Evergrande, crise énergétique, recul de la croissance, tensions internationales, la Chine au cœur de la tourmente du capitalisme mondialisé
Fin octobre, Evergrande, géant de l’immobilier en Chine, a évité de justesse le défaut de paiement qui le rapprochait un peu plus de la faillite. In extremis, le groupe a pu verser un peu plus de 71 millions d’euros aux propriétaires d’obligations, dette qu’il n’avait pas pu honorer un mois auparavant.
Mais rien n’est réglé. Evergrande est au bord du gouffre, devant une dette de 260 milliards d’euros, à peu près le montant des recettes nettes de l’État français. Sa faillite aurait des conséquences d’une brutalité terrible : chômage pour 200 000 salariés directs, et 3 millions indirects, entre 1 et 2 millions de logements abandonnés en cours de construction, perte grave pour des milliers d’épargnants qui ont acheté ces logements non achevés...
Mensonges des multinationales, incurie des États, impuissance de la COP, face à la crise climatique l’urgence de renforcer la contestation révolutionnaire
C’est une évidence : Il n’y a rien à attendre de la 26ème Conférence mondiale sur le climat qui s’ouvre ce dimanche à Glasgow et qui est censée faire le bilan des engagements pris lors de la COP21 de Paris de 2015 pour maintenir le réchauffement climatique en dessous de 2 °C, voire 1,5°C.
Ces engagements étaient déjà insuffisants selon un rapport de l’ONU, conduisant vers un réchauffement climatique de 2,7°C à la fin du siècle et, de toute façon, ils n’ont pas été respectés. A l’échelle mondiale les niveaux de production de combustibles fossiles excèdent déjà de 10 % les déclarations d’engagement et les prévisions des gouvernements pour 2030 sont plus de deux fois supérieures à celles compatibles avec les objectifs de l’accord de Paris, selon un autre rapport de l’ONU. Les Etats-Unis, l’Australie, le Brésil, le Canada, la Chine, l’Inde, le Mexique et l’Arabie saoudite prévoient tous d’augmenter leur production de pétrole et de gaz de plus de 5 % d’ici à 2030… Année après année les taux de CO2 atmosphérique augmentent, atteignant des niveaux inconnus de toute l’histoire humaine et les manifestations catastrophiques du réchauffement climatique se multiplient.
Derrière ce jeu de dupes des conférences sur le climat, derrière les beaux discours des gouvernements sur la planète, il y a la voracité d’une poignée de multinationales que ces gouvernements servent et qui non seulement sont responsables de la crise climatique mais qui espèrent bien profiter des milliards de la transition énergétique.
Et pour masquer cette sinistre réalité, gouvernements comme multinationales mentent avec le plus parfait cynisme comme des arracheurs de dents !
Des milliards pour quelques-uns, cent euros pour des millions ! Mettre un coup d’arrêt à la politique de la finance et de l’Etat
Jeudi 21, Castex annonçait un train de mesures contre la hausse des prix, en particulier ceux de l’énergie, carburants, gaz électricité. Une « indemnité inflation » de 100 euros sera versée aux 38 millions de personnes dont le revenu mensuel net est inférieur à 2000 euros et le blocage des prix du gaz et de l’électricité se poursuivra jusqu’à fin 2022. Ces mesures sont dans la suite de celles prises fin septembre alors que l’augmentation des prix de l’énergie atteignait 14,9 % sur l’année. Le gouvernement avait alors décidé le versement d’un « chèque énergie » de 100 euros à 5,8 millions de familles ainsi que le blocage du prix du gaz et la limitation à 4 % de la hausse du prix de l’électricité jusqu’au mois d’avril 2022. Ce « blocage » entérinait de fait les hausses précédentes et consiste à jouer sur les taxes spécifiques à l’énergie prélevées par l’Etat. Mais pas question de toucher à la TVA, ni bien sûr de s’en prendre aux profits des opérateurs et de s’opposer un tant soit peu aux jeux spéculatifs des marchés financiers qui sont à l’origine de cette flambée des prix.
En annonçant ces nouvelles mesures, Castex espère désarmer la montée des mobilisations pour les salaires dans de nombreuses entreprises, dont la grève ce dimanche à la SNCF. Mais le côté dérisoire du montant de sa prétendue « indemnité inflation », une aumône, risque bien d’avoir l’effet inverse, une provocation qui ne peut que renforcer la détermination des salariés à faire valoir leurs droits.
Zemmour, produit et instrument de l’offensive réactionnaire de la bourgeoisie. Une seule réponse, la contre-offensive démocratique et révolutionnaire du monde du travail
Étonnant jeu de manipulation médiatique, le non-candidat Zemmour est maintenant donné au coude à coude avec Le Pen ou qualifié pour le second tour de la présidentielle par les sondages ! Il faut dire que ces derniers sont commandités par ceux-là même qui font depuis des mois, voire des années, la promotion de leur créature. Quoi qu’il en soit, cet emballement sondagier exprime de bien réelles évolutions des rapports de forces politiques et des choix d’une fraction des classes dominantes.
Commentant sa propre non-candidature Zemmour déclarait il y a peu : « Dans les conditions avant qu’il y ait des rumeurs sur macandidature, l’élection était jouée : Marine Le Pen était au second tour et elle était à nouveau battue par Emmanuel Macron. […] Emmanuel Macron en était ravi parce qu’il savait qu’il allait à nouveau l’écraser […]. Madame Le Pen faisait semblant de croire qu’elle pouvait gagner. Et les candidats de LR faisaient semblant de croire qu’ils pouvaient être au second tour. Tout ça était un jeu de rôle, c’était écrit... ». Et d’ajouter « Il y a eu du changement depuis... ». Effectivement, ce jeu de rôle semble voler en éclats au bénéfice du nouveau non-candidat-candidat prétendu à son tour antisystème et anti-élite, nouvel imposteur visant à occuper la place que le décrochage de Marine Le Pen, qui s’est pris les pieds dans le tapis de la dédiabolisation, laisse libre. « Il y a deux catégories de gens pour moi, dit Zemmour, ceux qui se contredisent et les gens qui se répètent. Moi, je suis de la catégorie des gens qui se répètent et je préfère parce que je pense que j’ai eu raison et que je continue à avoir raison et vu l’enthousiasme et les sondages [...] il y a beaucoup de gens qui pensent que j’ai eu raison et que j’ai raison donc je vais continuer à dire la même chose. Je ne vais pas édulcorer mon discours, je me fous de la diabolisation ! ». Il se pose sans ambiguïté en relais de Le Pen, politicienne et héritière opportuniste : « Je ne deviendrai pas un homme politique comme les autres […]. Je ne suis pas un politicien, je ne fais pas de compromis ». A voir, l’ambitieuse créature des médias et d’une fraction de la bourgeoisie se rêvait jusqu’alors sans trop oser y croire le champion de l’union des droites, sans aucun doute est-il convaincu que son heure est arrivée. Il faudrait être aveugle pour ne pas prendre au sérieux son ambition. Rien ne dit que la bulle médiatique va se dégonfler tant elle s’inscrit dans une logique politique à l’œuvre depuis Sarkozy, Hollande puis Macron. Rien n’est écrit mais le discrédit des partis institutionnels, l’effondrement de la gauche a libéré les forces de la droite extrême et de l’extrême droite prêtes à la fusion dont Marine Le Pen a échoué à être l’axe. Macron n’en est pas pour autant menacé. Les rivalités politiciennes jouent en sa faveur et il reste maître de jeu dans le bloc réactionnaire et autoritaire, lui dont le zélé ministre de l’intérieur ne manque pas une occasion de défendre sa police en niant y compris les évidences dénoncées par Philippe Poutou...
Une seule suite au 5 octobre, que nous prenions nos affaires en main, pour nous organiser et défendre une politique de classe
Les manifestations du 5 octobre ont regroupé 160 000 manifestants d’après la CGT. Pas une grosse mobilisation mais néanmoins, au regard de la passivité des directions syndicales, elles ont permis de se retrouver, de discuter des augmentations de prix, des salaires, de l’assurance-chômage, des retraites… témoignant du mécontentement parmi les travailleurs, pas dupes du baratin sur cette soi-disant « reprise ».
Dans les cortèges, les luttes locales se sont invitées comme celles de Transdev ou de Bergams en région parisienne. Des collectifs de luttes ont également manifesté dans certaines villes, se regroupant par-delà les divisions d’appareils.
L’état d’esprit des manifestants est sans illusion sur ces journées d’action sans lendemain, ainsi que sur la volonté de se battre des confédérations syndicales, elles qui sont restées silencieuses sur les manifestations du samedi contre le pass sanitaire.
Le communiqué de la CGT n’annonce d’ailleurs aucune suite, il ne s’adresse même pas aux travailleurs : « Le débat national doit se porter sur ce qui préoccupe prioritairement le monde du travail : les questions sociales ! »… Comme si l’offensive actuelle était une question de « débat » et pas d’intérêts de classe bien tangibles.
Cette passivité contraste avec la colère qui s’exprime dans les grèves locales, lorsque les travailleurs prennent l’initiative, bien décidés à ne rien lâcher.
Hausse des prix de l’énergie : contre la folie destructrice du marché et la soumission des Etats aux multinationales, la nécessaire socialisation et planification de la production
L’inquiétude tourne à la panique partout en Europe et dans le monde face à la flambée sans précédent des prix du pétrole, du gaz et de l’électricité. Les cours du gaz ont battu tous les records en augmentant de plus de 300 % depuis le début de l’année. De même, le prix de l’électricité en augmentant de 97 % a largement dépassé son record historique de 2008. Cette hausse des prix de l’énergie qui se rajoute à celle des matières premières et des produits alimentaires entraîne une inflation qui met à mal les discours sur la reprise. L’inflation en Europe est annoncée à plus de 3,3 %, plus de 4 % aux États-Unis, 18 % en Turquie, 51 % en Argentine…
Devant la crainte d’explosions sociales, un peu partout les gouvernements multiplient les annonces censées en limiter l’impact, comme ici avec le « bouclier tarifaire » ou l’augmentation du « chèque énergie ». Des gestes a minima qui seront bien incapables d’empêcher l’aggravation de la situation pour les populations alors que déjà en 2019, plus de 3,5 millions de ménages étaient en situation de précarité énergétique en France.
Contre la folie spéculative des marchés et la religion du profit, Échelle mobile des salaires, répartition du travail, socialisation du secteur de l’énergie
Jeudi dernier, Castex, le Premier ministre, est intervenu au 20 heures de TF1 pour tenter de déminer l’explosion de colère que pourrait entraîner l’augmentation brutale des prix du gaz, de l’électricité et des carburants à la pompe alors que la hausse officielle de l’ensemble des prix atteint déjà 2,8 % sur l’année, et plus encore ceux de l’alimentation, les produits frais en particulier. Macron et son gouvernement se rappellent comment a débuté le mouvement des Gilets jaunes il y a trois ans et ils craignent qu’une révolte comparable s’étende aujourd’hui aux entreprises où les travailleurs subissent de plein fouet l’offensive patronale.
Castex a donc tenté de faire croire que le gouvernement allait agir pour limiter la hausse des prix de l’énergie. Il a même promis un « bouclier tarifaire », rien moins que ça, un blocage des prix du gaz d’octobre à mars ou avril 2022, un « lissage » en fait pendant la hausse envisagée, l’État comptant se rattraper sur une baisse des prix qui surviendrait ensuite. Sur le prix de l’électricité dont une augmentation de 12 % était annoncée pour février 2022, il indique qu’il limitera celle-ci à 4 % sur la période allant de février 22 à février 23 en baissant provisoirement une des taxes qui augmente son prix, la TICFE (taxe intérieure sur la consommation finale d’électricité).
Mettre au cœur de la politique du NPA, la nécessité du contrôle des travailleurs pour en finir avec le capitalisme et construire un nouveau mode de production
L’été est venu illustrer dramatiquement les traits dominants de la situation tant nationale qu’internationale : régression sociale et politique alors que les profits explosent ; crise écologique engendrée par la folle et absurde course au profit et à la concurrence capitaliste mondialisée ; incurie des classes dominantes et des États confrontés à la crise sanitaire ; tournant dans la politique internationale après 20 ans de guerre dite contre le terrorisme et la déroute américaine.
Depuis le 12 juin, Macron a accentué son offensive contre le monde du travail, instrumentalisant les inquiétudes suscitées par la pandémie pour diviser, soumettre l'opinion par le pass sanitaire, attaquer le personnel hospitalier hier applaudi, aujourd'hui dénoncé. La police sanitaire accompagne l'offensive antisociale, sécuritaire et policière, raciste et contre les migrants, y compris fuyant les talibans. Cette offensive nourrit la montée des idées et des forces réactionnaires.
Un faux semblant de reprise qui prépare un nouvel épisode de la faillite en cours
Début septembre, divers instituts de conjoncture, dont l’OCDE et l’Insee, annonçaient une reprise économique plus forte que prévue. Ici, le PIB augmenterait de 6,25 % sur l’année, au lieu des 5,35 estimés précédemment. Il n’en fallait pas plus pour que Challenges titre : « La crise est finie… C’est l’Insee qui le dit ». Et Le Maire, présentant le projet de budget 2022, promettait : « une partie des fruits de la croissance doit aller à la réduction des déficits et à la baisse de la dette publique »…
Mais le soufflé n’a pas tardé à retomber. Vendredi 17 et lundi 20, les bourses mondiales plongeaient, le CAC40 perdait 2,4 %. En cause, la menace de faillite d’Evergrande, promoteur immobilier géant chinois endetté de plus de 300 milliards de dollars et incapable d’en payer les intérêts … faute de trouver des banques acceptant de lui prêter l’argent nécessaire ! La faillite de ce mastodonte pourrait avoir des conséquences considérables en Chine et bien au-delà, les titres de cette dette n’ayant pas manqué de se disséminer, à l’image des subprime en 2007. D’où cette réaction des marchés financiers, qui se sont repris depuis avec l’espoir que l’État chinois serait contraint d’intervenir, que l’onde de choc serait limitée.
A cette alerte s’ajoutait dimanche l’avertissement de la secrétaire d’État au Trésor US, Janet Yellen, sur les conséquences destructrices qu’aurait un nouveau « shutdown », arrêt des activités gouvernementales pour cause d’épuisement des caisses de l’État légalement mis dans l'impossibilité d'emprunter. Aux USA, le maximum que l’État peut emprunter sur une année est fixé par le Congrès. Or la limite pour l’année en cours - 28 400 milliards de dollars- est atteinte depuis le 1er août, et si le Congrès ne vote pas rapidement son relèvement, l’État se retrouvera courant octobre sans argent, dans l’incapacité d’honorer ses factures, de payer ses fonctionnaires… Pour Yellen, « cela précipiterait probablement une crise financière historique (...). Le défaut pourrait déclencher une flambée des taux d'intérêt, une chute brutale des cours des actions et d'autres troubles financiers ».
Police sanitaire, politique sécuritaire, guerre aux travailleurs et aux pauvres, agitations politiciennes… Leur monde et le nôtre
Le 17 septembre, plus de 3000 salariés de la santé (chiffres provisoires) étaient suspendus sans salaire pour défaut de vaccination. Une « infime minorité » d’après gouvernement et directeurs d’hôpitaux même si dans les Ehpad et divers établissements la situation, déjà très tendue du fait de la pénurie de personnels, est devenue plus que problématique. Dans certains hôpitaux, les directions ont demandé à des non vaccinés de rester quelques jours, d’autres se donnent un délai pour demander le statut vaccinal de chacun, sans compter les départements et territoires d’outremer où le gouvernement a par avance expliqué que la loi ne pouvait pas s’appliquer sous peine d’un effondrement du système de santé. La conférence nationale des directeurs généraux de CHU n’en communiquait pas moins le 16 au soir « avec satisfaction » que « 98 % des professionnels des CHU sont vaccinés ».
Alors comment expliquer une telle aberration alors que les hôpitaux peinent à recruter, un tel déferlement de menaces et de chantage ? Comment justifier de suspendre des milliers de travailleuses et travailleurs au lieu de leur proposer des postes moins exposés, en sachant que beaucoup ne reviendront jamais puisque l’obligation vaccinale est sans limitation de durée ? Et cela alors que le gouvernement évoque la levée prochaine d’une partie des contraintes dans les lieux publics.



