Depuis l’annonce du duel Macron-Le Pen, les esprits sont monopolisés, captés par ce deuxième tour pourri, prisonniers des débats entre droite extrême et extrême droite, entre fascisation et fascisme. Et cela d'autant que les scores du mouvement révolutionnaire sont faibles.

Cependant, ce premier tour est révélateur d’évolutions au sein du monde du travail et de la jeunesse qui créent une situation inédite et rouvre la discussion sur de nouvelles possibilités pour le mouvement révolutionnaire. Cela nous oblige à prendre la mesure des effets de la crise globale du capitalisme, des ruptures, de la révolte profonde qu’elle provoque. Répondre aux nouvelles questions posées implique de tourner la page de la période passée, d’en faire le bilan pour regarder vers l’avenir, dépasser nos contradictions et nos divisions.

Après 5 ans d’offensive antisociale et réactionnaire du gouvernement Macron, ce second tour intervient dans un contexte très différent de 2017… Un contexte marqué par l’accélération de la décomposition du capitalisme, par les résistances et les explosions de colère qu’elle a entraînées, comme celle des gilets jaunes, du mouvement social, du mouvement féministe ou de la jeunesse contre les violences policières, racistes et l’inaction climatique. Ces cinq années ont approfondi des ruptures dans une fraction de la population, et notamment dans la jeunesse, rupture avec le système et ceux qui le défendent, rupture avec le jeu de dupe des élections.

Au final, après une campagne qui a laissé indifférente une large fraction du monde du travail, de la jeunesse et dont la guerre est venue souligner le dérisoire, les résultats du 1er tour de cette élection présidentielle pourraient ressembler à un remake de 2017, un deuxième tour Macron-Le Pen avec en troisième homme Mélenchon.

En réalité, ce remake cache de profondes évolutions. Certes Pécresse et Zemmour se sont effondrés avec respectivement 5,1 % et 7 % selon les premières estimations à l’heure où nous écrivons, effondrés au regard de leur délire politicien mais leur seule présence souligne un renforcement de la droite extrême et de l’extrême droite qui prend un visage particulièrement agressif, un visage de guerre civile, avec Zemmour imposant dans le débat le mythe complotiste du grand remplacement et la rémigration.

Au terme d'une campagne pendant laquelle il a cru bon jouer de sa stature de président, l’assurance de Macron convaincu que cette élection ne serait qu’une formalité qui ne méritait même pas un débat se trouve quelque peu ébranlée. Il n’obtient malgré tout au final autour de 28,50 %. Le président-candidat concentre sur lui tous les mécontentements. Il pensait pouvoir instrumentaliser la guerre en sa faveur jouant au chef de la diplomatie des grandes puissances occidentales et n’a réussi qu’à renforcer le rejet de l’imposteur au bénéfice d’abord de Le Pen avec environ 24 %, mais aussi de Mélenchon qui réussit à atteindre plus de 20 % des voix. Le Pen consolide sa deuxième place remportant la palme du double jeu en revêtant le déguisement cynique de la protectrice des classes populaires pour laisser Pécresse et Zemmour se faire les champions des politiques sécuritaires et racistes. La possibilité de la voir remporter le deuxième tour n’est plus une simple hypothèse mais bien une possibilité, « l’accident démocratique » à la française. Les appels du pied de Macron à l’électorat de gauche pour tenter de se donner à nouveau l’image du rempart contre l’extrême-droite sonnent tellement faux qu’ils auront bien du mal à convaincre.

Depuis 5 semaines, les populations d’Ukraine sont sous le feu de l’armée russe qui s’enlise dans une guerre fratricide. Les horreurs et les drames, les morts de soldats et de civils, les massacres, l’exode des populations, les dévastations, dont la tragédie de Marioupol est le symbole, suscitent émotion et colère, un sentiment d’impuissance aussi devant l’absurdité de ce déploiement de violences barbares qui semble incompréhensible. Et cela d’autant que Biden, Macron et l’Otan, qui disent hypocritement vouloir arrêter la guerre, loin de travailler à mettre en place un cadre permettant de créer les conditions d‘un cessez-le-feu, de négociations de paix, continuent leur politique de surenchères bellicistes. La guerre est maintenant au cœur de nos vies, banalisée par les politiciens comme les commentateurs des médias, discutée comme un mal certes mais un mal nécessaire, comme une fatalité, y compris jusqu’à la menace nucléaire.

Il n’y a là pourtant aucune fatalité mais l’implacable logique d’un système fondé sur la loi du plus fort, des rapports de dominations aveugles, une logique qui faisait dire à Jaurès, assassiné au tout début de la guerre de 1914, « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée l’orage ».

En effet, si la folie criminelle du nationalisme grand-russe de Poutine porte la responsabilité de l’agression, Biden, Macron et l’Otan y jouent leur sinistre rôle. Depuis la liquidation, en 1991, de l’URSS par la bureaucratie, ils ont voulu encercler la Russie en intégrant les pays de l’ancien glacis soviétique à leur alliance militaire déployant les bases militaires et anti-missiles de l’Otan à ses portes. Ils ont voulu intégrer l’Ukraine à leur offensive et entendent maintenant laisser Poutine s’enfermer dans son propre piège pour affaiblir la Russie, étendre et consolider leur influence et défendre leurs propres intérêts pétroliers et gaziers.

La guerre en Ukraine et l’exacerbation des tensions internationales font un peu plus vaciller l’économie capitaliste, perturbant les échanges commerciaux et, en particulier, l’approvisionnement en gaz, pétrole et céréales. Une aubaine pour les spéculateurs qui parient sur les pénuries et font flamber les prix, désorganisant un peu plus l’économie et menaçant à court terme de famine une partie de la population mondiale.

Alors qu’une grande fraction du monde du travail, des classes populaires et de la jeunesse n’arrive déjà plus à boucler les fins de mois, que 10 millions de personnes en France ont recours à l’aide alimentaire, l’inflation explose. Elle était officiellement de 3,6 % en février et l’Insee prévoit qu’elle atteindra 4,5 % au deuxième trimestre dans l’hypothèse d’un prix du pétrole stable… alors que divers économistes envisagent que le prix du baril, aujourd’hui autour de 115 dollars (il était à 78 dollars en début d’année) dépasse les 200 dollars dans les prochaines semaines.

Un mois après son déclenchement par Poutine le 24 février dernier, l’offensive meurtrière de l’armée russe en Ukraine s’enlise face à la résistance des troupes et de la population ukrainiennes, des informations faisant état d’un nombre élevé de morts parmi les soldats russes, le siège de la capitale Kiev par les troupes au sol s’avérant être un échec. Engagé dans une fuite en avant folle et barbare, Poutine a fait redoubler les tirs d’artillerie, de missiles et les bombardements aériens sur de nombreuses villes comme Kharkiv et Odessa. Marioupol et Mykolaïev au sud du pays sont pour ainsi dire rasées. Chaque jour de cette guerre aggrave le bilan des morts et des blessés dont une majorité de civils, des destructions d’immeubles résidentiels et des infrastructures, privant d’eau, d’électricité et de produits alimentaires la population des villes assiégées, contrainte pour survivre de se terrer dans les sous-sols ou de fuir comme l’ont déjà fait plus de 13 millions de réfugié.es.

La guerre entre la Russie et l’Ukraine, qui en est à sa quatrième semaine, semble suivre une logique dévastatrice et criminelle qui échappe à tout contrôle. Les troupes russes sont aux portes de Kiev, elles poursuivent leur lente et sanglante progression, assiègent et bombardent les villes, semant la mort et la terreur, poussent la population à l’exode et laissent sur leur passage désolation et ruines. Marioupol est le symbole du martyre de l’Ukraine devenue le théâtre d’expérimentations militaires.

La stupeur, l’émotion se combinent à l’inquiétude, l’angoisse, et au sentiment d’impuissance qui cherche une réponse dans de multiples gestes de solidarité. Les discours d’indignation et de morale des médias va-t-en guerre paralysent toute compréhension, les cerveaux sont submergés par la propagande qui, ici aussi, ment. Macron, auto-promu à la fois diplomate et militaire en chef, instrumentalise la guerre à des fins électorales étouffant une opposition qui n’a d’autre politique que de se rallier à l’union nationale au nom de la solidarité avec la résistance du peuple ukrainien.

Dans la présentation de son programme à la presse ce jeudi 17 mars, le candidat Macron a déroulé son plan sécurité, discuté la veille en conseil des ministres, un plan de 15 milliards d’euros pour les 5 ans à venir, « historique » selon Darmanin. Il s’inscrit dans la nouvelle loi de programmation pour le Ministère de l’Intérieur (LOPMI) qui ne sera discutée au parlement qu’après la présidentielle. « Nous avons, ces cinq dernières années, réinvesti dans la sécurité : 3,5 milliards d’euros supplémentaires au budget du ministère de l’intérieur », « 25 % de plus », s’était félicité Macron, lors de son déplacement à Nice en janvier dernier. Lui qui souhaitait voir « plus de bleu dans la rue », entend doubler les effectifs de police sur le terrain d’ici à 2030 et créer 200 brigades supplémentaires de gendarmerie.

Mardi 2 mars, à l’unanimité, les syndicats de police ont signé avec Darmanin le premier volet de 773 millions d’euros de ce nouveau plan sécurité, un protocole de revalorisation des métiers de la police, à la grande satisfaction de ces syndicats et en particulier d’Alliance Police nationale, bien connu pour sa proximité avec l’extrême-droite.

Nous voudrions saluer la mémoire et le combat de notre camarade Alain Krivine qui nous a quitté.es samedi. Nous partageons avec les siens, ses proches, nos camarades du NPA, toutes celles et ceux qui ont partagé sa révolte, ses idées par-delà les divergences ou désaccords, l’émotion, la tristesse, le sentiment d’un manque que fait naître l’évocation de sa mémoire, des souvenirs, des multiples combats dans lesquels il était pleinement engagé.

Il était le symbole d’une génération, d’une époque, celle des révolutions anticoloniales, de la lutte contre le stalinisme, de l’attachement au trotskysme, de la révolution de 68 dont nous croyions qu’elle allait changer le monde… Il en restait et en restera la constante expression, la continuité, une belle vie de luttes et de fidélité révolutionnaire.

Exclu du PCF, puis fondateur de la JCR, il fut de cette phalange de jeunes qui, avant 68, avait eu l’audace, la force de caractère, l’indépendance d’esprit nécessaires pour faire vivre le mouvement trotskyste, ces organisations faibles et minoritaires qui permirent à celles et ceux qui rejoignirent le combat révolutionnaire après Mai 68 de s’approprier le capital politique qu’elles représentaient.

Les 12 candidats à l’élection présidentielle ont été validés lundi. Notre camarade Philippe Poutou a réussi à franchir le barrage antidémocratique des parrainages, une bonne nouvelle. La bataille du NPA pour être présent dans la campagne présidentielle vient souligner la justesse d’une politique indépendante anticapitaliste et révolutionnaire en contradiction avec la politique d’alliance avec la France Insoumise menée aux élections municipales avec la liste Bordeaux En Lutte (BEL) puis en Nouvelle Aquitaine aux élections régionales. Cette politique de la direction du NPA de recherche d’alliance avec la « gauche militante », mais concrètement dans la pratique avec une organisation bien institutionnelle, la LFI, avec laquelle les divergences sont patentes et pas que sur la guerre, a abouti à une impasse accentuée par l’éclatement de la liste BEL.

Le paradoxe est que le NPA a obtenu ses parrainages en affirmant la légitimité de sa candidature, son utilité en tant que candidat porte-parole d’un courant anticapitaliste, radical, révolutionnaire, dans sa critique du capitalisme. Cette affirmation politique en rupture avec la gauche institutionnelle ne peut que s’approfondir, se consolider par la logique du débat dans le contexte de la guerre en Ukraine, où tous les partis de gauche se rangent avec plus ou moins de zèle derrière l’Union sacrée voulue par Macron. Il n’y a que deux candidats sur les 12 qui ont exprimé clairement leur refus de l’Union sacrée : Nathalie Arthaud et Philippe Poutou, les seuls candidats se revendiquant de l’internationalisme !

L’odieuse agression de Poutine contre l’Ukraine a déjà causé des milliers de morts, contraint à l’exil plus de deux millions et demi de personnes, transformé des villes en champs de ruines, la barbarie de la guerre en Europe. Elle suscite partout réprobation, colère et révolte, inquiétude aussi tant elle bouscule profondément les rapports géopolitiques et l’économie mondiale, laisse entrevoir un avenir sombre où le pire devient possible. Elle déstabilise aussi les esprits submergés par une propagande qui joue des émotions pour étouffer la compréhension, paralyser la révolte.

Engagés dans cette guerre, les dirigeants européens se sont retrouvés jeudi et vendredi à Versailles. Au menu de ce sommet exceptionnel : le renforcement de la capacité de défense de l'UE, la réduction de sa dépendance énergétique, en particulier à l'égard du gaz, du pétrole et du charbon russes, le vote d’un budget destiné à financer l’envoi d’armes à l’Ukraine, la menace de nouvelles sanctions contre la Russie… Et l’ambition de Macron d’être l’initiateur d’une « Europe puissante », c’est-à-dire militariste.

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