Après l’échec de sa tentative de coup d’État électoral, Macron utilise les institutions, manœuvre pour opérer un coup de force parlementaire, garder la main, quoi qu’il en coûte, malgré l’effondrement de sa majorité relative, son isolement et la détestation dont il est l’objet, la volonté populaire que les choses changent.

On retrouve la même Présidente de l’Assemblée, Braun-Pivet, le même Premier ministre Attal par ailleurs démissionnaire d’un gouvernement lui-même démissionné pour permettre aux 17 ministres députés de participer aux votes de la mise en place de la nouvelle Assemblée. Gouvernement démissionnaire qui restera probablement en place jusqu’en... septembre.

Sous couvert de faire barrage au RN et à... LFI, la macronie s’attribue la Présidence du Parlement avec 220 voix contre Chassagne du NFP (207 voix), suite au deal entre les macronistes d’Ensemble, LR et le centre de LIOT. Alors que, de fait, se constitue une très relative majorité, les LR poursuivent leur petit jeu pour se marchander et disent rester dans l’opposition, un gag !

Le NFP se fait mettre en minorité par ceux pour lesquels il a appelé à voter au nom du front républicain. Certes, ensuite le NFP a eu deux vice-présidences LFI sur 6 et 12 des 22 membres du bureau de l’Assemblée ainsi que la Commission des finances, à nouveau présidée par le LFI Coquerel. Mais la logique des manœuvres parlementaires se retourne contre les prétentions du NFP à « gouverner au plus vite » selon les mots de Coquerel tout juste élu.

Le jeu parlementaire du NFP auquel se prête LFI révèle les marchands d'illusions

Le NFP étant incapable de canaliser les appétits concurrents en son sein pour désigner le ou la candidate au poste de Premier ministre, Macron temporise, prend le temps de tractations avec les LR et tous ceux qui briguent ce poste… en cohabitation avec lui. Le NFP ne cesse de se dire prêt à gouverner et accuse Macron de déni démocratique.

Certes, c’est indiscutable, mais qui laisse la main à Macron si ce n’est ceux qui se sont eux-mêmes piégés dans le front républicain et, de fait, le renforcent en se disant prêts à gouverner avec lui ?

« Le programme, rien que le programme », ne cessent de demander certains dont ceux qui ont manifesté le 18 juillet devant l’Assemblée. Aussi timide que soit le programme du NFP, aussi respectueux de l’ordre capitaliste, Macron et surtout le patronat ne céderont ni sur le SMIC ni sur les retraites. Dire l’inverse, c’est tromper les travailleurs qui le comprennent de plus en plus clairement.

Prétendre gouverner avec Macron, c’est le renforcer et finalement se plier à sa politique. Les décrets de la loi immigration viennent d’être publiés, ceux de la réforme de l’assurance chômage devraient suivre avec une prochaine réforme des retraites.

La défense des intérêts du monde du travail, des classes populaires ne peut passer par le jeu institutionnel et parlementaire.

Le Pen sort renforcée, y compris de la mascarade parlementaire

Tout cela contribue à conforter le RN de Le Pen comme seul parti républicain cohérent ne pactisant avec personne et rejeté par tous les tenants de la tambouille parlementaire et politicienne. Il s’est même permis le luxe de faire élire deux vice-présidentes LFI en votant pour elles : le baiser de la mort !

Le Pen ne veut pas s’en prendre à la République mais y être intégrée en donnant tous les gages à la bourgeoisie de sa capacité à gouverner en 2027, ce qui passe par une posture d’opposante à son rival Macron.

C’est le RN qui récoltera les fruits pourris de la farce parlementaire qui ne fait que commencer. La propagande contre LFI, menée avec la complicité active d’une partie du NFP, lui profite alors qu’elle étale l’impuissance et la veulerie du PS and co, et que Mélenchon se déconsidère lui-même en participant à la mascarade en continuant de postuler à être le Premier ministre de Macron.

Le RN est en train de réussir ce qu’il n’avait pu faire lors des Législatives. Face à la débandade parlementaire, il garde son cap pour convaincre les sommets de la bourgeoise qu’il est bien le seul parti capable aujourd’hui d’assurer la stabilité politique et d’imposer son ordre réactionnaire.

Face à la colère sociale et aux tensions internationales, la bourgeoise veut un pouvoir fort pour mener sa politique

La bourgeoisie a bien conscience de rentrer dans une zone de tempêtes. Elle n’a plus aucune confiance en Macron ni en ceux qui prétendent être encore son Premier ministre. Elle a besoin d’un pouvoir fort pour gérer la crise de la dette, le réarmement économique et militaire en cours, faire face à la concurrence mondialisée.

La Cour des Comptes vient à nouveau de pointer le déficit de l’État, son endettement de 111 % du PIB (3 100 milliards d’€) devant augmenter durant les 3 années à venir pour atteindre 3 600 milliards (3ème pays d’Europe le plus endetté après la Grèce et l’Italie) avec une charge de la dette de 72,3 milliards en 2027, plus que le budget de l’Education nationale ! Les 25 milliards de coupes dans les budgets publics annoncés par Le Maire ne suffisent pas.

Dans ce contexte, la moindre avancée ou récupération d’un recul sera le produit d’un rapport de force, pas du dialogue social des directions syndicales dont la CGT demandant à Macron le 18 juin devant l’Assemblée de « respecter les urnes et nos revendications ».

« On n’a pas besoin d’un gouvernement de martyrs qui tombe au bout de trois semaines » a insisté Sophie Binet : « On a besoin d’un gouvernement pour diriger le pays dans la durée, pour mettre en place une vraie politique industrielle, pour revitaliser les services publics ». Elle demande donc à Macron de bien vouloir gouverner avec la gauche. Mais ce sera pour mener la politique du MEDEF, la seule qu’il puisse mener.

Contre la dictature du capital et la corruption politicienne, donnons-nous les moyens de faire vivre notre démocratie, organisons-nous en parti

Des milliers de travailleurs, de jeunes dont beaucoup des quartiers populaires, se sont servis d’un bulletin de vote contre le RN pour exprimer la conscience du danger qu’il représente avec ses idées racistes et xénophobes, et leur colère contre ce système. Le résultat de leur vote, la tambouille politicienne, contribue à politiser, à voir qu’il n’y a pas d’issue parlementaire.

Les licenciements, la violence de la police contre des militants écologistes à Melle ou à La Rochelle, les innombrables attaques passées et à venir montrent l’impasse de la contestation institutionnelle, du cirque électoral et des partis qui s’y prêtent dans le cadre de l’ordre capitaliste.

La crise politique qui commence conduit mécaniquement, sauf intervention du monde du travail, des jeunes, des femmes, à un gouvernement d’extrême droite, à une union nationale réactionnaire parlementaire contre la population. 

Derrière la comédie parlementaire se déroule un autre combat, un combat de classe dont les manœuvres politiciennes ne sont qu’une expression de la panique des possédants devant la menace de faillite du capitalisme financiarisé mondialisé.

La situation ouvre les yeux sur ce système, sa prétendue démocratie censurée et corrompue, cette démocratie qui n’est que le pouvoir de l’argent.

Elle pousse à s’organiser démocratiquement, à la base, en assemblées, organes de lutte indépendants des pouvoirs en place. De ces affrontements quotidiens, de ces combats pourra émerger un parti des travailleurs, par l’accumulation d’expériences, la création de liens de confiance entre opprimés en lutte pour un autre monde.

Mónica Casanova

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