« Un moment de vérité », « un moment historique », « où un peuple a rendez-vous avec lui-même »… Mardi dernier, Bayrou a enchaîné les formules grandiloquentes et catastrophistes pour présenter les grandes lignes du budget 2026, un nouveau plan d’austérité au service de la finance d’une brutalité inédite, 43,8 milliards d’économies au nom du combat pour en finir avec la « malédiction » de la dette, « un danger mortel », et pour financer le « réarmement » de la France.
Ce qui a suscité le plus de réactions, immédiatement après, c’est la suppression de deux jours fériés, le lundi de Pâques et le 8 mai, pour « combattre », a souligné Bayrou, le « désenchantement face au travail […] un ennemi public ». Cette provocation, saluée comme du « courage » par des commentateurs aux ordres, est un chiffon rouge, un leurre ou un ballon d’essai, peu importe, destiné à frapper l’opinion voire à tenter de la détourner du débat du fond. Elle ne fait que souligner le message et donne à voir la suite. Il faut travailler plus pour gagner moins et pas question de toucher un revenu si on ne travaille pas, il faut en finir avec trop de vacances, trop de congés, et de manière générale avec tout ce qui est solidarité ou protection sociale que les classes dirigeantes ont dû concéder dans le passé et qu’elles ont l’objectif de liquider aujourd’hui pour les besoins du capital en crise et aux prises avec une concurrence exacerbée.
Renforcer l’exploitation pour augmenter la perfusion du capital par l’argent public
Mais d’ores et déjà le budget 2026 est une attaque en règle contre les revenus de l’ensemble des travailleurs et en premier lieu des plus pauvres. Dans sa présentation du volet « Stop à la dette », Bayrou indique « que tout le monde devra participer à l’effort » en rajoutant immédiatement après que « le travail et la compétitivité de nos entreprises doivent être autant que possible épargnées », en langage clair, les dividendes des actionnaires des grands groupes capitalistes au profit de qui s’est faite l’augmentation faramineuse de la dette publique.
De 1995 à aujourd’hui, la dette publique française est passée de 751 milliards d’euros à 3345 milliards. Dans le même temps, comme l’indique le magazine Challenge du 10 juillet consacré au classement des 500 plus grosses fortunes de France, le nombre de milliardaires français est passé de 16 à 145 et leur patrimoine total de 80 milliards à 1128 milliards d’euros. Le montant officiel des aides publiques versées aux entreprises en 2024 établi par le rapport récent du Sénat, 211 milliards d’euros, est tellement énorme -et c’est un minimum- que Bayrou a été obligé de le citer dans son discours, tout en débitant la même fable comparant l’endettement public au « surendettement » des familles pour prélever dans nos poches 43,8 milliards d’euros. La réalité c’est ce que ce n’est pas « nous » comme le dit Bayrou, les travailleurs, qui sommes « accrocs à la dépense publique » mais bien les capitalistes !
Et Bayrou de prétendre que « l’année blanche », le gel l’an prochain de toutes les prestations sociales -minima sociaux, allocations familiales et allocation logement-, des revenus -salaires et pensions de retraite- des fonctionnaires comme également le gel du barème de l’impôt sur le revenu et de la CSG, seraient indolores ! Sauf que, même à 1 % d’inflation l’an prochain comme avancé par le gouvernement, c’est une baisse des revenus réels en pouvoir d’achat et une augmentation de l’impôt sur le revenu -en particulier pour une partie des retraités dont l’abattement de 10 % sera supprimé- et de la CSG.
Il faut y ajouter les conséquences des réductions sur le budget de l’Etat, suppression de 3000 postes de fonctionnaires et non remplacement d’un départ en retraite sur trois, suppression de 1000 à 1500 postes chez les opérateurs et agences de l’État -dont font partie entre autres France Travail, Météo France, CNRS, CEA, Anah…- et 5 milliards d’économies sur le budget de la Santé procurées par le doublement de 50 à 100 euros par an de la franchise à payer par les patients sur les médicaments et d’autres mesures encore à l’étude pour réduire la prise en charge des Affections longue durée, les dépenses des hôpitaux, le nombre et la durée des arrêts maladie, etc.
Il serait évoqué une « contribution des plus fortunés » mais gageons qu’elle sera on ne peut plus réduite si toutefois elle voit le jour alors que le patronat se félicite que ce budget le protège.
Le va-t-en-guerre Bayrou marche du même pas que Macron
« Je le disais, jamais, sans doute, notre liberté n’avait été si menacée, s’était exclamé Macron dans son discours aux armées le 13 juillet. Liberté des peuples attaqués par les impérialismes et les puissances d’annexion... »
Et Bayrou d’enchaîner dans le préambule de son discours le 15 juillet : « Le basculement du monde qui a commencé avec l’invasion de l’Ukraine par les armées de la Russie de Poutine nous a montré, avec d’autres, avec le 7 octobre, avec le drame à Gaza, que le monde était prêt à s’embraser. Et on nous annonce régulièrement des mouvements de cet ordre du côté de la mer de Chine. Et nous avons vu récemment, avec le conflit opposant l’Iran à Israël, que tout cela était en train de devenir une règle générale pour, hélas, toutes les régions de notre planète. »
L’un comme l’autre sonnent l’alarme en invoquant leurs propres guerres et celles de leurs alliés pour nous enrôler dans leur guerre économique due à l’exacerbation de la concurrence mondiale et leurs guerres tout court, dans le cadre de l’offensive des vieilles puissances occidentales derrière les Etats-Unis contre leurs rivales. La Russie, la Chine, l’Iran, la Corée du Nord deviennent un nouvel « Axe du Mal » pour reprendre les mots de Bush après le 11 Septembre. Afin de justifier leur propre militarisme, ils construisent une menace, un ennemi comme l’était autrefois l’URSS, comme l’était et l’est encore le terrorisme et maintenant la Russie.
Dans l’environnement mondial devenu encore plus instable du fait de la guerre commerciale déclenchée par Trump dans le cadre de la concurrence capitaliste mondialisée, des menaces de récession, le gouvernement appelle la « nation », les travailleurs en fait, à de nouveaux efforts : l’augmentation du budget militaire, 6,7 milliards d’euros cette année et plus de 6 milliards les années suivantes, 3 à 4 milliards de plus chaque année que ce qui était prévu par la Loi de programmation militaire 2024-2030, et des sacrifices supplémentaires, les réformes qu’il compte mettre en chantier dès la rentrée pour améliorer la rentabilité du capital, donner le maximum de libertés au patronat et mettre à sa disposition encore plus d’argent public.
Ils voudraient soumettre les esprits à leur politique pour faire de nous les soldats de leurs guerres économiques et militaires au nom du mythe de l’union nationale entre exploiteurs et exploités !
« Stop » au parasitisme du capital ! « En avant » les intérêts de la collectivité !
Après le premier volet de son plan, « Stop à la dette ! », Bayrou a ainsi décliné dans un deuxième volet « En avant la production ! » un plan d’attaques systématiques contre les droits du monde du travail. Outre la suppression des deux jours fériés déjà évoquée, Bayrou propose aux « partenaires sociaux » de négocier une nouvelle réforme de l’assurance-chômage qui serait un encouragement à ne pas chercher de travail, et de lancer dans le même ordre d’idées un chantier sur le « droit du travail » qu’il veut rendre plus permissif. Il a aussi parlé d’une nouvelle loi créant une allocation sociale unifiée dont certains veulent limiter le montant bien en-dessous du Smic.
A ressurgi aussi le projet de TVA sociale, sans que soit prononcé le mot, avec « une reconfiguration de notre système social [...] en cherchant d’autres bases pour le financer que le travail » ; un chantier de « simplification et d’allègements de liberté » et enfin de tout ce qui peut améliorer la « compétitivité ».
Bayrou prétend mettre en discussion son projet avec les partis politiques, les groupes parlementaires et les partenaires sociaux, puis, motion de censure ou pas, à l’Assemblée nationale mais en réalité, il impose un cadre, « une obligation de résultat » à ces dites discussions, trouver 44 milliards cette année, assurer l’augmentation du budget militaire, satisfaire le patronat. Il n’y a rien à attendre de nouvelles concertations comme le conclave sur les retraites l’a encore démontré, rien non plus à espérer de batailles parlementaires, dans une arène dont la majorité évolue clairement vers une droite extrême.
Quelles que soient les réactions des uns et des autres, Bayrou a défini la feuille de route du capital pour le maintien de ses profits, l’élargissement de ses zones d’influence et de ses marchés, qui passe par l’appauvrissement général de la population, la régression de toute la société au profit des grandes fortunes, un militarisme plus agressif avec l’appui d’un Etat plus autoritaire et liberticide, dirigé par le bloc réactionnaire quel que soit le chef de celui-ci.
D’une façon ou d’une autre, lui-même ou son successeur imposera la politique qui est celle du capital financiarisé mondialisé dont Trump est le modèle, renforcer l’exploitation du monde du travail pour maintenir les profits et faire face à la concurrence au prix de la militarisation et des guerres. Une politique vouée à l’échec, à la faillite à laquelle nous devons opposer, sans craindre l’affrontement inévitable, en le préparant, une politique sociale et économique qui satisfasse les besoins de la collectivité, fondée sur la coopération des peuples pour la démocratie et la paix. Elle passe par la prise de contrôle de la société par les travailleur.es.
Galia Trépère



