Ce soir, veille du 14 juillet et du défilé militaire, Macron va tenter de nous convaincre que notre intérêt serait de nous plier à l’union nationale réactionnaire dont il se fait le champion pour préserver son pouvoir en déroute et surtout faire son job en imposant l’austérité, les licenciements pour servir les fortunes des riches, des gros actionnaires et des banques, ainsi que sa politique militariste de réarmement. Il voudrait faire de nous les soldats de leur guerre économique, commerciale et militaire qui ruine la société et la planète.
Il n’en est pas question. Relayé par des médias serviles, il voudrait justifier les milliards investis dans l’armement et le militarisme en invoquant « la menace russe ». Pour nous travailleur·es, la menace constante sur nos conditions de vie vient de ceux qui possèdent, dirigent l’économie et toute la société pour leurs seuls intérêts égoïstes de classe.
Tout nous oppose à eux alors qu’ils nous conduisent dans le mur. La seule union dont nous avons besoin est notre union entre travailleur·es contre eux, par-delà les frontières, pour en finir avec leur parasitisme destructeur.
Mardi 8 juillet, la commission d’enquête sur « l’utilisation des aides publiques aux grandes entreprises et à leurs sous-traitants » a rendu son rapport après 6 mois d’audiences de grands patrons du CAC40 et de services de l’Etat. Les entreprises ont capté 211 milliards d’argent public en 2023... Et encore, sans compter les subventions européennes ou celles distribuées par les collectivités locales ! Un « pognon de dingue » versé au capital sans la moindre transparence et sans que l’Etat ne cherche à faire un bilan des 2252 dispositifs d’aide aux entreprises existants.
C’est bien contre cette politique que nous avons besoin de nous unir.
La commission a émis quelques propositions peu contraignantes, cherchant tout au plus à réduire les niches fiscales dont profitent beaucoup de PME. Comme l’a déclaré le président LR de la commission : 211 milliards « n’est pas un chiffre si élevé si l’on regarde ce qui se fait autour de nous, notamment aux États-Unis ou en Chine ».
L’étude du Sénat ne fait que confirmer celle commandée par la CGT auprès d’universitaires de Lille et qui dénonçait un « capitalisme sous perfusion » dans la suite du Covid. En 2022, les aides atteignaient 175 milliards (6,6 % du PIB) alors qu’elles étaient de 9,4 milliards en 1979 (2,4 % du PIB). Et tout ça sans compter l’impact des réformes fiscales avantageuses pour le patronat qui ne rentrent pas dans le calcul des subventions puisqu’elles deviennent la norme.
Des masses considérables d’argent public sont détournées au profit du CAC40 qui vient de repasser les 7900 points et vise maintenant les 8000 ! Une euphorie qui ne fait que révéler le parasitisme de cette nouvelle aristocratie financière, à l’image des banques qui viennent d’opérer le « casse du siècle » comme le dit le journal Les Echos.
Ainsi, l’action de la Société Générale a bondi de 80 % depuis le début de l’année. La spéculation financière bat son plein, boostée par les redistributions record de dividendes et par les marges dont les banques ont bénéficié suite à la forte augmentation des taux d’intérêts censée faire reculer l’inflation après 2022. Le remède n’a conduit qu’à alimenter encore et encore le casino boursier, qui se retrouve aujourd’hui au bord du krach.
Licenciements en cascade
Fin mai, la CGT dénombrait 381 plans de licenciements et 300 000 emplois menacés depuis septembre 2023 dans toute une série de secteurs. La Banque de France vient d’annoncer 66 954 dépôts de bilan d’entreprises entre juin 2023 et mai 2024. Une augmentation de 10 % sur un an, qui concerne des entreprises de plus en plus importantes. Les défaillances de sociétés de plus de 250 salarié·es sont en hausse de 90 % sur cette même période !
D’après l’Insee, la production industrielle est en baisse de 0,8 % sur un an et même de 3,1 % sur deux ans. On est donc loin de la « réindustrialisation » vantée par Macron pour justifier ses largesses vis-à-vis du patronat ! Dans l’automobile, la production a baissé de 17,1 % sur les deux dernières années, la fabrication de biens en caoutchouc et en plastique a reculé de 13,3 % et celle de biens d’équipement électriques, électroniques et informatiques de 7,2 %. Industrie chimique, métallurgie, bois, … toute une série de secteurs sont touchés.
Les causes de cette situation traduisent surtout l’impasse dans laquelle se trouve la machine à profits, de plus en plus grippée. Beaucoup d’entreprises ont fermé avec l’arrêt des aides sur la période du Covid, mais aussi suite à l’explosion du prix de l’énergie à partir de 2022 ou de l’envolée des coûts du crédit avec le passage de 0,5 % à 4,5 % des taux d’intérêts de la BCE.
Les mesures censées limiter l’inflation ou tenter de réguler un tant soit peu le système n’ont fait que précipiter la récession, les fermetures d’entreprises et les licenciements. Quant aux mesures d’austérité que Bayrou doit annoncer mi-juillet pour récupérer 40 milliards d’économies sur le dos des services publics et des classes populaires, elles ne feront qu’aggraver le mal, à commencer par la misère qui frappe les classes populaires avec les coupes claires dans les budgets sociaux.
Le taux de pauvreté est passé de 14,4 % à 15,4 % entre 2022 et 2023, soit le taux le plus élevé depuis le lancement de l’indicateur en 1996. En 2023, 9,8 millions de personnes se trouvaient en situation de pauvreté, 680 000 de plus en un an seulement ! Il faut revenir au début des années 70 pour retrouver de tels chiffres.
Et dans le même temps, le magazine Challenges révèle que les 500 français les plus riches ont vu leur fortune multipliée par 14 depuis 30 ans. A l’époque, la fortune des ultrariches représentait 6 % du PIB. En 2024, elle atteint… 42 % !
Quand la dette sert à augmenter la rente de la finance
D’un côté l’Etat s’endette pour alimenter toujours plus le capital de subventions, de l’autre l’augmentation de sa dette permet à l’aristocratie financière de drainer la plus-value à une large échelle par le jeu des intérêts.
Cette semaine, Lombard a averti : « La France emprunte à des taux plus élevés que l’Italie » et en fait, elle est même passée derrière l’Espagne et le Portugal. Du coup, le gouvernement compte bien réduire drastiquement la « dépense publique », sans toucher aux impôts des riches, à ceux des entreprises ou à leurs subventions.
Une politique d’autant plus brutale qu’elle se combine à la forte augmentation des dépenses d’armement. La loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit une enveloppe de 413 milliards d’euros sur la période, soit une hausse de plus de 100 milliards d’euros par rapport à la précédente loi de programmation. Et Macron compte bien aller plus loin, comme il l’a averti en mars dernier : « Nous aurons à faire de nouveaux choix budgétaires et des investissements supplémentaires. Ce seront de nouveaux investissements qui exigent de mobiliser des financements privés, mais aussi publics, sans que les impôts ne soient augmentés ».
Le ton est donné pour les annonces budgétaires de Bayrou, il faut tailler dans les dépenses sociales et pas question d’imposer les riches ! Quel que soit son avenir, les classes possédantes sont à l’offensive, réclamant un pouvoir autoritaire et fort pour défendre leurs privilèges exorbitants.
Bompard, PDG de Carrefour, vient de déclarer : « Arrêtez d’emmerder les français avec les impôts : il faut s’attaquer à la dépense publique », un comble alors que son entreprise a bénéficié de 2,3 milliards d’aides de l’Etat !
Quant au Medef, il n’est pas en reste. Cette semaine, il dénonçait « le coût économique de tous les arrêts de travail en France », en réclamant l’instauration de plusieurs jours de carence « d’ordre public » à la seule charge du salarié, dans le privé et le public.
Face aux licenciements, une riposte globale pour remettre en cause la domination d’une minorité capitaliste
Lundi 7 juillet à Dunkerque, à l’occasion d’une manifestation CGT en soutien aux salariés d’ArcelorMittal sur le parcours du tour de France, Sophie Binet appelait l’Etat et le gouvernement à « construire un géant européen de l’acier à l’image de ce qu’on a été capable de faire il y a des années pour Airbus ». La politique de dialogue social des directions syndicales, si promptes à se retrouver dans des conclaves ou autre « cellule de crise » avec le gouvernement, conduit au protectionnisme et à l’appel à la « souveraineté nationale », comme si l’Etat était là pour protéger les travailleur·es. Une politique qui traduit toute l’impuissance de ces appareils syndicaux face à la vague de licenciements et qui ne peut que lier les mains des travailleurs au moment où patronat et gouvernement nous attaquent.
C’est bien un affrontement qu’il s’agit de préparer, une contre-offensive globale du monde du travail autour d’un programme, de nos réponses de classe face à la catastrophe sociale en cours.
Il est indispensable d’interdire les licenciements face à l’hémorragie en cours, en organisant et en partageant le travail entre tous et toutes, en imposant notre contrôle sur les comptes des entreprises, sur le sacro-saint secret commercial comme sur les comptes de l’Etat. Face aux fermetures d’entreprises, la question n’est ni de trouver un repreneur qui vienne chasser les subventions, ni de demander à l’Etat de nationaliser en lui laissant tout pouvoir de décider et même de licencier. Si les capitalistes sont incapables de faire tourner une entreprise, exigeons la réquisition, sans indemnité ni rachat et sous contrôle des salarié·es.
Une telle politique globale signifie aussi la lutte et la solidarité face à la répression et à l’autoritarisme des patrons et du gouvernement. La récente condamnation de nos camarades de la poste et de Gaël Quirante à 6 mois de prison avec sursis pour « violation de domicile » dans le cadre d’une action collective de postier·es est l’expression même d’une justice de classe, au service de la direction de la Poste, pour tenter d’intimider tous ceux qui veulent se battre.
Lutter pour nos droits démocratiques comme pour le progrès social, imposer notre propre contrôle démocratique sur la marche des entreprises et de l’ensemble de la société, ne peut passer que par la lutte pour arracher le pouvoir à la nouvelle aristocratie financière, par l’union de toutes celles et tous ceux qui veulent changer le monde dans un même parti, le parti des travailleur·es.
Laurent Delage



