Toute la semaine, Macron a multiplié les apparitions pour tenter de donner du crédit à la fable du « nouveau souffle » de ce gouvernement Attal, après le vote de la loi immigration qui ouvre la voie au RN.

Cette agitation ne peut masquer le fait que sa majorité relative est explosée, alors que près d’un quart des députés Renaissance ont voté contre ou se sont abstenus sur cette loi. Quant aux nominations au gouvernement, de Rachida Dati mise en examen pour corruption à Vautrin militante de la manif pour tous en passant par Oudéa-Castéra et ses accointances avec le très catholique collège Stanislas, elles accentuent la crise du parti présidentiel dans une fuite en avant réactionnaire.

Jeudi dernier, le général américain Christopher Cavoli, chef d’état-major suprême des forces de l’Alliance en Europe, annonçait les plus grandes manœuvres de l’Otan « depuis des décennies ». L’exercice baptisé « Défense inébranlable » fera intervenir pendant plusieurs mois 90 000 soldats, 1100 véhicules de combat, 80 avions et 50 navires « contre un adversaire de taille comparable », à savoir, sans la nommer, la Russie.

Le dimanche précédent, le quotidien allemand « Bild » avait publié une note classée « secret-défense » de l'armée allemande, qui imagine entre autres scénarios celui d’une escalade militaire provoquée par une Russie victorieuse de l’Ukraine et conduisant dans l’année 2025 à un affrontement direct entre l’Otan et celle-ci. Une hypothèse sans fondement qui ne vise qu’à accréditer la seule responsabilité de Poutine dans la guerre actuelle pour justifier de nouveaux plans dans l’offensive militaire de l’Otan.

Le Forum économique mondial de Davos qui vient de s’achever s’est tenu cette année sur fond d’inquiétude des maîtres du monde sur la situation mondiale dont la crise globale ne cesse de s’approfondir et perturbe leurs affaires. L’intitulé de ce forum, « Restaurer la confiance » témoigne de cette inquiétude, tout comme celui de son rapport introductif, « Rapport sur les risques mondiaux », qui constate dès son introduction -grand scoop !- que Davos se tient cette année « dans un contexte d’accélération des changements technologiques et d’incertitude économique, alors que le monde est en proie à un duo de crises dangereuses : le climat et les conflits ».

Macron a donc choisi Gabriel Attal pour son entreprise de « réarmement », le jeune loup aux dents longues héraut de l’interdiction de l’abaya, chargé de rivaliser avec le RN à cinq mois des Européennes. Sur les 14 ministres annoncés, 8 sont issus de l’UMP dont, au Travail et à la Santé, Catherine Vautrin, ancienne ministre de Chirac, opposée au mariage pour tous et à la PMA, désormais numéro 3 du gouvernement. Avec aussi, dans ce paquet réactionnaire, la désormais connue Amélie Oudéa-Castéra (Renaissance) à l’Education, faisant pour sa première sortie la promotion du lycée privé réactionnaire, homophobe et sexiste de ses enfants.

« Je ne conçois pas de société sans ordre et sans règles » expliquait Attal aux côtés de Darmanin qui promettait de « finir le travail » de la loi immigration sur laquelle le conseil constitutionnel doit se prononcer le 25 janvier.

Antony Blinken, le chef de la diplomatie américaine, vient de terminer sa quatrième tournée au Moyen-Orient depuis le début de la guerre. De la Turquie à l’Égypte en passant par les Émirats arabes unis, Israël et l’Arabie saoudite, il voulait, selon la propagande officielle, convaincre Netanyahou de prendre en compte la « tragédie » des civils, de faire le moins de victimes possible parmi eux et d’éviter l’élargissement du conflit qui pourrait « aisément se métastaser » dit-il. Des déclarations de bonnes intentions, si l’on peut dire, pour masquer, dans le vain calcul de sauver la mise à Biden alors que la campagne pour l’élection présidentielle a commencé, une politique belliciste qui s’oppose à tout cessez-le-feu.

Dans ses vœux pour 2024, Macron s’est posé en chef du « réarmement » de la France, ridicule posture qui ne pouvait masquer le discrédit, la crise politique profonde accentuée par le vote de la loi Immigration, « victoire idéologique » de l’extrême-droite dont Le Pen espère bien encaisser les dividendes.

Forme de lucidité sur ses moyens, il tente surtout et d’abord le réarmement de son gouvernement, affaibli par les menaces de démission en son propre sein, quelques ministres ayant manifesté lors du vote de la loi des velléités contestataires, vite oubliées, et la démission bien réelle du ministre de la santé Aurélien Rousseau.

Il tente de faire du remaniement ministériel son cheval de bataille pour poursuivre son offensive contre le monde du travail et les classes populaires. Il aura bien du mal à résoudre la quadrature du cercle pour réussir à manœuvrer la nouvelle majorité qui s’est constituée autour de la loi Immigration à l’Assemblée avec la droite et l’extrême-droite, pour l’essentiel contre lui. La concurrence avec l’extrême-droite pour le pouvoir s’exacerbe… sur les mêmes bases politiques, la même instrumentalisation du nationalisme et du racisme au service des intérêts et des profits des classes dominantes. Quel que soit le résultat des calculs et tractations à venir autour du remaniement, Macron est sans majorité, le pouvoir affaibli et sans attendre quoi que ce soit des élections, obsession du microcosme politicien, le monde du travail a l’avenir entre ses mains pour défendre ses droits et renvoyer l’extrême droite dans les cordes.

Hier soir, 13 jours après que le Sénat puis l’Assemblée nationale ont adopté la loi Macron-Darmanin-Ciotti-Le Pen sur l’immigration, Macron s’est livré à son habituel étalage d’autosatisfaction, hors sol, drapé dans le tricolore pour se vanter « du réarmement » de la nation, appeler à une unité nationale dont il se voudrait le chef. Il entend poursuivre et accentuer l’offensive contre les classes populaires en manœuvrant entre les forces du bloc réactionnaire nationaliste majoritaire à l’Assemblée nationale qui s’est regroupé autour de la loi xénophobe qui se revendique de la « préférence nationale », cheval de bataille de Marine Le Pen et du RN. Au-delà des convulsions internes qui ont secoué les différents partis dont la majorité, ce tournant était inscrit dans l’évolution réactionnaire du microcosme politicien parlementaire sous la pression de l’exacerbation des tensions sociales et internationales engendrées par la politique des classes dominantes, les guerres.

Le rejet de la loi Immigration est à la fois un échec pour le gouvernement sans majorité, et une gifle à Darmanin qui voulait en récupérer les fruits pourris pour ses ambitions de leader du bloc réactionnaire. Il s’est heurté aux petites manœuvres parlementaires de LR et du RN, concurrents et rivaux dans la surenchère xénophobe et sécuritaire, et à celles de la gauche prétendant combattre les débordements réactionnaires des Darmanin-Ciotti-Le Pen par le rejet de la loi. L’insoumis Manuel Bompard sur RTL s’est dit soulagé de s’éviter ainsi « un climat nauséabond » contre les étrangers, comme si l’agitation politicienne dans le théâtre d’ombres du Parlement allait mettre un coup d’arrêt à l’offensive réactionnaire du gouvernement, de la droite et de l’extrême-droite contre les travailleurs et les classes populaires.

Mardi 12 décembre, Biden, recevant Zelensky qui venait de célébrer l’investiture du nouveau président argentin d’extrême droite, Javier Milei, à Buenos Aires, interpellait le Congrès américain qui « doit adopter une rallonge pour l’Ukraine [...] avant qu’il n’offre à Poutine le plus beau cadeau de Noël qui soit ». Les Républicains ont fait la sourde oreille et refusé la rallonge de 61 milliards. Zelensky devra se contenter d’une aide militaire supplémentaire de 200 millions de dollars.

Le dernier congrès de Lutte ouvrière, qui a eu lieu début décembre définit l’essentiel du contenu de notre travail face à la faillite du capitalisme. La perspective que nous avons à défendre et autour de laquelle regrouper les travailleurs, les femmes, les jeunes, les militants, est résumée par le titre de leur premier texte : « Pour mettre fin au chaos capitaliste, renversement révolutionnaire de la bourgeoisie en faillite ! »[1]. Leur critique, nouvelle, d’un programme de revendications emprunté au Programme de transition qui, détaché de cette perspective, devient du « syndicalisme réformiste », s’inscrit dans cette volonté de mettre au centre la question de la transformation révolutionnaire de la société. Nous partageons aussi leurs analyses sur la guerre d’Ukraine ainsi que sur la guerre du Moyen-Orient, le caractère génocidaire de la guerre de l’État d’Israël et des puissances occidentales contre la population palestinienne et le caractère réactionnaire du Hamas, même s’il ne s’agit pas de renvoyer dos à dos l’État sioniste et théocratique, colonialiste et le Hamas.

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