Après avoir nommé, en 2024, Trump personnalité de l’année, le magazine américain Time a désigné pour 2025 non pas une seule personne mais un groupe, les « architectes de l’IA », parmi lesquels se retrouvent les milliardaires Sam Altman, dirigeant d’OpenAI et à l’origine de ChatGPT, Musk, Jensen Huang, patron de Nvidia, Mark Zuckerberg, à la tête de Meta… Ces patrons, commente le Time, « ont pris les rênes de l’histoire, développé des technologies et pris des décisions qui redessinent le paysage de l’information, le climat et nos moyens de subsistance.[…] L’IA est assurément devenue l’outil le plus influent dans la compétition entre grandes puissances depuis l’avènement des armes nucléaires ». Personnalités et commentaires résument le contenu politique de l’année 2025, le coup de force politique des géants de la High tech qui conduit à la fusion du pouvoir d’Etat avec la poignée de milliardaires qui détiennent les rênes de la société, une oligarchie qui concentre une richesse et un pouvoir inégalés dans l’histoire au détriment de l’ensemble de la société et de la planète.
Ce coup de force marque un tournant, une profonde et brutale accentuation de la crise globale du capitalisme mondialisé dont la grande récession de 2008 et 2009 a été le point de départ et à laquelle ni les Etats ni le capital n’ont été en mesure de trouver une issue si ce n’est la fuite en avant dans la financiarisation et la spéculation, une concentration sans limite des richesses, la guerre commerciale et ses corollaires, la militarisation et le bellicisme, la guerre au monde du travail et aux peuples, la surexploitation de la nature dont les vieilles puissances impérialistes, les USA et leurs alliés-rivaux européens, sont les moteurs.
La crise politique et sociale qui s’approfondit chaque jour ici en est une manifestation. L’assistance financière de l’État aux patrons du CAC 40 nourrit la dette et les déficits que la bourgeoisie veut faire payer aux travailleurs et aux classes populaires tandis que ses serviteurs politiques refusent de mettre leurs ambitions en péril en assumant l’impopularité d’une politique qui sacrifie la population aux intérêts d’une minorité, creuse les inégalités et alimente le mécontentement, la colère. En fait, tous les partis bourgeois parlementaires s’accordent sur le fond comme ils l’ont fait pour voter mardi dernier la loi spéciale pour le budget permettant à l’État de la bourgeoisie de fonctionner et à Lecornu de prolonger la fin de vie politique de Macron en attendant le 49.3 et la censure. Cette crise sans issue souligne la folie mégalomaniaque des ambitions impérialistes et militaristes affichées par Macron annonçant à l’occasion de son Noël à Abou Dhabi avec les soldats stationnés aux Émirats arabes unis : « J’ai décidé de doter la France d’un nouveau porte-avions » affirmant sur le mode martial trumpiste, « à l’heure des prédateurs, nous devons être forts pour être craints.[...] Ce nouveau porte-avions sera l’illustration de la puissance de notre nation, puissance de l’industrie, de la technique, puissance au service de la liberté sur les mers et dans les remous du temps ». Il fabrique son ennemi, la menace russe fantasmée, pour justifier sa politique de réarmement qui sert à alimenter les profits et tenter de faire en sorte que la France puisse trouver une place dans la concurrence économique et militaire qui ravage la planète.
Ici ainsi qu’à travers le monde, l’aventurisme financier et militaire du capital trouve sa réplique dans une colère et une révolte qui se renforcent et gagnent toute la société, préparent les affrontements à venir, les conditions d’une montée révolutionnaire...
L’arrivée de Trump et des milliardaires de l’IA au pouvoir, l’absurdité du capitalisme à son paroxysme
La paranoïa financière et militariste qui se répand au sein de la classe dirigeante du monde occidental est l’expression d’une maladie, d’une démence sociale qui ronge le capitalisme sénile qui, sans avenir, dépassé par les progrès accomplis grâce au travail humain, le développement du prolétariat et des peuples, panique, éructe son impuissance, agresse et insulte, menace à l’image de Trump. Elle voit le danger partout, déclare la guerre commerciale et militaire à toute la planète, à la nature même. Sa cupidité se libère de toute limite et contrainte, voit dans les extraordinaires progrès des sciences et des techniques la possibilité de soumettre la planète à son pouvoir pour accumuler toujours plus de richesses entre ses mains.
Elle pousse ainsi à leurs limites ultimes les contradictions du capitalisme, absurdité de la propriété privée des moyens de production et d’échange face à une production mondialisée et des nouvelles technologies qui ne peuvent rester enfermées dans le cadre étroit et étouffant des États nationaux.
Le cadre juridique bourgeois de la propriété privée et de l’Etat national éclate sous la pression du développement des techniques d’autant que les capacités de production de plus en plus importantes et en progrès constant, de plus en plus concentrées se heurtent aux limites géographiques et sociales du marché.
Les appétits insatiables du capital ont de plus en plus de difficultés à se satisfaire. La masse de capitaux accumulés ne peut trouver sur le marché les sources de profits nouveaux dont elle a besoin d’où la lutte acharnée pour tirer toujours plus de l’exploitation des hommes et de la nature. Le capital ne peut plus vivre sans l’assistance financière des Etats, la dette publique et privée enfle. Le capital devient de plus en plus prédateur et parasitaire, destructeur.
Son développement mondialisé a entraîné l’ensemble des nations dans la folle course au profit. La concurrence fait rage et la première puissance mondiale qui, après sa victoire dans la Deuxième guerre mondiale impérialiste, avait assuré un relatif ordre mondial n’en a plus les moyens. Elle devient le principal facteur d’instabilité et de crise en engageant une guerre contre l’ensemble des nations pour préserver sa domination contestée et dépassée par l’histoire.
Après avoir participé au génocide du peuple palestinien par l’État sioniste d’Israël ainsi que provoqué la guerre par procuration d’Ukraine contre l’expansionnisme de Poutine, elle menace maintenant le Venezuela d’une agression directe visant aussi l’annexion du Canada et du Groenland pour élargir sa zone d’influence face aux autres puissances capitalistes dont la Russie prête à marchander le sort de l’Ukraine avec Trump qui voudrait en faire son allié contre la Chine, son principal concurrent.
La semaine dernière, les USA ont mené des frappes « massives » en Syrie. Cette semaine ils intervenaient militairement au Nigeria en réponse au « massacre de chrétiens » par l’État islamique, affirmant ainsi leur ambition d’élargir leur présence en Afrique.
Les pays de l’Union européenne sont conviés à se soumettre et à se résigner, à être les vassaux de la High tech américaine et à s’intégrer dans les visées militaires US.
L’ensemble de la planète est emporté dans cette démence prédatrice et militariste qui vise au pillage et au partage des richesses produites par le prolétariat mondial, qui sacrifie les intérêts, l’avenir même de l’humanité à la perpétuation de la domination d’une oligarchie capitaliste mondiale parasitaire.
La décomposition du capitalisme engendre les monstres réactionnaires
L’évolution du capitalisme mondialisé s’accompagne d’une offensive idéologique et politique réactionnaire, raciste et nationaliste dont, là aussi, Trump et les milliardaires de l’IA se font les maîtres d’œuvre. Trump dans ses discours où se mélangent mensonges, agressions racistes et hostilité violente contre la démocratie s’exprime en tant que représentant de la classe capitaliste américaine, de sa politique, de sa corruption.
La volonté de Trump d’instaurer une dictature présidentielle n’est pas le simple fruit de sa mégalomanie mais résulte des contradictions du capitalisme américain et mondial. Son soutien aux dictateurs potentiels en Amérique latine ou en Europe unifie sa politique internationale et sa politique intérieure dans une même campagne contre les migrants reprenant à son compte le mythe du « grand remplacement ».
Cette propagande, l’idéologie libertarienne de la classe dominante américaine, se moule sur l’exemple historique du nazisme et de l’extrême droite américaine faisant des migrants mais aussi de toutes celles et ceux qui n’intègrent pas le monde blanc, chrétien occidental des ennemis de « nos valeurs », une déclaration de guerre à l’ensemble de la classe ouvrière. Elle prétend unifier derrière elle l’Amérique latine et l’Europe voire des pays d’Asie comme le Japon et l’Inde, contre les migrant·es, la démocratie, l’égalitarisme, le féminisme tout ce qui peut représenter une entrave à la liberté absolue d’exercer la loi du plus fort dans les rapports entre les classes ainsi qu’entre les nations.
Vers le chaos économique et financier, militariste et guerrier
Cette offensive protectionniste, nationaliste, financière, militariste conduit à une catastrophe. La croissance que connaîtrait, selon des statistiques officielles incertaines, l’économie américaine n’est pas une croissance de la production en vue de satisfaire les besoins de la population. Elle est une croissance financière, une croissance des profits de Wall Street contre le monde du travail et les autres puissances capitalistes rivales. Dans une moindre mesure, il en est de même pour les records du CAC40.
Les 1 % des plus riches des États-Unis ont accumulé près de 1 000 fois plus de richesse que les 20 % les plus pauvres au cours des trente-cinq dernières années. Au sein des classes populaires l’inflation a considérablement érodé le pouvoir d’achat, les prix moyens ayant augmenté de 23 % depuis 2020, le coût du logement a explosé, les conditions de vie et de travail des classes populaires régressent. Partout les inégalités atteignent des sommets.
Alors que la conjoncture se dégrade, les montagnes de dettes privées ainsi que les dettes des Etats qui ont alimenté l’économie ces dernières années ne pourront plus être remboursées et l’irrationnelle hausse boursière atteindra ses limites. La réalité de l’économie imposera sous peu un brutal réajustement, un krach, un probable effondrement global de l’économie que les bourgeoisies et les Etats cherchent à repousser en accentuant l’exploitation, en spéculant ou par la concurrence et la guerre économique et militaire afin d’affaiblir leurs puissances rivales.
Inexorablement cette politique conduit à la faillite financière et économique, à la fuite en avant militariste et à la mondialisation de la guerre.
Le processus en route est de même nature que celui qui a conduit aux deux premières guerres mondiales impérialistes pour le partage du monde mais il se déroule dans un contexte radicalement différent. Il y a tout lieu de penser qu’il sera le processus d’effondrement du capitalisme, sa destruction par lui-même. Reproduire le schéma de la guerre totale pour décider qui, des USA ou de la Chine, dirigera le monde est une construction qui voit le futur comme une reproduction du passé tout en restant dans le cadre imposé de la propagande occidentale justifiant son offensive contre la Chine.
Les USA, minés par un violent conflit de classe à l’intérieur, n’ont pas les moyens de cette guerre. Leur supériorité militaire et nucléaire ne suffirait pas à vaincre la Chine. Un tel affrontement est inimaginable sans qu’il soit précédé de la multiplication des conflits militaires, de guerres par procuration comme celle menée par Israël et l’Ukraine pour le compte des USA. Aucune puissance ne pourrait rester à l’écart d’une telle confrontation qui, nécessairement ouvrirait la porte à une confrontation internationale de classe.
Le processus déclenché par l’offensive occidentale conduit, à plus ou moins court terme, à l’effondrement du capitalisme, condition de la transformation révolutionnaire de la société par le prolétariat qui constitue le principal obstacle sur le chemin de la mondialisation de la guerre.
La multiplicité des fronts, l’effondrement global du capitalisme, la puissance mondialisée du prolétariat ouvrent des possibilités inconnues dans le passé de transformer le processus de mondialisation de la guerre en guerre civile, en révolution, pour en finir avec la dictature et la barbarie du capitalisme, réorganiser la société sur les bases de la coopération, de la solidarité, de la planification collective et démocratique, des bases socialistes.
Les travailleur·es, la jeunesse ne sont ni résigné·es ni passifs·ves
Les classes dominantes et l’extrême droite gardent l’initiative face à un prolétariat inquiet et désorienté sans perspective collective ni boussole du fait de l’intégration des appareils au système, intégration matérielle, morale et politique de la gauche syndicale et parlementaire sans que le mouvement révolutionnaire se soit donné les moyens d’ouvrir une perspective à la révolte et à la colère des travailleurs. Mais ainsi que l’écrivaient Marx et Engels dans le Manifeste communiste « Le prolétariat passe par différentes phases d’évolution. Sa lutte contre la bourgeoisie commence avec son existence même. »
Non seulement il résiste et lutte quotidiennement mais prend conscience de l’antagonisme fondamental qui l’oppose à la bourgeoisie ainsi qu’aux appareils qui la servent, antagonisme qui conduit à un affrontement inévitable même si l’état des organisations du mouvement ouvrier le désarme. Cette prise de conscience prend spontanément une dimension internationale du simple fait de la nature actuelle des rapports de classe.
Les mouvements de révolte provoqués à travers le monde par la grande récession de 2008-2009 n’ont pas cessé. Leur nature internationale et de classe s’est renforcée. Dans l’année passée, une série d’explosions de luttes massives ont ébranlé de nombreux pays, Serbie, Bangladesh, Népal, Kenya, Indonésie, Pérou, Tanzanie, Madagascar, Maroc… Ces mouvements ont conscience de participer à un mouvement international, conscience qui s’exprime dans le drapeau des héros du manga « One Piece », symbole de la lutte contre « l’ordre mondial » devenu l’emblème des manifestations. Une véritable culture internationale de la révolte, de la contestation révolutionnaire se répand au sein de la jeunesse à l’image du manga dont la diffusion atteindrait le chiffre record des 600 millions d’exemplaires vendus à travers le globe. Ce mouvement international s’inscrit dans les luttes en solidarité avec le peuple palestinien ainsi que dans les mobilisations contre Trump du mouvement « No King » aux États-Unis ou dans le « Bloquons tout » du 10 septembre ici, dans la remontée internationale des luttes de classes.
La théorie de la révolution, le marxisme, s’apprend et renaît à travers l’histoire et la mondialisation des luttes de classes
Ce mouvement mondial est bien celui du prolétariat, il apporte une force nouvelle et l’imagination nécessaire pour faire revivre les idées du marxisme caricaturées puis étouffées par les réformistes sociaux-démocrates ou staliniens voire résumées, sous la pression du recul, à des dogmes par bien des révolutionnaires. Le marxisme retrouvera sa dynamique à travers l’émergence de nouvelles luttes contestant les fondements mêmes de l’ordre capitaliste, émergence inexorable tant il est vrai, comme l’a montré Marx, que le capitalisme lui-même est en permanente transformation sous la pression de la course au profit et de la concurrence, subvertit les institutions, crée instabilité et déséquilibre pour œuvrer aux conditions mêmes de son propre renversement.
Les mouvements insurrectionnels des derniers mois montrent que renverser un gouvernement, changer une constitution ou faire tomber un régime ne suffisent pas à transformer les structures économiques, étatiques, militaires et idéologiques de la domination, les structures profondes du pouvoir, les rapports entre les classes.
Ils montrent que la révolution est nécessairement un processus qui se déploie dans une multitude d’événements, d’actions, d’idées, de sentiments à travers lesquels les masses se transforment et subvertissent les rapports de domination pour conquérir le pouvoir social et politique.
A l’heure où, pour la première fois de l’histoire, la révolution se pose très concrètement et pratiquement en termes de révolution mondiale, la conquête du pouvoir par le prolétariat et ses alliés se pose en termes nouveaux dont la Commune de Paris de 1871 ou la Révolution russe de 1917 représentent les premières tentatives un moment victorieuses. Les révolutions à venir constitueront dans leur déroulement même à travers l’effondrement du capital de profonds processus de transformation des rapports sociaux, une prise en main collective des moyens de satisfaire les besoins élémentaires en prenant en main moyens de production et d’échanges pour instaurer le pouvoir démocratique des producteurs, un nouvel ordre économique socialiste.
Ce processus révolutionnaire a commencé à travers toutes les initiatives, les luttes, locales ou nationales, les révolutions qui se nourrissent les unes les autres, s’encouragent et se renforcent, prennent conscience d’elles-mêmes pour jeter les bases d’une nouvelle internationale.
Yvan Lemaitre



