Apparu sur les réseaux sociaux mi-juillet, immédiatement après l’annonce par Bayrou du projet de budget 2026, l’appel à tout bloquer le 10 septembre, sa réussite, sont devenus en quelques semaines un objectif pour toutes celles et ceux qui veulent mettre un coup d’arrêt à la régression sociale et à l’arrogance réactionnaire des parasites milliardaires et de leurs serviteurs.
Il reçoit un large soutien dans le pays, est aujourd’hui pris en main par de nombreuses structures syndicales, militantes, associatives et, un peu partout, il est préparé par des assemblées qui se donnent l’objectif d’en assurer le succès, de discuter les moyens de lutte, les revendications à mettre en avant et de préparer la suite.
Une mobilisation partie de la base qui bouscule les appareils et fait peur au pouvoir
Les dirigeants syndicaux étaient restés l’arme au pied après la déclaration de guerre du projet de budget 2026, calant une « rentrée sociale » sur l’agenda parlementaire début octobre. L’appel pour le 10 septembre, émanant de la base, bouscule le train-train habituel des rentrées syndicales et par son caractère contagieux menace le pouvoir d’une véritable explosion sociale.
Macron n’a pas oublié les Gilets jaunes, sa panique lorsque le mouvement prit un tour quasi-insurrectionnel lors de la première semaine de décembre 2018, qui plus est rejoint par la jeunesse des lycées. La répression fut violente, des milliers d’arrestations et des milliers de blessés. Le 3 décembre, 150 lycéens de Mantes-la-Jolie étaient interpellés, menottés, et contraints de rester agenouillés mains sur la tête sous la surveillance de policiers armés pendant plusieurs heures. Le 8 décembre, les blindés furent déployés à Paris et 100 000 policiers et militaires dans tout le pays. Le pouvoir put aussi compter sur les dirigeants syndicaux qui non seulement avaient affiché leur mépris à l’égard du mouvement alors même que nombre de leurs militants y participaient mais déclarèrent soutenir le gouvernement lors d’une réunion des partenaires sociaux le 10 décembre.
Macron n’a pas oublié non plus comment, en 2019, un appel lancé par des grévistes de la RATP en septembre avait débouché à partir du 5 décembre sur le mouvement dynamique et contagieux contre le projet de réforme des retraites à points, dont l’élan fut interrompu par l’épidémie de COVID et le confinement à partir de mars 2020.
Sa cote de popularité au plus bas, détesté, ses ambitions internationales réduites à flagorner Trump et ramenées au format de puissance de seconde zone qu’est la France, un supplétif des Etats-Unis, le roi est nu. Le président des riches rêve désespérément de garder Bayrou, a-t-il dit, jusqu’en 2027. La crise sociale et politique qui connaît un nouveau développement pourrait bien devenir son cauchemar...
Avec Macron, Bayrou and co, le plan du CAC40
Pendant tout l’été, Bayrou a préparé les suites du budget 2026, une éventuelle concertation entre partenaires sociaux sur la mise en œuvre de la suppression des deux jours fériés et sur une nouvelle réforme de l’assurance chômage, ainsi que de nouvelles réductions budgétaires dans les hôpitaux. Il est même envisagé d’économiser sur les aides à l’autonomie qui bénéficient aux personnes âgées ou en situation de handicap.
Et ce n’est pas fini, la réduction des dépenses publiques de 43,8 milliards d’euros en 2026 n’est que la première étape d’un « plan pluriannuel de retour à l’équilibre de la dette sur 4 ans ». L’objectif est de réduire le déficit à 4,6 % en 2026, 4,1 % en 2027, 3,4 % en 2028 et 2,8 % en 2029. Le tout en augmentant de plus de 6 milliards par an le budget militaire et en continuant à perfuser le capital à hauteur des 211 milliards d’argent public minimum qui lui sont alloués chaque année.
Cette feuille de route répond aux demandes et aux intérêts du capital qui, plongé dans la concurrence internationale aggravée ces derniers mois par l’offensive américaine de Trump, a besoin d’intensifier l’exploitation des salariés, d’augmenter le pillage de l’État et de préparer le pays à la guerre pour la défense des intérêts des multinationales françaises.
Que Bayrou, et même Macron, soient contraints de partir ne changerait rien à leur plan contrairement à ce que prétend la gauche. Macron n’est que le continuateur de sa propre politique commencée avant 2017 quand il se disait de gauche et était ministre de l’Économie du gouvernement Valls sous la présidence de Hollande ! La loi Travail de la ministre El Khomry n’était que la reprise de celle de Macron qui n’a fait que poursuivre et accentuer l’offensive contre le monde du travail pour le compte du Medef. Si la mobilisation de 2016 n’a pas pu mettre un coup d’arrêt à cette politique, elle a été le début d’une remontée des luttes et une nouvelle génération militante y a fait ses armes en gagnant son indépendance vis-à-vis de la gauche syndicale et politique. La bataille qui s’engage en cette rentrée est pour nous une nouvelle étape dans la prise en main de nos affaires, le contrôle et la direction de nos luttes.
Notre force, la convergence de nos colères, notre organisation démocratique sans craindre l’affrontement annoncé
Les directions syndicales, bousculées par le succès de l’appel au 10 septembre ont prévu de se réunir plus tôt que prévu en intersyndicale le 1er septembre. Elles espèrent garder le contrôle du mouvement. La CFDT pousse le cynisme jusqu’à organiser pour sa rentrée le 26 août une conférence sur le travail à laquelle est invité... Bayrou. Pour la CGT, dont les instances doivent décider la semaine prochaine d’appeler ou non au 10, Sophie Binet a jugé sur France Inter vendredi que l’appel est « encore totalement nébuleux et sur les modes d'action et sur les revendications »… « le 10 septembre peut être une étape mais il faut construire d'autres perspectives ».
Du côté des partis de gauche, Mélenchon se prononce pour la grève générale le 10 septembre parce que, explique-t-il, « le 23 septembre, nous déposerons la motion de censure pour faire tomber le gouvernement de M. Bayrou », le PC et Les Ecologistes ont annoncé qu’ils soutenaient le mouvement et le PS le rallie pour, comme l’a dit Faure, « lui offrir un débouché politique qui ne soit pas celui de l’extrême droite ».
Tous au sein de la gauche ne conçoivent leur action qu’à l’intérieur de limites qui ne risquent pas de remettre en cause l’ordre social existant, les luttes, les mobilisations n’étant destinées qu’à appuyer leur position de partenaires sociaux ou, pour les partis, leur bataille parlementaire de la rentrée en octobre, le vote d’une motion de censure contre le gouvernement dans le but de préparer les échéances électorales à venir.
De 1995 à aujourd’hui, selon le magazine Challenge du 10 juillet dernier, le nombre de milliardaires français est passé de 16 à 145 et leur patrimoine total de 80 milliards à 1128 milliards d’euros. Cet énorme transfert de richesses est le résultat de toutes les politiques gouvernementales depuis 30 ans, de droite ou de gauche. Derrière les discours démagogiques flattant le mécontentement et les colères, la gauche, y compris LFI prisonnière des institutions et du système, sera incapable, demain, si elle revenait aux affaires, de rompre avec son passé pour remettre en cause le système.
C’est pourquoi nous avons besoin de nous organiser nous-mêmes, de nous donner notre propre parti en toute indépendance des appareils de la gauche syndicale et politique et de leur bataille institutionnelle.
La mobilisation pour faire du 10 septembre le début d’un mouvement de convergence de toutes les colères est décisive. Contrairement à ce que l’on entend dire, elle est une bataille politique, non pas politicienne, mais une bataille politique de notre camp, le camp des travailleurs qui ne doit pas se laisser enfermer dans des luttes syndicales sans issue. Notre combat contre le budget de Bayrou-Macron est politique, ce qui ne veut pas dire parlementaire. Il est un combat politique pour défendre nos intérêts de travailleur.es. L’injustice sociale grandissante, la catastrophe écologique, l’horreur et l’absurdité de la guerre, l’arbitraire de régimes policiers, la désinformation systématique, la menace de l’extrême droite nourrissent une révolte et des mobilisations sur des terrains et des thèmes différents mais qui découlent tous de l’organisation capitaliste de l’économie et de la société. Elles sont politiques et demandent une perspective politique, celle d’une lutte d’ensemble, démocratique pour en finir avec la dictature d’une minorité qui tient les rênes de l’économie et de la finance.
La seule force qui peut mettre en échec les politiques qui ruinent la société pour enrichir une minorité richissime parasitaire, c’est celle des travailleurs, des exploités, de la grande masse de la population qui font fonctionner d’ores et déjà toute la société. C’est à elles et eux de la diriger.
Galia Trépère



