La Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie et le Portugal ont officiellement annoncé leur reconnaissance d’un État palestinien, avant que Macron ne le fasse pour la France le 22 septembre à l’occasion de la Conférence internationale sur le Proche-Orient la veille de l’ouverture de la 80èmeAssemblée générale des Nations Unies à New York. Cette conférence est l’aboutissement d’une initiative diplomatique impulsée par la France avec l’Arabie saoudite et des pays arabes, opération diplomatique qui vise à permettre à la France de garder un rôle au Moyen-Orient en jouant un double jeu qui convient si bien à Macron instrumentalisant le drame palestinien pour négocier sa place entre ses amis sionistes et américains et les États arabes.

Cette reconnaissance tardive d’un État palestinien dont Netanyahou est en train de détruire la possibilité même, présentée comme une défense d’une « solution à deux États » à la guerre d’Israël dénommée « conflit israélo-palestinien » constitue une tromperie cynique, une falsification historique. Elle constitue une tentative vaine de la part de Macron, Starmer en Grande-Bretagne ou Carney au Canada de donner le change face à l’indignation et la colère, la révolte que suscite le génocide et que les uns et les autres continuent de réprimer.

Plus de 61 000 Palestiniens sont morts dans les opérations qui ont réduit la bande de Gaza à un champ de ruines. Plus de 100 000 personnes ont été blessées et plus de 14 000 sont portées disparues ou présumées mortes. Des quartiers entiers ont été rasés. Des hôpitaux, des écoles et des abris des Nations unies ont été détruits.

La semaine dernière, une commission spéciale de l’ONU elle-même a déclaré Israël coupable de génocide à Gaza.

En Cisjordanie, les colons fascistes ont systématiquement renforcé leur présence sous la protection du gouvernement d’extrême droite de Nétanyahou. Des centaines de Palestiniens ont été tués par les Forces de défense israéliennes (FDI) et les colons au cours des deux dernières années.

Alors que l’État sioniste avec à ses côtés les USA et soutenu par toutes les puissances occidentales, engage son armée dans la phase finale, selon ses propres mots, du génocide à Gaza, ces dernières tentent de se laver les mains du sang palestinien. La France, zélée, manœuvre pour trouver son rôle dans un futur Moyen-Orient soumis à la domination armée d’Israël et des USA.

Fermant les yeux sur le drame des Gazaouis, les différents chefs de gouvernement ont osé présenter leur annonce comme une étape « historique » vers l’instauration de la paix au Moyen-Orient. Ils ont tous évité le terme « génocide » construisant une réalité virtuelle qui serait la coexistence de deux États, mythe impossible du fait de la réalité historique dont ils portent, depuis la formation par le feu et le sang de l’État sioniste, l’entière responsabilité. La cohabitation entre l’État impérialiste d’Israël et sa colonie palestinienne est nécessairement une impasse sanglante.

Macron fait la leçon au monde en rêvant de prendre rendez-vous avec l’histoire

« Nous sommes là car le temps est venu. Le temps est venu de libérer les 48 otages détenus par le Hamas. Le temps est venu d’arrêter la guerre, les bombardements à Gaza, les massacres et les populations en fuite. Le temps est venu car l’urgence est partout. Le temps de la paix est venu, car nous sommes à quelques instants de ne plus pouvoir la saisir », a sentencieusement déclamé à la tribune de l’ONU Macron annonçant la reconnaissance de l’État palestinien par la France et présentant la feuille de route qui l’accompagne. Cette dernière est une déclaration conjointe, préparée avec des pays arabes (Egypte, Jordanie, Qatar, Ligue des Etats arabes) ainsi que l’Indonésie et la Turquie lors d’une conférence à New York fin juillet, à l’initiative de la France et de l’Arabie saoudite.

La reconnaissance d’un État palestinien est conditionnée à la « démilitarisation » de la bande de Gaza, à l’établissement de l’Autorité palestinienne à Gaza et fait du 7 octobre le point de départ et la justification des massacres en cours. « La solution à deux Etats » est en fait un plan pour une paix impérialiste qui ne respecte en rien les droits du peuple palestinien dont il n’est pas question.

Ce dit État ne serait qu’un protectorat sous contrôle impérialiste dont la population serait désarmée et livrée à la merci de l’État sioniste armé jusqu’aux dents.

Macron se moque du sort des Palestiniens. Son objectif est de se repositionner lui-même pour préparer la suite de sa carrière politique à la veille de sa chute annoncée et surtout de travailler pour les groupes capitalistes français dans la région alors que les pays arabes sont pris entre leurs peuples, leurs propres intérêts, Israël et les USA. Tout naturellement, il s’est associé à l’Arabie saoudite qui vient de signer un pacte nucléaire avec le Pakistan et joue sa propre carte face à son allié les USA. En reprenant la « politique arabe » de la France depuis De Gaulle, Macron pense aux retombées pour les capitalistes français au Liban, en Syrie et ailleurs dans la région tout en prenant date pour la suite...

Netanyahou : « Un Etat palestinien serait un « suicide national » pour Israël »

Netanyahou, vendredi, à la tribune de l’ONU devant une assemblée clairsemée, après avoir récusé les « fausses accusations de génocide » n’a laissé aucun doute sur ses intentions dans un discours retransmis par hauts-parleurs dans la bande de Gaza pour que les otages l’entendent. « Nous ne nous reposerons pas tant que vous ne serez pas tous rentrés à la maison », a-t-il lancé avant de faire l’éloge de sa guerre : « Pendant l’année passée, nous avons frappé les houthistes, y compris hier, nous avons écrasé l’essentiel de la machine terroriste du Hamas, nous avons estropié le Hezbollah, en éliminant la plupart de ses dirigeants et une grande partie de son arsenal ». Et de marteler : « Un Etat palestinien serait un « suicide national » pour Israël. Nous ne l’accepterons jamais ».

Contrairement à ce que prétendent les critiques d’Israël, la fuite en avant guerrière de Netanyahou et de Trump n’est pas une mégalomanie monstrueuse sans but. Elle combine la logique expansionniste, colonisatrice du sionisme et les ambitions impérialistes des USA de la même façon qu’à ses origines le sionisme conciliait son propre projet colonial avec celui de la Grande-Bretagne comme de la France. Le génocide s’accompagne d’une extension de la guerre de l’Iran jusqu’au Yemen menaçant l’ensemble des pays de la région. « Les leaders arabes et musulmans, a développé Netanyahou, savent les avantages qu’il y a à collaborer avec Israël, pour bénéficier de ses technologies de pointe, la santé, la médecine, l’agriculture, je pense que dans les prochaines années, le Moyen-Orient sera complètement changé. Ceux qui veulent faire la guerre contre nous ne seront plus là demain et des faiseurs de paix les remplaceront. Ce sera particulièrement le cas en Iran ».

Il reprend l’imposture de Trump de la paix par la force, la partage ainsi que ses objectifs. L’un et l’autre inscrivent leur guerre génocidaire dans la continuité des accords d’Abraham conclus en 2020 lors du premier mandat de Trump visant à façonner une zone économique et commerciale au Moyen Orient dont Israël enfin reconnu par les États arabes serait la puissance dominante. Ce projet présenté par Netanyahou en conclusion de son intervention comme l’aboutissement de sa guerre génocidaire ne pouvait se réaliser sans avoir trouvé une solution à la question palestinienne, la solution finale.

Les USA et Wall Street contre les peuples et la planète

Lors de sa grotesque intervention d’une heure à l’ONU, Trump s’est abstenu d’insister sur sa condamnation de la reconnaissance de l’État palestinien ni sur sa propre responsabilité dans le génocide des Palestiniens, dans l’armement d’Israël et sur les encouragements qu’il donne au régime de Netanyahou.

Son discours était bien plutôt une déclaration de guerre au monde qui a ciblé l’ONU, le multilatéralisme, l’Europe et les migrants. « Non seulement l’ONU ne résout pas les problèmes, mais en plus elle en crée de nouveaux », a-t-il accusé en évoquant « les migrations incontrôlées ». Elle « finance un assaut sur les pays occidentaux et leurs frontières [...] Il est temps d’arrêter l’expérience ratée des frontières ouvertes ».

Dans la droite ligne du discours de la conférence de sécurité de Munich du vice-président J.D. Vance, il a dénoncé « les étrangers qui se ruent sur l’Europe ». Les pays européens « vont droit en enfer » à cause de leurs politiques migratoires. Poursuivant, « J’aime l’Europe. Je m’inquiète pour l’Europe, dévastée par l’énergie et l’immigration », « Le changement climatique est la plus grosse arnaque du monde, l’empreinte carbone est un enfumage », se félicitant que les USA se soient retirés des accords de Paris.  « Vous avez besoin de frontières fortes et de sources d’énergie traditionnelles si vous voulez être forts ».

Il a franchi un nouveau pas dans sa volonté de se décharger de la guerre par procuration contre la Russie passant la main à l’Europe. « Je pense que l’Ukraine, avec le soutien de l’Union européenne, est en mesure de se battre et de reconquérir toute l’Ukraine dans sa forme originale. » « Poutine et la Russie ont de gros soucis économiques, et il est temps pour l’Ukraine d’agir » « Nous allons continuer à fournir des armes à l’Otan pour que l’Otan en fasse ce qu’elle veut. Bonne chance à tout le monde ! »  Sans oublier de menacer Moscou de sanctions économiques beaucoup plus agressives afin d’assurer aux USA une plus large part du marché du pétrole et du gaz...

L’Organisation des nations capitalistes désunies impuissantes face à la crise politique internationale

Trump a déployé ses invectives et son agressivité pendant une heure sans que s’élève la moindre protestation ni le moindre murmure dans une assemblée tétanisée qui l’a applaudi. Seule contestation bienvenue, le « triple sabotage » d’un escalator qui s’est arrêté, d’un téléprompteur défectueux et d’une sonorisation tout aussi défectueuse !

Autant dire ou répéter, s’il en est besoin, que la défense des droits du peuple palestinien ne viendra pas de cette Assemblée qui a voté des dizaines de résolutions à l’image de celle du 18 septembre 2024 qui exigeait qu’Israël « mette fin à sa présence illégale dans le territoire palestinien occupé » sans le moindre effet.

Le génocide du peuple palestinien sera aussi l’effondrement des prétentions et justifications politico-morales de l’ordre mondial façonné par les USA et leurs alliés au lendemain de la Seconde guerre mondiale. L’ONU avait pour mission de promouvoir la paix américaine source de justice et de progrès, une propagande impuissante dans la réalité des affrontements internationaux, masque de la coalition des impérialismes contre l’URSS et de l’expansion économique et militaire des USA à travers les guerres coloniales puis l’offensive libérale et impérialiste qui a produit la mondialisation.

L’État de Palestine désormais reconnu par 158 des 193 États membres de l’ONU reste et restera une fiction ayant statut d’observateur permanent aux Nations unies à condition que les USA veuillent bien accorder à ses représentants un visa !

Cet ordre mondial dont l’ONU était le décorum démocratique et pacifique est dépassé et cède la place à la guerre commerciale, technologique et militaire des USA pour perpétuer une domination tout aussi dépassée qui n’a que faire de ce décorum alors que l’ONU n’est pour lui qu’une tribune pour sa propagande agressive, nationaliste, raciste, xénophobe et militariste.

L’ONU n’est plus que le symbole en ruines de la nécessité impérieuse d’un parlement mondial capable de gouverner démocratiquement la planète. Il n’a jamais existé car il est incompatible avec la domination de la propriété privée capitaliste et des États nationaux qui la protègent.

Pour une fédération des nations unies socialistes

Derrière le théâtre d’ombre qu’est l’Assemblée générale de l’ONU et ses décisions symboliques et hypocrites au mieux impuissantes, la reconnaissance de l’État palestinien est le résultat de l’indignation, la colère, de la révolte qui s’expriment sur toute la planète, le produit du rapport de force international créé par le peuple palestinien et le mouvement de solidarité.

La grève générale et les puissantes manifestations qui ont eu lieu en Italie, l’appel des dockers de Gênes aux syndicats de dockers des ports du monde entier, sont l’expression la plus puissante de cette solidarité internationale.

C’est bien le prolétariat du Moyen Orient qui a la force de construire un État palestinien laïc, démocratique où juifs et arabes pourraient vivre ensemble.

C’est bien le prolétariat mondial qui a la force de mettre fin au génocide, de mener le combat pour la paix de la même façon qu’il a la force de mater l’extrême droite qui se profile partout en Europe dans la foulée de la victoire de Trump et l’offensive sioniste. La militarisation de la société et l’offensive contre les droits des travailleur·es pour financer les profits et la guerre, la politique et la propagande anti-immigré·es renforcent l’extrême droite, seule réponse du point de vue de la bourgeoise à sa crise sociale et politique.

Il est illusoire de penser pouvoir enrayer ce processus réactionnaire et militariste au niveau des institutions tant nationales qu’internationales.

La solidarité internationale avec le peuple palestinien, avec les travailleur·es ukrainien·nes et russes, la guerre contre la guerre trouvent leur énergie, leur puissance dans la crise sociale et politique internationale dont la 80ème Assemblée de l’ONU a donné le spectacle.

Les mêmes processus qui poussent les puissances capitalistes à la guerre s’accompagnent d’une intensification de la guerre de classe à l’échelle internationale qui porte en elle la révolution sociale qui construira un nouvel ordre mondial, une fédération des États socialistes du monde.

Yvan Lemaitre

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