Durant toute la campagne présidentielle, Philippe Poutou et Nathalie Arthaud se sont ignorés, les deux organisations, le NPA et LO, ne se pensant pas comme deux sensibilités d’un même courant révolutionnaire confronté à une situation nouvelle et inédite qui nécessiterait, a minima de créer un cadre démocratique pour débattre de nos expériences comme de nos échecs, tourner la page pour créer les conditions d’unir nos forces.

Chacun.e a justifié cette situation en expliquant que ce n’était pas un problème : plus il y a de voix pour défendre les idées révolutionnaires mieux ce serait ! LO écrivant même : « Au vu de ce que représentent aujourd’hui dans les urnes Lutte ouvrière et le NPA, (…), rien ne pouvait justifier que l’une ou l’autre de nos organisations renonce à défendre sa politique à la présidentielle »[i]. Étrange façon de poser la question de l’unité, comme un renoncement, quand il s’agit de discuter des voies et moyens qui sont entre les mains des militant.e.s révolutionnaires pour jeter les bases d’un parti, instrument de notre objectif commun, l’émancipation du monde du travail. L’enjeu est bien de donner crédibilité à nos idées et aux perspectives que nous portons. La convergence des colères et des luttes suppose la convergence des idées et des perspectives.

L’inflation a atteint 4,8 % sur un an en avril et l’INSEE prévoit qu’elle pourrait atteindre 5,2 % en mai et 5,4 % en juin. De tels chiffres sont inédits en France depuis plus de trente ans et les prévisions sont particulièrement inquiétantes. Le patron de Système U, bien placé pour connaître les prix et ses propres marges, parle ainsi de « 7 %, 8 %, voire 10 % » d’inflation dans les prochains mois !

Face à cette flambée des prix, Lemaire vient de déclarer : « le plus dur est devant nous »… Finis les bilans élogieux de la politique de Macron pour les présidentielles, l’heure est à préparer les cerveaux aux mauvais coups, tout en annonçant quelques mesures « ciblées » sur le pouvoir d’achat, juste avant les législatives.

Mercredi, lors du dernier Conseil des ministres de Castex, Attal a présenté le contenu du projet de « loi exceptionnelle pour le pouvoir d’achat » promis par Macron et qui sera débattu, après les législatives, par le futur gouvernement. Si le bouclier tarifaire sur les prix du gaz et de l’électricité semble maintenu, la remise de 18 centimes par litre de carburant sera revue, par un dispositif réservé « aux gros rouleurs ». Dans ce projet qui tient du catalogue de promesses électorales, le gouvernement rajoute la suppression de la redevance télé dès cette année, le triplement de la prime Macron qui permet aux employeurs de lâcher une prime et pas du salaire face au mécontentement des salariés, un chèque alimentaire toujours dans le flou depuis 6 mois, le dégel du point d’indice des fonctionnaires ou l’augmentation des retraites et des minima sociaux… sans le moindre chiffrage.

« Le sang de milliers d’Ukrainiens et de centaines de leurs enfants est sur vos mains ». « La télévision et les autorités vous mentent. Non à la guerre ». Le 9 mai dernier, alors que Poutine présidait le défilé militaire commémorant en Russie la défaite de l’Allemagne de Hitler en 1945, des hackers auraient réussi à pirater les sites internet des télévisions russes pour diffuser ces bandeaux opposés au dictateur russe et à sa sale guerre. Poutine s’est servi de cet anniversaire pour tenter de légitimer son odieuse agression contre l’Ukraine en la travestissant en résistance contre le fascisme.

La veille, en Europe, en France, les défilés militaires commémorant la victoire des Alliés étaient accompagnés de discours mensongers selon lesquels la victoire de 1945 aurait été le début d’une longue paix que viendrait rompre la guerre actuelle voulue par le seul Poutine. Chacun instrumentalise l’histoire au service de ses propres intérêts.

Samedi, Macron, toujours à la recherche d’un.e premier ministre introuvable, organisait dans les salons de l’Elysée la passation des pouvoirs à lui-même sous le masque de sa « Renaissance », « un nouveau président » pour « un nouveau peuple », « Ensemble » avec ses alliés du Modem et d’Horizons, étrange renaissance portée par de vieux caciques politiciens ! L’image est tout un programme !

De son côté, Mélenchon, comblé d’occuper depuis le lendemain du deuxième tour de la présidentielle les devants de la scène des tractations politiciennes, fêtait ses retrouvailles avec le PS à l’occasion de la première convention de la Nouvelle union populaire, sociale et écologique. Difficile de savoir ce que sera l’avenir de ce cartel de gauche, nouvel élan « historique », que vante Mélenchon fervent croyant en la vertu du verbe et des… manœuvres parlementaires, ou syndic de faillite des partis de gauche rassemblés dans un même « Sauve qui peut ». L’enjeu était en réalité tout aussi vital pour l’Union populaire qui, réduite à LFI, risquait de ne pas avoir un grand avenir devant elle. Le vote utile contre Le Pen a perdu son efficacité pour les législatives et l’appel à faire de ces élections le « troisième tour » de la présidentielle afin d’élire Mélenchon Premier ministre de Macron pourrait bien prendre l’eau, apparaître pour ce qu’il est, un coup de bluff !

Alors que son gouvernement a déjà été condamné deux fois pour « inaction climatique », Macron, espérant glaner quelques voix du côté des électeurs de Mélenchon ou de Jadot avant le deuxième tour de la présidentielle, avait annoncé que le futur premier ministre serait chargé de la « planification écologique » en lien avec un « ministre de la planification énergétique ». Le 4 mai, avant même d’avoir finalisé son nouveau gouvernement, il recevait une dizaine d’experts du climat pour réfléchir « à la mise en œuvre de la planification écologique »….

Derrière la grossièreté cynique du greenwashing présidentiel, ce discours sur la « planification écologique », expression directement reprise du programme de Mélenchon, est de fait l’aveu que la « concurrence libre et non faussée », les lois du marché dont se revendiquent pourtant tous les défenseurs du capitalisme sont bien incapables d’être le cadre d’une politique économique prenant en compte l’intérêt général et se donnant un autre objectif que la course au profit d’une minorité.

Même si en France les manifestations de ce 1er mai ont été marquées par le « troisième tour » électoral et la préparation des législatives, la gauche parlementaire et syndicale essayant d’enfermer les aspirations des travailleur.ses et de la jeunesse sur le terrain institutionnel, ce 1er mai n’en a pas moins porté la nécessité de mettre un coup d’arrêt à la fuite en avant capitaliste qui entraîne les peuples et les travailleurs dans une spirale de drames et de violence.

En Ukraine, en à peine deux mois, des dizaines de milliers de personnes sont mortes sous les bombardements de l’armée russe, victimes des rivalités économiques, commerciales et aujourd’hui militaires des grandes puissances. Plusieurs millions de personnes ont été contraintes de fuir. Personne ne peut dire quels seront les développements de cette guerre ni écarter son extension tant ce qui s’y joue n’a rien de local. Biden vient de demander au Congrès 33 milliards supplémentaires pour la guerre, dont 20 milliards d'armements, sept fois plus que ce que les USA ont déjà envoyé.

La campagne présidentielle à peine finie, Macron, Mélenchon et Le Pen commençaient le troisième tour du match, chacun soucieux d’abord et avant tout de garder la main sur ses propres troupes et celles et ceux qui seraient tentés de négocier leur ralliement. Élu ou pas, tous les trois sont moulés, façonnés par les institutions de la Vème République, le régime présidentiel qui soumet l’Assemblée au président. Ils se disputent les restes des vieux partisbalayés qui se battent, pathétiques, pour tenter de sauver quelques députés, postes et sinécures pour celles et ceux qui n’ont pas pu ou su retourner leur veste à temps comme l’ont fait les Woerth, Sarkozy, Valls et autres Le Drian ou ceux dont personne ne voulait...

Macron l’a emporté, selon les estimations, avec 58,2 % contre Le Pen 41,8 %, score jamais atteint jusque-là par l'extrême droite, et une abstention entre 28 et 29 %, un record depuis 1969, sans trop de surprise même si « l’accident démocratique » était possible, issue la plus probable d’une élection dont tout a concouru à souligner le caractère antidémocratique. La machine a fini laborieusement par désigner celui qui, dans les années à venir, présidera à la gestion des affaires des milliardaires, des classes dominantes en répondant à leurs vœux, d’abord et avant tout la stabilité dans ce monde instable pour pouvoir au mieux ou au moins mal continuer leur business. Le débat entre les deux candidats de la bourgeoisie a poursuivi ce qu’il est convenu d’appeler la banalisation de Le Pen, c’est à dire la banalisation de ses préjugés réactionnaires dont Macron est le principal responsable et de par sa politique et de par sa campagne. En contribuant, avec courtoisie, à cette banalisation il reconnaît lui-même, reprend à son compte ses préjugés réactionnaires pour discuter de façon apolitique avec Le Pen de qui est le mieux à même de gérer les affaires des milliardaires en trompant le bon peuple. Il a introduit ainsi l’étape suivante de sa campagne : après avoir attiré à lui les gogos des sommets des partis de gauche pris de peur devant ce qu’ils ont eux-mêmes contribué à enfanter, bâtir pour les législatives un mouvement d’union nationale autour de lui ouvert non seulement à la droite mais aussi à l’extrême droite contre Zemmour et son union des droites. Le Pen éliminée, il affrontera l’extrême droite en portant ses habits neufs du président respectueux de... Le Pen… Jeux de rôles politiciens animés par des ambitions rivales toutes hostiles et arrogantes à l’égard du monde du travail.

La guerre en Ukraine, en plus des dizaines de milliers de victimes, des innombrables déplacé.es, des destructions sidérantes qu’elle cause sur place, s’accompagne de reculs économiques, de désorganisations, de régressions sociales qui touchent des milliards de personnes dans le monde. Elle n’en est pas la seule cause. Elle est, comme la pandémie de Covid, un produit et un facteur aggravant de la dégénérescence du capitalisme mondialisé. C’est lui qui est la cause première d’un creusement sans précédent des inégalités sociales qui fait que la quasi-moitié de l’humanité, 3,3 milliards de personnes, vivent aujourd’hui sous le seuil moyen de pauvreté, 5,5 dollars par jour, selon l’ONG Oxfam qui vient de publier un rapport intitulé « D’abord la crise, puis la catastrophe ».

Le bal des imposteurs, Macron et Le Pen, occupe le devant de la scène de cet entre-deux-tours. On nous ressert la tambouille cuite et recuite du président des riches défenseur de la République contre Le Pen, la fasciste, le scénario de 2017 en pire, produit d’un système électoral entièrement au service des forces institutionnelles qui plie les aspirations populaires à leur censure et volonté, soutenu par une presse aux ordres, fabriquant l’opinion, étouffant toute pensée pour le compte de ses commanditaires, les milliardaires.

Il est clair que Le Pen représente un danger pour l'ensemble du monde du travail, aucune voix ne doit se porter sur son nom. Ceci dit, elle est le produit des capitulations de la gauche et de la politique réactionnaire de Macron. Ce dernier au pouvoir se prévaudra de celles et ceux qui l'auront élu pour imposer l’union nationale, ses ambitions bonapartistes, sécuritaires et autoritaires pour être en mesure de conduire les affaires de la finance et des multinationales contre le monde du travail. Et la gauche se précipite pour arbitrer le débat !

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