Situation internationale

Face à la situation, à l’agressivité d’un capital à bout de souffle, la discussion à laquelle aucun de nos courants trotskystes n’échappe, c’est la question du nouveau stade de développement du capitalisme, le capitalisme mondialisé et financiarisé, et ses conséquences du point de vue des luttes du prolétariat, de son organisation, des perspectives révolutionnaires socialistes et communistes.

Au cours des AGs préparatoires, nous avons d’ailleurs été surpris des réactions suscitées par ce débat que nous avons porté dans ce congrès, un débat pourtant nécessaire et indispensable, et au-delà des rangs du NPA-R, pour l’ensemble du mouvement révolutionnaire.

Bien des camarades ont réagi en disant, à quoi ça sert de discuter de la période, à quoi sert votre brochure sur le stade sénile, ultime du capitalisme.

Sans caricaturer leur propos et leurs écrits, on est étonné aussi que des camarades s’interrogent sur la réalité de la crise du capitalisme, puisque les profits sont là… D’autres « relativisent », -comme l’expression est souvent employée par la direction-, la militarisation du monde.

Je crois qu’il y a là une incompréhension de la méthode du marxisme, le matérialisme dialectique, pour comprendre et agir dans une situation qui connaît des basculements profonds. Notre méthode est historique et il est clair que les immenses transformations accomplies depuis le stade suprême de Lénine définissent « une période de crise, de guerre et de révolutions ». 

Cette incompréhension s’exprime aussi à propos de la nécessité d’un programme, des questions stratégiques, au nom d’un pragmatisme qui prétend que le programme, c’est ce qu’on écrit et fait tous les jours… les tâches de construction suffiraient à le déterminer…

Nous ne partageons pas, c’est le moins qu’on puisse dire, cette conception qui est encouragée par la démarche de fusion-autoconstruction engagée par les deux fractions qui dirigent le NPA-R et qui, en rejetant la nécessité d’un congrès de refondation qui aurait mis toutes ces questions en chantier, ont entretenu en retour un certain conservatisme face aux transformations à l’œuvre.

Pourtant, c’est l’évidence, la situation est nouvelle.

Nous avons besoin d’en décrire les évolutions et d’en déduire les possibilités révolutionnaires, c’est-à-dire reprendre la méthode de Lénine qui, confronté à une situation nouvelle que Marx n’avait pas connue, a prolongé les analyses de ce dernier pour arriver à formuler la critique de l’impérialisme.

C’est le même problème qui nous est posé, utiliser la méthode du marxisme, historique et matérialiste, pour comprendre et agir dans cette nouvelle période.

Loin d’étouffer cette discussion nous avons besoin de la prendre à bras le corps.

* * * * *

La question qui se pose largement autour de nous au boulot, dans nos syndicats est simplement « où va-t-on ? », « comment faire face ? ».

On ne peut pas répondre, comme le fait le texte de la PF1, qu’on assiste simplement à une « réorganisation » de l’impérialisme… ce qui est une façon de rester dans le stade impérialiste décrit par Lénine, qui ne serait finalement que réorganisé.

Comme d’autres, la PF1 utilise la notion d’impérialisme pour qualifier toutes les puissances qui cherchent à étendre leur domination, et elle cherche à retrouver des caractéristiques similaires comme l’exportation des capitaux. La question n’est pas de faire des copier/coller de Lénine, mais bien de regarder le tableau d’ensemble, profondément changé après la vague de révolutions et des luttes de libérations nationales qui a renversé la domination coloniale, et après l’effondrement de l’URSS et l’offensive de la mondialisation et de la financiarisation.

Cette évolution conduit à une crise mondiale du capitalisme, en même temps que les conditions d’une révolution socialiste mondiale ont puissamment mûri.

La crise écologique, climatique en est la manifestation la plus achevée.

L’arrivée au pouvoir de Trump-Musk est le produit de cette évolution et va devenir un de ses facteurs.

A Davos, il y a dix jours, Martine Orange dans Médiapart décrit que : « Ce qui s’est joué lors de ce sommet…, c’est le soutien de ces élites mondiales […] à la contre-révolution illibérale lancée par Donald Trump. Toutes souscrivent à ce capitalisme de prédation et à la violence sociale et politique qu’il implique. »

Ce capitalisme de prédation, c’est celui d’un capitalisme qui a atteint un stade ultime, qui devient, comme l’écrivait Marx, le principal obstacle à sa reproduction : « La véritable barrière de la production capitaliste, c’est le capital lui-même ».

Il est dans l’impossibilité de tirer suffisamment de plus-value de l’exploitation des hommes, suffisamment par rapport à la boulimie d’une masse de capital qui ne cesse de croitre dans la bulle financière et qu’il faut alimenter en permanence.

« Où va-t-on ? » : dans une impasse qui rend vaines et impuissantes les promesses de régulation que portent encore quelques partis institutionnels et syndicats.

La réponse des classes dominantes, c’est « la prédation et la violence sociale », le durcissement de l’exploitation du travail, de la nature, l’exacerbation de la concurrence qui provoque les tensions internationales et les guerres.

Les conséquences politiques, c’est l’arrivée au pouvoir des Trump, Musk et Milei, idolâtrés à Davos. C’est la trumpisation des classes dominantes, un moment de basculement, de la high-tech californienne au vieux patronat français. C’est Arnault, richissime PDG du luxe, fervent trumpiste, qui sort lui-aussi du bois, à l’offensive contre une taxe… et dont la croisade est aussitôt suivie par le Medef.

Cette évolution réactionnaire, nationaliste, populiste, religieuse, anti-écologiste, raciste et masculiniste, que concentre le salut fasciste de Musk, est leur réponse aux révoltes que provoque et provoquera de plus en plus leur parasitisme insupportable : « Sur 100 euros produits, les milliardaires en ont capté presque 70, laissant les miettes au reste du monde » rapporte l’ONG Oxfam.

La promesse d’un « âge d’or » de Trump et des autres, c’est une déclaration de guerre aux travailleurs et aux peuples, en commençant par les migrants.

Cela passe par la mise au pas de l’Etat, dont Trump engage à la fois la déconstruction et la soumission, au profit d’une dictature présidentielle, populiste.

Trump veut préparer aussi les USA à une généralisation des guerres pour leur domination, y compris en menaçant leurs alliés… Canada, Europe, Groenland, Panama… Une politique de vassalisation de « la paix par la force », c’est-à-dire la paix sous la menace de la guerre, ou la guerre.

* * * * *

Dans le prolongement militaire de l’exacerbation de la concurrence capitaliste, les vieilles puissances impérialistes qui ont structuré et dominé ce monde n’entendent pas laisser progresser trop avant de nouvelles puissances émergentes comme la Russie et la Chine.

C’est au regard de cette compréhension que notre désaccord sur l’Ukraine est important.

Evacuons la polémique ridicule qui laisse entendre que nous pourrions dédouaner Poutine.

Poutine comme Biden, Trump, Zelenski, Macron sont des ennemis des peuples et des travailleurs. Nous ne le mettons simplement pas sur le même plan que les USA et leurs alliés, qui eux ont créé la situation à laquelle les classes dominantes russes ont répondu, un encerclement par l’extension de l’OTAN depuis l’effondrement de l’URSS… qu’ils ont poussé jusqu’à ce que Poutine se soumette… ou agresse l’Ukraine.

C’est une question historique et concrète qu’il est difficile de nier aujourd’hui.

La guerre d’Ukraine n’est pas une guerre de « libération nationale » mais bien une guerre par procuration entre grandes puissances capitalistes dont l’offensive des USA est le facteur déterminant. Elle n’est pas une simple « aubaine » pour les marchands d’armes, comme l’on souvent écrit les camarades de la PF1.

Depuis 2022, les USA ont prétendu qu’elle relevait de la libération nationale et de la défense du droit des peuples. Philippe Poutou et la direction de l’ancien NPA avaient cédé à cette pression, reprenant cette propagande, et les camarades de A&R et de l’Etincelle avaient continué de mener la campagne de Poutou sans sourciller, avec des nuances entre eux, et ils ont poursuivi la même orientation.

Revendiquer le départ des « Troupes russes hors d’Ukraine », même en contrebalançant par « Troupes de l’Otan hors d’Europe » (qui n’a aucun sens, puisque nombre de ces pays sont membres de l’OTAN), alors que notre propre impérialisme est engagé dans cette guerre signifie, dans les faits, s’aligner sur ceux qui souhaitent la victoire de l’OTAN.

Nous souhaitons la défaite de notre propre impérialisme fauteur de guerre. L’ennemi est ici, aux sommets de l’Etat et du capital. Avoir l’indépendance de classe de le faire entendre ici est la première façon de soutenir les désertions qui se comptent par dizaines de milliers, et la perspective de fraternisation entre les travailleurs ukrainiens et russes, contre leur propre pouvoir.

Même si je n’ai pas le temps de développer sur la guerre génocidaire d’Israël contre le peuple palestinien, qui participe de la même domination impérialiste des USA et de leurs alliés dans cette région, il nous faut être clairs sur le fait que le cessez-le-feu n’est qu’une pause dans la guerre qui continue, et qui a déjà commencé à s’étendre au Moyen-Orient.

Ces guerres relèvent aussi de cette mondialisation de la guerre qui est le produit de l’exacerbation de la concurrence pour le pillage de la planète entre puissances capitalistes, concurrence dont le militarisme et la guerre sont les armes.

Voilà les réponses des classes dominantes à ce « où va-t-on », vers une période de crises et de guerres.

* * * * *

En retour, partout dans le monde, depuis la grande récession de 2008-2009, les luttes et les révoltes se multiplient. Elles portent la réponse des classes exploitées à la faillite du capitalisme et ouvrent une nouvelle ère de révolutions.

La révolution n’est pas une incantation mais un processus qui prend sa force dans l’exacerbation des contradictions capitalistes.

Dans le Manifeste, Marx formulait que le capitalisme engendre ses propres fossoyeurs… Depuis, la révolution permanente continue son œuvre.

Les conditions objectives de la révolution ont profondément avancé. Pour la première fois de l’histoire, le prolétariat est majoritaire à l’échelle mondiale. Nous parlons tous dans nos textes des luttes et soulèvements qu’il mène dans nombre de pays.

Le mûrissement des conditions objectives repose aussi sur les progrès techniques et les liens créés par l’internationalisation de la production. Le prolétariat mondial partage un niveau de qualification, de culture, d’organisation, jamais atteint auparavant.

Ce sont avant tout ces transformations de ses conditions d’existence qui transforment la conscience des rapports de force entre lui et la bourgeoisie.

Ces prises de conscience participent des conditions subjectives de la révolution, dont trop souvent les révolutionnaires croient être la mesure.

La compréhension de la faillite du capitalisme et particulièrement de la gravité de la crise environnementale, a développé un fort courant anticapitaliste qui se pose les problèmes d’une gouvernance mondiale et d’une planification démocratique.

C’est aussi la progression de la conscience que c’est eux ou c’est nous, l’affrontement capital-travail. Une conscience dont découle la question du pouvoir.

Le mouvement révolutionnaire a des responsabilités pour porter des perspectives stratégiques devant cette nouvelle période.

LO avait son congrès il y a deux mois. RP tient le sien en même temps que nous. Nous discutons tous de la même chose, avec le même objectif. L’évidence est qu’une discussion devrait s’ouvrir entre nous.

Notre tâche, la politique du pôle des révolutionnaires, est de porter ce débat, d’interpeller les organisations, d’élaborer une stratégie révolutionnaire, porter les réponses au recul social, à la montée réactionnaire, la lutte contre la guerre, la question de l’Europe… une politique aussi pour arracher les autres couches sociales, petite paysannerie, petite bourgeoisie, à l’influence du nationalisme et des forces réactionnaires.

Le mouvement révolutionnaire a besoin pour franchir l’étape que nous avons devant nous de définir une « compréhension commune de la situation et des tâches », qui pourra entraîner, au-delà des « frontières » organisationnelles, celles et ceux qui veulent renverser ce système en faillite, pour un nouveau mode de production, socialiste, communiste.

Faire ensemble, construire ensemble, travailler à l’unité de notre camp, c’est penser ensemble, élaborer ensemble à partir des luttes, des mobilisations et de la conscience du mouvement ouvrier lui-même.

 

Situation intérieure

Trop souvent dans les AGs, les discussions étaient dominées par nos tâches de construction, discutant de la situation en fonction d’elles, alors que nous voyons bien que l’enjeu de la discussion est de définir des perspectives, une politique pour l’ensemble de la classe ouvrière, ce qui veut dire aussi nous situer du point de vue de l’ensemble des révolutionnaires, de toutes celles et tous ceux, qu’ils ou elles soient organisé·es ou pas, qui pensent qu’il faut renverser ce système capitaliste.

Comme discuté hier, l’exacerbation de la concurrence mondialisée, la montée du militarisme conduisent à des pouvoirs autoritaires, pour tenter de faire plier le monde du travail, les populations aux politiques des Etats, au service des actionnaires.

Alors, comment se donner les moyens de répondre à la période d’accélération brutale de la crise du capitalisme, quelle politique contre l’extrême droite, comment répondre à l’impuissance des organisations syndicales, la faillite de la gauche et surmonter l’attentisme qui domine auprès des collègues de travail ?

Cela passe par une compréhension des mécanismes qui ont conduit à la crise sociale et politique que nous connaissons.

Cette crise est une conséquence de la crise globale du capitalisme mondialisé et financiarisé qui conduit à un renforcement de l’exploitation, à la précarité, à une régression sociale combinées à une offensive réactionnaire des classes dominantes qui renforce le RN.

Les partis de droite comme de gauche sont discrédités par des dizaines d’années de politiques anti-ouvrières et se sont effondrés, laissant la place à la montée des partis d’extrême droite, partis de la division des travailleurs, anti immigrés, racistes, xénophobes, homophobes, véhiculant les idées les plus réactionnaires.

Toute une partie de la population, y compris dans le monde du travail, sous la pression de la propagande officielle orchestrée par Bolloré and co, sans perspective, souvent par dépit, s’en remet à ces partis.

En effet, les partis de gouvernement n’ont cessé de s’attaquer aux droits des travailleurs : salaires, retraites, sécurité sociale, santé, services publics, entraînant une augmentation de la précarité, de la pauvreté à un pôle, et une augmentation des richesses sans précédent à l’autre.

Les banlieues, les campagnes étant les plus impactées par la disparition des services publics.

Ces dernières années, ces attaques se sont accélérées : 43 années de cotisations retraites avec Hollande, loi travail, puis retraite à 64 ans avec Macron, baisse du pouvoir d’achat, inflation, intensification du travail pour ceux qui sont encore au travail, licenciement et chômage pour les autres, avec des attaques sur les droits des chômeurs, et le RSA conditionné à 15 h de travail par semaine ; et toute une jeunesse précarisée dépendant de la distribution alimentaire pour survivre. Et là on vient de voir les dernières annonces du gouvernement : le gel du point d’indice des fonctionnaires, la baisse de 10 % de la rémunération des arrêts maladie, et la prime du pouvoir d’achat qui compensait en partie l’inflation qui concernait près de 190 000 fonctionnaires ne sera pas versée ni en 2025 non plus. 

A tel point qu’autour de nous, le sentiment que ce monde va droit dans le mur, à la catastrophe devient palpable. L’idée que c’est eux ou c’est nous, les capitalistes et leur soif de profits ou notre classe, celle de tous ceux qui n’exploitent personne, que ce n’est pas à nous de payer, fait son chemin.

Et aujourd’hui, Arnault, l’ami de Trump, comme le MEDEF reprennent à leur compte la politique de Trump et de Milei, la politique à la tronçonneuse contre les droits des travailleurs, contre les impôts ou les taxes aux entreprises, le tout libéral associé à la démagogie nationaliste et xénophobe contre les migrants, « la submersion » selon Bayrou...

Sans parler de la politique coloniale de l’Etat français notamment à Mayotte. 

Cette offensive provoque en retour une accélération des compréhensions de l’évolution des rapports de classe, ainsi que de la mascarade parlementaire et de la politique du conclave à laquelle les directions syndicales participent.

Le NFP a très vite révélé son vrai visage à tous ceux qui ont pu penser que des solutions institutionnelles existaient.

D’abord l’intégration de Hollande et du PS a suscité beaucoup de discussions dans le milieu militant, dans la CGT en particulier, ainsi que l’appel du NFP à se désister face à des candidats comme Darmanin ou Borne au 2ème tour des législatives au nom du front républicain. Pour beaucoup de nos collègues, de militants, il n’était pas possible d’accepter de telles manœuvres pour soi-disant faire barrage à l’extrême droite.

Le refus du PS de voter la motion de censure contre Bayrou laissant à ce dernier les mains libres pour mener la quasi même politique que Barnier, a permis aussi des prises de conscience autour de nous, que ce n’est pas par les élections, par les institutions que nous défendrons nos intérêts de travailleurs, mais par notre propre intervention en toute indépendance.

LFI tente de préserver son indépendance mais reste dépendante du PS, participant aussi aux tractations avec le gouvernement, sur le budget, s’inscrivant totalement dans le débat institutionnel.

C’est la même chose pour les politiques des directions syndicales totalement intégrées : la déclaration des directions syndicales hormis CGT et Sud, avec le Medef, l’appel à la « stabilité », plus soucieux des intérêts patronaux et révélant la crainte de toute contestation du monde du travail. 

Pour ce qui est de la CGT, même si elle n’a pas signé cet appel, elle continue aussi de prôner le dialogue social illustré par sa participation au conclave sur les retraites. 

Sophie Binet demande même à Bayrou de prendre son indépendance par rapport aux patrons ! Dans ses vœux de nouvelle année, elle annonce vouloir ouvrir « un chemin vers l’abrogation » de la réforme sur les retraites, reprend sa politique de relocalisation industrielle ; des négociations avec un gouvernement de la droite extrême et réactionnaire de Retailleau, antis immigrés, anti fonctionnaires, etc…   Une droitisation de la CGT qui fait débat : d’abord sur le fait de décider par en haut de négocier sans aucun débat à la base, et sur le fond de continuer dans un dialogue social avec ceux-là même qui portent les coups de toute part.

Ces partis et organisations syndicales laissent croire qu’on peut encore infléchir les coups, imposer une autre répartition des richesses, alors que le réformisme n’a plus de bases matérielles, la gauche étant condamnée à négocier des reculs.

Cela ne veut pas dire qu’on ne doit pas lutter pour des augmentations de salaires, l’interdiction des licenciements, etc… C’est d‘ailleurs ce qui se passe, avec des grèves aussi qui éclatent dans des Ehpads, parfois en l’absence de toute organisation syndicale, animées par des équipes souvent jeunes de salariées, révoltées par leurs salaires, mais surtout par le fait qu’elles refusent les conditions dégradantes de prise en charge des personnes âgées. Avec pourtant, une répression des patrons qui n’hésitent pas à licencier les militantes syndicalistes, mais aussi les salariés qui résistent et se révoltent, pour tenter d’étouffer toute contestation. 

Les attaques contre le monde du travail combinées à la crise politique posent le problème du pouvoir, de qui décide, qui dirige la société et donc le contrôle de la société par ceux qui produisent les richesses.

Donc plus les attaques sont brutales et plus la politique menée par les partis dits de gauche et les directions syndicales apparaît en total décalage. Entraînant des ruptures autour de nous vis-à-vis de ces mêmes organisations.

D’ailleurs, les principaux mouvements de contestation depuis la crise de 2008, comme le mouvement des gilets jaunes, ont été menés en dehors des partis institutionnels ou sous la pression de la base. Des luttes qui ont pu aboutir à la mise en place de collectifs de militants, animés par nos propres camarades et des militants du mouvement social, proposant une politique pour les luttes, notamment pendant le mouvement sur les retraites, en dehors des dates de l’intersyndicale ; un lieu où pouvaient se discuter et la situation, et de comment intervenir.

De la même façon, dans le combat des droits des femmes, ce sont aussi des collectifs d’organisations ou de militantes, jeunes, qui prennent les choses en main et se battent.

Pareil pour la lutte de solidarité avec les migrants, contre les centres de rétention, etc… prise en main par des militants ou collectifs d’organisations.

L’intégration de la gauche politique et syndicale au système se traduit aussi par leur alignement sur la politique militariste de Macron dans la guerre en Ukraine, une guerre par procuration contre la Russie ; mais aussi par leur capitulation, mise à part LFI, face à la campagne pourrie accusant la solidarité avec le peuple palestinien d’antisémitisme.

Le militarisme, la politique de réarmement visent à créer un consensus réactionnaire.

Autour de nous, nous défendons une politique internationaliste, antimilitariste contre notre propre gouvernement.

Pas un euro, pas une arme, pas un homme pour leur guerre !

A travers çà, l’idée que l’ensemble des exigences démocratiques, sociales, écologiques, la paix, ne peuvent être satisfaites dans le cadre de ce système en faillite, qui ne survit qu’au prix d’une surexploitation des travailleurs et de la nature, fait là aussi son chemin.

La situation en cours conduit à un renforcement de la dictature du capital par la mise en place d’un pouvoir d’extrême droite. Et empêcher cette fuite en avant réactionnaire, veut dire avancer un programme de transformation révolutionnaire de la société, la lutte pour le socialisme.

Le discrédit des organisations institutionnelles laisse une large voie au mouvement révolutionnaire à condition de prendre des initiatives.

Notamment vis-à-vis des autres courants révolutionnaires et de tous ceux qui veulent changer le monde.

Et pour cela appeler à la construction d’un parti qui soit le nôtre, l’instrument de nos luttes et de notre émancipation, un parti démocratique, internationaliste, révolutionnaire qui redonne vie aux idées reniées, trahies et caricaturées du socialisme et du communisme.

Sa construction ne peut être que l’œuvre collective des travailleuses et des travailleurs, des militant·es, des différentes tendances ou fractions ou courants du mouvement ouvrier décidé·es à agir pour que le monde du travail se donne les moyens, l’instrument de son émancipation.

Nous nous considérons comme un courant du mouvement révolutionnaire, actrices et acteurs de toutes les luttes et révoltes, qui n’ont pas d’intérêts différents de ceux de l’ensemble des mouvements de contestation du système capitaliste, de l’exploitation, des oppressions et des discriminations et veulent œuvrer à créer les conditions politiques de leur convergence. 

Et donc œuvrer à la construction d’un pôle des révolutionnaires, ce n’est pas seulement construire notre organisation et s’adresser aux autres organisations révolutionnaires, mais bien avoir une politique dans nos organisations syndicales en direction de nos camarades de travail contre les bureaucraties, s’adresser à toutes celles et ceux qui se sentent partie prenante du combat contre le capitalisme et les forces réactionnaires, le mouvement des femmes, les soulèvements écologistes, travailler à créer des cadres de discussion et d’action indépendants des appareils, initier aussi, là où ce serait possible, des cadres de discussion sur les voies et moyens de travailler ensemble à jeter les bases d’un parti des travailleurs, parti de l’émancipation qui ne pourra être l’œuvre que des travailleur.es eux-mêmes.

 

Construction du parti

« Construire le parti que nous voulons »... ou répondre aux perspectives et aux besoins d’une nouvelle situation ? 

Dans la discussion qui s’engage entre nous, la question du parti, « de l’organisation que nous voulons » selon certains, occupe une place centrale, liée à celle des conditions objectives et subjectives et elle a traversé tous les points de l’ordre du jour.

Nous voyons bien que nos démarches et notre compréhension diffèrent, et cela souligne d’autant plus la nécessité de mener la discussion sans entraves.

Certains camarades ont pu dire que « ce n’est pas à partir de désaccords qu’on construit ensemble », étrange formule et personne ne dit ça ! Par contre rien n’est possible sans échanger, confronter. Formuler ce que l’on partage implique forcément de discuter de la situation dans son ensemble. Comment savoir ce que l’on partage sans discuter de tout, y compris de ce qui diverge ?

La démarche des camarades de la PF1 s’illustre dans l’intitulé même du point de l’ordre du jour : « Introductions et discussions sur les problèmes de construction : secteur jeunes, implantation ouvrière, formation, regroupements locaux. »

La construction devient un but en soi et, au passage le pôle des révolutionnaires disparaît comme perspective… c’est la conséquence de la façon dont les camarades ont posé le problème dans leur texte de plate-forme qui fait de la « fusion par la construction » l’alpha et l’oméga de leur politique.

Les camarades disent partir de ce que nous sommes pour construire le « parti que nous voulons », tout part d’eux-mêmes et ramène à eux-mêmes, au lieu de partir de la situation dans laquelle nous nous inscrivons pour définir les tâches qui en découlent, la période, les rapports de force, le mouvement ouvrier et révolutionnaire.

Et par là ils reprennent un fétichisme qui fait de la question du parti une tâche distincte, un but en soi, une « méthodologie organisationnelle » détachée des conditions objectives et subjectives.

Le parti : un outil de l’émancipation des travailleurs et travailleuses par eux-mêmes

De ce point de vue, il est utile de revenir sur la manière même dont cette question s’est posée :

Quand Marx et Engels écrivent le Manifeste en 1848, ils cherchent à comprendre la période dans laquelle la lutte pour l’émancipation s’inscrit, comprendre l’évolution de la société et les possibilités qui en découlent pour que les opprimé·es, les travailleuses et les travailleurs en soient les acteurs et les actrices.

Le parti, c’est d’abord et avant tout la constitution de la classe ouvrière en tant que mouvement politique, autonome et indépendant.

La compréhension des conditions objectives, le facteur subjectif devient alors un facteur actif dans la transformation de ces conditions.

En faisant cela, Marx et Engels voulaient justement rompre avec le volontarisme souvent messianique des premières générations socialistes, les utopistes, pour comprendre les processus sociaux qui rendent possible la transformation révolutionnaire de la société, faire du socialisme la science de la lutte du prolétariat.

La constitution de la classe ouvrière en parti, les tâches et les formes d’organisation découlent de cette compréhension, elles ne la précèdent pas et elles ont changé tout au long de l’histoire des luttes du mouvement ouvrier comme de celle du capitalisme.

Elles n’étaient pas les mêmes en 1848, au moment du manifeste, qu’en 1870 ou bien encore ensuite au début puis au cours du XXème siècle.

Les rapports entre les classes, l’évolution même du capitalisme ne sont pas les mêmes à l’époque de la libre concurrence du 19ème siècle, des monopoles impérialistes du 20ème ou bien des multinationales qui dominent aujourd’hui le capitalisme financiarisé et mondialisé alors que les vieux partis issus de l’histoire du mouvement ouvrier sont totalement intégrés à l’ordre bourgeois et qu’il n’y a pas de place pour de nouveaux partis réformistes.

Et pour reprendre une formule que nous utilisons tous, c’est la compréhension commune de la période et des tâches, le programme, qui définit les perspectives et les formes d’organisation.

En tout cas, ce qui est sûr, c’est que quand nous discutons des facteurs objectifs et subjectifs, le facteur subjectif ne peut pas se réduire à celui du parti. Il y a d’ailleurs quelque chose de surprenant pour des révolutionnaires à surestimer ainsi le rôle du parti et finalement à sous-estimer celui du prolétariat, ses capacités d’initiatives comme ses facultés créatrices. Pour nous le parti doit être l’outil de l’émancipation des travailleurs et des travailleuses par eux et elles-mêmes.

« Bien creusé, vieille taupe ! »

C’est bien l’évolution de la société, les contradictions entre les classes, le décalage entre les possibilités qu’ouvre la socialisation de la production et les entraves qu’impose la propriété privée qui transforment les consciences. Ce sont des processus économiques et sociaux qui modifient la compréhension du monde et le parti est un des éléments de ces processus.

Là encore, quand Marx cherche à comprendre les causes de l’échec des révolutions de 1848, il s’oppose à tous les militants en exil à Londres en particulier qui se déchirent tous, en se reprochant les uns et les autres mille et une choses, au nom d’un volontarisme exacerbé.

Face à cela il décrit comment les luttes et les évolutions même du capitalisme préparent de nouvelles étapes, sur des bases renouvelées, comment les processus sociaux, souterrains en apparence, vont faire ressurgir avec d’autant plus de force l’imminence de la crise révolutionnaire comme les conditions d’une conscience nouvelle. C’est ce qu’il a voulu résumer avec la formule célèbre : « bien creusé, vieille taupe » !

Pas l’ombre du moindre fatalisme dans cette formule mais au contraire la volonté de comprendre combien ce sont les processus sociaux qui comptent, loin de tout fétichisme, pensée magique, martingale ou recette organisationnelle.

Et il n’y a pas de pause ou de temps mort dans l’histoire mais des étapes.

Même les « reculs » participent des évolutions de conscience et contribuent à les faire évoluer. Ce ne sont pas des groupes révolutionnaires isolés qui produiraient soudainement des « bonds en avant » en ayant gardé scrupuleusement le patrimoine révolutionnaire au chaud pendant l’ère glaciaire !

Enfin, dans la discussion sur les processus objectifs et subjectifs, il y a des choses qui sont aussi de l’ordre de l’évidence : comme de nombreux camarades le décrivent, dans la vie et la conscience de la classe ouvrière moderne, de l’ouvrier d’Afrique de l’ouest travaillant en France, du Latino qui bosse pour Uber aux USA ... il y a des liens, une classe ouvrière mondialisée, diverse, une connaissance, une ouverture au monde incomparables avec le monde ouvrier du début du 20ème siècle et ce sont des facteurs éminemment révolutionnaires.

Ce sont ces évolutions qui préparent des bouleversements sociaux d’une toute autre ampleur que dans le passé.

Pour un pôle démocratique des révolutionnaires.

Alors qu’est-ce que cela veut dire « concrètement » pour nous aujourd’hui ?

Comme beaucoup de camarades le disent et le font, oui, c’est tisser des liens, décloisonner le plus possible. Et ces liens, au-delà de la solidarité élémentaire entre militants révolutionnaires, ont justement besoin d’un socle politique.

Cela veut dire d’abord répondre à un besoin programmatique profond, répondre aux enjeux de la période et pour ce qui nous concerne tourner la page des principes fondateurs qui datent déjà. C’est ce que nous aurions dû faire avant la scission d’abord, dans un congrès de refondation ensuite, ce qui devient indispensable aujourd’hui, tant dans nos tâches de construction que dans nos relations internationales.

Oui, la réponse aux problèmes de la situation actuelle ne viendra de la répétition des « solutions » du passé, elles-mêmes souvent déformées et caricaturées !

Le mouvement trotskyste dans son ensemble a vécu et s’est construit comme un courant minoritaire, en butte à l’hégémonie des réformistes et aux agressions du stalinisme triomphant et en ce sens il a joué un rôle indispensable, mais l’ensemble des coordonnées de cette époque a disparu.

Ces conditions ont changé et le mouvement révolutionnaire, dans son ensemble doit y répondre.

Cela ne peut se résumer à se « construire pour peser » sur les autres courants.

Dans ce cas-là, le pôle des révolutionnaires se résume à une codification d’un rapport de force dont l’objectif serait finalement d’amener les autres fractions du mouvement révolutionnaire à se rallier à celui qui pèse le plus ... cela ressemble d’ailleurs à un front bien plus qu’à un pôle.

Nous pensons au contraire que l’apport politique de chaque fraction, courant, devrait se situer du point de vue de l’ensemble du mouvement révolutionnaire dans une démarche de dépassement et de rassemblement.

Nous sommes aujourd’hui convaincus que notre tâche n’est pas de prendre notre place dans un bloc qui s’inscrit dans une démarche qui appartient au passé mais de nous consacrer à défendre une perspective en rupture avec ce passé tout en restant solidaires et partie prenante de notre parti, le mouvement révolutionnaire et une de ses fractions le NPA-R.

Deux axes définissent les tâches des révolutionnaires :

  • - rompre avec les pratiques sectaires et opportunistes en développant une politique pour un pôle démocratique des révolutionnaires
  • - rechercher des activités et des interventions communes, unitaires, mais aussi et surtout une discussion large et publique avec l’ensemble des courants visant à refonder le mouvement révolutionnaire au regard de la nouvelle période que nous connaissons, nouvelle ère de crises, de guerres et de révolutions.

Les deux sont intimement liés, pas plus le processus de construction d’un parti qu’un processus révolutionnaire ne dépendent de la seule volonté d’une avant-garde et surtout d’une avant-garde en mille morceaux.

Nos limites actuelles, celles du mouvement révolutionnaire s’expliquent, au-delà des erreurs et faiblesses des uns et des autres, par les conditions historiques tant objectives que subjectives qui elles-mêmes se combinent, une longue période de recul du mouvement ouvrier alors que le capitalisme connaissait une nouvelle période de développement.

Nous sommes confrontés aujourd’hui à des évolutions accélérées du fait de la crise globale du capitalisme financiarisé mondialisé et de la fin des partis nés de l’histoire des luttes de classes, le PC et le PS, et de l’impossibilité de la formation de nouveaux partis ouvriers réformistes au sens où le furent ces derniers. A l’opposé, les possibilités de l’émergence de la construction d’un parti des travailleurs se renforcent. Y contribuer, faire du neuf, passe par la rupture avec la logique de divisions et d’échec de notre propre passé pour construire notre unité dans la perspective de la construction d’un parti des travailleurs révolutionnaires, et la refondation du mouvement révolutionnaire.

C’est le sens aussi de la démarche démocratique, unitaire, que formule la motion « Pour un pôle des révolutionnaires, faire vivre la démocratie » que nous portons avec d’autres camarades de SOB mais aussi qui n’appartiennent à aucun courant. Elle devrait nous rassembler pour déboucher sur la même démarche ouverte et publique vis à vis de l’ensemble du mouvement révolutionnaire comme de ceux qui regardent vers nous, cherchent des réponses face à la fuite en avant du capitalisme comme à toutes les impasses d’un réformisme impossible.

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