Cette semaine a vu Trump accélérer brutalement son plan de guerre aux migrants visant plus largement à imposer sa politique aux États, dont la Californie, pour mettre en place un régime policier, faire plier les Démocrates et les juges, terroriser la population, le monde du travail, afin d’établir sa dictature.
Les jours précédents avaient été marqués par la mise en scène médiatique par Trump et Musk de leur rupture, rupture qui, quelle qu’en soit la dimension psychopathique, est l’expression de la décomposition politique et morale de l’oligarchie des milliardaires et des contradictions dont la première puissance mondiale est prisonnière, contradictions sans autre issue que la fuite en avant vers la dictature présidentielle.
Musk ne sera pas resté plus de 133 jours associé à Trump avant de renoncer à diriger le Département de l’efficacité gouvernementale (Doge) en tant qu’« employé spécial du gouvernement » qui a mené l’assaut contre les fonctionnaires fédéraux, procédé à des milliers de licenciements et à la fermeture d’une série d’agences gouvernementales. Sa démission lui évitait de passer devant le congrès qui devait ou pas l’accréditer... Après une cérémonie au bureau ovale d’éloges réciproques ridicules, Musk et Trump sont passés à la farce surjouée d’un conflit entre milliardaires réglant publiquement leurs comptes.
Les conflits entre Trump et Musk ainsi qu’au sein de la classe dirigeante convergent avec leurs intérêts personnels revendiqués sans fard. Ils assument un régime corrompu qui a vu Trump accroître sa fortune personnelle de 1,2 milliard de dollars depuis l’élection. Il a annoncé des mesures de rétorsion contre l’empire commercial de Musk, notamment en annulant des contrats fédéraux « valant des milliards et des milliards ». Musk et d’autres milliardaires n’ont-ils pas financé la candidature présidentielle de Trump parce qu’il avait promis de leur permettre de se remplir les poches ?
La corruption au sommet de l’État s’étale sans complexe au sein du gouvernement des milliardaires, expression de la corruption de la classe capitaliste américaine.
Le psychodrame du bureau ovale révèle aussi les contradictions insolubles qui minent le capitalisme et les institutions dites démocratiques de l’État de Wall Street, entre les intérêts de la poignée de milliardaires de la high tech, ceux des multinationales et le coût du maintien de la domination américaine sur le monde, contradictions entre la mondialisation et les intérêts de la première puissance mondiale dont la guerre est la conséquence. L’alliance des USA avec l’État sioniste génocidaire d’Israël qui se renforce encore après l’agression brutale, l’escalade en cours dans la guerre annoncée contre l’Iran, en est la conséquence et le moteur.
Ni Wall Street ni le Congrès n’ont de réponse à ces contradictions que leur politique exacerbe, si ce n’est de se plier à la dictature populiste de Trump devant laquelle le Parti Démocrate est impuissant n’ayant en fait rien à opposer au continuateur zélé de sa politique et de ses méfaits.
De la manière de manier la tronçonneuse, jeu de dupes autour de la dette et du budget
Musk a commencé à exprimer son hostilité envers le « Big, Beautiful Bill », le grand, beau budget de Trump, adopté par le Congrès, un budget pour les riches et la guerre. Le milliardaire le plus riche du monde ne s’est bien sûr pas opposé aux réductions d’impôts mais a dénoncé « ce projet de loi de dépenses », « une abomination répugnante ». Le budget entérine la hausse du déficit et de la dette publique et épargnerait ce qu’il qualifie de « bureaucratie parasitaire », ce qui souligne l’échec et l’imposture du libertarien qui rêve d’un capitalisme sans État !
Ce ne sont pas les inégalités croissantes qui dérangent Musk et les classes dominantes, mais l’augmentation du déficit budgétaire et de la dette publique qui atteint le record de 36 000 milliards de dollars.
Alors que l’économie mondiale tourne au ralenti, que seules les puissances capitalistes d’Asie connaissent encore une croissance, l’explosion de la dette indispensable au maintien des profits crée des tensions monétaires exacerbées qui menacent la finance. La force du dollar a jusqu’alors permis aux USA de faire face mais la guerre commerciale qui déchire la planète mine cette suprématie.
La crise des finances publiques est accentuée par la fuite en avant militariste, 1000 milliards de dollars pour la guerre, auxquels Trump veut ajouter 500 milliards pour mettre en place un « dôme d’or » de missiles anti-missiles qui protégera le sol américain contre d’éventuelles attaques en retour de son offensive contre le monde.
Guerre commerciale, conflit d’intérêts entre multinationales et l’État à leur service
Musk a également dénoncé la politique douanière de Trump qui menace à la fois ses propres intérêts commerciaux – Tesla et SpaceX sont fortement dépendants des marchés et des chaînes d’approvisionnement chinois – et les intérêts mondiaux plus larges du capitalisme américain. Il se fait là non seulement le porte-parole de ses propres intérêts mais aussi de ceux de Wall Street dont l’hostilité aux surenchères protectionnistes s’était traduite par les chutes des bourses.
Les liens d’interdépendance économique entre les multi ou transnationales américaines avec l’économie mondiale en particulier chinoise sont au cœur de la contradiction du capitalisme mondialisé et tout particulièrement des USA. Leur politique protectionniste visant à renforcer leur hégémonie se heurte à la financiarisation et à la mondialisation de la production.
La politique de Trump, dans la foulée de Biden et d’Obama, vise à contenir la montée en puissance de la Chine et des Brics pour défendre l’hégémonie américaine dans le monde ce qui signifie le « découplage » – rendre les États-Unis moins liés à la Chine – et la « relocalisation » – reconstruire l’industrie américaine. Cette stratégie passe par la guerre des taxes douanières qui vise à construire un vrai empire dominant des pays vassalisés ou intégrés aux réseaux de production et d’échanges des USA, en fonction des besoins de la high tech, des multinationales du pétrole ou du gaz liquéfié.
La guerre sur les droits de douane est un moyen de pression et de négociation des rapports de force. D’où les volte-faces de Trump qui vient de conclure un accord avec la Chine sur les terres rares, et les négociations continuent...
Cette politique se heurte aux intérêts de Wall Street au sens où elle entretient une grande instabilité dont Musk a subi les contrecoups par des pertes de dizaines de milliards de dollars. En réalité ce n’est pas Trump qui crée le problème mais le développement même du capitalisme financiarisé mondialisé. La politique de Trump exacerbe les tensions y compris au sein de la classe dominante parce qu’en réalité c’est sa domination qui est contestée par le développement même du capitalisme, une faillite qui ne peut être surmontée par le système lui-même.
Déploiement militaire et offensive fasciste contre les migrants, les étrangers et la classe ouvrière
Après les attaques contre les universités en particulier Havard à laquelle Trump a interdit d’accueillir des étudiants étrangers, après l’interdiction de l’entrée sur le sol américain aux ressortissants de 12 pays parmi les plus pauvres de la planète, l’offensive pour « protéger le peuple américain contre l’invasion » a connu une brutale accélération le 7 juin avec le déploiement de la Garde nationale à Los Angeles contre les manifestations de solidarité aux migrants.
Tout est parti d’une descente de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), Agence fédérale chargée de l’Immigration et des douanes, c’est-à-dire la police fédérale de l’immigration, à proximité d’un magasin de bricolage où les travailleurs journaliers attendent habituellement d’être recrutés. Les affrontements ont commencé après que des habitants se sont interposés pour empêcher la rafle.
Au cours des journées qui ont suivi, des milliers de manifestants ont lancé des projectiles sur la police, bloqué l’autoroute, incendié des voitures en banlieue de Los Angeles et au centre-ville.
Le samedi 7 juin au soir, Trump a donné l’ordre de déployer 2000 soldats de la Garde nationale de Californie dans la ville malgré l’opposition du gouverneur, Gavin Newsom, puis 2000 supplémentaires et 700 militaires des Marines.
Un juge fédéral a déclaré, jeudi, cette décision illégale et ordonné que le contrôle de la Garde nationale de Californie soit rendu au gouverneur de Californie. Trump a fait appel et passe outre.
« Cette anarchie ne se poursuivra pas. Nous ne permettrons pas que des agents fédéraux soient attaqués et ne laisserons pas une ville américaine être envahie et conquise par des ennemis étrangers », a -t-il lancé mardi lors d’un discours sur la base militaire de Fort Bragg, en Caroline du Nord, à l’occasion du 250ème anniversaire de l’armée américaine.
Le 10 juin, le gouverneur républicain du Texas a annoncé son intention de déployer la garde nationale, puis, le 12, Spokane, ville de l’Etat de Washington, a décrété le couvre-feu. New York, St Louis, Indianapolis, Raleigh, Denver, Chicago…, la mobilisation contre les expulsions massives d’étrangers essaime. Samedi, des manifestations - « No kings », « Pas de roi ! » - ont eu lieu dans plus de 2000 villes, véritable déferlement populaire de plusieurs millions de personnes.
Seul rempart contre une dictature populiste de Trump, le soulèvement du prolétariat
« Ce que nous voyons n’a pas trait à l’application de la loi – il s’agit d’autoritarisme. La Californie est peut-être la première. Mais ce ne sera pas la dernière. D’autres Etats suivront. La démocratie est la prochaine cible. » a affirmé le gouverneur démocrate de Californie que Trump menaçait de mettre en prison. Sa position, qui ne conteste pas le fond de la politique de Trump, pas plus que celle de la maire de Los Angeles qui a décrété le couvre-feu dans le centre de la ville contre « les émeutes », tranche cependant avec la passivité des Démocrates.
Le déploiement de la Garde nationale à Los Angeles le 7 juin est effectivement une étape. Elle a été couronnée, sept jours plus tard, ce 14 juin, par une parade militaire à Washington DC pour le 250ème anniversaire de l’armée, par ailleurs jour du 79ème anniversaire de Trump. Ce dernier en rêvait, un défilé militaire à sa gloire, lui qui répète avoir rendu sa fierté à « la plus puissante armée que le monde ait jamais connue ».
Cette marche à la Mussolini vers une dictature populiste n’est pas le produit de la seule paranoïa d’un milliardaire aux ambitions sans limite, elle est le produit de la crise économique, sociale et politique de la première puissance capitaliste mondiale confrontée à son déclin. La guerre économique et commerciale, la guerre militaire nourrissent les ambitions de Trump comme celles de l’extrême droite européenne que Le Pen avait invitée en France le week-end dernier. Leur haine, leurs préjugés, leur violence sont la manifestation de leur faiblesse, ils sont les fruits pourris d’un système en déroute condamné, incarnation de sa faillite.
Ils sèment la révolte et la pleutrerie des démocrates est bien impuissante à s’opposer à la vague qui traverse les USA unissant, par en bas, les travailleurs de toutes les nationalités, de toutes les origines et couleurs de peau.
Les révoltés de Californie et des USA, avant-garde de la lutte contre l’internationale réactionnaire
Au cours des quatre mois et demi de l’administration Trump, la colère populaire n’a cessé de monter face à l’assaut de l’État contre les campus, où des étudiants ont été arrêtés et persécutés pour s’être opposés au génocide à Gaza. Le coup de force de Trump à Los Angeles provoque des manifestations dans tout le pays et une colère généralisée parmi des dizaines de millions de travailleurs.
L’opposition monte dans tout le pays qui ne se laissera pas intimider et subjuguer par une clique dirigeante de milliardaires avides et fous de pouvoir.
Les mobilisations en cours ne peuvent compter sur les Démocrates tétanisés, hostiles à l’immigration et aux révoltes, y compris leur gauche. Bernie Sanders s’est désolidarisé des révoltes qui feraient le jeu de Trump ! L’appareil syndical de l’AFL-CIO, étroitement lié à l’État et aux deux partis de la classe dirigeante, reste paralysé.
La fuite en avant de Trump obsédé par le souci de subjuguer l’opinion y compris dans son propre camp, y compris au sein de l’establishment tant politique que financier, accélère en retour la conjonction des conflits contre lui. Les divisions au sein de la classe dirigeante mise en scène par Trump-Musk rendent publique leur impuissance devant leur propre crise. Elles démontrent leur affaiblissement et la nécessité d’une intervention indépendante de la classe ouvrière, sur la base de ses propres intérêts et de ses propres perspectives, la défense des droits démocratiques devenus incompatibles avec la dictature du capital.
C’est le système même du bipartisme garant de la stabilité du pays qui est en voie d’exploser alors que les conditions de vie se dégradent et que les droits démocratiques élémentaires sont remis en cause, que la régression économique s’accentue. Se créent ainsi les conditions d’un mouvement de révolte de classe, par en bas, en toute indépendance des appareils institutionnels, qu’exige la riposte à l’offensive de Trump, seul capable de le balayer en puisant ses forces et sa direction dans une longue et riche tradition de lutte et d’affrontement contre l’État du prolétariat américain.
Yvan Lemaitre



