« Nous allons gagner la Coupe d’Afrique et ils vont tous dégager ». Algérie, de l’indépendance nationale confisquée à la lutte pour l’indépendance de classe, un combat par-delà les frontières.
« Nous allons gagner la Coupe d’Afrique et ils vont tous dégager », ce 22ème vendredi de grande marche depuis le 22 février, c’était un des slogans des manifestants algériens quelques heures avant la victoire de leur équipe contre celle du Sénégal au Caire. Une façon d’affirmer que le football ne serait pas ce que le régime aurait voulu en faire, un moyen de diversion pour faire oublier les problèmes de la population. Et de rappeler aussi, peut-être, que la révolte contre le 5ème mandat de Bouteflika avait commencé à s’exprimer dans les stades où il était bien difficile à la police d'empêcher la contestation de se manifester. « Alors que le pouvoir a mis tous les moyens pour tenter de récupérer l’événement à son avantage, les Algériens ont tenu à dire que l’équipe nationale est d’abord celle du peuple. », a commenté le site interdit en Algérie depuis le soulèvement, TSA (« Tout sur l’Algérie »). Quel camouflet aussi pour tous les réactionnaires qui s’indignent des manifestations de joie des Algériens en France, des cortèges de jeunes des banlieues à Paris jusque sur les Champs Élysées. L'expression d'une fierté nationale bien légitime face aux relents de colonialisme, au racisme, au mépris de la bourgeoisie française et de son État nourris par des décennies d’oppression et de domination coloniale, entretenus par leur peur des classes exploitées. Et les médias, bien rodés depuis des mois à défendre la police contre les dits casseurs, se sont largement répandus sur les mesures policières prises par Castaner qui avait commandé un déploiement policier propre à créer les tensions, plus important que celui déployé lors de la victoire de l’équipe de France en coupe du monde, calomniant par avance les supporters algériens, les jeunes des banlieues. Ils préparaient le terrain pour les propos racistes de politiciens de droite et les surenchères du RN réclamant qu’on leur interdise les Champs-Élysées.
Grèce, la chute annoncée de Tsipras et la nécessaire indépendance de classe des travailleurs…
Sans surprise, les élections législatives du 7 juillet en Grèce organisées à l’initiative de Tsipras trois mois avant la fin de son mandat suite à l’échec de Syriza aux élections européennes ont confirmé la sanction électorale, la victoire de la droite avec en arrière plan une abstention massive.
Après quatre ans et demi de gouvernement, Syriza, en récoltant 31,5 % des voix, décroche 86 sièges au Parlement et perd plus de 460 000 voix par rapport au scrutin de janvier 2015. La droite de Nouvelle Démocratie recueille près de 40 % des suffrages et comptera 158 députés dans la nouvelle assemblée. Soit la majorité absolue.
En réalité, du point de vue de Tsipras et de Syriza, la défaite est relative, bien loin de la déroute qu’avait connue le PASOK. « Aujourd'hui, c'est la tête haute que nous acceptons le verdict populaire. Pour ramener la Grèce là où elle en est aujourd'hui, nous avons dû prendre des décisions difficiles qui ont eu un coût politique élevé » déclarait Tsipras, assumant pleinement son bilan du point de vue des classes dominantes et de leurs institutions, sûr d’y avoir un avenir. Celui qui se revendiquait d’une « gauche radicale » et avait suscité bien des illusions, y compris au sein du mouvement révolutionnaire, assume pleinement sa politique de capitulation devant la troïka et d’austérité contre les travailleurs et les classes populaires.
Crise climatique et écologique, un puissant facteur révolutionnaire
Le réchauffement climatique, prévu, décrit par la communauté scientifique depuis plus de 30 ans, devient une réalité concrète pour des millions de personnes à travers le monde, entraînant une prise de conscience, en particulier dans la jeunesse dont une partie se mobilise depuis plusieurs mois.
L’ampleur du phénomène qui ne peut s’envisager que dans sa globalité, à l’échelle de la planète, comme l’inaction au mépris de tous leurs discours des dirigeants de ce monde, engendrent un sentiment d’impuissance propice à toutes sortes de théories vieilles comme les religions… celles d’un effondrement général de la civilisation humaine comme le défendent les tenants de la collapsologie. Se préparer à un tel effondrement, comme ils le suggèrent, revient à se résigner… or le pire n’est jamais sûr.
La science confirme l’origine humaine du changement climatique et c’est justement ce qui permet d’envisager des réponses à cette crise, sans céder au catastrophisme. Trouver les moyens d’agir contre ce réchauffement passe par la critique et la remise en cause de ce qui structure la société humaine, le mode de production capitaliste, avec le productivisme qui lui est inhérent et surtout son incapacité fondamentale à produire en fonction des besoins réels des êtres humains tout en assurant la préservation de l’environnement.
« Big bang », « festival des idées », campagne ADP… ou une politique pour le camp des travailleurs et nos luttes ?
Licenciements, retraite, sécurité sociale, indemnisation des chômeurs… l’offensive des classes dominantes, du gouvernement et des forces réactionnaires redouble. Face à elle, les mobilisations du monde du travail se succèdent. Après les gilets jaunes, la popularité de la grève des urgences témoigne de la globalisation du ras-le-bol. Hospitaliers, enseignants, pompiers, postiers, salariés en proie aux licenciements comme à General Electric, Ford, New Look, Conforama…, les foyers de révolte sont nombreux, mais encore dispersés.
Dans cette situation, bien des militant.e.s aspirent à « l’unité » pour résister à l’offensive sociale, politique, idéologique et cherchent à tisser des liens pour aider à l’unification et à l’extension des mouvements, des grèves.
Une aspiration que les divers bouts de la « gauche » tentent de ramener sur le terrain institutionnel, multipliant les initiatives depuis les Européennes avec dans le viseur les municipales de mars prochain… et 2022. Cela au moment même où la faillite de cette gauche, y compris dite radicale, connaît un nouvel épisode avec Syriza en Grèce aux élections législatives, après l’échec cinglant des Européennes.
Vers une nouvelle crise financière et économique ou un épisode aigu de fièvre du capitalisme financiarisé devenu sénile ?
Depuis la crise de 2007-2008, les médias économiques sont agités de vents contradictoires sur la santé financière et économique mondiale. Les annonces de catastrophe imminente succèdent aux espoirs de reprise, les deux se mélangeant parfois... Parmi d’autres, l’économiste américain N. Roubini publiait en septembre 2018 une tribune intitulée « Les ingrédients d’une récession et crise financière d’ici 2020 »… Interviewé mercredi 27 juin par les Echos, le patron de la banque Goldman Sachs déclarait, lui, « chez Goldman Sachs, nous n'anticipons pas de crise financière majeure en 2020 »… sans pour autant contester l’accumulation des « facteurs de risque » que soulignait son collègue. Une tribune du Monde du 1er juillet titrait « A force de vouloir prévenir la prochaine récession, on a créé les conditions d’une crise encore plus grande »…
2020 ou pas, un nouvel épisode aigu de la crise financière et économique permanente semble inévitable, et cela alors que les expédients de 2007-2009 semblent avoir épuisé leurs possibilités et que les mesures mises en œuvre depuis n’ont fait que retarder les échéances tout en aggravant, effectivement, la situation.
C’est l’illustration concrète que la crise de 2007-2008 était bien autre chose qu’une crise cyclique « classique » du capitalisme, un mauvais moment à passer avant que tout redémarre grâce au jeu combiné des logiques internes du capitalisme et des mesures budgétaires et monétaires des Etats et des Banques centrales.
Pour défendre leur hégémonie, les USA menacent de guerre l’Iran, une menace pour le monde entier
« Si l’Iran veut se battre, ce sera la fin officielle de l’Iran. Ne menacez plus jamais les États-Unis.», tweetait Trump le 20 mai dernier. Il vient de renouveler brutalement ses propos bellicistes : « Toute action de l’Iran visant n’importe quel intérêt américain déclenchera une réponse d’une force puissante et écrasante […] Dans certains domaines, écrasante signifiera annihilation ». Ces nouvelles menaces ne relèvent pas de la simple mise en scène de Trump par lui-même au moment où il s’engage dans une nouvelle campagne électorale en vue de l’élection présidentielle, dans deux ans. Au-delà de la brutalité du personnage, ces menaces sont portées par l’État américain, le Pentagone, elles sont celles que la première puissance mondiale adresse au-delà de l’Iran au monde entier.
Elles interviennent après plus d’un an d’escalade, en particulier depuis la provocation à l’égard du peuple palestinien de l’installation de l’ambassade américaine en Israël à Jérusalem, en grande pompe en compagnie de l’Arabie saoudite. Et au moment où s’affiche le fiasco des promesses provocatrices annoncées alors, le prétendu « accord du siècle » présenté au Bahrein par Kushner, gendre et conseiller de Trump. Cette farce boycottée tant par les Palestiniens que par Israël visait à acheter pour 50 milliards de dollars l’abandon par les Palestiniens de leurs droits à un État et leur acceptation de l’occupation des territoires par Israël.
Mise en scène de Trump par Trump et menaces militaires
L’affrontement déclenché le 13 juin suite à l’attaque de deux pétroliers, norvégien et japonais, près du détroit d’Ormuz par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole a relancé l’offensive américaine.
Alors que l’Iran nie toute responsabilité, Trump l’a accusé immédiatement sans apporter la moindre preuve. En réponse, le ministre des affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, a accusé Washington de « sabotage diplomatique » jugeant plus que « suspectes » ces attaques, survenues le jour même de la visite à Téhéran du premier ministre japonais, Shinzo Abe.
Pour préparer la suite, nous approprier les enseignements de 7 mois de mobilisation
Les mesurettes de Buzyn sont loin d’avoir entamé la détermination des grévistes. Lundi, le collectif inter-urgences appelait à de nouvelles initiatives à l’issue d’assemblées générales dans 119 établissements mobilisés : rassemblements devant les ARS le 20 juin et une manifestation nationale le 2 juillet à Paris, appelée également par l’intersyndicale CGT-SUD-FO. Le mouvement se renforce, s’organise par l’action des grévistes eux-mêmes, pousse les directions syndicales à agir et fait l’opinion.
Dans la même semaine, les syndicats enseignants appelaient à la « grève du bac », face aux réformes Blanquer. Malgré l’absence de plan de lutte depuis des mois de la part des directions syndicales, et même de politique vis-à-vis des parents et des élèves, le mouvement a été un vrai succès, reflétant la colère cristallisée contre le gouvernement. Des convergences se sont faites avec des Gilets Jaunes ou avec les urgences comme à Bordeaux.
Gilets Jaunes qui n’ont pas dit leur dernier mot après l’acte 32 de samedi, démontrant très largement la force d’un mouvement social où les acteurs décident de leur propre lutte.
Dans la foulée des Gilets jaunes, les hospitaliers des Urgences en lutte contre le mépris de Macron, Philippe, Buzyn...
La grève, partie le 18 mars d’hôpitaux de l’AP-HP, a fait tâche d’huile à travers le pays. Plus de 100 services ont aujourd’hui rejoint le mouvement et tout indique que les annonces de Buzyn sont en train de renforcer la conviction de celles et ceux qui y sont engagés et d’aider à son extension. Les grévistes viennent de faire la démonstration que la lutte déterminée et l’organisation démocratique paient, Buzyn a été obligée de remballer ses phrases hostiles et méprisantes et le gouvernement a commencé à reculer. Mais ces annonces n’en demeurent pas moins une nouvelle provocation. Depuis trois mois les personnels des Urgences exigent l’arrêt des fermetures de services et la réouverture de lits, 10 000 embauches et des moyens immédiats pour faire face à l’engorgement des Urgences ainsi qu’une prime mensuelle de 300 euros pour tou.te.s. La ministre vient d’annoncer la somme dérisoire de 15 millions pour un « recrutement d’effectifs en cas de situation exceptionnelle », ce qui équivaut à… un demi poste par service d’urgence pour cet été, et une prime de 100 euros mensuels net aux conditions d’attribution vagues, tout en relevant le plafond des heures supplémentaires alors que les personnels disent leur épuisement et que les arrêts maladie tombent en rafale !
Le collectif inter-urgences, qui regroupe les grévistes syndiqué.e.s et non syndiqué.e.s des différents hôpitaux, prépare une nouvelle journée nationale de mobilisation et travaille à l’extension du mouvement, poussant les directions des centrales syndicales à sortir de leur léthargie.
A propos du débat LO-NPA à la fête de Lutte ouvrière, divergences, démocratie et unité des révolutionnaires
Il nous semble important de revenir sur le débat à la fête de Lutte ouvrière entre nos deux organisations, LO et le NPA. En effet, il illustre l’impasse dans laquelle s’enferrent les différents courants révolutionnaires. Dans leur introduction les camarades de LO ont tenu à fixer le cadre et surtout les limites du débat, à leurs yeux du moins : pointer les désaccords qui justifient les existences en tant qu’organisations séparées. Et de préciser tout de suite, qu’ils discuteraient de la politique publique de la direction du NPA telle qu’elle s’exprime à travers ses porte-parole, en premier lieu Olivier Besancenot. Or la tendance « majoritaire » du NPA que représentent ses porte-parole a refusé de participer au débat parce qu’elle avait été mise en minorité lors de la dernière réunion de notre direction nationale sur deux points. Premièrement, il a été adopté par une majorité de camarades, dont nous sommes, une « motion d’orientation » opposée à la ligne défendue par Olivier d’appel à « une coordination de la gauche de lutte ». Deuxièmement, il a été voté qu’un militant de cette motion représente le NPA au débat LO-NPA. Nos camarades de la majorité-mise-en-minorité ont, en conséquence, refusé de participer au débat avec LO. Ce sont donc deux camarades qui avaient voté la motion, Daniela Cobet et Gaël Quirante, qui représentaient le NPA.
Pour LO, le débat était doublement vain d’abord parce qu’il ne peut servir qu’à définir les désaccords, ensuite parce que cette non-discussion ne pouvait avoir lieu qu’avec… les absents. Un peu ubuesque !
Mystification de la commémoration du D-Day, pour conquérir la paix, en finir avec la domination capitaliste
Macron, Trump, Merkel, May, Trudeau… sans même inviter Poutine ont instrumentalisé le 75ème anniversaire du débarquement et l’émotion provoquée par cette opération où des dizaines de milliers de soldats et de civils ont perdu la vie, pour renouveler les mythes de la guerre « juste » contre les « totalitarismes », au nom du « flambeau de la liberté, de la paix et de la démocratie » (May).
La déclaration qu’ils ont adoptée prétend faire croire qu’« au cours des soixante-quinze dernières années, nos nations ont défendu la paix en Europe et dans le monde, la démocratie, la tolérance et l’État de droit » ! Effacées les sales guerres coloniales, dès le 8 mai 1945 en Algérie, et dans toute l’Asie et l’Afrique, les trente ans de conflit au Viêt-Nam… Effacées, les guerres de la mondialisation depuis les années 80, en Irak, en Afghanistan, au Rwanda, en Yougoslavie… Soixante-quinze ans d’implication directe et indirecte de ces grandes puissances dans des conflits « locaux », pour soutenir des pouvoirs « amis », renforcer les influences, contrôler les matières premières, prendre des marchés, etc.



