Macron vient d’annoncer Borne comme Première ministre du nouveau gouvernement qui devrait être mis en place début juillet, « un gouvernement d’action » qui pourrait aller « des communistes au LR », à l’exclusion de LFI et du RN.

Les manœuvres parlementaires battent leur plein après une semaine de tractations, de tentatives de débauchages pour tenter de constituer une majorité. Macron a multiplié les appels du pied aux 61 députés de LR, pendant que Philippe les démarchait pour tenter de créer une « grande coalition ». En vain. Si Copé se dit prêt à un « pacte de gouvernement », pas question pour LR de « sauter dans le Titanic » comme l’a dit Bertrand. Tous attendent et évaluent les rapports de force, pour leurs calculs de pouvoir.

Tentant encore de se placer au-dessus de la mêlée, Macron poursuit la chimère d’un « gouvernement d’unité nationale » auquel Roussel s’est dit prêt à participer, pendant que Bayrou expliquait « Il y a des personnes à droite, à gauche, au centre, aux extrêmes. Nous avons à inventer l’harmonie pour que toutes ces sensibilités entrent dans la symphonie qu’est la démocratie ».

Depuis une semaine, la campagne a laissé place à des débats sans fin sur les péripéties parlementaires, Macron à la recherche d’une majorité perdue pour poursuivre son mandat auprès des classes dominantes alors que la crise globale, guerre, inflation, spéculations… dans laquelle la société est plongée ne cesse de s’aggraver. Mardi 21, Les Echos, titrait : « L'inflation sera ‘’plus forte, plus large et durera davantage’’ que ce qui était anticipé auparavant. ». Même son de cloche aux États-Unis, où le président de la FED, pour qui une récession semblait « peu probable » il y a une dizaine de jours, la pense maintenant « certainement possible ». Une autre source d’inquiétude parmi bien d’autres porte sur la dette des États et des entreprises alors que se confirme la remontée des taux…

Confrontés à une situation qui leur échappe, les chefs d’État s’agitent. Jeudi 23, Macron partait à Bruxelles pour un sommet de l’UE qui a annoncé l’acceptation de la candidature de l’Ukraine et de la Moldavie à l’entrée dans l’Union. Il a enchaîné dimanche 26 avec une réunion du G7 afin de, sur demande de Biden, « prendre des mesures concrètes pour accentuer la pression sur la Russie ». Et début de semaine prochaine, ce sera le sommet de l’Otan à Madrid, où il sera bien évidemment, là-aussi, question de comment renforcer cette pression, cette fois sur le plan militaire…

Après des semaines et des semaines de politique spectacle personnalisée au-delà de la caricature où les politiciens se mettent en scène pour assurer leur carrière et ambition, la machine électorale qui sélectionne celles et ceux qui vont continuer à faire vivre le théâtre d’ombres du parlement, des institutions, masque du véritable pouvoir du capital, a donné son verdict. Selon les premières estimations, à l’heure où nous écrivons, Macron n’aura qu’une majorité relative après avoir, depuis le tarmac d’Orly, le jour de son départ pour la Roumanie, la Moldavie puis, au final, Kiev, exhorté à « donner une majorité solide » au pays au nom de « l'intérêt supérieur de la Nation ». Son avion a certes décollé mais sa majorité est restée clouée au sol ! Faute de majorité absolue avec au maximum 235 députés, une baffe, il devra cohabiter avec une opposition où l’extrême droite, le RN, occupe une solide et menaçante position avec un groupe parlementaire d'au moins 80 députés alors que la bulle Zemmour, produit du marketing médiatique, s’est dégonflée. Si Mélenchon a perdu son pari, il ne sera pas Premier ministre, la NUPES a réussi son défi, gagner au moins 150 députés en recollant les morceaux d’une gauche faillie et brisée alors que le pouvoir en panique rejouait le numéro ridicule de la grande peur contre ceux-là mêmes qui avaient assuré au deuxième tour de la présidentielle son élection contre Le Pen. Quant à LR, avec au moins 80 députés, il espère tirer son épingle du jeu des difficultés de Macron pour monnayer son soutien...

Le spectacle n’a pas réellement fait recette. Ce deuxième tour, annoncé à longueur de débat comme décisif, historique, a laissé indifférent voire a suscité un solide rejet, une hostilité avec une abstention plus forte qu’au premier tour qui atteindrait les 54 %.

Sans surprise, le premier tour des élections législatives place en tête, très largement, le parti de l’abstention à travers lequel s’exprime le rejet d’une démocratie où les dés sont pipés et dont l’enjeu essentiel est de sélectionner qui veillera au sommet de l’État, de ses institutions, à la gestion des affaires des classes dominantes. Elle atteint 52,8 % au lieu de 51,3 % en 2017.

Les premières estimations, à l’heure où nous écrivons, soulignent les difficultés de Macron et de son gouvernement de « renaissance » dont les candidats réaliseraient 25,2 %, au coude à coude avec NUPES qui obtiendrait aussi 25,2 %. Il est de plus en plus probable que Macron n’obtienne pas de majorité absolue. Nous ne pouvons que nous en réjouir d’autant que ce vote sanction se porte principalement sur la NUPES, et non sur le RN qui ferait moins qu’à la présidentielle, avec 18,9 %. Nous sommes solidaires de toutes celles et ceux qui croient pouvoir faire opposition à Macron et à l’extrême droite par leur bulletin de vote, portés par l’espoir d’une possible majorité parlementaire qui imposerait Jean Luc Mélenchon comme Premier ministre dans le cadre d’une cohabitation.

Macron réélu, Elisabeth Borne Première ministre, le pouvoir en place qui demande aux électeurs de lui donner une majorité à l’Assemblée nationale est dans la continuité du précédent, déjà en pire. Une femme Première ministre aurait pu donner l’illusion d’un gouvernement moderne mais elle ne semble être là que comme faire valoir du président qui l’a affublée de quelques caciques machos et sexistes, les Darmanin, Le Maire, Dupont-Moretti sans oublier le nouveau venu de LR, Abad, accusé de viol… Et dimanche dernier Darmanin et son acolyte le préfet de police Lallement, le préfet de la répression contre les gilets jaunes, se sont illustrés une nouvelle fois à l’occasion de la finale de la Ligue des Champions par le comportement particulièrement violent et aveugle de leur police contre les supporters de Liverpool et les spectateurs qui voulaient assister au match. Pris de panique, ils ont eux-mêmes créé le chaos.

En pleine crise des urgences, Macron est allé « prendre le pouls » à l’hôpital de Cherbourg, accompagné de la nouvelle ministre de la santé, Brigitte Bourguignon. Face à des personnels et médecins épuisés et en colère, il a promis une… « mission flash d’un mois » pour « faciliter l’accès aux soins urgents et non programmés, partout en France » d’ici l’été… Il a également promis « à partir de juillet » une grande conférence sur la santé avec « tous les acteurs », tout en ajoutant que, pour ce qui est du personnel, « on va continuer à gérer la pénurie […] dans les dix ans qui viennent » !

Pas l’ombre d’une piste concrète, rien qui puisse un tant soit peu freiner l’hémorragie de personnels à l’hôpital, permettre de rouvrir des lits et améliorer le fonctionnement des urgences. A la place, de nouvelles provocations, dans le prolongement de celles de Véran qui, sur le départ du ministère, lançait quelques jours plus tôt, « il y a des postes, il y a des budgets, il y a de l’argent, il y a des salaires qui ont été augmentés pour recruter ces soignants […] je ne crois pas que ce soit un problème de salaire [mais] un problème d’organisation, de bureaucratie, de charge administrative »…

« Nous sommes indignées de voir Gérald Darmanin et Damien Abad, mis en cause pour viols, respectivement reconduit ou nommé ministres de l’Intérieur et des solidarités, et Eric Dupont-Moretti, le pourfendeur de #MeToo qui a traîné dans la boue les victimes de George Tron, nommé ministre de la Justice. 5 ans après #MeToo, nous en sommes encore là ! », indiquait « Nous toutes » dans son appel à manifester le 24 mai après la formation du nouveau gouvernement Borne. La preuve s’il en était besoin que le mépris, le sexisme et les violences faites aux femmes sont partie intégrante du pouvoir des classes possédantes. L’affaire Abad, l’ancien dirigeant du groupe LR à l’Assemblée nommé ministre des solidarités malgré les accusations de viol portées contre lui en est une démonstration lamentable et éclatante.

« Pas de violeur à l'Intérieur et aux Solidarités, pas de complice à la Justice ! »

Non seulement il a été nommé ministre alors que tout laisse croire que l’Élysée et Matignon étaient au courant puisque l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en avaient averti les groupes LR et LREM de l’Assemblée, mais une fois les faits rendus publics par Médiapart, Abad a été laissé en poste au nom de la présomption d’innocence. Celle-ci n’est pourtant pas contradictoire avec un principe de précaution qui consiste à suspendre les activités d’un homme mis en cause par la parole d’une ou plusieurs femmes qui disent avoir été ses victimes, le temps de l’enquête. Mais apparemment ni pour Macron et son gouvernement, ni pour la Justice, il n’est question d’enquête.

Le sommet économique mondial de Davos 2022 s’est achevé jeudi. Ce rendez-vous annuel des prétendues « élites » économiques du monde, grands patrons, économistes et dirigeants politiques, « entre-soi […] où l’on réseaute et communie dans l’optimisme pour résoudre les maux de la planète » selon la formule du Monde, s’est déroulé cette année sans la participation de la Russie, pour cause de guerre, et de la Chine, pour cause de covid.

L’optimisme n’était pas vraiment de la fête. Alors que la guerre en Ukraine en est à son troisième mois, que la pandémie de covid continue de perturber l’économie mondiale, les « maux de la planète » s’accumulent et s’aggravent, dans une fuite en avant face à laquelle les maîtres du monde se savent impuissants et paniquent. « Davos : inquiétude et morosité pour un forum un peu dépeuplé » titrait Challenges

Macron a pris tout son temps pour désigner sa Première ministre, histoire de bien faire savoir à l’opinion, à l’opposition, dont le postulant Premier ministre Mélenchon, mais aussi et surtout à son propre personnel politique qu’il était bien le chef de l’État, lui et lui seul. Comme il le fit lors de sa campagne présidentielle sans campagne ni débat, il affiche ouvertement un mépris qui touche tout ce qui n’est pas sa propre personne, parle de « renaissance » en reprenant les mêmes dans son gouvernement sous la houlette d'une ex-ministre qui le suit depuis le début…

Ancienne ministre du travail, seconde femme à occuper ce poste après Edith Cresson en 1991, Borne a un parcours politique ou plutôt une carrière professionnelle dans la haute administration sans faille. Certains même la disent de gauche parce qu’elle aurait commencé sa carrière dans les sommets de l’État dans le cabinet de Jospin, alors ministre de l’Éducation nationale, en tant que conseillère technique, en 1991. Tout un programme, elle est de cette gauche de droite ou de cette droite de gauche dont Macron se veut la synthèse et dont les confusions, les contradictions et rivalités sont en réalité sa force principale.

D’importantes manifestations ont lieu aux États-Unis depuis une semaine suite à la fuite dans la presse d’un projet de décision de la Cour Suprême visant à casser l’arrêt « Roe versus Wade » qui, depuis 1973, légalise et encadre le droit à l’avortement. Un droit obtenu dans le contexte des mobilisations des années 60 et 70 pour les droits démocratiques, en particulier ceux des femmes, et qui n’a cessé depuis d’être combattu par tout ce que la première puissance mondiale compte de réactionnaires, créationnistes et autres militant.es catholiques et évangélistes.

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