A l’Assemblée, où se poursuit le spectacle bien huilé du jeu de dupes parlementaire, se discutent les intérêts des milliardaires et du grand patronat, au nom de « l’économie nationale », c’est-à-dire des profits des classes possédantes, censés bénéficier au monde du travail en créant des emplois et plus de salaire. Vaste imposture qui voudrait faire accepter le hold-up des super-riches sur l’économie sous le prétexte mensonger que leurs profits ruisselleraient sur ceux d’en bas.
L’étalage de la fortune des milliardaires, de leurs multiples privilèges et avantages, le pillage des richesses et des caisses publiques par la minorité parasite, alors que le monde du travail s’enfonce dans la régression sociale, suscite une révolte profonde parmi les travailleur·es et dans les classes populaires, celles et ceux qui créent les richesses et font tourner la société.
C’est cette révolte de « celles et ceux d’en bas » que craignent les classes possédantes et leurs serviteurs. Ils craignent que la crise politique, la crise de leur démocratie bourgeoise et la nécessité pour les affaires des classes dominantes d’un régime autoritaire pour les servir, rôle auquel postulent l’union des droites et le RN, ne débouche sur un affrontement social.
Le mouvement « Bloquons tout » initié le 10 septembre qu’ils voudraient enterrer est loin d’être mort. Il se poursuit malgré l’atonie ambiante en se politisant, à travers les discussions sur nos intérêts de classe et il a besoin, maintenant, de se donner les moyens de préparer l’affrontement qui vient, en toute indépendance des directions syndicales et de la gauche embourbée dans « la bataille parlementaire ».
Un budget de guerre contre le monde du travail… Eux ou nous !
L’exécutif macroniste affaibli et déconsidéré n’a eu d’autre choix que de s’en remettre au Parlement pour tenter de faire voter son budget d’austérité dont aucun des députés ne conteste le fond, payer la dette, augmenter le budget militaire, sans toucher à la domination des milliardaires et du grand patronat sous prétexte de ne pas nuire à « l’économie nationale ». Ce sont les dépenses de l’Etat qui sont visées, avec des coupes drastiques sur les services publics et la santé, en aggravant les attaques contre les chômeurs, les allocataires sociaux, les malades et les handicapés, les sans-papiers… Lecornu a encore pu compter sur son meilleur allié le PS pour faire voter samedi le budget recettes de la sécu.
Aucun budget ne peut apporter la justice sociale et fiscale qui pourrait répondre aux besoins des travailleur·es, sans que l’ensemble de l’ordre social capitaliste ne soit remis en cause, la logique folle du profit qui conduit au chaos économique et social mondial, au militarisme et à la guerre, à la destruction de la planète, qui broie les vies des plus exploité·es. Notre sort ne dépend pas du jeu pipé de la comédie parlementaire mais de notre capacité à prendre en main nous-mêmes les affaires de la société pour les soustraire à la dictature du capital pour nous donner les moyens de répondre aux besoins collectifs.
S’organiser en toute indépendance des appareils syndicaux et politiques, du dialogue social et des institutions
Face à la régression sociale majeure que représentent le budget, les fermetures d’entreprises et les plans de licenciements, les directions syndicales se refusent à organiser l’affrontement avec le gouvernement et le patronat. La CFDT a répondu à la farce d’un « conclave-bis », la « conférence travail et retraite », proposée par Lecornu, qui a commencé mardi. « Un cadre qui nous va bien » a dit Marylise Léon qui entend, après l’échec du conclave de Bayrou remettre sur la table la retraite à points, rejetée par les grèves de 2019. Une impasse pour le monde du travail et ses luttes que les appareils syndicaux cherchent à soumettre au cadre du dialogue social et au calendrier parlementaire. La CGT, Solidaires et la FSU ne proposent une nouvelle journée de grève que le 2 décembre, peu avant le vote du budget à l’Assemblée, « le moment où tout va se jouer » explique la CGT.
Le 10 septembre, « Bloquons tout » s’est imposé aux appareils syndicaux. Certains comme la CGT, poussés par leur base y ont appelé, tout en essayant de faire contre-feu avec l’appel intersyndical du 18, puis du 2 octobre. Les directions syndicales craignaient d’être débordées, elles ont repris la main pour étouffer le mouvement, l’enfermer dans une impasse pour ne pas rompre le cadre du dialogue social à travers lequel elles négocient leur reconnaissance par le patronat et le pouvoir. Lecornu leur a octroyé la « conférence travail et retraite » que le Medef boycotte...
Cette stratégie perdante révolte nombre de militant·es et équipes syndicales qui rompent avec la politique de leurs directions, cherchent des réponses.
Cette révolte, en convergence avec les Gilets jaunes, la jeunesse, et celles et ceux qui ont popularisé le mouvement « Bloquons tout » à partir des réseaux sociaux, s’est exprimée le 10 septembre en trouvant ses propres outils d’organisation démocratique, les AGs de lutte, les interpros, les sections syndicales qui ont organisé leurs rassemblements, leurs grèves, leurs blocages… un mouvement dynamique et démocratique dans lequel des travailleur·es et une partie de la population ont pris eux-mêmes leurs affaires en main pour diriger leurs luttes, et qui ont fait sa force. Il n’y a pas d’autre voie pour inverser le rapport de force et faire reculer le gouvernement et le patronat.
A nous de nous faire entendre
La colère du monde du travail, les ruptures restent dominées par le manque de perspectives, le manque de confiance dans leur force de celles et ceux qui ont impulsé le mouvement.
Si les appareils politiques et syndicaux, l’étouffoir parlementaire et médiatique, la pression de la propagande réactionnaire ont réussi à monopoliser tout l’espace politique en excluant toute voix contestatrice, le mouvement n’a pas disparu. Ses actrices et acteurs discutent, observent, apprennent au spectacle édifiant du théâtre parlementaire et des jeux des partis et des appareils. Tout le monde voit bien que les milliardaires dominent tant la scène financière, économique que politique. Ils sont les maîtres du jeu et il n’y aura rien de favorable au monde du travail, aux classes populaires sans que soient remis en cause les intérêts de la minorité parasite qui dirige la société en fonction de ses seuls intérêts. Ladite « bataille parlementaire » démontre qu’il faut rompre avec le jeu truqué des institutions et la logique capitaliste du profit et de la concurrence pour annuler la dette, retirer au capital les moyens d’imposer sa loi en l’expropriant, prendre nous-mêmes en main les affaires de la société, postuler au pouvoir.
Ces perspectives peuvent paraître difficiles à atteindre et ne peuvent se résumer à des appels à la grève générale ou à des revendications qui, tout aussi radicales qu’elles paraissent, sont une impasse si elles ne s’inscrivent pas dans la lutte politique du monde du travail pour la conquête du pouvoir et pour construire une démocratie révolutionnaire dans laquelle ce sont les travailleur·es qui décident et qui dirigent, contrôlent la marche de la société.
Alors que les serviteurs des classes possédantes amusent la galerie au Parlement et préparent les prochaines attaques, il est nécessaire que le monde du travail se fasse entendre, qu’il formule ses propres revendications pour répondre à ses besoins immédiats, intégrées à une stratégie et une perspective d’ensemble de transformation révolutionnaire de la société. Le mouvement révolutionnaire, en surmontant ses divisions et rivalités, ses divergences affichées qui justifient les existences séparées et les sectarismes, pourrait aider à impulser une telle perspective. Il y a urgence et personne ne devrait se dérober à l’heure où l’extrême droite est aux portes du pouvoir, où le militarisme et la guerre menacent l’humanité.
Il appartient à tou·tes les militant·es du mouvement social et ouvrier de prendre leur place dans cette bataille collective pour que se forme à partir de leurs luttes un parti révolutionnaire des travailleur·es. Il y a dans ce combat une place pour chacun·e et chacun·e y a sa place, la défense de nos intérêts sera comme elle l’a toujours été notre œuvre collective.
La journée du 15 novembre à l’appel des Gilets jaunes et de « Bloquons tout », les manifestations de solidarité avec le peuple palestinien le 29 novembre, l’appel de directions syndicales à une nouvelle journée d’action le 2 décembre, les multiples luttes qui ont lieu contre les licenciements, pour les salaires peuvent être de nouvelles étapes de convergences, d’organisation, de politisation, du moins si la fraction la plus consciente du monde du travail en fait autant d’occasions de construire des liens, de se regrouper sur les lieux de travail et d’études, dans les quartiers. Autant d’occasions de s’armer politiquement pour faire entendre les intérêts de notre classe, faire vivre les idées anticapitalistes et révolutionnaires, faire avancer la conscience de classe et la confiance en nos capacités à contrer les attaques du gouvernement et du patronat, à faire reculer les forces réactionnaires, leur donner de bonnes raisons de nous craindre, et tracer la perspective d’une autre société, socialiste.
Christine Héraud



