La journée internationale de lutte pour les droits des femmes et des minorités de genre, dimanche, intervient alors que la guerre de Trump et Netanyahou contre l’Iran s’étend au Moyen-Orient et au-delà et que le scandale Epstein, révélé par le combat opiniâtre de victimes de cet affairiste et criminel sexuel ami de Trump et autres hommes de pouvoir et grandes fortunes, n’a pas fini de mettre au jour ses ramifications.
En France, le 8 mars prend place au moment où l’extrême droite est promotionnée par les milieux patronaux, par des milliardaires, et dédiabolisée par une grande partie de la classe politique jusque dans ses franges qui se réclament du nazisme et professent ouvertement leur haine des immigré·es, des femmes et des minorités de genre.
Les progrès irrésistibles du mouvement des femmes pour leur émancipation malgré les institutions aux mains des tenants de l’ordre patriarcal suscitent la haine chez tous ceux qui voudraient revenir à l’ordre ancien, craignant de perdre leurs derniers privilèges, le pouvoir dont ils peuvent user sur les femmes qu’ils voudraient voir maintenues dans un statut d’infériorité, les masculinistes dans toute leur variété. Ils se heurtent aussi à la politique des classes dirigeantes qui secrète régression sociale, concurrence économique, conflits militaires et forces réactionnaires et se tournent vers les droites extrêmes pour maintenir leur ordre social patriarcal.
« Leurs flics, leurs lois ne nous protégeront pas, organisons-nous contre le patriarcat »
La lutte des femmes pour l’égalité des droits a connu ces dernières décennies un développement spectaculaire à travers le monde en prenant appui sur les transformations de la société, l’entrée massive des femmes dans le salariat, les progrès de la scolarisation et de la médecine.
Plus récemment, le mouvement #MeToo a sapé les pouvoirs que s’octroient sur les femmes des hommes en vue, dans le monde de la politique ou du cinéma entre autres, dans la sphère dite « privée ». A la fin de l’année 2024, a lieu le procès intenté par Gisèle Pélicot à son mari et à ses violeurs, recrutés par celui-ci. Elle refuse le huis clos auquel elle avait droit, rendant ainsi le procès public « pour que la honte change de camp », parce qu’elle veut, dit-elle, « faire évoluer la société ». De victime, elle est devenue une militante dont le combat est un encouragement pour toutes les femmes victimes de violences sexuelles.
Les scandales des affaires innombrables de pédophilie dans l’Église catholique et les institutions religieuses ont levé le voile sur l’appropriation révoltante par des adultes du corps d’enfants qui sont sous leur autorité.
Ce qui était tabou a été rendu public et a constitué un encouragement à la lutte contre les violences sexuelles et sexistes dont la très grande majorité ont lieu dans la sphère familiale. Le développement des progrès médicaux en matière de procréation et des études sur le genre ont fini de ruiner le modèle de la famille patriarcale, « un papa, une maman, des enfants » en tant que seul modèle possible de famille, déjà mis à mal par les progrès de la liberté sexuelle.
En ce moment même, des femmes mènent un combat extrêmement dur et éprouvant pour faire reconnaître par la justice les violences sexuelles qu’elles ont subies de la part d’hommes qui ont été très en vue il y a quelques années comme l’ancien prédicateur islamiste vedette Tariq Ramadan ou l’acteur Philippe Caubère. Mediapart a donné la parole à une des victimes de celui-ci, qui décrit comment sa plainte s’est transformée en enquête judiciaire contre elle et en conclut : « Le viol est un meurtre qui se retient, les féminicides sont un meurtre qui ne se retient plus, et là aussi policiers et magistrats se rendent coupables de non-poursuite après toutes nos alertes. »[i]i
En France, aujourd’hui, une femme toutes les deux minutes est victime d’un viol ou d’une tentative de viol, une femme tous les deux jours est tuée par un homme.
« Travail, famille, patrie », l’offensive réactionnaire et l’extrême droite contre les femmes
Il y a un mois de cela, les medias annonçaient que tous les jeunes de 29 ans, hommes ou femmes, allaient recevoir une lettre du gouvernement pour les sensibiliser aux problèmes d’infertilité et leur proposer une consultation médicale. « Il est temps de réfléchir au projet ou non d'avoir un enfant. », tel serait le début du message envisagé, pour le moins intrusif, alors que rien n’est fait pour assurer des salaires suffisants permettant l’éducation d’enfants dans de bonnes conditions, rien pour résoudre les problèmes de garde ni pour rassurer d’éventuels parents sur l’avenir que pourraient connaître leurs enfants dans quelques années. Tout laisse penser au contraire que l’avenir préparé par Macron et ses semblables, c’est l’aggravation des conditions de vie, la disparition des services publics et de la protection sociale, la guerre pour la « défense des intérêts français », dans l’intérêt autrement dit des multinationales.
Ce n’est pas par hasard que Macron parle d’un « nécessaire réarmement démographique » et que le chef d’Etat major des armées, Fabien Mandon déclarait en novembre 2025 au Congrès des maires de France que la France devait être prête à « accepter de perdre ses enfants ».
Les femmes sont implicitement invitées à tenir à nouveau le rôle de bonne épouse et de bonne mère, au service d’un mari et de ses enfants, le « Travail, famille, patrie » du régime de Pétain revendiqué dernièrement par une candidate de droite aux municipales à Marseille, et qui est le modèle vanté par l’extrême droite.
La force subversive du mouvement des femmes
Il n’y a pas d’issue, dans le cadre des institutions, pour échapper à ce scénario dessiné par les classes dirigeantes. Les droits des femmes, comme aussi les droits sociaux et démocratiques des travailleur·es, de la population, ont de tout temps été arrachés par les luttes. Il fut un temps où ces concessions démocratiques pouvaient trouver place dans la société des vieilles puissances colonialistes et impérialistes alors que le capitalisme, après la guerre, connaissait une nouvelle phase d’expansion. Ce n’est plus le cas dans le capitalisme financiarisé mondialisé, en particulier depuis la crise de 2008.
Le mouvement des femmes, en remettant en cause les pouvoirs, les institutions de la société patriarcale et les rapports de domination jusque dans la sphère la plus intime des rapports sociaux représente aujourd’hui l’aile marchante, révolutionnaire, de la classe ouvrière, de toutes celles et ceux qui ne peuvent vivre que de leur travail. Par son action militante, par son dynamisme qui tient à son organisation collective, solidaire et démocratique, il a un rôle déterminant à jouer y compris pour contribuer à émanciper tous les travailleurs des préjugés sexistes et misogynes, de la morale de la bourgeoisie, instrument de son oppression et de sa domination contre l’ensemble de la société.
Il a besoin de prendre conscience de son rôle révolutionnaire sans hésiter à faire de la politique, la politique de l’émancipation de la domination patriarcale et capitaliste pour prendre pleinement sa place à la direction et l’animation du combat de l’ensemble des travailleurs, des opprimé·es pour en finir avec la société d’exploitation et de classe.
En associant dans un même combat la lutte contre le patriarcat, pilier de la société capitaliste fondée sur la propriété des biens et des personnes, et la lutte contre l’exploitation dont elles sont victimes comme l’ensemble des travailleur·es, les femmes luttent pour l’émancipation de toutes et tous.
Le mouvement des femmes contre le patriarcat et toutes les oppressions, sexistes, sexuelles, racistes, religieuses bouscule la donne au niveau mondial et porte la subversion, la liberté dont toutes et tous peuvent être les actrices et les acteurs pour changer le monde.
Galia Trépère
[i] https://www.mediapart.fr/journal/france/280226/la-suite-du-mouvement-metoo-sera-insurrectionnelle-ou-ne-sera-pas



