En 2024, les groupes capitalistes du CAC40 ont distribué près de 100 milliards d’euros à leurs actionnaires sous forme de dividendes -72, 8 milliards- et de rachats d’actions. Le total de leurs profits sur 4 ans, depuis 2020, s’élève à 486 milliards, résultat de l’augmentation de leurs marges grâce à la hausse des prix, de la compression des salaires et des subventions de toutes sortes de l’État au patronat, 800 milliards sur ces mêmes 4 années. Des chiffres qui résument le colossal transfert de richesses qui s’est opéré entre la population travailleuse et les grandes fortunes, à l’origine de l’augmentation de la pauvreté, de la misère et du délabrement de la société qui se voient au grand jour, le nombre croissant de sans-abri et de morts « de froid », des files d’attente aux distributions alimentaires, la réapparition du scorbut, les hôpitaux en urgence absolue -des malades meurent sur des brancards- sans compter les difficultés quotidiennes de toutes celles et ceux qui jonglent avec des fins de mois impossibles à boucler sans même pouvoir assurer les dépenses indispensables.
Il n’y a aucun mystère sur le fait que Bayrou veut continuer à mener cette politique vouée à l’enrichissement des classes possédantes tout en essayant d’éviter la censure, grâce à la position de neutralité adoptée pour l’instant par le RN. Il a pu compter également sur le PS et son secrétaire général, Faure, qui tient à afficher sa rupture avec LFI comme preuve de sa « responsabilité » à l’égard de l’État et du capital, de la même façon que les appareils syndicaux se montrent responsables en s’impliquant dans la farce de la concertation avec le patronat sur la « remise en chantier » de la réforme des retraites imposée par 49.3 en 2023.
Juste avant le dépôt de la motion de censure jeudi après-midi, Bayrou a annoncé en direction du PS, l’abandon de la mesure allongeant le délai de carence des arrêts maladie pour les fonctionnaires de un à trois jours -tout en maintenant la diminution de 10 % du paiement de leurs jours maladie-, le maintien de la taxe sur les plus hauts revenus et la création de 2000 postes d’accompagnant·es d’élèves en situation de handicap. Quelques miettes qui n’engagent en rien le pouvoir pour aider le PS à justifier sa veulerie et laisser croire que le jeu de dupes du dialogue social reprenait...
Derrière les faux semblants et l’hypocrisie du dialogue, le consensus réactionnaire
Ce « conclave » sur les retraites a été accueilli avec enthousiasme par la CFDT alors même que Bayrou avait précisé que la réforme n’était pas suspendue et qu’elle ne pourrait être modifiée qu’en tenant compte du « déséquilibre du financement du système » et de « la dette massive qu’il a creusée ». Destinée à être précédée par une sorte d’audit de la Cour des Comptes sur le sujet, cette concertation entre les directions des confédérations syndicales et le patronat qui devait commencer vendredi dernier n’est qu’un jeu de dupes.
Autres annonces qui ne peuvent donner le change, l’abandon de la suppression de 4000 postes d’enseignants et du déremboursement de certains médicaments figurant dans le budget Barnier. De même quelque 20 milliards de recettes fiscales seraient trouvés dont une petite partie serait assurée par une taxation sur les très hauts revenus ou patrimoines ou la disparition provisoire d’une « suroptimisation » fiscale… Des réductions budgétaires sur les services publics et la protection sociale sont annoncées à hauteur de 30 milliards d’euros ainsi que ou peut-être vaudrait-il mieux dire au nom d’une « débureaucratisation » de l’État.
Bayrou met au premier plan de sa feuille de route, les deux sujets phares des politiques anti-ouvrières et réactionnaires, la « sécurité » et « l’immigration » portés par les deux ministres d’État de la Justice -Darmanin- et de l’Intérieur -Retailleau. La « lutte contre les narcotraficants » mise en vedette ces dernières semaines sera prétexte à l’augmentation des effectifs des forces de répression contre les jeunes des quartiers populaires. Quant à l’immigration, qu’il a qualifiée de « question brûlante », Bayrou a expliqué que ce serait une histoire de « proportion » qui la rendrait insupportable... comme à Mayotte, où, a-t-il précisé, il faut « faire respecter l’ordre », n’excluant pas non plus d’y remettre en cause le droit du sol. Quel cynisme de la part d’un dirigeant comme lui de ces vieilles puissances coloniales qui sont responsables de la misère insupportable qui a résulté de leurs pillages et de leur oppression pendant des décennies ! Bayrou n’a pas eu un seul mot pour la population de Mayotte, victime et de la catastrophe climatique et de l’abandon et du mépris colonial de l’Etat français.
A travers cette mascarade de négociations parlementaires, de dialogue entre les partenaires sociaux se construit un consensus réactionnaire au nom « des intérêts supérieurs du pays ». Ces intérêts ce sont ceux du grand patronat et des riches contre les travailleur.es.
Construire notre consensus, notre unité de classe, progressiste et démocratique, révolutionnaire
Les interventions de LFI, de Mathilde Panot mardi qui a étrillé Bayrou et ses ministres et dénoncé la politique de régression sociale des gouvernements, tranchent dans le concert des propos anti-ouvriers et réactionnaires ou bien encore lénifiants comme ceux de Faure et du PS jeudi qui ont prétendu sans rire avoir infléchi la politique de Bayrou pour justifier leur vote contre la motion de censure déposée par les Insoumis.
Mais le combat que nous avons à mener se situe sur un autre terrain que le marais parlementaire ou la perspective d’une élection présidentielle anticipée dont rêve LFI. Nous avons besoin d’un programme global de défense de nos intérêts de travailleurs, d’exploités, ici en France et par-delà les frontières, contre la minorité richissime et parasitaire qui contrôle pour l’instant, par l’intermédiaire de ses serviteurs de la classe politique et de l’État, tous les pouvoirs. Or cette classe capitaliste est engagée, de par l’évolution récente de l’ensemble du système, sa mondialisation, sa financiarisation, dans une fuite en avant incontrôlée pour accroître coûte que coûte ses profits au détriment de ses concurrents.
Dans tous les gouvernements des vieilles puissances européennes, on entend des discours militaristes, suivant le dernier mot des dirigeants américains ciblant la Russie et ses alliés, l’Iran, la Corée du Nord, la Chine. Les mêmes font partie des 54 pays du groupe de Ramstein, groupe de contact sur la défense de l’Ukraine, qui soutiennent le génocide des Palestiniens par Israël au nom de son droit de se défendre. En France, le budget militaire aura doublé, à 69 milliards d’euros en 2030, en un peu plus de 10 ans alors que les services publics sont dans le même temps torpillés et dépecés.
Il n’y aura pas de retour en arrière vers une époque où les capitalistes, cédant à la pression et aux luttes syndicales, pouvaient céder du terrain sur les salaires, sur la protection sociale, sur une amélioration des services publics.
D’une façon ou d’une autre, nous allons vers un affrontement entre les deux classes principales de la société, la minorité capitaliste et le prolétariat, l’immense majorité de la population qui n’a d’autre moyen de vivre que de vendre ses bras ou sa tête. Les classes possédantes sont incapables d’imposer leur politique, la défense de leurs intérêts autrement que par la force, des dictatures populistes, les Milei en Argentine, Trump aux Etats-Unis, Meloni en Italie et demain en France, Retailleau ou Le Pen...
Mais comme partout dans le monde, la colère et la révolte mûrissent parmi les travailleurs de toutes origines, des villes et des campagnes, les jeunes, les femmes qui portent d’autres relations sociales, la coopération, la solidarité, l’internationalisme.
La crise sociale et politique ouvrent les yeux sur ce qu’est le parlement ainsi que sur le dialogue social, un théâtre d’ombres destiné à tromper le monde du travail, comme ses acteurs, les partis parlementaires de gouvernement. Nous ne pouvons rien en attendre et ne pouvons compter que sur nos propres mobilisations et notre organisation démocratique pour prendre en main nos luttes, définir nos objectifs et nos revendications sans craindre de postuler au pouvoir, à mettre en place un gouvernement des travailleurs et des exploités, pour le socialisme, une société où l’économie, arrachée aux capitalistes, sera planifiée démocratiquement pour servir les besoins de la population et restaurer la nature.
Galia Trépère



