Le débat budgétaire a commencé lundi dernier à l’Assemblée. Lecornu, impuissant devant la censure, voudrait contraindre les députés à « prendre leurs responsabilités », c’est-à-dire leur faire avaliser l’essentiel de son budget de guerre contre le monde du travail.
Tractations secrètes entre groupes, petites négociations et chantages, faux-semblants et vraie farce, les partis donnent le spectacle ridicule d’une gué-guerre sans merci, alors que tous sont d’accord sur le fond pour faire payer la dette et les restrictions budgétaires aux travailleur·es et aux classes populaires, pour préserver les milliardaires et le grand patronat, au nom de la compétitivité des entreprises et de « l’intérêt national ».
Ils discutent tous des intérêts des possédants et des patrons, des tenants de l’économie, en toute indifférence des difficultés et des préoccupations du monde du travail et des conséquences de la régression sociale qu’ils organisent. Toute leur propagande vise à faire accepter l’idée qu’on ne peut pas toucher au capital, sous prétexte qu’il ne faudrait pas « mettre en péril l’économie » invoquant un mythe de classe qu’ils voudraient nous imposer, que ce sont les capitalistes qui créent les richesses et non celles et ceux qui produisent, les travailleur·es !
Macronistes, droite et RN exercent leur pression, celle de la dictature du capital contre le monde du travail. Le PS, fidèle à lui-même, serviteur de l’ordre établi, qui a négocié avec Lecornu la promesse de suspension de la réforme des retraites contre la non-censure, et à la condition que le gouvernement fasse au moins mine de taxer les ultra-riches avec la taxe Zucman, s’est au final replié sur une version « light » vidée de tout contenu... sans plus de succès ! La gauche jusqu’à LFI, intégrée à l’ordre social capitaliste, s’inscrit dans cette logique qui s’incline devant le grand patronat et l’économie nationale. Tous craignent l’explosion de la révolte du monde du travail.
Hypocrisie et faux-semblants
Il est peu probable que la mascarade parlementaire aboutisse à un accord et la farce pourrait bien se terminer par l’adoption du budget par ordonnances du gouvernement ou par la censure et sa chute. Les désaccords affichés ne sont qu’un écran de fumée. Aucune des mesures votées cette semaine ne remet en cause les privilèges des grandes fortunes ni le gigantesque transfert de richesses du travail vers le capital qui s’opère depuis des dizaines d’années.
La prolongation de la surtaxe sur les bénéfices des grands groupes, la taxe sur les multinationales et l’augmentation de la taxe Gafam sont bien incapables d’inverser la logique de prédation du capital sur les finances publiques et sur le travail. Le MEDEF qui crie au « délire fiscal » peut se réjouir de la poursuite de la baisse de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) en vue de sa suppression d’ici 2027 et du maintien du crédit impôt-recherche, une des plus grosses niches fiscales dont bénéficie le grand patronat. On est loin de la politique dite confiscatoire contre laquelle il s’insurge !
Le contre budget ultra-libéral du RN pour satisfaire les milliardaires et les patrons
Jeudi, à la farce du débat budgétaire s’est ajouté le sinistre du vote raciste aux relents coloniaux de l’abolition de l’accord franco-algérien de 1968 qui favorisait l’immigration, la circulation et le séjour en France des algériens. Ce premier texte du RN à être voté à l’Assemblée -une victoire « historique » selon Marine Le Pen- auquel se sont ralliés l’UDR de Ciotti et des députés de LR et Horizons, concrétise les avancées de l’union réactionnaire des droites dont Le Pen et Bardella rêvent de prendre la tête.
Le RN s’affiche comme le parti de l’ordre pour servir au pouvoir le grand patronat et les classes dominantes et il cherche à faire oublier quelques moments d’égarement, de démagogie sociale en multipliant les gages de responsabilité à leur égard. Son contre budget, programme ultra-libéral, s’oppose à toute hausse d’impôt sur les profits des entreprises. Et s’il a voulu continuer à donner quelque peu le change en votant la taxation sur les rachats d’actions, il s’est opposé à toutes les mesures de taxation des entreprises et des ultra-riches : la taxe Zucman -« c’est non, ni light ni hard, rien du tout » a clamé Marine Le Pen-, le relèvement de la flat tax sur les profits des entreprises, la révision du pacte Dutreil qui exonère la transmission d’entreprise. « Notre pays est en train d’étouffer sous les normes et les taxes », a dénoncé Jordan Bardella.
C’est sur les dépenses de l’Etat que le RN compte récupérer les milliards pour payer la dette, aux dépens des travailleur·es et des classes populaires. Il propose 36 milliards de plus que Lecornu à récupérer sur les dépenses de l’Etat, en tapant sur les plus pauvres, les étranger·es, les immigré·es, en taillant à la serpe sur toutes les aides sociales, l’hébergement d’urgence, les subventions aux associations. Ce serait une accélération sans précédent de la régression sociale alors que 900 personnes sans logement sont mortes en France en 2024.
Son appétit de pouvoir pour servir le grand capital, son cynisme se révèlent à ceux qui auraient pu croire à ses discours démagogiques anti-système, de justice sociale et fiscale, de prétendue défense des classes populaires. Il est leur pire ennemi.
Ras le bol de leur politique « confiscatoire » contre les travailleur·es
En participant à la comédie des amendements, et en se félicitant d’avoir fait voter l’augmentation de la taxe GAFAM et une taxe exceptionnelle sur les superdividendes, LFI participe du mensonge qui consiste à laisser croire qu’il pourrait y avoir un budget de justice sociale et fiscale sans remettre en cause le capitalisme. Sa politique, qui s’inscrit parfaitement dans le système, comme la relance par la consommation et l’investissement, l’augmentation du budget militaire ou le paiement de la dette, ne peut elle aussi être financée que par un budget d’austérité drastique contre le monde du travail. Une nécessité pour la bourgeoisie qui ne maintient ses profits face à la concurrence capitaliste mondialisée qu’en surexploitant les travailleur·es et perfusée par les finances publiques qui lui procurent en prime la rente des intérêts de la dette.
Les dizaines de milliards de subventions et d’exonérations au grand patronat, à la base de la politique de l’offre et du « ruissellement » menée par tous les gouvernements de droite et de gauche n’ont eu aucun effet sur les emplois et les salaires. « Le ralentissement observé en 2024 se confirme » a annoncé Bercy. Les fermetures d’entreprises et licenciements se multiplient. La CGT dénonce une vague de plans sociaux, 444 enregistrés depuis juin 2024, dont 325 dans le seul secteur industriel et estime que 30 000 emplois sont directement menacés dans les mois qui viennent.
Le budget de la sécu, qui sera discuté à l’Assemblée la semaine prochaine, prévoit aussi de s’en prendre aux malades, aux plus pauvres… 7,1 milliards d’économies sur les prescriptions d’arrêts maladie dont la durée sera plafonnée, les franchises sur les médicaments, les consultations médicales… et le gel de l’ensemble des retraites de base et des prestations sociales en 2026.
Le Parlement débat des intérêts des possédants, organisons-nous pour discuter de la défense de nos intérêts en toute indépendance de classe
Le grand absent du débat parlementaire est le monde du travail, les besoins de celles et ceux qui produisent tout et font tourner la société, irréconciliables avec la logique du profit et la domination du capital.
Ceux qui prétendent être les seuls à même de diriger l’économie sont ceux-là mêmes qui sont responsables de la régression sociale, du militarisme et de la guerre, des menaces de krach financier, de la destruction de la planète. Il est nécessaire qu’en toute indépendance du cirque parlementaire et des partis institutionnels, les travailleur·es discutent de leurs propres intérêts de classe, qu’ils s’organisent et créent leur propre parti pour imposer l’annulation de la dette, l’expropriation des banques et des grandes entreprises, pour mettre l’ensemble des richesses produites au service de la collectivité, hors de toute logique de profit. En réponse à la passivité complice des directions syndicales, il n’y a pas d’autre voie pour nous faire entendre et inverser le cours des choses, renverser la table.
Le cirque politicien qui se joue à l’Assemblée entre partis dont aucun ne remet fondamentalement en cause le droit des milliardaires et du grand patronat à diriger l’économie et la domination du capital accélère l’évolution des consciences, les ruptures, et fait avancer l’idée qu’il n’y a pas d’autre issue qu’en prenant nous-mêmes en main, aujourd’hui, la direction de nos mobilisations et de nos luttes, pour vaincre l’offensive de l’union des droites, l’extrême-droite et leurs idéologies réactionnaires, le militarisme et la guerre, mettre fin au hold-up des milliardaires sur les richesses de la société, pour nous préparer à prendre en main la direction de la société.
Christine Héraud



