« Lutte contre l’immigration », stigmatisation des musulmans, offensive xénophobe… Face à Macron, Blanquer, Le Pen et leurs sbires, l’unité de notre classe
La tournée de Macron dans l’Océan Indien pour y défendre les intérêts des multinationales françaises a été l’occasion d’une nouvelle offensive contre l’immigration. A Mayotte, à 9000 km de Paris, il a planté le décor : « Mayotte c'est la France et la France c'est d'abord la sécurité ». La veille aux îles Eparses, revendiquées par Madagascar, il avait martelé : « Ici, c’est la France, c’est notre fierté, notre richesse ». Des envolées patriotiques pour justifier la présence française dans ce bout d’Océan indien où la population est une des plus pauvres du monde. Mayotte la « française », où 1/3 de la population n’a pas l’eau courante, représente malgré tout un espoir de vie meilleure pour de nombreux jeunes qui affluent des Comores et de l’Est africain. Une immigration contre laquelle Macron a assuré de sa « fermeté », espérant dévoyer la colère.
Une colère qui l’attendait à La Réunion avec une grève générale. Dans cette île où 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et où les Gilets jaunes ont été particulièrement nombreux et déterminés, Macron a dit « comprendre la colère » et a promis quelques mesures pour l’emploi dont… une exonération de cotisations patronales.
Vive la révolte des cheminots
Depuis jeudi soir, les cheminots ont « posé le sac » dans un profond mouvement de colère, en plein départ de congés et face à une campagne haineuse.
En début de semaine, des agents de la région parisienne ont fait valoir leur droit de retrait suite à plusieurs agressions de conducteurs. Depuis des années, la direction de la SNCF et le gouvernement laissent se dégrader les conditions de transport des voyageurs de banlieue, les lignes et les gares qui se réduisent à des distributeurs de billets. Toujours moins de personnel et au final, c’est le conducteur qui subit seul les conséquences de cette politique.
Le 16 octobre, une collision entre un convoi exceptionnel et un TER dans les Ardennes a fait déborder le vase. Le conducteur, privé de moyens de communication, seul et même blessé, a dû laisser ses 70 passagers (dont 11 blessés) pour aller prévenir en urgence un train en sens opposé et éviter la catastrophe !
De la rébellion à la lutte révolutionnaire pour l’extinction du capitalisme…
Le succès de la « semaine de rébellion internationale » organisée par Extinction Rebellion (XR) du 5 au 12 octobre dernier, s’inscrit dans le prolongement des « Friday for Future » des 20 et 27 septembre derniers qui ont rassemblé plusieurs millions de jeunes manifestants à travers le Monde.
A Paris, à Londres, à Berlin, à New York, à Sydney, dans une soixantaine de grandes villes, les militants de XR ont réussi une série d’actions de blocage pour dénoncer l’inaction des gouvernements face au réchauffement climatique. Cette action a été précédée à Paris par l’occupation pendant 18 heures du centre commercial Italie2, en convergence avec d’autres collectifs, de Gilets Jaunes, le comité Adama. Puis la place du Châtelet a été occupée, dans une ambiance festive et militante, pendant toute une semaine avant une tentative de blocage de l’Assemblée Nationale interrompue par l’intervention de la police qui a dû évacuer un par un des manifestants pacifiques mais déterminés.
Solidarité avec les Kurdes contre le cynisme sanglant de Trump, Erdogan, Assad et autres dirigeants de l’ordre capitaliste
« C'est un grand jour pour la civilisation », a proclamé le 17 octobre Trump, emphase morbide pour vanter le prétendu « cessez-le-feu » conclu à l'issue d'une rencontre entre le vice-président américain Mike Pence et Erdogan. Ce « cessez-le-feu », « une pause » dit la Turquie, impose aux Kurdes les volontés de la Turquie, saisir toutes les armes lourdes des Forces démocratiques syriennes (FDS), essentiellement l’YPG, branche armée du PYD lui-même, branche syrienne du Parti des travailleurs kurdes (PKK), détruire leurs fortifications, quitter une « zone de sécurité » de 32 km de largeur le long de la frontière désormais placée sous contrôle de l’armée turque. Ce sera certes un répit dans le calvaire que vivent les Kurdes sous les bombes et les tirs en rafales, plus de 500 morts, des milliers de blessés, plus de 200 000 hommes, femmes, enfants fuyant sur les routes mais un répit qui n’est qu’une étape dans l’offensive militaire turque et qu’Erdogan n’hésitera pas à rompre si il n’obtient pas ce qu’il veut.
La forfanterie de Trump exprime son cynique mépris des peuples dans la continuité de son retournement, le 9 octobre, qui donnait le feu vert à l’offensive turque dite « Source de paix » en annonçant le retrait des troupes américaines stationnées le long de la frontière au nord de la Syrie. Ces forces avaient été déployées pour soutenir les forces kurdes dans leur combat contre l’Etat islamique (EI). Le retournement de Trump abandonnait les combattants et la population aux bombes et à la mitraille des troupes d’Erdogan.
Macron en guerre contre le fantasme de « l’hydre islamiste », une offensive contre toute la population laborieuse
Lors de l'hommage rendu aux policiers assassinés, il y a dix jours, à la préfecture de Paris, Macron s’est dit en guerre contre « l'hydre islamiste ». Il a appelé à une « une société de vigilance » où, non pas les institutions, « qui seules ne suffiront pas », mais chacun de nous, serait appelé à « repérer à l'école, au travail, dans les lieux de culte, près de chez soi, les relâchements, les déviations, ces petits gestes qui signalent un éloignement d'avec les lois et valeurs de la République »… il a promis un « combat sans relâche » « face au terrorisme islamiste », appelant « la nation toute entière » à « se mobiliser »... Certes Macron s’est cru obligé de préciser « Ce n’est en aucun cas un combat contre une religion. Mais contre son dévoiement, qui conduit au terrorisme ». Réserves toutes formelles comme celle qui dénonce le « soupçon qui corrode »… Ce qui n’empêche pas la ministre de la Santé de pratiquer la politique du soupçon quand elle déclare que « lutter contre les fraudes est un acte de justice » pour remettre en cause l’aide médicale d’État (AME) aux immigrés. Que leur importe, puisque l’objectif est de caresser les préjugés dans le sens de l’extrême droite…
Le Pen double la mise
Marine Le Pen n’espérait pas une telle aubaine. Macron lui a offert sur un plateau ce débat pervers sur l’immigration à l’Assemblée nationale que vient envenimer la tuerie de la préfecture de police de Paris. Une nouvelle occasion de faire le lien entre « immigration anarchique » et « fondamentalisme islamiste » : « Une immigration anarchique, sans conditions, sans critères, sans exigences, fait le lit de la venue sur notre territoire de gens qui ne sont pas animés de bonnes intentions, fait le lit du communautarisme au sein duquel se développe le fondamentalisme islamiste ». Le « danger islamiste » est « un danger mortel que le gouvernement aggrave chaque jour davantage avec sa politique insensée d'immigration », et de réclamer un « moratoire » sur l'immigration pour « résister à la submersion » !
Quand LO réécrit l’histoire du NPA... tout en réécrivant la sienne
Dans le dernier numéro de Lutte de classe du mois de septembre, Lutte ouvrière publie un article intitulé « Le Nouveau parti anticapitaliste, dix ans après ». Dès l’introduction, son objectif est défini : « Il y a un peu plus de dix ans, en 2008, après qu’Olivier Besancenot eut obtenu 1,5 million de voix (4,1 %) à l’élection présidentielle de 2007, les comités d’initiative pour un Nouveau parti anticapitaliste (NPA) lancés par la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) attiraient des milliers de nouveaux membres. En janvier 2009, ces comités se réunissaient en congrès pour fonder le NPA, deux jours après que la LCR se fut dissoute. La campagne pour le NPA et sa fondation semblaient être alors une réussite. La LCR, qui revendiquait alors 3200 membres, laissait la place à un nouveau parti de 9200 membres. Mais les années qui suivirent furent quasiment toutes en recul, du point de vue des effectifs. Aujourd’hui, le NPA revendique environ 2000 adhérents, dont un peu plus de la moitié se sont exprimés dans les votes en vue de son quatrième congrès en février 2018. Lors de ce congrès, à notre connaissance, aucun bilan de cette expérience ne fut mis à l’ordre du jour, ni sur le plan politique, ni sur le plan organisationnel. Mais il reste que ces dix années d’existence du NPA, tout comme d’ailleurs la tentative similaire du PCI lambertiste de devenir un parti large en faisant disparaître ses références politiques (Parti des travailleurs dans un premier temps, Parti ouvrier indépendant ensuite), sont une leçon de choses, au moins par la négative ».
Passons sur le parallèle un peu rapide avec les lambertistes et, si nous sommes convaincus que l’expérience des dix ans du NPA mérite un bilan, il y avait d’ailleurs un atelier sur le sujet à son université d’été, ce bilan ne peut se faire hors du contexte ni des bilans réciproques des autres tendances révolutionnaires. La leçon de choses concerne Lutte ouvrière tout autant que les militant.e.s du NPA. LO ne fait aucun bilan et réécrit même sa propre histoire en réécrivant celle de la LCR et du NPA, faisant silence sur sa politique vis à vis de la LCR ou lors de la fondation du NPA, leur refus de participer au projet du NPA, de même en discuter.
Budget de l’Etat, offensive contre les retraites… une même politique, au service des patrons, contre le monde du travail
Jeudi 3, en Seine Saint Denis, les enseignants étaient en grève et en manifestation, révoltés par le suicide de Christine Renon, directrice d’école, « épuisée », comme elle l’a écrit dans une lettre adressée à sa hiérarchie, par le nombre et la lourdeur des tâches et des responsabilités qu’elle-même comme ses collègues directeurs/trices doivent assumer seuls. D’autres rassemblements et manifestations avaient lieu le même jour dans de nombreuses villes, ainsi qu’un hommage à Pantin samedi. Face à ce drame, le ministre de l’Education, Blanquer, a eu l’indignité de déclarer : « dans ce genre de circonstances, nous sommes tous dans le même bateau » ! Comme si ce n’étaient pas lui, Macron et le gouvernement les responsables.
Une provocation au moment même où la présentation du projet budget 2020 confirmait, sans surprise, la continuité de leur politique de casse des services publics, de cadeaux aux patrons et aux riches. Présentant ce budget, Les Echos écrivait : « Le projet de loi de Finances pour 2020 fait la part belle aux Armées et à l'Intérieur, tandis que le Logement voit son budget réduit et que Bercy, l'Education et la Transition écologique perdent des postes »… « L'assurance-maladie, les collectivités locales et l'assurance-chômage seront particulièrement mises à contribution […] pour freiner la progression des dépenses publiques. » Les impôts des entreprises, eux, baisseront d’un milliard d’euros, ce qui fera 9,5 milliards de baisse sur 5 ans. A quoi il faut ajouter les 4,5 milliards résultant de la suppression de l’ISF. Tout est dit !
« Lubrizol coupable - Etat complice ! » Pour le contrôle démocratique des salariés et de la population sur l’économie
Depuis plus d’une semaine, malgré la multiplication des propos rassurants du préfet et des ministres, la colère et l’inquiétude grandissent après l’incendie catastrophique de l’usine, classée Seveso, Lubrizol.
Comment les croire quand leurs déclarations ne cherchent qu’à minimiser les risques et surtout à masquer leur incapacité à faire respecter leurs propres réglementations à cette multinationale ?
Mardi matin, Agnès Buzyn, ministre de la santé, osait affirmer : « cette pollution qui est réelle (…) n’entraîne pas de risques pour la santé » … alors que maux de tête et vomissements perdurent et que la consommation des produits agricoles est interdite sur 112 communes. Suite à la publication de la liste des produits chimiques ayant brûlé, le préfet a fait cette déclaration stupide : « tous les produits ne sont pas dangereux » certes, pas tous ! D’autant qu’il est bien incapable de dire quelles molécules ont pu apparaître dans la combustion de leur mélange et qu’il a dû reconnaître, samedi, qu’un entrepôt voisin avait aussi brûlé et personne ne sait ni la quantité ni la nature des produits.
Chine : de la révolution à la grande puissance capitaliste en passant par le mythe d’une Chine communiste
Inauguration du plus grand aéroport du monde à Pékin quelques jours auparavant, spectacles grandioses le jour même avec 100 000 figurants, des défilés militaires imposants, 15 000 soldats et des armes dernier cri dont des missiles intercontinentaux, le régime chinois a fait du 70ème anniversaire de la naissance de la « République populaire » l’exaltation de la puissance de la Chine, première puissance industrielle et deuxième économie du monde. Une mise en scène du « rêve chinois » de Xi-Jiping, « le socialisme à la chinoise du 21è siècle », de quoi conforter les sentiments de fierté nationale de centaines de millions de Chinois qui ont accédé à la modernité, fierté d’être devenue, de la « colonie de toutes les nations », comme le disait le dirigeant de la première révolution chinoise Sun Yat Sen, une des premières puissances mondiales. Xi Jiping, à qui le parlement a permis de rester président à vie en supprimant le nombre maximum de mandats l’an dernier, présidait les cérémonies. Un immense portrait de lui, reproduit aussi à plusieurs endroits de la place Tiananmen, était porté en tête des défilés.
La mort de Chirac, la cohabitation droite-gauche, Macron… ou la continuité de l’État au service du capital
La mort de Chirac nous vaut un tsunami d’hommages tous plus flagorneurs et complaisants les uns que les autres, d’analyses sur sa « personnalité complexe »... Ainsi, Le Monde se penche sur « la vie de cet animal politique » : « Avec lui, c’est toute une époque qui s’efface : cette France de la guerre et de l’après-guerre, du gaullisme triomphant et finissant, de la décolonisation et des «trente glorieuses», de l’alternance et des cohabitations, du chômage de masse et de la mondialisation, de l’aventure européenne et de son enlisement. »
Cette « époque» n’a pas attendu la mort de Chirac pour... s’effacer. Ce dernier, comme tous les politiciens, a soumis ses ambitions et sa carrière politique à servir les intérêts de la grande bourgeoisie pour faire face aux bouleversements profonds provoqués par la crise du capitalisme des années 1970. Ses seuls mérites sont un carriérisme sans limites associé à une souplesse et un opportunisme tout aussi sans limites, des talents qui lui ont permis d’être au centre des politiques mises en œuvre par la bourgeoisie contre les travailleurs et les classes populaires, avec Mitterrand, le principal acteur de la cohabitation droite-gauche.



