus du ministre de l’intérieur d’extrême droite italien de laisser accoster l’Aquarius, puis le Lifeline, au vote en Hongrie d’une loi permettant de condamner les ONG qui permettraient à des migrants d’entrer sur le territoire, sans oublier l’hypocrisie réactionnaire de Macron et de son exécuteur des basses œuvres Collomb, elle s’est cristallisée autour de la question de l’accueil des migrants, dans une fuite en avant nauséabonde. En Allemagne, la coalition gouvernementale difficilement constituée par Merkel après les dernières législatives menaçait de s’effondrer sous le chantage de la CSU bavaroise…

Le Sommet européen des 28 et 29 juin est parvenu à un accord, l’accord de la honte, qui a décidé de la mise en place de camps hors des frontières de l’UE. Tous peuvent rentrer chez eux en se vantant d’avoir obtenu gain de cause, les uns, comme Macron, pour avoir sauvé l’Union européenne de l’explosion, les autres, comme le premier ministre Italien Conte ou son homologue polonais, pour s’être dégagés de toute obligation concernant l’accueil des migrants, désormais laissé au « volontariat » de chacun des Etats, invités simplement à faire preuve de « solidarité »... Au-delà des postures, les Etats européens se sont cyniquement unis contre les migrants, l’égoïsme national et européen se conjuguant pour rejeter les victimes de leur propre politique au Moyen Orient ou en Afrique.

Macron vient à nouveau d’étaler son mépris, sa crasse sociale, par tweet cette fois : « On met un pognon de dingue dans des minima sociaux, et les gens sont quand même pauvres. On n'en sort pas. Les gens qui naissent pauvres restent pauvres. Ceux qui tombent pauvres, ils restent pauvres »… après un couplet sur la « déresponsabilisation » des pauvres car il faut bien que ce soit leur faute !

Cynisme, mépris, arrogance, tandis qu’il arrose de 5 milliards de cadeaux fiscaux les ultras-riches avec la fin de l’ISF et la limitation de l’imposition de leurs portefeuilles d’actions. Les coupes sombres prévues dans les budgets sociaux avec le plan CAP22 représentent 30 milliards d’après les Echos.

Le bilan de cette politique est insupportable. Entre 1998 et 2015, le niveau de patrimoine a diminué de 31 % pour les 10 % les plus pauvres de la population. Près de 9 millions de personnes sont sous le seuil de pauvreté, dont beaucoup de femmes seules avec leurs enfants. Les raisons sont connues, ce sont les salaires minables, la généralisation de la précarité, les licenciements, pour que la classe que sert Macron continue d’accumuler un « pognon de dingue » sur le dos de toute la collectivité !

Mais la com de Macron ressemble bien trop à celle des DRH dans les entreprises… et elle se retourne contre l’envoyeur, alors que la grève des cheminots impacte profondément la situation sociale et politique, encourageant la contestation, l’expression de bien des mécontentements.

Au cours du mouvement de ces dernières semaines, alors que l’évocation de 68 ou du mythe soixante-huitard était dans les esprits, est apparu en réponse aux commémorations, nostalgies ou travestissements, un slogan sympathique, « Ils commémorent, on recommence ». Il exprime la continuité de nos combats, leur jeunesse, mais avons-nous vraiment envie de recommencer soixante-huit ? Un soixante-huit qui réussisse ? Qui aille jusqu’au bout ? Oui, certes mais ce sera bien autre chose que 68, radicalement différent. Les révolutionnaires ne souhaitent pas recommencer, ni imiter le passé. Nous ne militons pas sous la domination des mythes mais en nous armant de la compréhension des forces, faiblesses et limites du passé pour trouver dans le présent la capacité de les dépasser pour construire l’avenir.

« Aller jusqu’au bout », ça veut dire quoi ? Le pouvoir aux travailleurs pour une transformation révolutionnaire de la société, en réalité tout autre chose que 68 au cours duquel, même si ce fut un processus révolutionnaire, personne ne se posa pratiquement la question du pouvoir. La poser exige des rapports de force mais aussi un niveau de conscience, d’organisation, radicalement différents de l’état d’esprit qui était le nôtre y compris pour les plus engagés.

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