L’incendie qui a ravagé Notre dame de Paris avant qu’elle ne s’effondre en partie et cela au moment même où Macron devait faire son prêche a suscité une légitime émotion. On ne peut être indifférent à la ruine en quelques minutes d’un des chefs d’œuvre du travail humain même si de toute évidence le ciel est vide, dieu une invention humaine et les cathédrales, comme la plupart des monuments du patrimoine, des monuments à la gloire des classes dominantes, de leurs crimes bénis par la religion depuis les croisades, l’esclavage, le servage, les guerres coloniales et leur société d’exploitation. Notre émotion n’a rien de national ni de catholique, elle exprime notre admiration pour les travailleurs manuels, intellectuels, artisans et architectes qui les ont bâties.

L'hypocrisie et le fric ruissellent

C’est bien pourquoi les discours sur l’union nationale tenus par Macron et repris en cœur par le monde politicien et les médias sont insupportables. Les magnificences de Notre dame appartiennent au patrimoine du travail et du génie humains tout autant que toutes celles qui, à travers la planète, par delà les frontières, jalonnent l’histoire de l’humanité. Mais ces magnificences ne nous font pas oublier les crimes des puissants, religieux ou non, des classes dominantes qui en ont été les commanditaires et qui voudraient s’en approprier la valeur universelle.

Ceux qui aujourd’hui ont des trémolos dans la voix ferment les yeux sur leur propre responsabilité dans cet incendie tragique. Certes, on ne connaît pas les causes factuelles qui l’ont provoqué mais les professionnels de la protection du patrimoine accusent la responsabilité directe de l’État, sa politique de désinvestissement dans la sauvegarde et l’entretien du patrimoine comme dans l’ensemble des services publics et aussi l’insuffisance des normes de sécurité sur les chantiers patrimoniaux comme sur l’ensemble des chantiers des bâtiments publics.

Ceux qui voudraient nous étouffer dans leur union nationale et leurs surenchères cléricales ridicules sont ceux qui aujourd’hui ruinent la société, mènent des politiques qui non seulement sacrifient le patrimoine de l’humanité mais, plus encore, sacrifient les forces vives de la société, le monde du travail, les producteurs sur l'autel du profit, de la concurrence, de la rentabilité financière.

Il y a quelque chose d’indécent dans le cynisme de Macron et des ses amis les Arnault, Pinault et autres Bettencourt, les milliardaires du CAC40, qui annoncent des « dons » de plusieurs millions d’euros. Même pas pour racheter leur âme au ciel, mais pour investir ce « pognon de dingue », dont ils ne savent que faire, dans une campagne publicitaire prise en charge à 60 % par l’État grâce à la défiscalisation.

Foutage de gueule et mauvais coups

Et pendant qu’ils font donner les grandes orgues de la sensiblerie nationale et du cléricalisme, les dérisoires mesures de Macron sont divulguées, sans bruit. Dérisoires au point que c’est l’annonce de la suppression de l’ENA qui passe pour la mesure phare. Quel foutage de gueule !

On nous annonce une « baisse des impôts des classes moyennes » qui serait financée par la « suppression de certaines niches fiscales », sans autres précisions. Les retraites de moins de 2 000 euros seraient indexées sur l’inflation à partir du 1er janvier 2020 mais pas question d’augmentation ni des retraites, ni du Smic, ni des salaires. Rien ! Tout au plus la prime annoncée par Macron le 10 décembre dernier, cette prime défiscalisée pour les salaires allant jusqu'à 3 SMIC devrait être pérennisée chaque année, laissée au bon vouloir des patrons.

On nous annonce aussi qu’il n’y aura plus de fermeture d’écoles et d’hôpitaux jusqu’à la fin du quinquennat, « sauf demande des maires » cependant et cela n’exclut pas les fermetures de classe ou de service. Là encore foutage de gueule ! Dans l’Education nationale comme dans les hôpitaux la situation est telle que de nouvelles fermetures étaient inenvisageables mais Macron méprise ce que demandent les enseignants engagés dans la construction de leur mobilisation, comme les urgentistes en grève illimitée.

Et en filigrane de ces mesures dérisoires, se profile l’axe des attaques à venir sur les retraites, le temps de travail, les agents de la fonction publique, nous faire travailler plus et plus longtemps !

L’intervention télévisée de Macron jouant l’enfant de cœur appliqué et zélé au lendemain de l’incendie de Note Dame n’avait pas d’autre sens, vulgairement et grossièrement, que d’appeler à l’union nationale pour nous faire travailler plus en gagnant moins.

« Nous sommes ce peuple de bâtisseurs. Nous avons tant à reconstruire. » dit-il. Ce nous, qui doit désigner ses amis du CAC, est pour le moins déplacé. Ensemble, les parasites de la finance et leurs serviteurs politiques conduisent le monde à la ruine. Nous ne voulons pas de leur union nationale mais nous construirons l’union des travailleurs pour bâtir un monde nouveau.

Il y a urgence à ne pas laisser le terrain libre à l’union de toutes les forces réactionnaires contre la révolte des Gilets jaunes et le monde du travail. C’est bien la lutte qui s’engage sur les ronds points, dans les manifs du samedi et tous les jours sur les lieux de travail, d’habitation et d’étude, dans la préparation aussi du 1er Mai et de la journée de grève du 9 mai qui devrait être une journée interprofessionnelle. C’est aussi l’enjeu de la campagne des élections européennes, le sens de notre soutien à la liste de Lutte ouvrière conduite par Nathalie Arthaud et Jean Pierre Mercier, la seule à se revendiquer du monde du travail et de l’internationalisme.

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