« Le roi est nu = Macron a Lecornu », une pancarte résumait ainsi le nouvel épisode de la farce parlementaire et de l’effondrement de la macronie après la nomination de l’ex-ministre des armées, auteur du livre « Vers la guerre ? La France face au réarmement du monde » comme Premier ministre de Macron, le cinquième depuis le début de son second quinquennat en 2022. Fidèle d’entre les fidèles, il promet une politique de « rupture », rupture avec lui-même et son ex-gouvernement, c’est-à-dire la poursuite de l’austérité pour les profits et la guerre qui sera la politique de son proche successeur si la rupture cède la place à la censure comme le promet l’ambitieux Bardella...

La fin sans gloire de Bayrou tentant de désamorcer la mobilisation annoncée du 10 est le prologue de la fin sans gloire de la macronie dont chaque geste ne fait que souligner le cynisme et l’hypocrisie, le mépris du monde du travail, la violence de classe revendiquée contre lui. Le cirque politique est d’autant plus grotesque qu’il s’accompagne d’un déploiement policier orchestré par le sinistre Retailleau, ministre démissionnaire soucieux d’occuper la une. La poursuite de la politique d’austérité pour les profits et la guerre s’empresse de démontrer qu’elle entend s’imposer, maintenir son ordre haï par la force.

Ils n’ont pas réussi, malgré la complicité active des médias aux ordres, à étouffer la colère ni à intimider, ne faisant que souligner leur panique devant la jeunesse et le monde du travail dont ils craignent l’exaspération. Les seuls chiffres que Retailleau retient de la journée du 10, c’est le nombre d’interpellations et de gardes à vue, sa fierté ridicule à l’image de l’étroitesse du personnage !

250 000 manifestants, plus de 200 rassemblements, des milliers d’actions, de blocages malgré le quadrillage policier, la grève, des facs et des lycées bloqués, la diversité et la richesse, la spontanéité, le brassage générationnel et politique, organisationnel, font de la journée du 10 un moment inédit, radical, expression du mûrissement de la colère et de la révolte, une aspiration à tout changer qui rejette les Macron, Lecornu, Retailleau, Bardella et autres ainsi que leurs commanditaires du CAC 40.

L’irruption militante indépendante des appareils

Le mouvement tire son originalité de la dynamique à la base qui a fait son succès, encouragé des militant·es syndicalistes, des sections syndicales voire des fédés CGT à s’y engager et a contraint les bureaucraties syndicales à appeler à la grève le 18 septembre, en pleine crise politique, un contre-feu contre le 10 qui devient, de fait, une nouvelle étape de la mobilisation... La montée de la colère populaire, ouvrière qu’exprimait et encourageait l’appel au 10 a eu raison de Bayrou précipitant lui-même sa chute et a bousculé le calendrier de l’Intersyndicale contrainte de proposer une date de mobilisation anticipée pour tenter de reprendre la main.

Cette dynamique s’est concrétisée mercredi à travers tout le pays le jour même où Lecornu prenait ses fonctions… Elle est portée par le refus de payer la dette qui alimente les grandes fortunes et dont les intérêts constituent une rente pour les parasites de la finance, par le refus d’insupportables inégalités, du chômage, de la précarité, des bas salaires, la ruine de la santé et de l’école, le refus de leur guerre et du réarmement, du militarisme. « Faire payer les riches » a la force d’une évidence ainsi que faire converger la mobilisation avec d’autres luttes d’émancipation, féministes, écologiques, internationaliste contre le génocide du peuple palestinien, la guerre en Ukraine, la montée du militarisme.

Une crise sociale et politique qui conduit à l’affrontement de classe

La dynamique militante qui a porté le 10 résulte de la prise de conscience que la crise sociale et politique ne trouvera de réponse institutionnelle, parlementaire que dans de nouvelles manœuvres politiciennes contre la population, les travailleur·es, pour servir le CAC 40, mener la guerre commerciale et la guerre au détriment de toute la société.

Entre 1998 et 2021, le patrimoine brut moyen des 10 % les plus pauvres a baissé de 54 % en euros constants, alors que celui des 10 % les plus riches a augmenté de 94 %, selon l’Insee, et depuis 1996, le patrimoine des 500 plus grandes fortunes a été multiplié par 14. La fortune du top 500 équivaut à plus de 40 % du PIB annuel, contre 6 % en 1996.

L’envie d’agir se nourrit de l’idée que cette régression est sans fin. Elle tire les conclusions politiques concernant la gauche politique et syndicale, les partis du Nouveau Front populaire (NFP) qui ont sauvé Macron après la dissolution et les élections législatives et saboté la mobilisation contre la réforme des retraites. Aujourd’hui encore, Faure et le parti socialiste sont tout disponibles à sauver encore Macron en échanges de petites ruptures....

Nous ne pouvons accorder aucune confiance aux dirigeants de cette gauche politique et syndicale. Leurs cerveaux dominés par l’idéologie et les mécanismes de domination du capital, prisonniers du nationalisme et de l’esprit de collaboration de classe ou de dialogue social est incapable d’imaginer un autre système que celui qui est le théâtre de leurs luttes de pouvoir et de leur carriérisme, de la défense de leurs intérêts d’appareils.

Ils sont totalement intégrés au système et incapables de comprendre que la folle fuite en avant du capitalisme pour sauver ses profits conduit la société dans le mur, nous sacrifie à la défense de leurs privilèges exorbitants et absurdes. Incapables de penser, d’anticiper l’inévitable affrontement qui mûrit et pose nécessairement la question de la lutte pour le pouvoir des travailleurs, pour exproprier les détenteurs du capital, annuler la dette et mettre en place un monopole public bancaire, avancer vers le socialisme, ici, au niveau européen et mondial.

S’organiser, faire notre politique, ne pas laisser les appareils reprendre la main

La réussite du 10 ouvre des perspectives, donne à voir la capacité des travailleur·es, de la jeunesse, des femmes, même si la majorité d’entre eux restent encore attentistes, à bousculer la donne quand ils interviennent avec leurs propres armes, pour mener leur propre politique et s’inscrit dans une bataille à long terme pour inverser le rapport de force, prendre l’initiative pour apporter la seule réponse progressiste à la faillite des classes dominantes, le pouvoir démocratique et révolutionnaire des travailleur·es. C’est nous qui travaillons, c’est nous qui décidons !

Pas plus que Macron n’est prêt à se laisser destituer, les classes possédantes ne sont prêtes à se laisser déposséder de leur pouvoir, de leur propriété capitaliste. Pour elles, la prochaine étape est le renforcement de leur dictature économique par une dictature politique à laquelle postulent les Retailleau-Bardella.

Enrayer le processus en cours dont les USA de Trump donnent une image est une lutte sociale et politique étrangère aux manœuvres parlementaires et luttes de pouvoir au sein des institutions bourgeoises, elle est une lutte de classe politique qui se mène sur tous les terrains. 

Nous ne connaissons pas les rythmes de l’évolution de la crise sociale et politique ni des capacités des travailleurs à y intervenir avec leurs propres objectifs pour la transformation démocratique et révolutionnaire de la société mais nous sommes certains qu’il n’y a pas de marche arrière possible. La guerre sociale, commerciale, militaire engagée ne peut trouver un terme que dans l’intervention directe, pour leur propre compte, des travailleurs et des peuples.

Cette perspective implique de renforcer l’indépendance et la rupture d’une fraction du mouvement ouvrier avec les illusions du dialogue social et des luttes parlementaires pour faire vivre la démocratie, nous organiser sur les lieux de travail, discuter et décider des suites du mouvement, de notre politique. Faire vivre la démocratie pour construire le rassemblement du monde du travail pour défendre ses propres intérêts et revendications en toute lucidité sur la politique de la minorité capitaliste et parasite, l’oligarchie des milliardaires.

Yvan Lemaitre

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