Dans le cadre du congrès du NPA-R qui se tient le week-end prochain, notre courant, celles et ceux qui partagent les idées que nous défendons se sont constitué·es en plateforme pour proposer de tourner la page des deux ans qui nous séparent de la scission/exclusion voulue par Besancenot et Poutou, la section française de la IVème Internationale, qui ont aujourd’hui rejoint le NFP. Il s’agit pour nous de définir une orientation unitaire et démocratique dans l’objectif de contribuer à la construction d’un pôle démocratique des révolutionnaires, étape vers un parti révolutionnaire, instrument de l’émancipation des travailleurs par eux-mêmes. Comment faire du NPA-R l’instrument d’une politique de rassemblement des anticapitalistes et révolutionnaires ?
Tourner la page parce que nous pensons que le refus de AetR et de L’Etincelle, les deux fractions majoritaires à l’issue de la scission, d’organiser un congrès de refondation du NPA était une erreur qui nous enfermait dans une logique sectaire qui est celle qui régit aujourd’hui les relations entre les divers courants qui constituent le mouvement révolutionnaire. Il est nécessaire de formuler une autre orientation.
Notre priorité, échapper à la logique sectaire dont le mouvement révolutionnaire est prisonnier
Au lieu de faire des gestes ou d’avoir une démarche dans ce sens nos camarades font de « la fusion par la construction » une feuille de route qui, au-delà de l’autosatisfaction, devient une « méthodologie organisationnelle », comme disait LO, de construction d’un pôle des révolutionnaires allant jusqu’à l’injonction, « front de fractions ou fusion, il faut choisir ».
La question ne se pose pas de cette façon.
Nous considérons la conception de LO, concurrente et modèle pour nos camarades obsédés par l’objectif de lui démontrer leur sérieux, comme une impasse bien que le plus souvent nous partagions la plupart de ses analyses du moins formellement, mais chercher à construire un LO bis n’a aucun sens. Lutte ouvrière qui s’était construite après 68 comme l’organisation de classe unitaire, indépendante vis-à-vis des directions petites bourgeoises nationalistes des luttes de libération nationale et de la gauche mitterrandienne a changé après l’effondrement de l’URSS et alors qu’elle avait conquis une large influence à travers la candidature d’Arlette Laguiller à la présidentielle de 1995. Elle s’est dérobée au lieu de faire de l’appel à la construction d’un parti des travailleurs que celle-ci avait lancé au soir du premier tour une politique unitaire et démocratique tournée vers l’ensemble du mouvement révolutionnaire et celles et ceux qui regardaient vers nous. Cette dérobade s’est traduite par l’exclusion en 1997 des camarades qui ont initié notre courant, acte fondateur de son cours sectaire.
Pour notre part, courant politique du mouvement révolutionnaire militant au sein du NPA-R suite à la scission, nous ne sommes pas une fraction se prétendant l’ébauche du parti à construire ou la tendance dont l’existence et le développement, la construction conditionneraient l’avenir du parti à construire.
Nous pensons qu’il est nécessaire de rompre avec un tel raisonnement qui secrète le sectarisme et son corollaire l’opportunisme.
C’est pourquoi nous considérons que la fondation du NPA visant au rassemblement des anticapitalistes et révolutionnaires était un pas en avant important malgré la faiblesse de sa direction et les ambiguïtés stratégiques autour de la conception confuse des partis larges.
C’est pourquoi aussi, avant la scission, nous militions pour une refondation du NPA afin de trancher ces ambiguïtés, ce que AetR et L’Etincelle refusaient comme ils l’ont refusé après la scission.
Pour eux, tout passe et dépend de la construction de leur propre organisation. Séparément avant la scission, ensemble maintenant.
Se rassembler
Une telle politique de « fusion par la construction » est une démarche antidémocratique au sens où les divergences par ailleurs jamais formulées, pas plus que L’Étincelle n’a jamais formulé d’appréciation critique de LO, se règlent en marchant en fonction des tâches de construction. Les intérêts d’un petit appareil guident la pensée !
Cette démarche se prévaut d’une autre formule tout aussi « inédite » comme aiment à dire nos camarades, « Prendre appui sur ce que nous sommes pour construire le parti que nous voulons ». Le résumé d’un raisonnement de secte qui part d’elle pour revenir à elle-même et croit à sa pleine puissance, étrange monde imaginaire !
A l’opposé, nous pensons qu’il nous faut partir du mouvement révolutionnaire dans son ensemble ainsi que des données de la nouvelle période pour contribuer à construire l’instrument de l’émancipation des travailleurs par eux-mêmes, de la conquête de la démocratie, du pouvoir.
Conscients du cadre étroit et sectaire de leur raisonnement, nos camarades se donnent une « boussole », construire un pôle des révolutionnaires. S’il n’est pas conçu comme une démarche ouverte démocratique visant à faire converger différentes fractions, tendances ou courants dans le même cadre organisationnel respectueux des droits de chacun·e et organisant un débat public, ce pôle devient la fausse barbe de la « fusion par la construction », un slogan sans contenu.
Il ne s’agit pas d’un parlementarisme de tendances mais d’une démocratie vivante, pragmatique, combinant, en fonction des réalités pratiques, activités communes dont la possibilité d’une presse avec liberté d’expression de désaccords, droit de fraction qui inclut la libre expression de chaque courant, et y compris, si la question se pose, la possibilité d’avoir ses propres activités, de mettre en œuvre sa propre orientation en discutant démocratiquement les objectifs et les bilans.
Il n’y a pas d’autre démarche organisationnelle pour rompre avec les divisions et le sectarisme du mouvement révolutionnaire sans préjuger des évolutions ou fusions entre différents courants dans le cadre collectif. Cette démarche s’accompagne d’une démarche de discussion entre les différents courants tant sur la politique quotidienne de l’organisation, l’intervention des comités que sur la période et les questions stratégiques et programmatiques.
Prendre appui sur les contradictions de la nouvelle période
Le marxisme ne peut dissocier la construction du parti, la constitution de la classe ouvrière en parti, de la lutte de classe, des contradictions du capitalisme et de la période dont les militant·es sont à la fois objets et sujets, exploités-acteurs de leur émancipation. Notre activité ne part pas de nous-mêmes sauf pour une secte mais du développement des contradictions du capitalisme mondialisé, du mouvement ouvrier et du mouvement révolutionnaire eux-mêmes.
Ces divergences centrales prennent appui sur une analyse de la période qui est l’objet d’un profond désaccord même si elle n’a jamais été réellement discutée, AetR comme L’Étincelle s’y refusant.
Nous sommes dans une nouvelle phase de développement du capitalisme, nous la désignons en fonction des termes les plus communément adoptés en excluant les références au néolibéralisme pour utiliser des termes qui décrivent au mieux la réalité de l’évolution du capitalisme, la financiarisation et la mondialisation, nous parlons donc de capitalisme financiarisé mondialisé.
La question n’est pas tellement celle de la caractérisation mais d’intégrer les profonds bouleversements qui rendent inopérante la référence dogmatique à l’impérialisme de Lénine. En particulier, nous avons besoin de comprendre ici les effets des contradictions du développement capitaliste au sein d’une vieille puissance impérialiste déchue comme la France et des possibilités révolutionnaires qui en résultent.
Cette référence dogmatique est la conséquence de la décomposition du mouvement trotskyste dont les différentes composantes gardent plus ou moins les mêmes références théoriques du passé, du siècle dernier, pour les décliner différemment en fonction de leur propre vision idéologique, adaptation sectaire ou opportuniste, autour de laquelle se définit leur identité.
Surmonter et les divisions organisationnelles et leurs justifications théoriques implique un choix politique et la prise en compte des données de la nouvelle période en confrontant les analyses et leurs implications.
Œuvrer à la construction d’un pôle démocratique des révolutionnaires
Cela implique en conséquence une démarche de construction de notre organisation qui a le mérite d’être la seule reconnaissant dans la réalité le droit de tendance et de fraction même si la façon dont il s’applique pose bien des problèmes par le simple fait qu’il rentre en contradiction avec la politique dite de « fusion par la construction » dont la majorité actuelle semble vouloir faire la règle.
Nous pensons que les deux peuvent cohabiter du moins si les camarades de la Pf1 ne font pas de leur formule la pierre philosophale du mouvement révolutionnaire.
Cette question nous semble centrale si nous faisons de la politique pour un pôle des révolutionnaires notre priorité.
C’est pourquoi nous proposons de lever les ambiguïtés et confusions en parlant de pôle « démocratique » des révolutionnaires, l’écrire n’est certes une garantie de rien mais ne pas l’écrire encore moins.
C’est le sens de la motion « Pour un pôle des révolutionnaires, faire vivre la démocratie » que nous portons avec les camarades de Socialisme ou barbarie et des camarades qui ne se retrouvent dans aucune fraction ou courant.
Au regard de la brutale accélération tant au niveau international que national de la crise globale du capitalisme, nous pensons que le congrès devrait adopter une déclaration ou appel s’adressant à l’ensemble des organisations révolutionnaires et plus largement aux militant·es du mouvement ouvrier et à toutes celles et ceux qui veulent en finir avec le système dans le but d’initier dès maintenant et concrètement notre démarche pour un pôle des révolutionnaires. Nous n’avons aucune illusion sur les appels ou les déclarations mais il n’y a pas d’autres moyens de formuler, de faire connaître, d’initier une politique qui dépasse nos objectifs de construction de notre propre organisation pour œuvrer au rassemblement des anticapitalistes et révolutionnaires.
Texte de discussion dans le cadre du congrès du NPA-R



