Pour la première fois dans l’histoire de la CGT, son congrès qui s’est tenu du 27 au 31 mars à Clermont-Ferrand a mis en minorité son secrétaire général, Philippe Martinez, et sa direction sortante. Le rapport d’activité, qui fait le bilan de la politique de la confédération depuis le dernier congrès en mai 2019, a été rejeté à quelques voix de différence certes, mais c’est bien une première et un effet différé du mouvement contre la réforme des retraites puisque celui-ci pose de manière nouvelle des problèmes qui ont fait l’objet des discussions entre militant·e·s et dans les instances depuis plus de 3 ans, sectarisme à l’égard du mouvement des Gilets jaunes, journées d’action à répétition sans autre stratégie, engluement dans le dialogue social, grèves parties de la base sans les syndicats, exclusion de la CGT PSA Poissy, etc. Dès le début du congrès la contestation s’est fait entendre, la tribune a été envahie après que le bureau a refusé d’élargir la commission « mandats et vote ». Ce devant quoi il a dû au final s’incliner.

Le gouvernement, Macron et Darmanin portent l’entière responsabilité des affrontements provoqués par le déploiement d’un dispositif policier pour le moins disproportionné à Sainte-Soline, déploiement précédé d’une campagne visant à exacerber les tensions. Ils ont eu ce qu’ils voulaient, la mise en scène d’affrontements violents aux conséquences dramatiques. Cette politique de la matraque et de la tension vise à accréditer la dénonciation de prétendus « factieux », en l’occurrence l’extrême-gauche, qui voudraient utiliser la légitime révolte de la population contre la réforme des retraites pour déstabiliser l’État ! Elle vise à disqualifier toute revendication sociale, écologique, démocratique pour tenter de consolider un pouvoir vacillant. Elle vise à disqualifier notre mouvement pour essayer de briser son élan. Ridicule et dangereux ! Les manœuvres et exactions d’un ministre de l’intérieur et de sa police sont bien impuissantes à contenir le soulèvement de millions de femmes, d’hommes, de jeunes.

Jeudi dernier, « la foule », le monde du travail, les classes populaires, les jeunes pour lesquels Macron affiche son mépris, ont une nouvelle fois affirmé, par la grève et dans la rue, leur légitimité démocratique contre ce pouvoir qui ose les qualifier de « factieux » en identifiant nos mobilisations de masse démocratiques aux soutiens fascisants de Trump et Bolsonaro ! Notre soulèvement qui ne cesse de s’amplifier panique l’imposteur de l’Élysée que l’arrogance, le déni et l’insulte aveuglent. Dans son délire à vouloir mettre au pas Parlement, partis y compris le sien ou alliés, sa première ministre et ses ministres, les organisations syndicales et le pays lui-même, il s’isole et devient la cible de tous les ressentiments, de toutes les colères, concentre la révolte. Dernière provocation, il s’apprêtait à déployer les fastes de cette monarchie républicaine pour accueillir à Versailles le tout nouveau vieux roi d’Angleterre, Charles III, le rentier de Buckingham Palace… Un minimum lucides devant l’image ridicule et dérisoire qu’ils allaient donner d’eux-mêmes et de leur vieux monde vermoulu s’affichant avec indécence, ils ont remis à plus tard leur sauterie...

En usant du 49.3, Macron voulait montrer son pouvoir, plier le mouvement, les travailleurs et les militant.e.s, celles et ceux qui contestent sa politique, à sa volonté, la volonté des groupes capitalistes dont il est le serviteur. « En l’état, les risques financiers, économiques sont trop grands », a-t-il précisé. Pour ses amis du CAC40, pour leurs profits et dividendes, pas question de céder à la pression de l’opinion populaire, à deux mois de grandes manifestations et de grèves, comme il en a éclaté aussi dans plusieurs pays d’Europe.

Depuis l’annonce, vendredi 10, de la faillite de Silicon Valley Bank (SVB), seizième banque des Etats-Unis, ainsi que de deux autres banques de moindre importance (Silvergate mercredi 8, Signature Bank dimanche 12), des craquements se sont fait entendre et se sont répercutés dans le système financier mondial. En Europe, les indices boursiers, dont le CAC40, se sont effondrés, tout comme le cours des banques, telles BNP Paribas, Société Générale, etc. Le Crédit Suisse, un fleuron du « paradis de la finance », se retrouvait, en début de semaine, au bord de la faillite, ainsi qu’une quatrième banque américaine, First Republic…

Depuis presque un mois, les comparaisons et analogies fleurissent entre le mouvement contre la réforme des retraites et le mouvement contre le plan Juppé contre les retraites et la Sécurité sociale de novembre-décembre 1995. Ce retour à 95 nous aide à mettre en perspective le mouvement actuel, à comprendre sa place dans l’évolution sociale et politique des rapports de force afin de nous permettre de mieux comprendre nos tâches actuelles et à venir à la lumière de l’expérience passée, d’en tirer les enseignements, de mesurer nos limites pour mieux les surmonter. Chaque mouvement a sa spécificité, son caractère inédit. La période qui voit le mouvement de novembre-décembre 95 répond à des caractéristiques bien différentes de celles que nous connaissons aujourd’hui. Elle s’inscrit dans un moment politique particulier déterminé à l’échelle internationale par les suites de la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS. L’offensive libérale et impérialiste orchestrée par les USA triomphe. Ici, on sort des années 1980, avec les réformes libérales des gouvernements Mitterrand, les politiques d’austérité. La gauche s’est totalement intégrée à la politique et à l’idéologie libérales, participe sans réserve à l’offensive capitaliste alors que le PC est vidé de toute force après sa participation au gouvernement Mitterrand et l’effondrement de la bureaucratie issue du stalinisme sans autre perspective que la liquidation de l’URSS pour rejoindre le monde capitaliste occidental, l’affairisme le plus corrompu.

Après que, sans surprise, Macron ait envoyé promener l’intersyndicale et sa demande épistolaire de rencontre, le gouvernement vient de dégainer un nouvel article de la constitution, l’article 44 alinéa 3, qui prévoit que « si le gouvernement le demande, l’Assemblée saisie se prononce par un seul vote sur tout ou partie du texte en discussion en ne retenant que les amendements proposés ou acceptés par le gouvernement ». Et, en marche forcée, vendredi soir, le Sénat a adopté le projet de loi !

Décidément, leur démocratie parlementaire est bien bâillonnée, sous contrôle, aux ordres ! Une nouvelle provocation, un bras d’honneur du gouvernement et de ses alliés LR au monde du travail en attendant l’adoption de la loi par le 49.3 !

Ces jours derniers, les frappes russes ont repris sur plusieurs villes d’Ukraine, tuant chaque nuit des dizaines d’habitants et détruisant immeubles et infrastructures tandis que l’armée russe et les supplétifs du sinistre groupe Wagner sont sur le point de prendre la ville de Bakhmout, dans le Donbass. La guerre déclenchée il y a un an par Poutine continue à semer la mort et la désolation, un carnage et un chaos absurdes dont les peuples, ukrainien principalement mais aussi russe, sont les premières victimes. L’intensification de la guerre en Ukraine, les menaces des États-Unis promettant à la Chine « de graves conséquences » dans le cas où elle fournirait des armes à la Russie dans le même temps qu’ils apportent un soutien militaire croissant à Taïwan font planer la menace d’une extension voire d’une généralisation de la guerre.

Le jeu de dupes de la discussion parlementaire du projet de loi sur la réforme des retraites se poursuit sur la scène du Sénat, même théâtre d’ombres que celle de l’Assemblée nationale. Le jeu de rôle est quelque peu différent, la droite occupe le terrain et y négocie sa place auprès de la majorité en commençant, d’entrée de jeu, par adopter en commission, avant que ne commence la discussion, la réforme moyennant quelques amendements sur la situation des mères de famille, pour lesquelles une surcote de 5 % (mais rien pour les femmes sans enfant concernées par des carrières hachées) et un « CDI senior », incitation à l’embauche couplée à une énième exonération de cotisations pour les patrons… Et samedi, il votait la fin des régimes spéciaux ! La droite qui y est majoritaire court au secours de Macron en se pliant à un débat tronqué. Rien à attendre de ces faux semblants politiciens qui accoucheront d’une commission de 14 membres, sept députés et sept sénateurs, dominée par le bloc réactionnaire.

Macron s’empresse, « Je souhaite que le Sénat puisse enrichir le projet » et Elisabeth Borne développe, « On va écouter les propositions du Sénat et on va trouver un chemin ensemble »…

La journée du 7 mars, celle du 8 pour la journée internationale de lutte des femmes et du 9 avec les jeunes sont déjà un succès indépendamment de l’impasse que représente pour la suite la politique de l’intersyndicale. Le blocage du pays est au centre des discussions, des espoirs du plus grand nombre et des angoisses du pouvoir qui craint que le mouvement échappe au « calme » des directions syndicales. Le monde du travail, le mouvement des femmes, la jeunesse prennent confiance et conscience de leur force. A travers tout le pays de multiples réunions syndicales, de collectifs, d’interpros organisent des actions, préparent le 7 et discutent de la suite. Il est clair que le blocage ne pourra se limiter à n’être que le moment le plus fort du mouvement en attendant les suites du débat parlementaire au Sénat. Il sera bien le début d’une nouvelle étape. Le monde du travail, le mouvement des femmes, les jeunes rassemblent leurs forces, s’organisent à la base, se préparent à se mesurer avec le pouvoir.

Cette nouvelle étape, à un niveau supérieur, appelle de nouvelles initiatives.

Le 24 février, en ce jour de sinistre anniversaire de la guerre meurtrière déclenchée par Poutine, le président ukrainien Zelensky a déclaré que cette année serait celle de la « victoire inévitable », que lui-même avait comme tâche, chaque jour, « d’unir le monde » et que l’Ukraine « combattait pour tous et notamment pour la sécurité de l’Europe ». Habité par son nouveau personnage en réponse à Poutine et en écho à Biden, il se fait le champion de la guerre par procuration menée par les Etats-Unis et leurs alliés contre la Russie et à laquelle il sacrifie son peuple.

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