Cynique jusqu’au bout, Macron vient d’annoncer qu’il renonçait à son « régime spécial » de président, qui lui permettait de toucher 6220 € mensuel, sans conditions d’âge ou de plafonds… Une  goutte d’eau pour cet ex-banquier d’affaires qui émargeait à près d’1 million d’€ par an comme associé de Rothschild et une nouvelle provocation bien à l’image du personnage et de son mépris de classe !

Mercredi, le gouvernement a nommé son nouveau « Monsieur retraite », suite à la démission de Delevoye. L’itinéraire de Pietraszewski, ex DRH de Auchan, est celui d’un homme de main des patrons, dont un haut fait d’armes est d’avoir fait interpeller par les flics et mettre en garde à vue la déléguée syndicale d’un hypermarché pour avoir donné à une cliente un pain au chocolat trop cuit !

Le même n’a pas été gêné de toucher 71 000 € de son ancien employeur parallèlement à son mandat d’élu en 2017… sa « prime » de licenciement parait-il. On est loin des indemnités de misère des nombreux salariés qu’il a mis à la porte !

Ce choix résume à lui seul toute la politique de Macron et Philippe au service exclusif des classes dominantes. Personne ne peut croire leur boniment sur « l’égalité », leurs simulations mensongères à l’image de leurs promesses que personne ne perdra rien. Seul le Medef a de quoi se réjouir de leurs mauvais coups.

A en croire les médias la victoire de Boris Johnson aux élections anticipées du 12 décembre serait écrasante face à la déroute du parti travailliste et de Corbyn. En réalité, loin de représenter le peuple comme il le proclame lui-même, Boris Johnson et les conservateurs obtiennent 43,6 % des suffrages, soit 365 députés sur 650, la majorité absolue avec une progression très modeste de 1,20 % des voix. Et cela avec le soutien du Brexit Party, le parti souverainiste d’extrême droite de Nigel Farage, qui ne présentait pas de candidats contre les députés conservateurs sortants. Il bénéficie d’un mode de scrutin particulièrement antidémocratique. Les travaillistes ont recueilli 32,2 % au lieu de 40 % et 203 députés au lieu de 262 lors des élections du 8 juin 2017. Même dans les circonscriptions où les travaillistes ont maintenu leur siège, leur score a diminué, souvent d’environ 10 %. Dans les bastions travaillistes du Nord de l’Angleterre et des Midlands, l’ancien cœur industriel du pays ravagé par des décennies d’offensive capitaliste, une large partie du vote des classes populaires s’est tournée vers les conservateurs.

Sans surprise, la COP25 qui s’est terminée à Madrid le 15 décembre et qui était pourtant présentée comme « la dernière opportunité historique pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C d’ici la fin du siècle » n’a abouti à rien.

Alors qu’elle devait se tenir au Chili, elle a été déplacée à Madrid pour cause de révolte populaire contre le gouvernement chilien. Cela n’a pas empêché des dizaines de milliers de personnes de manifester la veille de l’ouverture, le vendredi 6 décembre, pour dénoncer l’inaction des Etats, avec des banderoles affirmant « Sans planète, il n’y a pas d’avenir » ou « Ce sommet est une farce ». Et le mercredi 11, ce sont 200 jeunes activistes qui se sont fait expulser de la Conférence parce qu’ils avaient manifesté leur colère par un concert de casseroles…

Et hop ! Plus fort que le 5 ! La journée de 17, quels que soient les chiffres annoncés par le ministère de l’intérieur, est un nouveau pas vers la généralisation de la grève, la prise de conscience par l’ensemble du monde du travail que le moment est venu de faire plier la clique Macron, Philippe, Blanquer and co. L’immense majorité de la population soutient le mouvement.

Cette journée est l’expression d’un long mûrissement au sein du monde du travail, des équipes militantes, de celles et ceux qui ont commencé à prendre le mouvement en main, tiennent des AG, s’organisent, discutent avec les collègues, font, au quotidien de la politique, c’est-à-dire discutent de la défense de leurs propres intérêts collectifs.

Durant des heures et des heures, ministres et chefs politiques principalement de droite ou d’extrême droite se disputent les plateaux télévisés avec les experts et autres éditorialistes et discutent de comment défendre au mieux les intérêts de la bourgeoisie au plus grand mépris du reste de la société. Les grévistes, eux, les militants syndicalistes, les militants politiques engagés dans la lutte, les travailleurs discutent de comment défendre leurs propres intérêts de classe.

L’arrogance des premiers est un puissant accélérateur des prises de conscience des seconds. La politisation s’empare du plus grand nombre.

« Que chacun prenne ses responsabilités. Je ne crois pas que les Français accepteraient que certains puissent les priver de ce moment [de Noël] » a menacé Philippe alors qu’un sondage révélait que 68 % de la population sont solidaires de la grève.

Le même jour, après une succession de scandales, Delevoye listait finalement les 13 mandats illégalement conservés au gouvernement… « Une erreur » , « je ne savais pas », « un oubli »… comme sans doute la bagatelle de 123 000 euros indûment perçus qu’il s’est engagé à rembourser. Philippe a assuré de sa « bonne foi », parole de connaisseur lui qui a continué à percevoir 200 000 euros annuels d’Areva alors qu’il était député.

Ces provocations, arrogance et mépris de classe cherchent à faire taire, discréditer, faire plier le mouvement. Sauf qu’une fraction du monde du travail, les militant.e.s de la grève, sont au contraire renforcé.e.s dans leur détermination à enraciner et étendre le mouvement qui rencontre une large sympathie. Non seulement la nouvelle journée nationale de grève mardi 17 sera énorme, mais un peu partout des acteurs du mouvement se regroupent, discutent et s’organisent à la base pour construire le mouvement et ses prochaines étapes.

La population algérienne a infligé un camouflet au pouvoir militaire en contestant radicalement l’élection présidentielle du 12 décembre, cette véritable mascarade destinée à ravaler la façade du régime sans rien changer à celui-ci. Malgré l’énorme déploiement policier le jour du vote, ce sont des dizaines de milliers de manifestants qui ont dénoncé cette supercherie en manifestant dans de nombreuses villes du pays et en réussissant même à fermer les bureaux de vote dans les villes de Bejaia, Tizi Ouzou, Bouira, Bord Bou Arreridj.

Au mépris de ce vote de la rue, « l’Autorité nationale indépendante des élections » a annoncé le soir-même la victoire au premier tour d’Abdelmadjid Tebboune, avec un peu plus de 58 % des voix.

Si la journée de grève et de manifestations de mardi a été moins massive que le 5, le mouvement de grève, bien qu'inégal, garde toute sa force. Les 400 000 ou 800 000 manifestants portent une dynamique bien vivante d’autant que bon nombre de salariés ont préféré attendre les déclarations d’aujourd’hui de Philippe, même si bien peu se faisaient, à juste titre, la moindre illusion. Une large fraction du monde du travail est mobilisée, combative, déterminée, à l’image des travailleurs de la RATP et de la SNCF, des enseignants ou des travailleurs des Raffineries. La jeunesse des facs et des lycées rentre aussi dans la lutte. Et signe que le mécontentement contre la politique de ce gouvernement s’étend à toute la population, les Internes des hôpitaux publics viennent de se déclarer en grève illimitée...

Loin de reculer, le mouvement discute des suites, convainc les hésitants, prend la mesure des rapports de forces, s’organise, tisse des liens, se construit.

Mardi soir, l’intersyndicale a appelé à des actions locales ce jeudi et le week-end et à une journée nationale de grève et de manifestations mardi prochain. Leur politique combine les appels à la généralisation de Martinez avec une volonté d’encadrer, d’accompagner le mouvement mais sans lui donner de perspectives réelles pour mener l’affrontement engagé avec Macron et son monde, sans tout faire pour encourager une dynamique de la grève reconductible. C’est bien la généralisation de la grève, son extension que l’intervention provocante du Premier ministre met à l’ordre du jour.

Le 5 décembre constitue en lui même une première victoire. 806000 manifestants, dit le ministère de l’intérieur, 1,5 million dit la CGT. Ce qui est sûr, c’est que le mouvement démarre plus fort qu’en 1995. La grève « corporatiste », de « privilégiés », destinée à « maintenir les régimes spéciaux » dénoncée jour après jour par les médias aux ordres s’est avérée une vague de fond ouvrière et populaire, la convergence des mécontentements et des colères, le rassemblement du monde du travail. Toutes les générations de toutes les professions, du public et du privé, se sont retrouvées à travers tout le pays, au coude à coude, enthousiastes et joyeuses, dans la rue. Même les avocats étaient de la partie. 

La multiplication des AG, des interpros, des appels à la reconduction ainsi que les manifs de samedi, celles des chômeurs comme des gilets jaunes ou des deux ensemble, malgré les provocations et les violences policières, montrent que le 5 pourrait bien être le point de départ d’un élargissement et d’un approfondissement de la grève vers sa généralisation. Des énergies militantes ont été libérées, de nouvelles possibilités ouvertes.

La grève massive à la RATP, le 13 septembre dernier, et la décision des grévistes de se lancer dans la grève reconductible à partir du 5 décembre obligeant les syndicats à se rallier à eux a été le point de départ d’un processus de mobilisation vers une nouvelle étape du rassemblement du monde du travail dans l’affrontement avec le pouvoir. La mobilisation des cheminots, celle des urgentistes qui a réussi à entraîner l’ensemble du personnel hospitalier dans la lutte avec les manifestations du 14 et du 30 novembre, dans l’enseignement public, après le suicide de la directrice d’école Christine Renon, au sein des universités suite à l’immolation d’un jeune étudiant à Lyon, victime de la précarité et accusant Sarkozy, Hollande, Macron, sont autant de moments de cette mobilisation générale. Les manifestations contre les violences faites aux femmes samedi dernier participent de ce profond mouvement social, politique, démocratique.

Un an après le début du mouvement des gilets jaunes, une nouvelle étape est en train d’être franchie, le rassemblement du monde du travail sur son terrain de classe.

L’attitude du pouvoir tant par ses provocations policières à l’occasion de l’acte 53 des gilets jaunes que par son refus de répondre aux exigences des différents secteurs mobilisés ou le mépris des salariés qu’exprime son attitude sur la réforme des retraites, auxiliaire du Medef et du CAC40, contribuent à généraliser et à unifier la contestation.

Le pouvoir et ses chiens de garde médiatiques se sont emparés de la mort de 13 jeunes soldats au Mali pour engager une campagne au nom de l’union nationale et dénoncer toutes celles et ceux qui ne se plieraient pas à leurs injonctions. La mort de ces jeunes hommes est révoltante, elle l’est d’autant plus que les responsables en sont les mêmes que ceux qui l’utilisent pour tenter d’imposer leur union nationale. Ce sont ceux qui ont mené la guerre stupide et meurtrière en Libye, après celles d’Irak et d’Afghanistan. Ceux aussi qui ont construit leur fortune sur le sang et l’exploitation des anciens peuples coloniaux et qui continuent par leur politique meurtrière contre les migrants.

Leur France n’est pas la nôtre. Les travailleurs, les classes populaires, toutes les victimes de cette société de classe n’ont aucune raison de céder aux injonctions du pouvoir. Bien au contraire nous avons besoin d’affirmer notre indépendance d’esprit, de classe et de refuser de nous plier à leur union nationale.

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