L’irruption de la jeunesse, inattendue et largement spontanée bien que tout la préparait, ralliant à elle la majorité de l’opinion au point que les directions syndicales n’ont pas hésité à appeler aux manifs du 6, et pour une part d’entre elles au 8, bouscule la situation sociale et politique, redonne espoir à bon nombre de travailleur·es. Elle apporte dans la joie et l’enthousiasme, impertinente et provocatrice, la démonstration dans les faits, s’il en était besoin, que la lutte sur notre propre terrain, la grève, le blocage, les manifs, l’agitation et la propagande par les actes sont la voie pour changer le rapport de force.
La campagne haineuse du pouvoir, de la droite et de l’extrême droite, des médias contre elle et LFI, les révolutionnaires qualifiés d’ultragauches, l’affrontement voulu par le gouvernement déployant sa police, provoquant pour justifier la répression brutale, loin d’étouffer le mouvement l’a renforcé. Les manifs du 8 ont été un nouveau succès et l’intersyndicale étudiante et prof appelle à une nouvelle journée de mobilisation et de grève mardi.
Face à cette violence policière criminelle orchestrée par un gouvernement paniqué et à l’agonie, comment ne pas comprendre la colère de jeunes qui se sentent méprisés, agressés, humiliés et ripostent comme ils peuvent. Ils ont raison quelles que puissent être les exactions de militant·es « autonomes » en marge du mouvement.
Au regard de la violence sociale, policière, politique générale qui broie des millions de vies, la riposte, y compris la violence, est inévitable, légitime. Les partis de gauche ou organisations et militant·es syndicaux n’avaient pas besoin pour être aux côtés des lycéen·nes d’arborer démonstrativement un brassard blanc jouant l’ONU de la lutte de classes. La question qui est posée au mouvement ouvrier est bien celle de son autodéfense face à l’Etat policier autoritaire qui déploie consciemment ses forces répressives. La question est posée au mouvement des lycéens et des étudiants appelé à durer. La réponse passe par l’auto-organisation démocratique du mouvement, assemblées générales, élection de comités de mobilisations, locaux et centraux, constitution d’un service d’ordre, diriger et contrôler démocratiquement le mouvement. La mission des aîné·es est de transmettre leur expérience à la jeunesse qui prend sa place dans la lutte de classe.