Le Conseil européen extraordinaire des 17 au 21 juillet a donné lieu à quatre jours de « négociation hors norme », une « guerre de tranchées » dont chaque chef d’Etat prétend être sorti victorieux, après avoir joué toute la panoplie des ententes de coulisses, faux départs, vrais rapports de forces… les égoïsmes nationaux à l’œuvre.

Pour Macron, c’est « historique ». Merkel prétend que « nous avons apporté une réponse à la plus grande crise de l’histoire européenne ». Le président du Conseil, Charles Michel, se félicite : « c'est beaucoup plus qu'une question d'argent. Il s'agit de travailleurs et de familles, de leurs emplois, de leur santé et de leur bien-être… L’Europe est au rendez-vous, l’Europe est rassemblée ». Oui, ou presque et pour servir le capital...

Samedi 18 juillet, des milliers de manifestants sont venus réclamer justice pour Adama Traoré à Beaumont-sur-Oise, colère qui ne faiblit pas, encouragée par le mouvement international contre les violences policières et le racisme suscité par l’assassinat de George Floyd.

Le 14 juillet, des soignants, des hospitaliers sont aussi descendus dans la rue à l’appel de syndicats et de collectifs, dont la CGT, Sud, le Collectif Inter-Hôpitaux, pour dénoncer l’incurie du gouvernement face à la pandémie et l’insuffisance des mesures annoncées dans la santé.

« Ségur=imposture » dénonçait une banderole, résumant leur colère face au gouvernement et aux « partenaires sociaux », CFDT, FO et UNSA, signataires du premier volet de l’accord au cours d’une cérémonie télévisée avec Castex, Véran et Notat pour vanter cet « effort historique » !

 « Ungouvernement de dépassement et de combat », pour « se battre pour l'emploi et la reconstruction », c’est ainsi que se définit la nouvelle équipe au pouvoir animé, dixit, du « patriotisme républicain ». Rien de bien nouveau depuis que Macron a pris la pose du chef de guerre. Il a resserré ses troupes tout en prenant ses distances avec son parti en débandade et s’agite pour masquer sa propre faillite. Les médias aux ordres mettent en musique le show gouvernemental en promotionnant le retour de Roselyne Bachelot, déjà ministre sous Sarkozy, sans doute une digne représentante de leur France d’après. Lui dispute la vedette l’avocat Dupond-Moretti, parait-il de gauche, Le Pen l’aurait même qualifié d’extrême gauche ! Cependant connu entre autres pour ses propos et jugements machistes dénoncés par les féministes comme la nomination de Darmanin au ministère de l’intérieur alors qu’il est visé par une plainte pour viol ! Le « remaniement de la honte » disent les féministes !

La Pandémie qui continue ses ravages à travers le monde a été le révélateur de l’incurie des classes dominantes, de leurs États face à la crise sanitaire, révélateur aussi de leur incapacité à faire face à ses conséquences économiques et sociales. Et cela du fait de la politique qu’elles mènent depuis plusieurs décennies qui sacrifie les services publics, en premier lieu celui de la santé, à la course à la rentabilité financière et à la compétitivité. Du fait aussi de leur incapacité à passer outre aux prérogatives de la propriété privée capitaliste pour procéder aux mesures de réquisitions qu’imposait la situation, en particulier en France. Elle a été aussi le déclencheur et l’accélérateur d’une débâcle économique jusqu’alors latente et annoncée dont personne n’est aujourd’hui en mesure d’anticiper l’ampleur ni les ravages.

La pandémie est elle-même le produit des bouleversements des rapports entre la société humaine et la nature engendrés par la mondialisation économique. Elle participe de la crise écologique à laquelle l’humanité est confrontée.

L’abstention massive des classes populaires, le week-end dernier, a confirmé la déroute des partis institutionnels. Le parti présidentiel s’est effondré et Macron, dès lundi, tentait de se refaire au jeu de la démagogie écologiste puis du remaniement ministériel. Il a viré Edouard Philippe, rival devenu encombrant, remplacé par Jean Castex, son nouveau chef de cabinet. Face à la tempête annoncée, il concentre tous les pouvoirs entre ses mains.

Tout cela est bien dérisoire au regard des annonces de plans de licenciements qui se succèdent, dont celle d’Airbus, mardi 30, de 15 000 emplois dans le monde, dont 5000 en France. Le Maire, ministre de l’industrie, se vantait pourtant il y a peu des 15 milliards accordés au secteur de l’aéronautique pour « sauver les emplois » ! Les multinationales et les gros actionnaires dictent leur volonté à ceux qui les servent, et tant pis si ces derniers le paient de leur discrédit politique, comme Macron, leur serviteur du moment.

Quinze jours avant les vacances d’été, Blanquer a rétabli l’obligation scolaire, après une reprise chaotique et incohérente dès le 11 mai contre l’avis du conseil scientifique dont le seul objectif était l’accompagnement de la relance de la machine économique à tout prix et le retour des salarié-es au travail. Faute de politique sanitaire, le gouvernement a imposé aux écoles un protocole sanitaire paralysant qui rendait impossible l’accueil de tous les élèves, d’où une reprise au volontariat des familles contredisant les déclarations du ministre dans le JDD : « L’école ne sera pas une garderie ».

Blanquer a cherché à masquer la faillite de sa politique en prétendant que tout s’était finalement bien passé, affichant « une certaine fierté d’avoir tenu le cap », alors que le système n’a tenu que par la mobilisation, l’organisation et les initiatives des profs et des personnels, assurant par eux-mêmes tant bien que mal une prétendue « continuité pédagogique » que le ministre a été incapable d’organiser.

C’est dans un contexte d’abstention record et de profond désaveu des partis institutionnels que s’est tenu le deuxième tour des municipales. Si nous ne sommes pas en mesure à l’heure où nous écrivons d’analyser leurs résultats précis, il est clair que pour le monde du travail, la façon dont sont en train de se régler les luttes de pouvoir dans l’univers des partis institutionnels, à travers cette mascarade électorale, ne revêt pas une grande importance. Pas plus que de savoir comment se joue le rapport de force entre l’actuel Premier ministre ou déjà ex-Premier ministre et son mentor.

La campagne, les divers accords signés par les uns et les autres au gré des ambitions et rapports de force locaux suffisent en eux-mêmes à disqualifier ce monde de politiciens.

La déroute, la débandade de LREM qui a cumulé psychodrames et crocs en jambes, à l’image des épisodes à rebondissements Villani, Griveaux et Buzyn à Paris, est un fait acquis.

Le nouveau record de température de 38°C atteint dans une ville de Sibérie située au Nord du cercle polaire ne vient que prolonger la série de records qui ont fait de la décennie qui s’achève la plus chaude jamais enregistrée. Cette accélération du réchauffement climatique malgré toutes les conférences sur le climat, ne fait que révéler l’incurie des Etats et des classes dominantes qu’ils servent, face à une des conséquences alarmantes des bouleversements écologiques provoqués par la mondialisation financière. La même incurie que celle révélée par la pandémie du Covid-19, une autre manifestation des ravages environnementaux qu’entraîne la fuite en avant d’un système globalement en faillite.

C’est dans ce contexte d’urgence écologique que jeudi 18 juin, la Convention citoyenne pour le climat, mise en place par Macron en avril 2019 comme une réponse à la révolte des Gilets Jaunes a présenté ses 150 propositions, avant de remettre, le dimanche suivant, à Élisabeth Borne, ministre de la Transition écologique, un volumineux rapport de 600 pages pour « changer en profondeur la société ».

Une infirmière de 50 ans violemment interpellée par des policiers à la fin de la manifestation parisienne le 16 juin, mise en garde à vue et appelée à comparaître devant le tribunal pour « outrages » et « violences »... L’information et les vidéos, révélatrices du mépris du pouvoir à l’égard de celles et ceux qu’il appelait il y a quelques semaines encore les « héros en blouse blanche », ont révolté, scandalisé l’opinion. Les salarié.e.s de la Santé font en permanence l’expérience de ce mépris. Ainsi trois jours avant la journée du 16, était publié au journal officiel le décret sur la « prime covid ». Une véritable provocation quand les hospitaliers réclament depuis des mois de vraies augmentations de salaire ! Une prime réduite qui plus est, pour plus de la moitié des personnels, qui n’étaient pas en département rouge ou qui avaient été absents une partie des mois de mars et avril. Quant aux salarié.e.s des cliniques et Ehpad privés, si le gouvernement va au final leur verser la prime dans les mêmes conditions que dans le public, les patrons eux refusent le plus souvent de mettre la main à la poche. Les grèves et débrayages se multiplient. A Korian, le groupe a finalement promis une prime de 1500 euros à tous les salariés… suite à une journée de grève nationale fin mai.

Violence et mépris alimentent la colère à l’égard du pouvoir, la contestation sociale et politique.

« Sans ordre républicain, il n’y a ni sécurité, ni liberté. Cet ordre, ce sont les policiers et les gendarmes qui l’assurent… Ils méritent le soutien de la puissance publique et la reconnaissance de la Nation », « la République ne déboulonnera pas de statue » : avec ces affirmations dimanche dernier, Macron a voulu affirmer le soutien total de l’État aux forces de l’ordre, l’exiger de tous.

« Notre histoire est glorieuse et compliquée. Vouloir procéder à une forme d’épuration mémorielle me paraît aussi dangereux que vouloir procéder à d’autres types d’épuration », a renchéri celui qui s’apprête à devenir son rival, Édouard Philippe.

Voilà leur réponse sous forme de menace en défense de leur République issue d’un pillage esclavagiste et colonial, et dont il faudrait respecter la sinistre et sanglante histoire, face à la révolte de la jeunesse, en particulier de jeunes femmes de toutes les couleurs de peau, contre le racisme et les violences policières, pour exiger justice pour George Floyd, Adama Traoré et tous les autres !

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