Texte de plateforme pour le congrès de la LCR, février 2003

Le dernier comité central a ouvert la discussion sur la préparation du congrès.

Cette discussion a pour fonction de définir nos orientations pour « transformer la Ligue », c’est à dire lui permettre de faire face à des tâches nouvelles au moment où un époque s’achève et une autre commence. 

Il s’agit d’un travail collectif de clarification politique. L’unité de l’organisation ne peut résulter que d’une claire compréhension de ce qui définit notre démarche commune et des divergences éventuelles quant au contenu de cette démarche commune et de sa mise en œuvre.

Le congrès est un temps fort d’appropriation collective de nos expériences, ce congrès tout particulièrement.

Il s’agit de saisir les évolutions en cours qui définissent les données de la nouvelle période dans laquelle s’inscrit notre activité, qui en conditionnent les objectifs que traceront nos orientations. Il s’agit d’apprécier les nouvelles responsabilités et tâches qui nous incombent face à l’intégration de la social-démocratie au social-libéralisme et à l’effondrement du Parti Communiste. De façon plus générale la discussion porte sur les moyens de répondre aux nouveaux besoins de nombreux militants du mouvement social comme de ceux de nombreux travailleurs et jeunes en rupture avec le social-libéralisme et le réformisme pour donner à cette rupture un débouché politique militant.

Il nous semble nécessaire d’intégrer notre projet de construction d’une Ligue ouvrière et populaire dans un projet plus global pour l’émergence d’une force nouvelle qui inclue comme une priorité une politique d’unité des révolutionnaires.

Cette politique d’unité s’appuie sur un fait objectif, les 3 millions de voix qui se sont portées sur les candidats d’extrême-gauche à l’élection présidentielle, principalement Olivier Besancennot et Arlette Laguiller. Ce fait exprime les évolutions de conscience au sein du monde du travail auxquels nous avons à apporter une réponse politique, à donner une perspective militante.

Cette démarche ne rentre pas en opposition avec la démarche actuelle de l’organisation, elle vise à l’ancrer à l’extrême-gauche, au cœur du mouvement social et du monde du travail.

Nous voulons mener franchement la discussion politique sans préjuger de son évolution ni de ses conclusions. Pour cela, il nous apparaît nécessaire de nous constituer en groupe de travail dans le cadre et pour la durée de la préparation du congrès afin de nous donner les moyens de mieux définir notre propre compréhension de nos tâches et de mieux contribuer aux clarifications politiques nécessaires.

1) La rupture qui s’est exprimée le 21 avril a eu, en complément, le non du 9 janvier 2003 des salariés d’EDF. La rupture politique vis à vis de la gauche plurielle s’articule avec une méfiance vis à vis de la politique des grandes confédérations syndicales qui se plient au cadre des réformes anti-sociales du patronat et du gouvernement.

Cette rupture peut céder la place à une démoralisation si elle ne trouve pas les armes et la conscience de son combat comme un nouveau cadre militant. Malgré les reculs ou à travers les reculs que vit la classe des salariés, des progrès importants peuvent se réaliser par la prise de conscience des causes de ces reculs, la naissance d’une nouvelle conscience de classe. Les marxistes révolutionnaires sont le ferment qui rend possible ces progrès.

Nous avons pour cela à formuler un projet global qui intègre la construction de la LCR dans la perspective de l’émergence d’une nouvelle force démocratique et révolutionnaire.

2) Ce projet global prend en compte les bouleversements qui ont lieu à l’issue de la décennie de transition qu’ont été les années 90. Le mouvement ouvrier entre dans une nouvelle période dont nous devons saisir les grandes lignes : le parasitisme financier croissant du capitalisme qui voit sous les effets de la concurrence mondialisée ses marges de manœuvre se réduire au moment où s’effondre le stalinisme et où la social-démocratie s’intègre au social-libéralisme, sape les bases du réformisme ou de sa renaissance et agit dans le sens du regroupement de forces nouvelles sur des bases de classes, la défense des intérêts du monde du travail. Ce processus est irréversible même s’il en est encore à ses débuts.

3) Dans les évolutions politiques nationales et des rapports de forces entre la classe des salariés, ses organisations et le patronat et l’Etat nous devons prendre en compte les effets extrêmement négatifs du vote Chirac. Le 5 mai s’est établi un rapport politique qu’aujourd’hui le gouvernement cherche à utiliser pour mener une politique populiste prétendant dépasser les vieux clivages idéologiques visant à associer les syndicats à son offensive anti-sociales. L’offensive sur les retraites est l’occasion de tenter de faire un pas décisif dans ce sens

4) Aider à l’émergence d’une nouvelle conscience de classe signifie une juste appréciation des transformations qui s’opèrent à droite. On ne peut parler de droite traditionnelle pas plus que de gauche traditionnelle. Comprendre le nouveau populisme de droite qui cherche à séduire tout autant l’électorat d’extrême-droite qu’une partie de l’électorat de gauche nécessite de ne pas être gêné d’analyser le rôle déterminant du vote Chirac dans ces évolutions politiques. La crise du 21 avril a reçu une réponse dans le cadre du jeu des institutions bourgeoises dans le vote du 5 mai qui a accouché de l’UMP et dont la gauche social-libérale n’est pas prête de se remettre.

5) Face à ces nouveaux rapports de force, nous ne pouvons nous contenter de répéter la formule du front unique. La recherche de l’unité d’action va de pair avec la clarté politique. Elle ne peut être efficace que si dans le même temps nous aidons les travailleurs à tirer les conclusions des enseignements politiques des vingt dernières années qui se concentrent dans les changements que nous vivons.

6) Nous devons être tout à fait clairs sur la question de la participation gouvernementale. L’importance de cette question est soulignée par l’erreur de nos camarades brésiliens de Démocratie Socialiste qui participent au gouvernement Lula. Nous ne devons laisser planer aucune ambiguïté. Nous ne pourrions prendre des responsabilités gouvernementales que dans un gouvernement qui serait l’expression des luttes et des mobilisations de la population, un gouvernement des travailleurs et de leurs organisations mettant en œuvre des mesures d’urgence sociale et démocratique, de caractère transitoire.

7) Nous avons à réinventer les liens entre le mouvement social, syndical ou associatif et le mouvement social politique. Cela signifie donner une unité politique à notre intervention dans le mouvement contre la mondialisation. Il regroupe dans une même lutte les résistances quotidiennes des travailleurs, la lutte pour les retraites ou contre les licenciements, la lutte contre la guerre et la militarisation du monde, les mobilisations contre le G8 ou autour des forums sociaux.

8) Nous militons pour faire de l’organisation un cadre ouvert, démocratique et efficace pour tous ceux qui rompent avec les partis de la gauche plurielle et le réformisme, un instrument des luttes.

9) Ce travail trouverait un appui efficace si Rouge s’affirmait plus comme un journal militant dans lequel s’expriment les difficultés, les aspirations, les luttes du monde du travail ainsi que la vie de l’organisation.

10) sur la question de l’état de guerre permanent dans lequel la mondialisation impérialiste plonge toute la planète nous devons dénoncer les responsabilités premières de la domination des grandes puissances capitalistes sur le monde et les responsabilités de notre propre impérialisme sans entretenir les illusions qui peuvent naître des contradictions entre les grandes puissances, en particulier entre la France et les USA.

11) Notre agitation comme notre propagande ont à intégrer, en continuité avec la campagne des présidentielles, ces évolutions pour aider au regroupement des travailleurs et des jeunes autour d’un programme d’urgence sociale et démocratique. Cette politique implique de faire de la recherche de l’unité des révolutionnaires une préoccupation constante.

Les prochaines échéances électorales de 2004 nécessitent la recherche d’un accord avec Lutte Ouvrière mais c’est dès maintenant, pour les luttes, qu’il nous faut solliciter Lutte Ouvrière comme les autres forces révolutionnaires, trotskistes ou non.

12) Nous pensons qu’aujourd’hui capitaliser les acquis de la campagne c’est assurer la continuité d’une orientation unitaire visant au regroupement autour d’un plan d’urgence sociale et démocratique.

Cela veut dire garder le cap de la politique qui a permis depuis 95 à notre organisation de retrouver un dynamisme militant. Cette continuité s’appuie sur l’élection de cinq députés révolutionnaires au Parlement européen suite à la campagne commune avec LO en 99, mais aussi sur notre propre travail de transformation de l’organisation dont la campagne des élections municipales puis celle de la présidentielle et des législatives sont le résultat. Dans cette transformation, la fusion-intégration avec l’ancienne tendance Voix des travailleurs a joué un rôle important ainsi que l’intégration d’autres groupes de militants ou de militants révolutionnaires venus apporter leur expérience et leur dévouement à l’organisation.

13) de façon plus générale, nous intégrons notre travail militant dans celui des marxistes révolutionnaires et plus précisément en continuité du trotskisme. Le manifeste que l’organisation met en chantier à l’occasion du congrès doit définir l’actualité du marxisme en écrivant la continuité de notre combat tout autant que les conditions, tâches et perspectives nouvelles.

14) en donnant à notre groupe de travail le nom de « Démocratie révolutionnaire » nous souhaitons exprimer l’essentiel de notre démarche qui vise à intégrer le travail de l’organisation dans le mouvement social afin qu’en son sein, à travers les débats et les luttes, émerge un nouveau parti pour l’émancipation des opprimés et de toute la société de la domination de la propriété privée capitaliste.

Cette démarche, c’est la démocratie jusqu’au bout en opposition avec la dictature des marchés financiers dominés par les multinationales.

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