La mauvaise comédie du remaniement ministériel n’en finit pas comme si Macron éprouvait un plaisir pervers à affirmer son pouvoir, à ridiculiser les médias, qui parlent pendant des heures et des heures pour commenter les rumeurs, ou l’opposition drapée dans son indignation… A ridiculiser aussi ses propres ministres mis sur le grill…

Il parle de « péripétie » prenant la pose du monarque exerçant ses pleins pouvoirs, affichant le mépris de ses gens, tous là pour le servir ! Franchement ridicule tant derrière cette farce, il y a un politicien isolé pris à son propre piège lui qui prétendait dépasser le jeu du clivage gauche-droite. Ce clivage parlementaire, le PS l’a dépassé depuis longtemps. Ses principaux dirigeants ont sabordé leur propre parti pour mettre en selle Macron. Dupe de lui-même ce dernier se retrouve bien seul mais avec des pouvoirs exorbitants et une certitude : sa politique fait l’unanimité au sein du patronat et de la bourgeoise. Et au-delà des rivalités politiciennes, aucune des forces institutionnelles qui le combattent n’auraient d’autre politique que de faire, à son image, ce que veulent le Medef et la bourgeoisie. Cette certitude comme les pouvoirs qui lui sont impartis lui laissent tout le temps de voir venir...

Samedi, des milliers de manifestants en France et dans d’autres pays d’Europe ont exprimé leur inquiétude face à la crise climatique et leur révolte devant l’inertie des gouvernements. Le nouveau rapport du GIEC (le groupe d’experts du climat travaillant pour l’ONU) qui a été rendu public début octobre donne entièrement raison à toutes celles et ceux qui s’inquiètent et veulent agir. Reste à savoir maintenant comment. Trois ans après les beaux discours de la conférence sur le climat de Paris, le rapport du GIEC confirme que le réchauffement climatique est plus rapide que prévu et qu’il a déjà des conséquences dramatiques à l’échelle du monde. Deux scénarios sont envisagés d’ici 2100, une augmentation de 1,5°C aux conséquences inquiétantes et une au-delà de 2°C, catastrophique et créant une situation sans retour. Les données scientifiques du GIEC sont précieuses et indispensables mais ce débat entre 1,5°C ou 2°C est un jeu de dupes bien dérisoire si on ne le pose pas d’un point de vue de classe en lien avec les ravages engendrés par la course aux profits qu’imposent les multinationales et les États à leur service à toute la société.

Mercredi 10 octobre, Wall Street a subi son plus gros recul depuis le mois de février, 3,15 % de l’indice Dow Jones, 4,08 % de l’indice des nouvelles technologies, le Nasdaq, à 7 422,05 points. Il ne s’agit certes pas d’un tremblement de terre mais néanmoins l’ensemble des places financières de la planète ont, elles aussi, décroché.

Les principales Bourses européennes ainsi que les places asiatiques ont été emportées dans la tourmente. L'indice Nikkei à Tokyo a perdu 3,89%, les bourses de Hong Kong, de la Corée du sud ont suivi, tandis que celle de Taiwan chutait de plus de 6%, Shanghai de près de 5 % perdant plus de 21 % depuis le début de 2018.

Donald Trump a balayé l’hypothèse que sa guerre commerciale, en particulier contre la Chine, puisse en être responsable : « Ce n'est pas ça le problème. Le problème à mon avis, c'est la Fed (la Réserve fédérale, la banque centrale américaine). La Fed est déchaînée, elle devient folle ». Et cela parce qu’elle a décidé d’augmenter les taux d’intérêt. Son secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin (un ex-Goldman Sachs) a modulé le propos faisant preuve d’une profondeur philosophique toute capitaliste : « Les marchés montent. Les marchés descendent. Je vois cela comme une correction normale. »

Un an et demi après son élection et sa promesse d’un « nouveau monde » politique, Macron bat tous les records d’impopularité et l’hémorragie des ministres continue… Après Hulot faisant mine de découvrir que finance et écologie sont incompatibles, Flessel et ses problèmes d’impôts, c’est au tour de Gérard Collomb. Transfuge du PS s'étant intronisé parrain politique du jeune Macron, ce vieux politicien le laisse tomber pour ne pas sombrer avec lui, guidé avant tout par ses ambitions personnelles. La modernité promise par Macron tourne à la farce du vieux théâtre des politiciens, de leurs ambitions, de leur corruption… Mais quels que soient les acteurs, c’est la même politique de plus en plus agressive, entraînant l’explosion de la précarité et des inégalités.

Ces attaques en règle se doublent de l’arrogance de Macron, de son mépris social qui visent à flatter les préjugés des catégories sociales les plus réactionnaires contre le monde du travail. Après le « pognon de dingue » des aides sociales, le conseil aux chômeurs de « traverser la rue » pour trouver du boulot, il fait la morale aux victimes de sa politique. « Il ne faut pas rester comme ça et pas refaire des bêtises » dit-il en sermonnant un jeune chômeur sinistré des Antilles. Il fait la morale à des retraités venus lui demander des comptes, il faudrait arrêter de se plaindre car « on vit de plus en plus vieux et en bonne santé » ! Cette arrogance, ce mépris, c’est celui d’un politicien ambitieux, qui flatte les préjugés sociaux pour tenter d’étouffer la colère et la révolte qui montent de partout afin de protéger ses commanditaires, les classes dominantes, les riches qu’il sert servilement.

Le 25 septembre, la Marine royale marocaine a ouvert le feu sur une embarcation de migrants en Méditerranée faisant un mort, une Marocaine de 22 ans, et trois blessés dont un dans un état critique. La responsabilité de ce crime d’État ne revient pas à la seule monarchie marocaine mais tout autant à la politique de l’État espagnol et à celle de l’Union européenne.

L’Espagne, comme la France ou l’Italie, fait tout pour empêcher les migrants d’atteindre son sol, avec la collaboration de la monarchie marocaine et de sa police.

Cette violence criminelle est le corollaire de l’errance à laquelle est contraint l’Aquarius, le dernier navire européen qui continue à secourir des migrants en Méditerranée malgré l’opposition de plus en plus acharnée des gouvernements européens. Pendant plusieurs jours, alors qu’il transportait à son bord 58 migrants sauvés au large de la Libye, les ports européens lui sont restés fermés.

C’est en fait l’ensemble des gouvernements européens qui, depuis des mois, ont multiplié les obstacles contre les bateaux qui secourent les migrants. Sur la dizaine de bateaux humanitaires qui secouraient des migrants au large de la Libye l’an dernier, tous sauf l’Aquarius ont dû renoncer. Et le 22 septembre, le Panama a annoncé, sous la pression des autorités italiennes, qu’il allait lui retirer son pavillon.

Mardi dernier, 18 septembre, dans la foulée de l’annonce de son départ prochain du gouvernement, Collomb, encore ministre de l’Intérieur, a lancé son plan de « reconquête républicaine » des quartiers dits « sensibles ». Dans une cité de Corbeil-Essonnes, les Tarterets, dont les habitants avaient été tenus à distance par un dispositif policier impressionnant -un avant-goût de son plan-, il s’est vanté de vouloir « hisser à nouveau dans chaque rue, sur chaque dalle, au bas de chaque immeuble, le drapeau de la République ». Cette métaphore guerrière, provocante, de « reconquête » est destinée, dans la lignée de ses prédécesseurs, à faire des banlieues pauvres des territoires ennemis aux yeux de l’opinion, qui seraient de véritables jungles où la violence ferait la loi. Elle en dit long sur son mépris des travailleurs et des classes populaires qui y vivent, dont beaucoup font partie des plus pauvres, même en travaillant.

Ancien dirigeant du PS, Collomb avait été le premier des « premiers de cordée » à suivre Macron en 2016. Promoteur des lois les plus répressives comme celle sur la sécurité intérieure -qui a fait entrer dans le droit commun les mesures de l’état d’urgence- et la loi Asile-Immigration, Collomb, démissionnaire en sursis du gouvernement, essaie de faire entendre sa propre musique sur le terrain de la droite extrême. Petits jeux politiciens entre serviteurs de la bourgeoisie, de cette classe minoritaire, parasitaire, grands actionnaires et dirigeants des multinationales, détenteurs des grandes fortunes, qui n’ont qu’une obsession, accroître la part qu’ils s’approprient des richesses produites par les travailleurs.

Le week-end dernier, en Suède, lors des élections législatives, l’extrême droite est arrivée en troisième position avec 17,6 % des suffrages exprimés, un résultat bien inférieur à ce que les sondages, repris avec complaisance par les médias, annonçaient, mais une forte progression inquiétante. Dans le même temps, ces dernières semaines, en Allemagne, le parti d’extrême droite, l’AFD, organise campagne et manifestations contre les migrants à Chemnitz ou dans la petite ville de Köthen avec la coopération de néonazis faisant le salut hitlérien. Le tout avec la bienveillance de la police et du ministre de l’Intérieur de Merkel, qui a déclaré qu’il « serait descendu dans la rue » s’il n’avait pas été ministre.

En boucle les médias répètent ce qui serait une évidence, un fait établi, ce qu’ils appellent la crise des migrants, en fait le drame des migrants, serait responsable de la montée de l’extrême droite et de ses amis fascistes. Donc, pour l’enrayer il faudrait fermer les frontières, en un mot faire la politique de... l’extrême-droite. Une politique d’ailleurs que tous les gouvernements et tout particulièrement celui de Macron, ne se gênent pas pour mettre en œuvre.

Même des partis ou des militants qui se disent de gauche reprennent, certes avec des nuances, ce discours, comme en Allemagne la dirigeante du nouveau mouvement issu de Die Linke, Austehen, Debout, qui se veut proche de la France Insoumise qui elle-même connaît bien des flottements et égarements sur le sujet.

Il y a dix ans, le 15 septembre 2008, la banque américaine Lehman Brothers faisait faillite, un an après qu’explose la crise des subprimes. L’année 2008 commençait a priori « sous les meilleurs auspices », du moins pour les tenants du système. La crise des subprimes semblait circonscrite, la croissance mondiale se prolongeait et les marchés financiers avaient retrouvé l’optimisme… 2018, les mêmes affichent la même confiance malgré les doutes et interrogations impossibles à taire. Le FMI, la Fed, la BCE prétendent que la croissance se maintiendra, tandis que le krach boursier de début février devait rapidement laisser place à une nouvelle vague d’euphorie… Wall Street bat tous ses records…

Les augures du capital ne peuvent entretenir la confiance indispensable à la folle marche de l’économie, de l’endettement généralisé et du crédit qu’en faisant du « Tout va bien Madame la marquise » leur tube préféré ! C’est en quelque sorte leur job, donner confiance pour que le casino financier continue sa sinistre musique.

Et pourtant, les logiques économiques et financières qui entretiennent la menace de krach ne sont un mystère pour personne sauf qu’il est impossible de s’y opposer sans remettre en cause tout le système. Dix ans après, elles ont engendré les conditions d’une nouvelle crise financière dont tout laisse à penser qu’elle pourrait être pire que celle de 2007-2008.

Il y a trois mois, Macron qualifiait de « pognon de dingue » les sommes consacrées aux minima sociaux. Aujourd’hui son gouvernement au grand complet se mobilise sans état d’âme pour faire la promotion du « plan pauvreté » qu’il présentera le 13 septembre.

13,6 % de la population vivent en-dessous du seuil de pauvreté en France (1015 euros par mois pour une personne seule) dont 19,1 % des moins de 18 ans, 3 millions d’enfants.

4 millions de personnes sont mal-logées ou sans domicile. 31 000 enfants n’ont pas de domicile, 9000 habitent des bidonvilles. 80 % des enfants qui sont pris en charge par l’aide sociale le sont pour des raisons de pauvreté.

Quant à la santé et aux soins, les fermetures de lits et d’hôpitaux, les déserts médicaux, la baisse des remboursements et les dépassements d’honoraires les rendent de moins en moins accessibles à une fraction croissante de la population.

Derrière la froideur des chiffres, autant de situations révoltantes alors que les capitalistes se distribuent les profits et que le gouvernement multiplie les cadeaux aux riches. Macron et ses ministres appellent ça des « inégalités de destin »… et continuent à sabrer les budgets sociaux, préparent la dégressivité des allocations chômage, bloquent la hausse des retraites et de la plupart des minima sociaux à 0,3 % quand l’inflation officielle est à plus de 2 % ! Alors que toute leur politique génère pauvreté et inégalités croissantes, ils ont le cynisme de prétendre lutter contre !

« Je ne veux plus mentir » a déclaré Nicolas Hulot en annonçant sa démission du ministère de l’environnement. Étrange aveu de celui qui fait semblant de découvrir que son action se heurtait à la « société marchande », que par ailleurs il connaît fort bien. Il continue cependant de justifier son passé de ministre et de prétendre qu’il est possible de faire évoluer les choses dans un gouvernement. Un mensonge très répandu que nous servent tous les politiciens qui postulent à aller aux affaires. Le vrai pouvoir n’est pas là, il est entre les mains des banques, des financiers, du grand patronat et des multinationales, de la machine étatique qui les sert.

Les ministres sont là pour exécuter sans oublier de veiller à leurs propres intérêts, corruption dont témoignent les affaires et autres copinages...

Il suffit de voir le budget 2019 pour se convaincre que le puissant lobby qui décide de la politique du pays est bien le patronat, les riches, la finance. Comme l’a déclaré Pénicaud, la ministre du Travail, « il faut que le gouvernement garde son image ''pro-business'' ». Il le fait avec zèle !

Les profits des grandes entreprises et les dividendes atteignent des sommets, les rémunérations des PDG et des plus hauts cadres n’ont pas de limite, les spéculateurs prospèrent…

Pour nourrir ces fortunes, Macron fait payer les salariés, la population.

Submit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn