Grèce, Espagne, la page du populisme de gauche est tournée, celle des « partis larges » aussi ou la nécessaire indépendance de classe des institutions bourgeoises
Le 21 mai dernier, les élections législatives en Grèce confirmaient la prédominance du parti de droite Nouvelle démocratie et la déroute de Syriza. Le 28, c’était au tour de l’Espagne où le PSOE de Sánchez et ses alliés d’Unidos Podemos subissaient une dure défaite aux élections régionales et municipales.
Six régions sur les dix que dirigeait le PSOE seul ou en coalition sont tombées entre les mains du Parti Populaire qui remporte également de nombreuses grandes villes, dont Valence et Séville. Cette poussée du parti conservateur s’accompagne d’une montée de Vox, l’extrême droite nostalgique du franquisme, qui s’impose comme un partenaire avec lequel le PP devra compter dans de nombreux cas pour obtenir son investiture à la tête des exécutifs.
Sur la gauche du PSOE, la déroute est cuisante. Podemos perd 32 sièges sur les 47 qu’il détenait dans diverses assemblées régionales et disparaît de trois d’entre elles. Il est éliminé de cinq des exécutifs régionaux sur les six auxquels il participait. Aux municipales, il n’obtient que 0,59 % des voix contre 5,86 % il y a quatre ans.
« On ne combat pas l’extrême-droite par des arguments moraux », oui. Combattre Le Pen, c’est combattre Macron et la politique du CAC40. Le 6 juin toutes et tous dans la rue !
La petite phrase de Borne dimanche dernier, présentant le RN comme « héritier de Pétain », lui a valu un recadrage puis une réaffirmation de sa « confiance » par Macron... Qu’il soit en train de la liquider ou de la remettre à sa botte, qu’importe... la crise politique est bien là, et il y répond en concentrant les pouvoirs entre ses mains et en faisant la politique que Le Pen aimerait faire en accédant au pouvoir.
Car quand Macron répond à Borne « On ne combat pas l’extrême-droite par des arguments moraux », après avoir repris à son compte la « décivilisation » chère à Le Pen, loin de la combattre, il montre surtout qu’il cherche à renforcer son pouvoir sur un bloc réactionnaire qui partage les mêmes « valeurs », sécuritaire et offensif contre le monde du travail.
Combattre l’extrême-droite, dès maintenant, c’est combattre Macron, sa politique et ses commanditaires du CAC 40, pour défendre les retraites et les salaires, pour faire vivre la démocratie par en bas au sein du mouvement.
Loi de programmation militaire… Non à l’union sacrée contre les travailleur.es et les peuples ! Non à la guerre !
La loi de programmation militaire qui devrait être votée le 6 juin se discute discrètement à l’Assemblée en séance plénière depuis le 22 mai sans rencontrer de grand écho médiatique. Pas de joutes parlementaires pour une loi qui s’apprête à être votée sans soulever d’opposition, sinon à la marge, qui sur le fond fait l’unanimité de la gauche à l’extrême-droite. Elle a été adoptée le 12 mai en commission de défense nationale de l’Assemblée nationale, sans aucun vote contre, les députés PS et EELV s’abstenant, ceux de LFI ne prenant pas part au vote, sans désaccords de fond.
La loi de programmation militaire qui fixe les orientations de la politique dite de défense pour les années 2024-2030 porte à 413 milliards d’euros le budget de l’armée, en augmentation de 40 %. « Un effort historique » a dit Macron, « la précédente loi de programmation militaire avait prévu 295 milliards d’euros de dépenses ». Il s’aligne sur les exigences de l’impérialisme américain et de l’OTAN d’augmentation des budgets militaires à hauteur d’au moins 2 % du Produit Intérieur Brut, un objectif qu’il prévoit d’atteindre à partir de 2025.
Zelensky promu au G7 pour justifier l’escalade militaire et belliciste des USA et de leurs alliés
Le sommet du G7 réunissant les chefs d’État des pays membres (Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Canada) s’est tenu la semaine dernière au Japon, à Hiroshima, dans cette ville détruite, rasée le 6 août 1945 par la première bombe nucléaire de l’histoire avant que ne le soit Nagasaki, le 9 août. Le choix de cette ville martyre a une portée symbolique à l’opposé de celle que voudrait fabriquer la propagande d’État des grandes puissances occidentales qui dominent la planète. Les maîtres du monde, avant l’ouverture du sommet, ont déposé des couronnes en mémoire des victimes de la bombe atomique dans le parc du mémorial de la paix à Hiroshima. Une commémoration mensongère tant du point de vue du passé que de l’avenir.
La « décivilisation », c’est la violence de l’exploitation, d’une vie sans avenir. Le progrès, la solidarité, la démocratie, ce sont nos luttes, notre mouvement
« Contrer ce processus de décivilisation » : Macron a pesé ses mots pour justifier sa politique sécuritaire et répressive en instrumentalisant les drames de Reims et Roubaix et la légitime indignation qu’ils suscitent. Par une inversion insupportable des responsabilités, il dédouane sa classe d’avoir démantelé les services de santé, et notamment la psychiatrie, et plus globalement d’avoir provoqué l’aggravation de la violence, par la décomposition sociale produite par le parasitisme des classes dominantes et par la violence d’Etat. Son accusation, pleine de sous-entendus, vise, au-delà des individus, l’ensemble de notre classe, « classe dangereuse »...
« L’attractivité » pour les investisseurs, c’est la perspective de profit par l’exploitation du travail ! Pas de dialogue possible !
Lundi dernier lors de son interview au 20 heures de Tf1, jurant ses grands dieux qu’il ignorait le mépris, Macron a étalé avec suffisance et arrogance son… mépris des travailleurs et des classes populaires, le mépris de classe doublé de celui d’un parvenu. Au moment même de sa diffusion, il dînait en joyeuse compagnie de quelque 200 patrons de multinationales dont le milliardaire Elon Musk dans l’indécence des fastes du château de Versailles bunkérisé pour l’occasion comme célébrant sa victoire sur le peuple. Une nouvelle agression complément de sa politique d’apaisement policier, une provocation tellement ridicule qu’elle tourne à la farce !
Il nous a d’abord appelés au soutien à la participation militaire de la France à la guerre en Ukraine dans laquelle le peuple ukrainien est enrôlé, au prix d’immenses sacrifices et souffrances, dans le camp de l’Otan sous la houlette des USA contre la Russie de Poutine ainsi que l’illustre le G7 qui s’est tenu ce week-end à Hiroshima en présence de Zelensky invité pour faire le job pour ses commanditaires.
A propos de la fête de Lutte Ouvrière, des révolutionnaires, du mouvement, de ses suites, et si c'était la fête tous les jours...
« Comme chaque année, la Fête est l’occasion de rassembler tous ceux qui veulent dénoncer ce système capitaliste qui mène la planète à sa ruine, tous ceux qui veulent réaffirmer que l’humanité mérite d’être débarrassée de l’exploitation, de la misère et des guerres. » écrivent nos camarades de Lutte Ouvrière en préambule du très riche programme des débats politiques qui auront lieu lors de leur fête annuelle les 27, 28 et 29 mai à Presles
Alors que depuis 4 mois le mouvement des retraites a contribué à transformer les consciences de milliers de militant.es et ouvert une profonde crise politique, la fête de LO est, de fait, le seul cadre où l’ensemble des courants révolutionnaires vont pouvoir se retrouver, débattre des enjeux de ce mouvement inédit, de ses forces et de ses faiblesses ainsi que de bien d’autres thèmes dont la guerre en Ukraine...
Ce n’est pas à Matignon ni à l’Assemblée que nous ferons plier Macron et sa contre-offensive répressive et xénophobe mais avec nos armes de classe
Macron, de retour de Londres où il a affiché son admiration pour Charles III, a commémoré le 8 mai 45, la fin de Seconde Guerre mondiale, dans le vide, sur des Champs Élysées déserts protégés par sa police des concerts de casseroles. Une grande solitude qu’il cherche à meubler à travers un tour de France chaotique forme de remake du grand débat pour rien suite au mouvement des gilets jaunes...
Et en même temps, la police fait son sale boulot… Les cents jours d’apaisement de Macron ce sont les interdictions de manifs, des arrestations, des interpellations pour outrage au président de la République ou pour « outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique. » Cette outrance policière ridicule participe d’une offensive contre toutes celles et ceux qui ne veulent pas tourner la page, criminalisant la simple expression ironique de la colère, la caricature du pouvoir et flatte l’indignation stupide des bien-pensants. La censure et la répression visent à restaurer l’autorité d’un pouvoir rejeté et détesté, le sens même de l’apaisement vu par Macron, aussi, à plus long terme, intimider, faire taire pour façonner l’opinion au respect de l’ordre. C’est l’objectif de la loi « anticasseurs bis » en discussion, rassurer les tenants de l’ordre dans l’espoir d’affermir le pouvoir chancelant de Macron.
49.3, « crise de la démocratie », régime présidentiel, répression... La tyrannie de la finance nasse la démocratie...
« Monarchie républicaine », « démocratie illibérale », « en marche vers la dictature »... dans les manifestations comme dans la presse, les expressions fleurissent pour dénoncer l’évolution autoritaire du pouvoir.
Toutes les étapes institutionnelles pour imposer la loi sur les retraites se sont révélées comme autant de camouflets contre le mouvement et l’opinion majoritaire. Les « experts » ont eu beau marteler que tout était parfaitement démocratique et constitutionnel – comédie des amendements, navettes parlementaires interrompues, articles 49.3 et cie, décisions du Conseil constitutionnel – c’est une leçon accélérée sur la démocratie bourgeoise qu’ont reçue les classes populaires, jusqu’à la dernière innovation du RIP, ruinée avant même sa mise sur le marché.
« Même si Macron ne le veut pas, nous, on est là ! Pour l’honneur des travailleurs et pour un monde meilleur ! »
Les 300 manifestations qui ont eu lieu à travers tout le pays pour le 1er mai ont montré la force intacte de la mobilisation, sa détermination, la colère et la révolte ainsi qu’une radicalisation des esprits de plus en plus indépendants, distants voire méfiants à l’égard de la passivité de l’intersyndicale. Le chant des Gilets jaunes repris tout au long des cortèges ou face aux gendarmes et aux CRS s’affirme comme l’expression de ce refus collectif de tourner la page, de rentrer dans le piège de « l’apaisement » pour ne laisser aucun repos au pouvoir et à ses représentants.



